— Note de transcription —
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L’ESCOLE DES FILLES.
Tiré à 150 exemplaires sur papier vergé et 8 sur chine, paraphés et numérotés.
No
L’ESCOLE
DES
FILLES
DE
MILILOT
REIMPRESSION COMPLETE DU TEXTE ORIGINAL
Sur la contrefaçon hollandaise de 1668.
BRUXELLES
AUX DÉPENS
DES DAMES DE LA RUE DES CAILLES.
BIBLIOGRAPHIE
ET
TEMOIGNAGES
BIBLIOGRAPHIE.
L’Escole des Filles ou la Philosophie des Dames, divisée en deux dialogues. Agere et pati. Corrigé et augmenté d’un combat du ... et du ..., d’une (sic) dialogue entre le ... et Perrette, et une instruction des curiositez dont la methode de trouver est marqué (sic) par les nombres, suivant les tables. Imprimé à Fribourg, chez Roger Bon Temps, l’an 1668.
In-12 de 224 p. pour le texte et de 32 p. pour l’Epistre, l’Argument des deux Dialogues, la Table et trois autres pièces liminaires, dont un madrigal à Monsieur Mililot sur son Escole des Filles; mauvais frontispice gravé sur cuivre, représentant deux femmes assises; l’une montre à sa compagne le livre de l’Escole des Filles, grand ouvert et appuyé par le bas sur une table; au premier plan un petit panier à ouvrage, au fond un lit à colonnes et un petit miroir.—Contrefaçon hollandaise d’un livre imprimé pour la première fois à Paris en 1665, qui fut brûlé et son auteur pendu en effigie; l’édition originale, introuvable, avait un frontispice dessiné et gravé par François Chauveau, lequel a sans doute servi de modèle à l’estampe que nous venons de décrire. Guy Patin et Charpentier parlent du livre et de l’auteur en défigurant le nom de ce dernier qu’ils appellent l’un Helot, l’autre Milot.
Voir dans la Bibliographie des ouvrages relatifs à l’Amour, aux Femmes et au Mariage, qui résume à ce sujet Murr et Ebert, la nomenclature des contrefaçons et traductions hollandaises, toutes rarissimes, de l’Escole des Filles, au dix-septième siècle. Ce petit volume a été réimprimé plusieurs fois, au dix-huitième et même au dix-neuvième, séparément ou dans des recueils, mais avec de nombreux changements et retranchements. On aurait dû y regarder à deux fois avant de toucher ainsi au premier livre déterminément obscène écrit dans une langue illustrée depuis par tant de productions que la pudeur défend de citer.
TEMOIGNAGES.
«Monet est le premier homme que nous aïons pour exceller dans les portraits en miniatures. J’ai sçû de lui une particularité assez curieuse, au sujet de l’Escole des Filles, que l’on vient d’imprimer en Hollande. Monet apprenoit à dessiner à Chauveau, lorsqu’un nommé Helot, fils d’un lieutenant des cent suisses du roy, vint prier Chauveau de lui graver un petit sujet; ce qu’il exécuta selon l’idée que l’autre lui en donna, et tel qu’on le voit au devant de l’Escole des Filles, dont Helot est l’auteur. Celui-ci donna son manuscrit à un libraire du Palais, qui le fit imprimer; il le vendit sous le manteau, mais la justice aïant pris connaissance d’un livre si scandaleux, elle fit faire des perquisitions pour découvrir l’auteur, qui en aïant eu vent, sortit de France. Le libraire aïant décliné le nom de celui qui lui avoit remis le manuscrit, Helot fut pendu en effigie, tous les exemplaires de son livre furent brûlez au pied de la potence, et le libraire condamné à une peine afflictive. Chauveau, qui ignoroit l’usage que l’on vouloit faire du sujet qu’il avoit gravé pour Helot, ne laissa pas d’être inquiété. Le bailli du Palais vint le prendre chez lui, mais comme il n’avoit pas eu communication de l’Escole des Filles, il en fut quitte pour voir casser la planche qu’il avoit gravée, avec défense à lui d’en graver une seconde, si quelque imprimeur la lui demandoit. Il s’en faut bien que l’estampe qui est au devant de l’Escole des Filles que l’on vient d’imprimer en Hollande soit aussi correcte qu’étoit celle de Chauveau. Peu de personnes ont de celles qui furent brûlées à Paris avec le livre.»
Carpenteriana, ou remarques d’histoire, de morale, de critique, d’érudition et bons mots de M. Charpentier, de l’Académie françoise, in-12, Paris, 1724, p. 79–82.
«On a ici pendu en effigie un nommé Milot, avéré auteur d’un infame livre intitulé l’Escole des Filles, que l’on dit être tiré de l’Arétin.»
Guy Patin à Charles Spon, à la date du 26 juillet 1655, édit. des Lettres de 1718, t. 2, p. 123.
L’ESCOLE
DES
FILLES
OU
LA PHILOSOPHIE
DES
DAMES
DIVISÉE EN
DEUX DIALOGUES
AGERE ET PATI
Corrigé et augmenté d’un combat du Vit et du Con, d’un dialogue entre le Fouteur et Perrette; et une instruction des Curiositez, dont la méthode de trouver est marquée par leurs nombres suivant les tables.
IMPRIMÉ A FRIBOURG
CHEZ ROGER BON TEMPS
L’AN 1668
EPISTRE INVITATOIRE AUX FILLES
Belles et curieuses damoiselles, voici l’Escole de votre sagesse, et le recueil des principales choses que vous devez sçavoir pour contenter vos maris quand vous en aurez; c’est le secret infaillible pour vous faire aimer des hommes quand vous ne seriez pas belles, et le moyen aysé de couler en douceurs et en plaisirs tout le temps de votre jeunesse.
C’est une foible raison, mes dames, que celle de vos mères, pour vous défendre de sçavoir les choses qui vous doivent servir un jour, de dire qu’elles ont peur que vous en usiez inconsiderement, et il vaudroit mieux, à mon advis, qu’elles vous en donnassent une pleine licence, afin qu’en choisissant vous-mêmes ce qui est bon, elles fissent esclater davantage par ce choix votre honesteté.
Aussi je veux croire, mes belles, qu’en ceste Escole vous prendrez seulement les choses qui vous sont propres, et que celles d’entre vous qui auront envie d’estre mariées auparavant n’useront point de ces préceptes que quand il en sera temps, là où les autres qui auront plus de haste et qui prendront des amis par avance pour en essayer, le feront avec tant d’adresse et de retenue devant le monde, qu’elles ne témoigneront rien qui puisse choquer tant soit peu la bienséance et l’honesteté. C’est une belle chose que l’honneur, dont il faut qu’une fille soit jalouse comme de sa propre vie; elle ne doibt non plus estre sans cet ornement que sans robe, et certainement elle n’a pas l’honneur et l’esprit du monde quand elle n’a pas l’industrie et l’adresse de cacher ce qu’il ne faut pas qu’on sçache.
Je vous invite donc, mes belles, à lire soigneusement ces préceptes et à bien estudier les enseignements que Susanne donne à Fanchon; ils sont d’autant plus exquis et considérables qu’ils partent d’une plume tout à fait spirituelle, et d’un homme de ce temps qui a esté aussi recommandable à la cour par son bel esprit que par sa naissance. Toute la grâce qu’il vous demande pour les instructions gratuites qu’il vous donne, et toutes les prières qu’il vous fait, c’est d’en faire le récit à vos compagnes, et si vous n’en avez point le temps, de les envoyer à l’Eschole.
ARGUMENT DES DEUX DIALOGUES
Soubs le règne de Loüis treisiesme, d’heureuse mémoire, Robinet, fils d’un marchand de Paris, bien fait de sa personne et qui pour ses grandes richesses avoit quitté le trafic de son père, se mettant à hanter les bonnes compagnies, devint amoureux d’une jeune fille nommée Fanchon, belle par excellence, mais un peu trop simple, pour avoir toujours esté nourrie soubs l’aisle de sa mère, qui estoit une bonne bourgeoise et dans la maison de laquelle il avoit liberté de la voir quand il vouloit. Ayant long temps caché la passion qu’il avoit pour elle, et voyant qu’il ne la pouvoit gagner à soy, pour sa trop grande simplicité, il s’avisa de pratiquer une autre fille de son quartier, nommée Susanne, plus expérimentée que l’autre, et qui pour estre un peu moins belle, n’en estoit pas moins sçavante et spirituelle en amour, et qui avoit mesme, pour plus de commodité à son dessein, quelque rapport de parenté avec elle. Il fait donc si bien qu’il la gagne à force de présens pour luy persuader de mettre l’amour à la teste de sa cousine, et estant partie à cest effect, ayant premièrement instruit Robinet de ce qu’il devoit faire, elle empaume si bien l’esprit de la jeune Fanchon, par ses discours comme de fil en esguille, et lui sait si bien représenter les douceurs de l’amour, dont elle jouissait d’une bonne partie, avec des instructions et des naïvetez si plaisantes, qu’elle lui en fait venir l’eau à la bouche, et l’oblige enfin à consentir que Robinet vienne en cachette lui faire sentir les douceurs de l’amour. Il arrive à point nommé comme leur discours finissoit, et Susanne aussitost s’étant retirée pour les laisser seuls, il trouve son escolière sur le lict, qui l’attendoit, dont il jouit à son souhait, et la dépucelle. Voilà le sujet du premier dialogue.
Au second, Susanne estant revenue quelques jours après pour sçavoir de sa cousine comment elle se trouvoit de ses amours et de son dépucellage, elle lui en fait rendre un compte exact, et ces deux filles en suite s’estant engagées en des discours qui leur plaisoient, elles s’arrestent à s’enquérir et examiner tout ce qui appartient à l’amour et à son jeu, et le font avec des questions si rares et chatouillantes et plaisantes, si nouvelles, si subtiles et si convaincantes, qu’elles inspirent l’amour en les lisant, et je m’asseure que les plus dégoustées de ces dames y trouveront de quoy se satisfaire.
TABLE MISTIQUE ET ALLEGORIQUE
SELON LE SENS MORAL ET LITTERAL
DE L’ECOLE DES FILLES.
DIALOGUE PREMIER.
[1.] Remarque de l’âge plus propre à marier les filles.
[2.] Premiers tesmoignages d’amour des garçons envers les filles.
[3.] Rigueurs des mères et sottises des filles qui refusent les garçons et leurs caresses.
[4.] Filles ignorantes pour ne pas prester l’oreille aux paroles des hommes.
[5.] Excellence du plaisir d’amour.
[6.] Simplicité d’une fille qui ne sçait ce que c’est d’amour ny à quoy il est propre.
[7.] Préparation aux filles pour l’instruction du plaisir d’amour.
[8.] Age propre à commencer l’amour aux garçons et aux filles.
[9.] Petite description par parenthèse et nécessaire en ce lieu, d’un homme qui pisse et d’un vit quand il ne bande point.
[10.] Généralité du plaisir d’amour, et du grand nombre de personnes qui s’en meslent, avec une division là-dessus.
[11.] Des garçons et des filles, et comme ils y ont plus de plaisir.
[12.] Les noms propres des choses qui servent à plus au plaisir d’amour, et premièrement une reprise sur le vit.
[13.] Discours des coüillons.
[14.] Premiers apprêts d’un garçon pour donner les plaisirs d’amour à une fille qu’il aime; et comme cette doctrine est fort importante à sçavoir, elle sera répétée diversement en plusieurs endroits de ce livre, pour choisir laquelle est la meilleure.
[15.] Reprise deuxième sur le vit, ou description du vit quand il entre là où il doit entrer.
[16.] Comme le vit n’entre pas tout d’un coup, et comme cela donne bien de la peine au garçon.
[17.] Comment s’appelle l’engin de la fille.
[18.] Comment fait le garçon pour pousser le vit dans le con, et du plaisir que la fille en reçoit.
[19.] Comme le garçon a du plaisir à cela, aussi bien que la fille.
[20.] Reprise troisième, et description plus particulière du vit qu’auparavant; anatomie intérieure du con, dont il n’est rien si difficile à esplucher; avec le commencement, la fin et la durée du plaisir d’amour.
[21.] De la liqueur d’amour, qui vient à propos en cet endroit.
[22.] Reprise quatrième, comme le vit se retire après la fonction du plaisir d’amour, et comme la fille le peut faire revenir roide avec la main.
[23.] Grandes et différentes vertus de la main des filles pour donner du plaisir aux garçons; là où il est inséré quelque chose du baiser de la langue.
[24.] Première vertu.
[25.] Seconde vertu.
[26.] Du terme général de chevaucher, et la différence du plaisir d’amour quand la fille chevauche le garçon, et pourquoy, avec la manière qu’elle tient pour cela.
[27.] Remède possible et nouveau aux filles à qui le con démange faute de vit pour y mettre, en le frottant avec le doigt.
[28.] Conseil aux filles pour prendre un amy, avec les perfections qu’il doibt avoir.
[29.] Raisons qui empeschent les filles de se divertir, et les réfutations d’icelles.
[30.] Première raison.
[31.] Deuxième raison.
[32.] Troisième raison.
[33.] Quatrième raison.
[34.] Honneur des filles, ce que c’est et comment on en doibt user.
[35.] Du secret d’amour et comment il est nécessaire, avec les avantages du monde, et d’une fille qui se divertit.
[36.] Irrésolutions d’une fille qui manque d’expérience, et le secours charitable qu’on luy offre là-dessus; là où est contenu une propriété du plaisir d’amour.
[37.] Plaisirs d’amour, accompagnés de plusieurs autres.
[38.] Tableau exemplaire pour apprendre à se bien gouverner au lict ou aux premiers approchements et caresses d’un garçon qui va coucher avec une fille la nuict.
[39.] Qu’est-ce que foutre, et les diverses façons de chevaucher, et de celles qu’on peut s’imaginer davantage.
[40.] Friandise des amoureux pour manger, et une remarque sur l’impatience du plaisir d’amour.
[41.] Autres propriétés du plaisir d’amour.
[42.] Combien il se retire de fois, ou combien on peut chevaucher de coups en une seule nuict.
[43.] Grande description d’une nuict amoureuse, pour instruire les filles, et autres circonstances nécessaires à sçavoir.
[44.] Comparaison jolie du bruict que fait un vit au con quand il entre et qu’il sort, et la continuation de cette nuict.
[45.] Apprentissage nécessaire aux filles pour bien remuer les fesses.
[46.] De l’éjaculation de la liqueur d’amour et comment elle se fait.
[47.] Mesnage qu’il faut faire de la dernière faveur d’amour, avec une briefve description et division de tous les plaisirs qui doivent précéder et accompagner, tant en pensées et en paroles qu’en œuvres.
[48.] Heureux état d’une fille qui jouit de tous ces plaisirs, et de la difficulté et de l’art de les apprendre.
[49.] Exemple de description en un amy.
SECOND DIALOGUE.
[1.] Remarque des premières lumières d’esprit d’une fille qui se divertit; sa joye et sa disposition à bien faire.
[2.] Comment l’esprit s’ouvre en chevauchant.
[3.] Accoutumance des filles avec les garçons.
[4.] Méthode jolie et spirituelle pour trousser finement la cotte à une fille sans qu’elle s’en aperçoive, ou les premières approches d’un garçon pour chevaucher une fille, comme si de rien n’estoit, avec les déportements de la fille qui consent; le tout déclaré bien au long.
[5.] Petite description du con, en passant, et la préparation d’un homme assis pour chevaucher.
[6.] Description jolie d’une fille qu’on dépucelle, et toutes les cérémonies requises de la fille et du garçon.
[7.] Advertissement, non moins facile que nécessaire, pour ceux qui dépucellent les jeunes filles.
[8.] Autre advertissement nécessaire et remarquable sur ce sujet, et de la disposition du vit et du con l’un dans l’autre.
[9.] Dernier effort, ou les abois du pucellage.
[10.] Plaisir qui suit le dépucellage.
[11.] Posture commode et plaisante pour chevaucher en levrier, le con derrière.
[12.] Grand plaisir que reçoit une fille qui n’a jamais chevauché, à la première descharge qui se fait.
[13.] Estat de l’homme et de la femme après le chevaucher, et les devis amoureux qu’ils se font.
[14.] Complaisance remarquable et exemplaire d’un garçon qui n’a pas envie de chevaucher envers une fille qu’il ayme, et la rétribution réciproque de la fille envers luy.
[15.] Petit commerce joyeux des amants qui ont chevauché, et les plaisantes badineries qu’ils se font pour se mettre en humeur.
[16.] Une jolie façon de chevaucher, et bien circonstanciée pour le ragoust qu’on y trouve.
[17.] Le chevaucher plus doux et plaisant après le dépucellage.
[18.] Un grand raisonnement sur le plaisir d’amour commencé et non achevé, et comme l’expérience vaut mieux que le discours.
[19.] Postures plus plaisantes les unes que les autres et pourquoy; avec une façon commune de chevaucher qui s’appelle jambes au col.
[20.] Plusieurs recherches curieuses et spéculatives sur les différentes façons de parler des amants quand ils sont entre eux, et quelques raisons là-dessus, avec une explication fine et spirituelle des mots: enfiler, enconner, besogner, foutre, chevaucher, et semblables.
[21.] Point de prérogative ou petite annotation légère qui s’est glissée icy en passant, au desçeu de l’autheur, et qui n’en mérite pas moins sa place; comme le mot de besogner emporte le prix sur tous les autres, et de sa merveilleuse et grande signification.
[22.] En quels termes les hommes parlent des filles en leur absence.
[23.] Douces libertés d’amour, qui font rougir les filles de honte après avoir fait, et pourquoy les hommes les agencent en tant de postures différentes.
[24.] Méthode curieuse et excellente à une fille pour aprendre à chevaucher juste en un quart d’heure, faisant trois choses, avec la manière asseurée et infaillible de chevaucher sur un coffre quand on est pressé.
[25.] Préparation pour cette méthode curieuse.
[26.] Exécution.
[27.] De la circonstance plus importante à savoir de cette méthode.
[28.] Conclusions d’icelle avec quelques instructions là-dessus.
[29.] Plusieurs recherches sur les divers tempéraments des hommes, et premièrement de ceux qui crient en chevauchant, avec les raisons pourquoy.
[30.] Comment ils font pour crier si haut, et les inconvénients qui en peuvent arriver, avec les moyens de s’en garantir.
[31.] De ceux que l’on fesse pour faire bander.
[32.] Des chastrez.
[33.] Étrange humeur de ceux qui ne disent rien en chevauchant, et au contraire de ceux qui s’entretiennent doucement.
[34.] Petite récapitulation du plaisir d’amour.
[35.] Instruction méthodique et plus spirituelle que les autres pour s’entretenir doucement en chevauchant, le plaisir qui en provient, et les autres privilèges d’icelle.
[36.] Faute de jeunes gens qui manquent de prévoiance en amour et ne chevauchent pas quand ils veulent.
[37.] Misères, infortunes et perplexités des amants qui manquent de commodités pour chevaucher, et les consolations qu’ils reçoivent.
[38.] Suite des incommodités que l’on a à chevaucher quand on est espié, avec un joly expédient aux filles de chevaucher devant le monde sans qu’on s’en apperçoive, et du cotillon percé par où on passe le vit du garçon dans le con de la fille.
[39.] Grande circonspection qu’il faut avoir dans le monde en chevauchant et les maux qui arrivent faute d’icelle.
[40.] Diverses questions d’amour traitées à fond jusques à la fin du premier dialogue, et le lecteur sera adverty qu’elles sont plus spirituelles que les précédentes et partant plus dignes de son attention; cela soit dit en passant.
[41.] Distinction des vits en trois différentes manières et leurs différentes qualités, et premièrement des petits vits.
[42.] Des grands vits et de ceux qui mettent des bourelets contre leur ventre.
[43.] Des moyens vits et de leur bonté.
[44.] Du vit d’amy, le meilleur de tous.
[45.] Autre description du vit; comment il doibt estre fait.
[46.] Questions excellentes pourquoy on use de paroles libres en chevauchant; la dite question est résolue ailleurs.
[47.] Le but d’amour est le plaisir du corps, et pourquoy, avec une jolie explication là-dessus.
[48.] Comparaison familière des hommes et des bêtes sur ce sujet.
[49.] Fin naturelle de l’amour, où les naturalistes se pourront instruire de la vérité, si bon leur semble, et quel est l’objet d’un amant qui soupire.
[50.] Preuve que l’amour se passe en chevauchant et revient faute de chevaucher, la dite preuve renouvelée encore plus bas.
[51.] Plaisir du corps, et de l’origine des plus belles pensées de l’amour, et de l’erreur que les filles se forment là-dessus.
[52.] Remède d’amour pour ceux qui ne peuvent chevaucher celles qu’ils aiment, et de ceux qui chevauchent leur idée.
[53.] Subtile raison, interrompue cy devant et reprise en cet endroit, des vilains mots et autres paroles libres d’amour qui se disent en chevauchant.
[54.] Autres raisons bien douces pourquoy les amants appellent toutes choses par leurs noms, et comme toute chose est permis de dire entre deux amants qui se baisent.
[55.] Comme on peut aimer l’esprit pour le corps et le corps pour l’esprit, et la conclusion des recherches sur les hommes.
[56.] Curiosités inouïes sur le sujet des filles et premièrement la crainte frivole qu’elles ont pour la grossesse, avec l’entière solution de ce doubte, qui ne laisse aucune difficulté à vuider.
[57.] Inventions diverses qu’elles ont de se donner du plaisir sans crainte d’engrosser.
[58.] Premièrement de statues de femmes pour les hommes.
[59.] Des godemichis ou vits de velours, de verre, ou autres instruments pour se fourrer au con.
[60.] Moyens plus plaisants pour se divertir avec les hommes avec autant de seureté que cy devant.
[61.] Circonstance nécessaire pour engrosser, tirée de la plus subtile doctrine des médecins, facile à éviter, avec une exhortation aux filles à passer par dessus et à se bien divertir.
[62.] Autres particularités pour engrosser, et les remèdes de contraire ou contre icelles.
[63.] Raisons pourquoy on serre les fesses en chevauchant, et une explication là-dessus.
[64.] Autre question pourquoy les hommes sont plus aises que les femmes leur touchent l’engin avec la main qu’avec toute autre partie du corps, et le mérite particulier et de haut goût attribué à la main de la femme.
[65.] Problème à quoi sert l’estendue du vit derrière les coüillons.
[66.] Raison de la composition naturelle de l’homme et de la femme.
[67.] Pourquoy on appelle le vit et le con des parties honteuses.
[68.] Qui prend plus de plaisir à chevaucher de l’homme ou de la femme.
[69.] Recherche curieuse et naturelle pourquoy le plaisir vient sans qu’on y pense, et pourquoy l’homme et la femme, sans savoir qu’il y en ait, souhaitent tant de se joindre, et de l’androgénie.
[70.] Définition de l’amour.
[71.] Autre définition de l’amour par idée.
[72.] Pourquoy la liqueur d’amour chatouille en sortant.
[73.] Pourquoy, pendant le déchargement, l’on ne peut rire, et de l’occupation sérieuse de l’âme en cet instant.
[74.] Pourquoy les hommes se plaisent à descharger quelquefois entre les cuisses, tétons, et ailleurs.
[75.] Du baiser de la langue, et pourquoy il est si doux et si suave.
[76.] Pourquoy il est plus doux de chevaucher la femme dessus que dessoubs, et de la métamorphose d’amour.
[77.] Souverain et dernier principe d’amour, qu’une moitié veut s’unir à son autre moitié.
[78.] Sommaire et récapitulation de toutes les choses qui ont été traittées cy devant, et de plusieurs menues particularitez assez importantes à sçavoir.
[79.] Remerciement à la louange de cette doctrine, avec un aveu des plus grands privilèges de l’amour.
[80.] Grand plaisir de l’imagination de l’homme qui est chevauché par une femme, et l’on voit par cette posture répétée tant de fois que l’auteur y prend plaisir; avec un exemple instructif pour méditer là-dessus.
[81.] Autre congratulation à l’amour.
[82.] Explication et recherche non moins utile que plaisante en dernier lieu, ou le tableau de deux amants propres à se bien donner du plaisir.
[83.] Introduction à la première recherche, ou discours ingénieux de la preexcellence du vit et du con à tous les autres membres, pour le plaisir qui en provient.
[84.] Commencement de cette recherche, et premièrement de la beauté en général.
[85.] De la différence des beautés, et ce qu’elles doivent avoir pour être parfaites.
[86.] De la beauté particulière de la femme, avec une inscription méthodique et bien raisonnée des mœurs et bonnes qualités qu’elle doibt avoir tant à l’esprit qu’au corps, et ce chapitre mérite d’être leu des filles qui veulent apprendre, pour son utilité.
[87.] Appellation figurée et philosophique du con, et des grands privilèges et de la beauté cy dessus escrite.
[88.] Description particulière de la beauté de l’homme et des bonnes qualités qu’il doit avoir.
[89.] Paragon de la beauté masle et vigoureuse de l’homme à la beauté molle et délicate de la femme, et suite de la dernière description.
[90.] Convenances nécessaires à garder aux deux amants sus dits dans le temps de l’accouplement pour rendre leur plaisir parfait, avec une exhortation pour les suivre, et les filles qui voudront s’instruire prendront ainsy la peine de lire cecy, s’il leur plaist.
[91.] Réflexion morale et civile sur la malice et l’ignorance de ce siècle, qui condamne les plaisirs d’amour ouvertement et les approuve en secret, avec la conclusion finale de cet œuvre par deux ou trois petites questions qui ne sont pas hors de propos.
[92.] Qui sont les personnes les plus habiles à traiter l’amour, les hommes ou les filles, et d’où naissent les différents appétits des hommes sur ce sujet.
[93.] Qu’il fait mauvais se jouer aux filles, et pourquoy.
[94.] Conseil pour s’adresser aux femmes mariées.
[95.] Dernier conseil aux filles pour se marier, pour faire l’amour plus commodément, et le plaisir qu’il y a d’avoir un amy et un mary tout ensemble.
[96.] Résolution du mariage sur ce sujet.
FIN DE LA TABLE.
Icy l’auteur fait une excuse très humble aux filles de ce qu’il se sert plus souvent des mots de foutre et chevaucher que de pas un autre; c’est qu’il dit qu’ils sont plus en usage.
BULLE ORTHODOXE.
Nostre auguste père de Priape fulmine anathème contre tous ceux de l’un et de l’autre sexe qui liront ou entendront lire les préceptes d’amour, expliquez morallement en la célèbre Escole des Filles, sans spermatiser ou estre stimulés de quelque émotion spirituelle ou corporelle; comme aussi il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de corps vereux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera, et béatise en l’autre monde les infortunés pèlerins qui souffriront constamment en cestui cy les travaux du périlleux voyage de furie.
A MONSIEUR MILILOT
SUR SON ESCOLE DES FILLES.
MADRIGAL.
Autheur foutu d’un foutu livre,
Escrivain foutu de Cypris,
Qui dans tous tes foutus écrits
Fais voir que bien foutre est bien vivre,
Cent arguments foutus dont tu fais tes leçons,
Pour faire foutre en cent façons,
N’éterniseront pas ta plume.
Non, ce gui te rendra pour jamais glorieux,
C’est que dans ton foutu volume,
Par une nouvelle coutume,
Ta prose nous fout par les yeux.
L’ESCOLE DES FILLES
OU
LA PHILOSOPHIE DES DAMES
DIVISÉE EN DEUX DIALOGUES
PREMIER DIALOGUE
SUSANNE ET FANCHON, personnages.
Susanne. Bon jour, Fanchon.
Fanchon. Ha! bon jour, ma cousine, et vous soiez la bien venue. Mon Dieu! que je suis ravie de vous voir! et quel bon vent vous ameine donc icy à cette heure que ma mère n’y est pas?
Susanne. Rien du tout que pour te voir, m’amie, et causer un petit avec toy, car il m’ennuyoit, je t’asseure, et il y avoit trop longtemps que je ne t’avois point veüe.
Fanchon. Que vous ne m’aviez point veüe? Vrayement je vous suis bien obligée de tant de peine. Et ne vous plaist-il donc pas de vous asseoir? Vous voiez, il n’y a icy personne que moy, avec nostre servante.
Susanne. Pauvre fille, que fais-tu là? Tu travailles.
Fanchon. Ouy.
Susanne. Hélas! je pense que c’est là ton plus grand affaire, car tu ne sors presque point de la maison, et les femmes te peuvent bien venir voir à ta chambre si elles veulent, car pour les hommes, c’est comme un couvent de religieuses, et il n’y en entre non plus que s’il n’en estoit point au monde.
Fanchon. Hélas! je vous laisse dire, ma cousine. Mais aussi, que ferois-je des hommes, à vostre advis, s’il n’y en a point qui pense à moi? Et puis ma mère dit que je ne suis pas encore assez bonne à marier.
Susanne. Pas bonne à marier [(1)]! une fille de seize ans, grande et grasse comme tu es! Voilà bien débuté pour une mère qui devroit songer à ton plaisir autant comme elle a fait au sien. Et où est l’amour et charité des pères et mères envers leurs enfants? Mais ce n’est point encore cela que je te voulois dire, car, dis-moy, au pis-aller, es-tu simple de croire qu’on ne puisse avoir compagnie d’homme sans estre mariée?
Fanchon. Nenny vrayement, vous ne me dites rien de nouveau, et ne sçavez vous pas aussi qu’il en vient icy assez souvent.
Susanne. Qui sont-ils donc, ces hommes-là? car je n’en vois point.
Fanchon. Qui ils sont? ah! il y a premièrement mes deux oncles, mon parrain, monsieur de Beaumont, mon cousin de la Mothe, et tant d’autres.
Susanne. Holà! c’est bien de ceux-là que j’entends! ce sont des parens, ceux-là, mais je dis des estrangers, moy.
Fanchon. Et bien! des estrangers, n’y a-t-il point du Verger, du Moulin, monsieur de Lorme et le jeune monsieur Robinet, que je devois nommer le premier, car il y vient assez souvent, luy, et me dit assez de fois qu’il m’aime et bien d’autres choses où je ne comprends rien. Mais à quoy me sert cela? je n’ai pas plus de plaisir avec ces hommes-là qu’avec ma mère et ma tante qui me font rire quelquefois, et j’ayme mieux qu’il n’en vienne point du tout, que de voir ces simagrées qu’ils font [(2)]; car quand je parle à eux, ils sont toujours avec plus de cérémonie et me regardent avec des yeux comme s’ils avoient envie de me manger, et au bout du compte ne me disent point un mot qui vaille; et quand ils s’en retournent, à leur dire, ils sont aussi peu contents comme quand ils estoient venus, et voilà bien de quoy me contenter; pour moy je suis lasse de tant de façons.
Susanne. Mais ne te disent-ils pas quelquefois que tu es belle, et ne te veulent-ils pas baiser ou toucher en quelque endroit?
Fanchon. Ho! ouy bien pour cela, ma cousine; mais Dieu! qui est-ce qui vous l’a donc dit? Je pense que vous devinez ou que vous estiez derrière eux quand ils me parloient, car je vous asseure que c’est la plus grande partie de ce qu’ils me content, de dire que je suis belle, et quelquefois ils approchent leur bouche de la mienne pour me baiser et me veulent mettre les mains sur les tétons; ils disent bien qu’ils prennent plaisir à toucher cela, mais pour moy je dis que je n’y en prends pas.
Susanne. Et les laisses-tu faire quand ils veulent faire ces actions-là?
[(3)] Fanchon. Vrayement nenny, car ma mère m’a dit que ce n’estoit pas bien fait de souffrir ces choses-là.
Susanne. Hé! que tu es innocente quand je t’écoute parler, et que tu es encore ignorante en tout ce que tu dis.
Fanchon. Et qu’est-ce donc à dire cela, ma cousine? et y a-t-il quelque chose à sçavoir que je ne sçache point?
Susanne. Il y a tout, et tu ne sais rien.
Fanchon. Dites-le moy donc, de grâce, afin que je l’apprenne.
Susanne. Voilà ce que c’est d’escouter toujours une mère et prester jamais l’oreille aux paroles des hommes.
Fanchon. Et qu’est-ce que les hommes nous apprennent tant, ceux-là qu’on dit estre si méchants.
[(4)] Susanne. Hélas! je le sçay depuis peu, ce qu’ils nous apprennent, à mon grand plaisir. Ils ne sont pas si meschants que tu penses, mon enfant, mais tu es aussi esloignée de le sçavoir qu’un aveugle de voir clair, et tant que tu seras privée de leur compagnie et de leurs conseils, tu seras toujours dans une stupidité et ignorance qui ne te donnera jamais aucun plaisir au monde. Car, dis-moy, en l’estat où tu es, comme une fille qui est toujours avec sa mère, quel plaisir as-tu que tu me puisses dire?
Fanchon. Quel plaisir? j’en ay plusieurs, ma cousine. Je mange quand j’ay faim, je bois quand j’ay soif, je dors quand j’ay sommeil, je ris, je chante, je danse, je saute, je vais me promener quelquefois aux champs avec ma mère.
Susanne. Tout cela est bel et bon, mais tout le monde n’en fait-il pas de même?
Fanchon. Et comment donc, ma cousine, y a-t-il quelque sorte de plaisir que tout le monde n’a pas?
[(5)] Susanne. Vrayement ouy, puisqu’il y en a un que tu n’as pas, lequel vaut mieux que tous les autres ensemble, tout ainsi que le vin vaut mieux que l’eau de la rivière.
Fanchon. Je demeure maintenant d’accord que je ne sçais pas tout, ma cousine, et ne sçais non plus quel est ce plaisir dont vous me parlez, si vous ne me le montrez autrement.
Susanne. Mais est-il possible que ces hommes à qui tu parles si souvent, et particulièrement monsieur Robinet, ne t’en ayent rien dit?
Fanchon. Non, je vous asseure, ma cousine; si c’est quelque chose de bon, ils n’ont pas eu la charité de me le dire.
Susanne. Comment, si c’est quelque chose de bon! C’est la meilleure chose du monde. Mais ce qui m’estonne plus que le reste, c’est que monsieur Robinet ne t’en ayt rien dit, luy qui t’a toujours montré plus d’affection que les autres; il faut que tu luy ayes rendu quelque desplaisir.
[(6)] Fanchon. Hélas! au contraire, ma cousine; il le sçait bien, et quand il soupire et se plaint auprès de moy, bien loin que ce soit moy qui luy cause ce mal, je luy demande toujours ce qu’il a et luy proteste toujours de bon cœur que je voudrois pouvoir quelque chose pour son soulagement.
Susanne. Ah! je commence à cette heure à comprendre votre mal à tous deux. Mais quand il dit qu’il t’aime, ne luy dis-tu point que tu l’aimes aussi?
Fanchon. Non, ma cousine, car à quoy cela serviroit-il? Si je croiois que cela fust bon à quelque chose, je le luy dirois, mais comme il n’est bon à rien, je ne me sçaurois contraindre à luy dire.
Susanne. Voilà qui t’a trompée, pauvre fille, car si tu luy avois dit que tu l’aimes, il t’auroit infailliblement monstré le plaisir que je te veux apprendre, mais il n’a eu garde jusques icy, puisqu’il luy estoit impossible à moins que tu ne l’aimasses.
Fanchon. Certes, vous me dites là une chose estrange, ma cousine, que pour aimer un homme de la sorte, on doit avoir tant de plaisir; car il me semble que quand j’aimerois Robinet et cent mille autres avec luy, je n’y en aurois pas davantage qu’en ne les aimant point.
Susanne. Cela seroit bon à dire, grosse sotte, si on estoit toujours à se regarder, mais que penses-tu? dame, on se touche quelquefois.
Fanchon. Mais je l’ay aussi touché plusieurs fois, et bien d’autres garçons aussi, mais je n’ay point eu pour cela plus de plaisir.
Susanne. Tu ne touchois que les habits, mais falloit toucher autre chose.
Fanchon. Oh! de grâce, ma cousine, ne me faites plus languir, si vous m’aimez, car je n’entends rien à tout cela; dites moy naïvement ce que je devois faire pour estre si contente avec luy.
[(7)] Susanne. Pour ne te plus tenir en suspens, tu dois sçavoir qu’un garçon et une fille prennent ensemble le plus grand plaisir du monde, et si cela ne leur couste rien du monde.
Fanchon. Ha! ma cousine, que j’ay desjà d’envie de le sçavoir. Hé! qu’est-ce, et comment est-ce?
Susanne. Donne toy patience, et je te diray tout. N’as-tu jamais veu un homme qui fust tout nud?
Fanchon. Non, jamais en ma vie; j’ay bien vu quelquefois des petits garçons.
[(8)] Susanne. Tout cela n’est rien; il faut qu’ils soyent grands, tout au moins de l’âge de dix et sept ans, et que la fille en ayt quinze.
Fanchon. Cela estant, non, je n’en ay donc point veu.
Susanne. Escoute, ma pauvre cousine, je t’aime trop pour te rien celer: n’en as-tu pas veu quelqu’un qui pissât, et cest affaire avec quoy il pisse?
[(9)] Fanchon. Ouy, bien cela, ma cousine; j’en ay une fois vu un dans la rue qui pissoit contre une muraille, et qui tenoit quelque chose en la main que je ne pouvois deviner, et comme il me vit venir du long du mur, il se retourna vers moy, et me fit voir comme un bout de boudin blanc qui estoit assez long, dont je m’esmerveillai que je n’en avois point de pareil.
Susanne. Et c’est tant mieux, pauvre ignorante, que tu n’en ayes point, car cela feroit que tu ne pourrois recevoir ce grand plaisir, mais je te diray encore à ceste heure bien des choses dont tu seras encore plus estonnée.
Fanchon. Ma cousine, vous m’obligerez, mais que je vous dise encore ceci auparavant: n’y a-t-il que les garçons et les filles qui peuvent avoir ce plaisir?
Susanne. Vrayement, nous sommes bien loin de compte, il y en a de toutes les façons [(10)]; il y a premièrement donc les garçons et les filles, et il y a les messieurs et les dames, qui est une autre façon, et de plus les maris et les femmes, mais tout cela s’appelle communément les hommes et les femmes.
Fanchon. N’y a-t-il pas de différence entre eux pour ceste chose-là?
Susanne. Le mary et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n’est pas encore si bon que les autres, à cause qu’il est plus ordinaire et que c’est leur pain quotidien; car c’est la difficulté et la rareté qui rend cela un petit meilleur, d’où vient que les femmes, pour prévenir à tout, quand elles sont mariées elles ont toujours des messieurs qui le leur font en cachette, à cause que le mary ne le veut pas et qu’il en seroit jaloux s’il le sçavoit.
Fanchon. Et pourquoy ne le veut-il pas?
Susanne. C’est un autre fait, et nous le dirons tantost pourquoy, mais le mary va bien chercher aussi ailleurs quand il est dégousté de sa femme, et tesmoin ton père qui a donné le plaisir à Marguerite, la servante que vous avez chassée. C’est pour cela que vous eustes tant de bruict dernièrement au logis. Hé bien! ta mère, qui est encore belle et qui sçait cela, penses-tu qu’elle n’ait pas quelques messieurs, en secret, qui lui viennent faire?
Fanchon. Je ne sçais pas, ma cousine, mais les messieurs et dames, qu’est-ce?
Susanne. Celui-là est bien-plus plaisant que les autres. Les messieurs, ce sont des personnes bien faites, mariez ou d’âge pour l’estre, qui cherchent à donner le plaisir aux femmes, et Paris en est tout plein; et les dames sont les femmes mariées ou veufves qui sont encore belles, et la plupart de grande condition, à qui les messieurs viennent donner le plaisir chez elles.
Fanchon. Vous me surprenez, ma cousine; et les garçons?
[(11)] Susanne. Les garçons et les filles, c’est le plus plaisant de tout, parce qu’ils sont plus frais et plus jeunes et que la jeunesse est bien plus propre à cela. Mais desquels dirons-nous, à ton avis, pour t’instruire?
Fanchon. Ma cousine, disons des garçons, qu’il y a plus de plaisir.
Susanne. Des garçons, soit. Premièrement, il faut que tu sçaches que cest engin avec quoy les garçons pissent s’appelle un vit.
Fanchon. Ah! vous jurez, ma cousine.
Susanne. Patience, non fait; hé! que tu es importune et qu’il faut bien vrayement que tu ostes tous ces scrupules, si tu veux que je te die quelque chose dont tu seras tantost ravie.
Fanchon. Hé bien! j’escouteray tout ce que vous voudrez.
[(12)] Susanne. Je dirai encore cul, con, vit et coüillons.
Fanchon. Hé bien! il n’importe.
Susanne. Cest engin donc avec quoy les garçons pissent s’appelle un vit, et quelquefois il s’entend par le membre, le manche, le nerf, le dard et la lance d’amour, et quand un garçon est tout nud, on voit cela qui lui pend au bas du ventre, comme une longue tette de vache, à l’endroit où nous n’avons qu’un trou pour pisser.
Fanchon. Oh! quelle merveille!
[(13)] Susanne. De plus, il y a deux ballottes dessoubs, qui pendent dans une bourse, qui s’appellent deux coüillons, mais il ne faut pas les nommer devant le monde, et qui sont de la forme, à les toucher, de deux grosses olives d’Espagne; et tout cela est environné d’un poil frisotté, de mesme qu’aux filles, et qui sied bien à le voir à l’entour.
Fanchon. Je comprends ce que vous me dites, ma cousine, mais pourquoy est-il fait comme cela aux hommes, et à quoy leur peut-il servir? ce n’est pas seulement pour pisser, autrement ils n’en auroient pas plus à faire que nous.
Susanne. Tiens, m’amour, c’est avec cela qu’ils nous donnent ce plaisir, car quand un garçon aime bien une fille [(14)], voici comment il luy fait quand il la rencontre seule en quelque part. Il se met à genoux devant elle et luy demande, le plus gracieusement du monde:—M’aimez-vous bien, ma bonne? car je vous aime bien aussi;—et tandis qu’il luy dit cela, il la regarde avec des yeux mourants, comme s’il avoit envie à se tuer pour elle, et si la fille luy dit:—Ouy,—alors il se relève, et la prend de force de corps, et la porte sur le lict, où il la couche à la renverse, et puis il luy trousse la cotte et la chemise, et luy fait ouvrir les cuisses bien large, pendant qu’il dénoue l’aiguillette de son haut-de-chausse pour se descouvrir aussi. Et quand il a fait, il se couche comme cela sur le ventre de la fille, et lui fourre, dans le trou par où elle pisse, ce long engin, avec le plus grand plaisir et délice du monde.
Fanchon. Je suis grandement estonnée de ce que vous me contez là, ma cousine. Mais comment peut-il faire pour entrer là dedans cest engin qui est si mol et si flasque? Faut donc qu’il l’enfonce avec les doigts.
[(15)] Susanne. Hé! pauvre idiote! il n’est pas toujours si mol quand cela arrive. Au contraire, quand il le fait voir à la fille, il est tout changé et ne paroist plus ce qu’il estoit auparavant; il est grossi et allongé de moitié, il est dur et roide comme un baston, et à force de se bander comme je dis, il y a une peau vers le bout qui se retire contre le ventre et descouvre une teste qui est faite comme un gros bigarreau rouge, et cela est plaisant à toucher au possible.
Fanchon. Et quand il bande, comme vous dites, c’est alors qu’il le fourre dans le trou de la fille?
[(16)] Susanne. Vrayement ouy, car il ne le pourroit autrement, mais c’est encore un autre plaisir de voir la peine qu’il se donne pour le faire entrer, car cela n’entre pas tout d’un coup, comme tu pourrois imaginer, mais petit à petit, et le garçon est quelquefois tout en eau avant que le tout soit dedans, à cause que le trou de la fille n’est pas assez large, et c’est là encore où il y a du plaisir, parce que la fille sent l’engin du garçon qui l’entr’ouvre à force et qui frotte fort contre les bords du con, ce qui la chatouille doucement et voluptueusement.
Fanchon. J’aurois peur, au contraire, que cela ne luy fist du mal.
Susanne. Point du tout, mon cœur, et cela luy fait grand bien. Il est bien vray que le premier coup de vit que l’on luy donne, en le luy mettant dedans, elle sent une petite cuisson, à cause qu’elle n’y est pas accoustumée, mais par après, cela ne fait plus que chatouiller et exciter le plus grand plaisir du monde.
[(17)] Fanchon. Et l’engin de la fille, comment l’appelez-vous?
Susanne. Je l’appelle un con, et quelquefois il s’entend par le bas, le chose, le trou mignon, le trou velu, etc. Et quand un garçon fait cela à une fille, cela s’appelle mettre vit au con, ou bien l’on dit qu’il la fout, la chevauche, et les garçons nous apprennent à dire cela quand ils nous tiennent. Mais garde-toi bien d’en parler devant le monde, car on dit que ce sont des vilains mots qui font rougir les filles quand on les leur prononce.
[(18)] Fanchon. O! je n’ai garde, vrayement, mais comment fait donc le garçon, ma cousine, pour faire entrer cest engin roide dedans le con?
Susanne. Il n’a pas plus tôt adjusté dans le trou de la fille, qu’il le pousse du croupion, et puis se retire un peu arrière, puis repousse plus fort avant, et la fille pousse aussi de son costé, pour l’enfiler mieux, tant que le tout soit dedans, et elle sent cependant remuer les fesses du garçon qui est dessus elle.
Fanchon. Il faut donc qu’il remue toujours, sans arrester aucunement?