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ALPHONSE ALLAIS

(OEUVRES ANTHUMES)
POUR CAUSE DE FIN DE BAIL
PARIS
ÉDITIONS DE LA REVUE BLANCHE
23, BOULEVARD DES ITALIENS, 23

1899

DU MÊME AUTEUR:

Volumes in-18 jésus, à 3 fr. 50

OEUVRES ANTHUMES
À SE TORDRE. PAS DE BILE. VIVE LA VIE! LE PARAPLUIE DE L'ESCOUADE. ROSE ET VERT POMME. ON N'EST PAS DES BOEUFS. AMOURS, DÉLICES ET ORGUES. DEUX ET DEUX FONT CINQ. LE BEC EN L'AIR.

CE LIVRE EST RESPECTUEUSEMENT DÉDIÉ À LA PATRONNE DU CAFÉ DE LA POSTE À LUZARCHES[1]

(ORNE)

[Note 1: Luzarches n'est pas dans l'Orne mais bien en Seine-et-Oise. Quand les Français se décideront-ils à apprendre la géographie?

(NOTE DE L'ÉDITEUR.)]

PRÉFACE

Beaucoup de personnes, lesquelles feraient, d'ailleurs, bien mieux de se mêler de leurs propres affaires, m'ont souvent objecté:

—Monsieur, vous donnez à vos ouvrages des titres qui n'ont aucun rapport avec la matière qui constitue le livre, comme par exemple On n'est pas des Boeufs, Le Parapluie de l'Escouade ou Amours, Délices et Orgues. Cette façon d'agir n'est point l'indice d'une mentalité bien sérieuse.

À la longue, ce reproche me piquait au vif et bientôt je m'efforçais à ne plus l'encourir.

Je n'y suis qu'à mi parvenu; pourtant il y a du progrès, jugez plutôt:

J'ai intitulé ce livre Pour cause de fin de bail, non pas qu'il y soit question de rien qui effleure ce sujet, mais simplement parce que je vais déménager au terme d'avril prochain.

Je devais cette explication au lecteur, je la lui ai donnée.

Nous sommes quittes.

L'AUTEUR.

UN POINT D'HISTOIRE RECTIFIÉ

À la prochaine réunion de l'Automobile Club, je me lèverai pour proposer une timide motion qui ne manquera pas d'ahurir, tout d'abord, les membres présents du comité.

Je demanderai qu'on élève, dans le jardin de notre nouvel hôtel, une statue, ou plutôt un groupe à Diogène, le regretté philosophe.

Vous aussi, graves lecteurs, vous aussi, frivoles lectrices, vous écarquillez vos pupilles en gens qui ne voient pas bien le rapport

Suit l'explication:

De nos longs travaux sur la civilisation grecque au temps d'Alexandre le Grand résulte ceci qu'on peut considérer à bon droit le vieux Diogène comme père de l'automobilisme, ou, pour parler plus juste, de l'autonneaumobilisme, ou encore du tonneautomobilisme.

Le tonneau qui servait de demeure à Diogène peut être admis comme la première roulotte connue, une roulotte sans chevaux, bien entendu[2].

[Note 2: N'existe-t-il pas de nos jours une voiture fort à la mode qui répond au propre nom de tonneau.]

Quant au mode de traction, ou, pour être tout à fait exact, de propulsion, c'est là que j'apporte ce qu'il y a de plus fraîchement débarqué en fait de documents.

Dans tous les traités d'histoire, mesdames et messieurs, il est question du cynisme de Diogène.

Ce mot cynisme, jusqu'à l'heure présente, fut interprété dans le plus faux des sens.

Un grand nombre de personnes et même de professeurs sont persuadés que Diogène était surnommé le Cynique parce que, n'ayant pas plus de pudeur qu'un chien, il se conduisait comme un cochon, si j'ose m'exprimer ainsi.

Biffez, bonnes gens, cette erreur, de vos tablettes.

Le mot cynisme, en ce qui regarde Diogène, doit être interprété dans un esprit purement sportif, comme, par exemple, hippisme, cyclisme, etc.

Le vieux philosophe grec pratiquait le cynisme comme le comte de Dion la voiture à vapeur, et Jacquelin le vélo, c'est-à-dire que, dans ses déplacements, il faisait rouler son tonneau par deux de ces molosses de Rhodes si réputés pour:

Leur vigueur à la fois et leur docilité.

Les bons toutous prenaient, si j'en crois mes documents, un vif plaisir à pousser de leurs pattes agiles la roulante demeure de leur très sage patron, cependant que le philosophe cheminait derrière eux avec, entre les dents, la pipe morale du mépris de l'humanité.

Ce patriarchal appareil ne rappelle évidemment que de très loin les moto-cars de chez Comiot, mais pour l'époque!…

Dans une prochaine causerie, car je crains, aujourd'hui, d'abuser de vos instants, je parlerai de la fameuse lanterne de Diogène, et je vous démontrerai, clair comme le jour, que l'acétylène n'est pas de création si récente qu'on le croit généralement.

GEORGETTE S'EST TUEE!

Le jour du Grand Prix, à Deauville, il fut convenu qu'on se rendrait le lendemain aux courses de Pont-l'Évêque, dans l'auto de Roseburn.

On partirait de bonne heure, dix heures au plus tard, et on déjeunerait en route, à la petite auberge du Douet de la Taille.

Un mot, en passant, sur ce modeste établissement dans lequel on savoure, soit dit sans reproche, la meilleure cuisine de tout le Calvados.

Située sur la route de Trouville à Caen, à l'intersection d'une autre voie dont j'oublie la provenance et la destination, tenue par les braves époux Morel, l'auberge du Douet de la Taille s'intitula d'abord: «Au rendez-vous des jockeys», pour cette raison qu'il existe, tout près de là, une vaste piste d'entraînement dont la clientèle constituait aussi celle de ladite maison.

Plus tard, beaucoup d'herbagers et de bouchers, qui se rendent chaque jeudi au marché de Beaumont-en-Auge, ayant pris l'habitude de s'arrêter chez Morel pour y boire un verre ou y déjeuner, l'enseigne s'allongea et devint: «Au rendez-vous des jockeys et des marchands de bestiaux

Plus tard encore, l'enseigne subit l'adjonction de MM. les cyclistes et, en ce moment, Constant Morel, grattant fièrement sa tête, se demande s'il ne siérait point d'adopter cette formule définitive alors: Au rendez-vous des jockeys, des marchands de bestiaux, des cyclistes, des automobilistes et autres.

Au rendez-vous de tout le monde, quoi!

Brave Constant Morel!

Nous dîmes à Roseburn:

—Tu emmènes Georgette!

—Jamais de la vie, par exemple!

Roseburn adore Georgette et jamais il ne l'emmène avec lui, nulle part! Expliquez cela.

Georgette adore Roseburn et, alors, dam! elle rage de ce que Roseburn ne l'emmène pas partout où va Roseburn.

Les scènes qui résultent de cette situation, vous les contemplez d'ici, n'est-ce pas?

Roseburn n'allègue qu'un motif pour expliquer son attitude, mais c'est un mauvais motif:

—Je ne t'emmène pas, parce que là où nous allons, ça n'est pas la place d'une femme.

—Les courses de Pont-l'Évêque, pourtant?

—Raison de plus!

Allez donc raisonner avec un tel dialecticien!

On avait pris rendez-vous chez Deschamps, au bar, et comme tout le monde était en retard, chacun en attendant les autres s'était vu contraint d'absorber plus de «John Collins» qu'il ne convenait réellement.

Et puis, il y avait aussi la chaleur!

Bref, quand nous arrivâmes au Douet de la Taille, la bonne Mme
Morel ne put s'empêcher de remarquer:

—Voilà des messieurs qui ont l'air de prendre la vie par le bon bout!

On se mit à table.

Le canard au sang (oh! ce canard!) ne fut qu'une bouchée pour nous, qu'une bouchée de petit enfant.

Nous allions passer à la suite quand, nageant dans sa sueur, un jeune groom cycliste de l'Hôtel de Paris apporta une lettre à Roseburn, une lettre de madame.

—Oh! la raseuse! fit notre ami. Vous permettez…

Décachetant la missive, Roseburn y jeta un regard distrait.

Soudain, nous le vîmes se lever, pâlir, chanceler…

—Ah! mon Dieu!

—Quoi? Qu'y a-t-il?

—Il y a que Georgette s'est tuée! Pauvre enfant! Et c'est moi qui suis cause de sa mort!… Georgette s'est tuée!

—Que racontes-tu là?

—Lisez plutôt.

Et du doigt, nous désignant un passage de la lettre, il lut «…
L'existence m'est devenue impossible, je me tue…»

—Peut-être y a-t-il encore de l'espoir? (Au jeune groom.) Qui t'a remis cette lettre?

—Madame elle-même.

—Comment était-elle habillée?

—En mousseline blanche.

—C'est bien cela! Romanesque comme elle est, la pauvre enfant a voulu se vêtir de blanc pour attendre la mort!

Cependant l'un de nous ramassait la lettre tombée à terre et en prenait une connaissance plus complète.

Voici ce qu'il lut: «… Dans ces conditions-là, mon cher ami, l'existence m'est devenue impossible. Je me tue à te le répéter, je finirai par te planter là, etc.»

Nous poussâmes tous un vif soupir de soulagement et reprîmes notre repas interrompu, non sans avoir dégusté un de ces vieux calvados, comme dit l'autre, qui vous remettent le coeur en place.

TRISTE FIN D'UN TOUT PETIT GROOM

C'est un fait-divers à la fois banal et navrant.

Beaucoup de Parisiens connaissaient le petit groom de Maxim's, le plus petit des grooms de Maxim's, celui qui était de taille si menue qu'un soir une horizontale des plus grises, abusée par l'uniforme écarlate de l'enfant, le prit pour une écrevisse et voulait, à toute force, lui arracher une patte.

(Sans l'énergie du peintre Paul Robert, le jeune groom passait un mauvais moment.)

Eh bien, le pauvre petit n'est plus: il a mis lui-même fin à ses jours vendredi matin à l'aube.

Jeudi dernier—nos lecteurs s'en souviennent probablement encore—c'était la Mi-Carême.

Or, précisément, ce jour-là, plusieurs clubmen déjeunaient au célèbre restaurant de la rue Royale.

Au dessert, l'un de ces messieurs, ne trouvant pas dans l'établissement les cigares qu'il désirait, pria le jeune groom d'aller lui en quérir une boîte au Tobacco-shop du Grand-Hôtel et lui remit, en vue de cette acquisition, un billet de cent francs.

L'enfant arriva sans encombres, mais le retour fut plus pénible.

Déjà une foule compacte et tumultueuse encombrait le boulevard, ardente au combat des confetti.

Parmi les rares masques qui émaillaient cette tourbe, quatre jeunes gens se faisaient particulièrement remarquer.

Déguisés en famille anglaise, l'un représentait le père, flanqué, naturellement, de longs favoris jaunes; le second était attifé en vieille milady à tire-bouchons; les deux autres portaient les costumes d'un ridicule boy et d'une burlesque girl.

Apercevant soudain le petit groom de Maxim's fendant péniblement la foule avec, sous son bras, sa précieuse boîte de cigares, le quatuor se précipita sur le jeune infortuné.

—Aôh! fit le vieux pseudo-Britishman affectant un dérisoire accent anglais, môa aimer bâocoup les bonnes cigares! Et mon fame aussi les bonnes cigares! Et ma baby aussi aimer les bonnes cigares! Et mon petit miss aussi aimer les bonnes cigares!

Malheureusement, les jeunes gens ne s'en tenaient pas à ce discours de mascarade; en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, ils avaient ouvert la boîte et saisi, chacun, un excellent spécimen de cette coûteuse marchandise.

Le pauvre petit avait beau se débattre, que faire contre une foule absurde à qui l'infortune d'autrui jette un aliment de plus dans le foyer des déchaînements et des folies!

Rien de contagieux comme l'exemple!

(J'ai stipulé dans mon testament une récompense de 100,000 fr. au savant qui découvrira le microbe de l'exemple.)

Encouragés par les mignonnes dimensions du petit groom, quelques intrépides gaillards achevaient de piller la boîte de cigares.

Comme de juste, le pauvre gosse n'osa point rentrer (ce en quoi il eut bien tort, car les clubmen étaient tellement saouls qu'ils ne se souvenaient plus de rien).

Tout le reste de la journée et toute la nuit, il erra sur les boulevards, dépensant les trois louis qu'on lui avait rendus sur son billet de cent francs en confetti, en rigolos, en toutes sortes de divertissements.

Au petit matin, après un court sommeil dans un massif des Champs-Élysées, le petit groom fut la proie pantelante du cruel désespoir.

Un long serpentin pendait de la branche d'un arbre presque jusqu'au sol.

L'enfant grimpa sur une chaise, fit un noeud coulant au ruban de papier, y passa la tête et, d'un coup de pied, s'envoya dans le paradis des tout petits grooms à qui les cohues stupides font de vilaines blagues…

Comme je le disais en commençant, c'est un fait-divers à la fois banal et triste.

GAUDISSART S'AMUSE

Et il a bien raison de s'amuser Gaudissart, pendant qu'il est jeune!

La vie est un pont, morne pont qui réunit les deux néants, celui d'avant, celui d'après.

Or, que faire sur un pont, à moins que l'on n'y danse tous en rond, ainsi que cela se pratique notoirement sur le pont d'Avignon?

Gaudeamus igitur, mes frères, et laissons les gens graves souffler ridiculement dans de ridicules baudruches qu'ils considèrent ensuite tels des blocs de Paros.

Voilà pourquoi j'aime les voyageurs de commerce, gens gais, philosophes et qui s'arrangent toujours pour take a smile with life, comme disent les Anglais.

Nous nous trouvions donc réunis, quelques-uns de ces messieurs, plusieurs chasseurs et moi, un récent soir, dans l'estaminet de la bonne auberge d'un voisin gros bourg.

Le patron du lieu est un fort brave homme légèrement candide et d'une indérapable complaisance.

Chacun le surnomme—je n'ai jamais su pourquoi—le père Becquenfleur.

Nul d'entre nous n'avait sommeil, et bien qu'on dût se lever de fort bonne heure le lendemain, personne ne se souciait d'aller se coucher.

Vite conclue, la connaissance entre les voyageurs et nous tourna plus vite encore à la cordialité parfaite.

Ces messieurs, d'ailleurs, étaient tous charmants.

L'un deux proposa:

—Voulez-vous qu'on fasse une bonne blague au père Becquenfleur?

Assentiment unanime.

Voilà notre farceur qui se pose juste en face de la vieille et ancestrale horloge et qui, dodelinant de la tête, l'index tendu, accompagne d'un balancement rythmique de tout son corps le mouvement du balancier.

Entre le père Becquenfleur?

—Zut! s'écrie le fumiste, c'est trop difficile!… C'est même impossible.

—Quoi donc qu'est impossible? s'informe l'ingénu bonhomme.

—Se mettre en face d'une horloge et suivre, le doigt tendu et en balançant le corps, le mouvement du pendule, tout cela, pendant cinq minutes, et sans ouvrir la bouche.

—C'est si difficile que ça?

—Je vous dis que c'est impossible.

—Allons donc!

—Voulez-vous parier?… Tenez, je vous parie du champagne pour toute la compagnie que vous n'y arrivez pas.

Le père Becquenfleur se gratte la tête, suppute et tient la gageure.

Pas un spectacle au monde ne me semblera jamais d'un comique comparable à celui que nous eûmes alors sous les yeux.

Le père Becquenfleur, serrant les lèvres farouchement, pour ne pas parler, avait contracté un mouvement qui rappelait celui de ces ours assis sur leur derrière et qui se balancent en mesure.

Pendant ce temps, l'un de ces messieurs courait à la cuisine et prévenait la mère Becquenfleur.

—Je ne sais pas ce qu'a votre mari… un coup de folie subite probablement. Il vient de s'installer devant son horloge, et il se balance comme cela, regardez, sans dire un mot… Vous devriez bien venir, nous sommes tous inquiets!

Un peu sceptique—elle en a tant vu, la pauvre femme!—la mère Becquenfleur consent tout de même à se déranger, et quelle n'est point son épouvante en constatant la parfaite véracité du récit du voyageur!

Elle se précipite sur son mari:

—Eh bien! quoi, mon bonhomme, qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce qui te prend? Mais parle donc!

Tout à l'idée de gagner son pari, le père Becquenfleur continue son dandinement et s'opiniâtre dans son mutisme.

La mère Becquenfleur se démente alors et clame:

—Maria! Augustine! Allez vite quérir le médecin! Mon pauvre bonhomme qu'est devenu fou!

Épouse dévouée, elle se jette en larmes sur son mari, le serre dans ses bras!

—Bougre de vieille g…! s'écrie alors le père Becquenfleur. Tu viens de me faire perdre au moins six bouteilles de champagne!

Et tous de rire.

DE L'INUTILITÉ DE LA MATIÈRE

Un fait des plus curieux et—je crois—sans précédent, vient de s'accomplir à l'Hôtel des Invalides, non sans jeter une énorme stupeur dans le petit monde de ces glorieux débris.

Deux pensionnaires de l'établissement, le nommé A… et le nommé B…, s'étaient pris, depuis longtemps, l'un pour l'autre, d'une vive animosité.

A… qui, au siège de Sébastopol, eut les deux cuisses gelées et, par la suite, amputées, est bien entendu, cul-de-jatte.

B…, lui, s'est vu, à Magenta, emporter les deux bras par un boulet (d'origine que tout porte à croire autrichienne): il est donc manchot.

Sempiternel motif de leurs discussions: la supériorité de la campagne de Crimée sur la guerre d'Italie, et réciproquement.

Dimanche dernier, vers le soir, les deux vieux braves, qui, des boissons fermentées, avaient fait usage excessif, redoublèrent d'acrimonie dans leurs propos.

B…, le manchot, alla même jusqu'à insinuer que le siège de Sébastopol n'était pas autre chose qu'une plaisanterie franco-russe des plus anodines et que, d'ailleurs, les Russes, c'est bien connu, aiment tant les Français qu'il leur répugnerait de tirer le moindre coup de fusil sur leurs alliés. Et puis, ajoutait-il, avoir les cuisses gelées, voilà-t-il pas une grande gloire! Un accident, tout au plus, à peine digne d'un hôpital civil.

A…. le cul-de-jatte, perdit patience:

—Si tu répètes ça, s'écria-t-il, je te f… mon pied dans le c…

B… le répéta.

Il n'avait pas plutôt terminé sa phrase que A… oubliant ses deux jambes restées là-bas, se levait, et avec une prestesse qu'on n'aurait pas attendue de lui, faisait le tour de B… et lui flanquait son pied dans le derrière.

Le manchot pâlit sous l'injure, puis, grinçant des dents, fou de rage, gratifia par deux fois son insulteur de soufflets retentissants; après quoi, se précipitant sur lui, il se disposait à l'étrangler de ses deux poings crispés.

Les témoins de cette scène pénible intervinrent alors et mirent fin au scandale.

Hein! Qu'est-ce que vous pensez de ma petite histoire?

Un cul-de-jatte qui flanque des coups de pieds dans le derrière d'un manchot lequel riposte par des giffles!!!

Vous haussez les épaules.

Fort bien, c'est si facile de hausser les épaules!

Mais de ces autres et suivantes histoires, que direz-vous?

Je vous laisse la parole, mon colonel:

«Je connais une jeune personne dont on avait amputé la cuisse; plusieurs fois elle s'est tenue et a fait quelques pas sur ses deux jambes, c'est-à-dire sur la jambe non amputée et sur la jambe de fluide vital; c'était ordinairement en sortant de son lit. Sa mère, témoin, était obligée de s'écrier:

«Ah! malheureuse! Tu n'as pas ta jambe de bois!»

» Un médecin de mes amis m'a assuré avoir vu un officier, dont la cuisse avait été amputée, marcher jusqu'au milieu de sa chambre sans s'apercevoir qu'il n'avait pas sa jambe de bois, et ne s'arrêter que lorsqu'il en faisait la réflexion; alors la jambe de fluide vital n'avait plus la force de supporter le poids de son corps.»

Haussez-vous encore les épaules?

Oui.

Eh bien! vous n'êtes pas poli pour l'armée, car ces deux dernières histoires de jambes de bois sont textuellement extraites du livre de M. le lieutenant-colonel Albert de Rochas sur l'Extériorisation de la sensibilité.

Ah! ah! vous ne rigolez plus, mes drôles!

Vive l'armée!

LA SÉCURITÉ DANS LE CHANTAGE

Je reçois d'un fidèle lecteur la lettre suivante à laquelle je ne veux pas changer le moindre iota, bien que j'en réprouve hautement l'immorale tendance.

Le sujet que recèle cette missive m'a semblé assez ingénieux pour amuser, durant quelques minutes, la masse croissante et si fine de nos lecteurs.

«Cher monsieur Allais,

» Malgré tous vos louables efforts pour imprimer à l'industrie un mouvement ascensionnel, pour engrener la science sur des rails inédits, pour,—en un mot—renouveler la face du monde actif, les affaires—(il est lamentable de le constater)—marchent de mal en pis, le commerce ne bat plus que d'une aile, le marché devient de plus en plus lourd, comme disent les agioteurs.

» Pour peu qu'ils soient probes, les trafiquants se voient destinés à une ruine certaine doublée d'un déshonneur imminent.

» C'est, pénétré de ces tristes remarques que je me suis décidé, dans ma hâte de jouir des bienfaits de la vie, à me mettre voleur.

» Tout aussi propre à exercer que n'importe quel commerce, le vol possède l'avantage d'enrichir plus vite celui qui le pratique et d'apporter à l'existence plus d'imprévu que ne saurait le faire le métier le moins monotone.

» Je me suis composé, monsieur, une moralité aussi haute que celle émanant du Code Napoléon.

(Napoléon! Ça lui allait bien, à celui-là, de codifier la protection de la vie humaine et de la propriété!)

» Je ne vole que les riches, et c'est du superflu de ces messieurs que je forge mon nécessaire.

» Jusqu'à présent, n'est-ce pas, mon cher Allais, rien d'extraordinaire; mais voici éclater mon originalité:

» Non seulement je me moque du Code, mais aussi je me ris de la maréchaussée.

» Je me suis rendu imprenable, ou à peu près (car, en ce bas-monde, on ne peut répondre de rien).

» Aidé d'une femme remarquablement intelligente, ma maîtresse, je dérobe (et rien n'est plus facile) les enfants en bas âge appartenant à des familles riches.

» Le soir même de ce rapt, la famille riche du bébé reçoit, par une voie mystérieuse, une lettre et un panier renfermant un pigeon voyageur.

» La lettre dit en substance: « Famille riche, si tu veux revoir ton pauvre enfant, insère dans la pochette attachée au cou du présent pigeon, dix jolis billets de mille francs, et demain matin, à la première heure, ton pauvre sale gosse te sera rendu.»

» Ce truc si simple ne rate jamais; allez donc suivre un pigeon voyageur dans les hautains firmaments!

» Mon pigeonnier est établi dans une nation voisine de la France, en un petit endroit plutôt écarté dont vous m'excuserez de ne pas vous indiquer l'adresse exacte.

» Et puis, tout cela, entre nous, n'est-ce pas, car ce genre d'industrie un peu spéciale ne gagne rien à une publicité, si intelligente soit-elle.

» Je serre, cher monsieur Allais, votre rude main caleuse de travailleur opiniâtre.

Signature illisible,
Pas d'adresse.

Où s'arrêteront l'audace et l'ingéniosité des malfaiteurs? C'est ce que se demandent les honnêtes gens, non sans une certaine appréhension.

SENTINELLES, VEILLEZ!

Aux yeux de tous les personnages compétents, le chien est appelé à jouer un rôle considérable dans les grandes guerres européennes.

Chiens sentinelles, chiens éclaireurs, chiens anticyclistes, chiens estafettes, on les met à toutes les sauces, les pauvres toutous.

Dans ce curieux sport, l'Allemagne, sans contredit, marche à la tête des autres nations militaires, et, chaque jour, c'est à qui de MM. les officiers prussiens imaginera une nouvelle application du chien à un emploi militaire.

Me promenant récemment dans les environs les moins explorés de Koenigsberg, j'ai été assez heureux pour assister (par le plus grand des hasards, d'ailleurs, car je m'étais trompé de route) à des exercices infiniment suggestifs et qu'il importe de dévoiler au plus tôt.

On jugera de la stupeur qui m'envahit quand, d'un petit bois où je me trouvais égaré, j'aperçus la scène suivante:

Des soldats français et des soldats russes (je crus rêver!) ou plutôt—disons-le dès maintenant—des Allemands déguisés en Français et en Russes, fantassins, cavaliers, artilleurs, etc., etc., donnaient à manger à une forte meute de chiens, de ces gros chiens comme on en rencontre dans les Flandres, qui traînent des voitures à lait.

Et c'étaient des caresses, et c'étaient des bonnes paroles et de gros morceaux de viande!

Quand les chiens furent bien gavés, tous ces faux Français, tous ces pseudo-Russes les attelèrent à de petits chariots, les attachèrent à des piquets, grimpèrent à cheval et disparurent bientôt au loin.

Quelques instants plus tard surgissaient d'autres soldats, d'uniforme allemand ceux-là, qui se précipitèrent sur les chiens à coups de pied, à coups de fouet, et arrachant aux pauvres animaux les quelques os qu'ils rongeaient encore.

Après quoi, ils les détachèrent au son de mille horribles clameurs.

Comme bien vous le pensez, les infortunées bêtes n'attendirent point leur reste: en quelques minutes, tous les chiens, au grand galop, avaient rejoint leurs bienfaiteurs français et russes, là-bas, dans la campagne.

Qu'est-ce que cet étrange manège pouvait bien signifier?

Je résolus d'en avoir le coeur net et, au risque de me faire coffrer, je prolongeai mon séjour à Koenigsberg, poursuivant sans relâche et avec une remarquable intelligence mes patriotiques investigations.

La conversation d'un lieutenant pris de boisson me mit bientôt au courant.

Les chiens dont je viens de parler sont en cas de guerre, dressés à fuir, eux et leurs attelages, les troupes allemandes, pour aller rejoindre ces Français, ces Russes, dont ils n'ont jamais reçu que de bons traitements.

Les petites voitures qu'ils traînent derrière eux seront alors chargées d'effroyables substances dont l'explosion mettra fin à des milliers d'existences.

Le moment de la détonation peut être déterminé à une seconde près, grâce à un système d'horlogerie qu'on règle selon la distance qui sépare de l'ennemi.

Et ça n'est pas plus difficile que ça!

J'ajouterai que, ces chiens étant rendus aphones par une opération chirurgicale et les roulements des chariots se faisant sur caoutchouc, pas un bruit ne saurait révéler l'approche de cette terrible et ambulante machine infernale.

Messieurs les Français, vous voilà avertis!

UN BIZARRE ACCIDENT

Voulez-vous, mes petits amis, pour nous délasser un instant de la fixité de nos regards vers l'Est, jeter un léger coup d'oeil sur le laps de ces trente derniers ans passés, et alors, nous serons stupéfaits en considérant les progrès énormes accomplis par la pratique du vélocipède.

Avant les regrettables événements de 70-71, le vélocipède existait bien, mais sous la forme de rares spécimens. (Vous êtes trop jeunes pour vous rappeler cela.)

Il n'avait pas, d'ailleurs, revêtu la forme que nous lui connaissons actuellement, et même il prêtait au sourire de la grande majorité des Français d'alors.

Quelques rares originaux et qui ne craignaient point d'affronter les ricanements de leurs contemporains faisaient, seuls, usage de bicycles (comme on désignait les dites machines) et s'attiraient des piétons la spirituelle appellation d'imbéciles à roulettes!

Comme c'est loin, tout ça!

Aujourd'hui, en dépit de quelques grincheux, le cyclisme semble être entré définitivement en nos moeurs.

Dans les bourgades les plus reculées, on rencontre de nombreux vélocipédistes dont certains appartiennent parfois à d'humbles conditions, car, ainsi que la démocratie, la bicyclette coule à pleins bords.

Je n'entreprendrai pas l'apologie de ce nouveau mode de locomotion: des plumes autrement autorisées que la mienne l'ont déjà fait avec un rare bonheur. (Avez-vous lu Voici des ailes, de Maurice Leblanc? Non. Eh bien, lisez-le, et vous me remercierez du tuyau.)

Ah! dame! la bécane procure quelquefois de petits ennuis. Cette médaille a un côté pile, ou plutôt pelle, pas toujours drôle, sans compter le passage du sportsman sous la roue de pesants camions, ou le piquage de tête dans les gouffres embusqués au coin d'insidieux tournants.

Ou des accidents plus étranges encore, témoin celui que voici:

Dimanche dernier, un groupe joyeux d'environ vingt vélocipédistes de l'A. T. C. H. O. U. M. (Association des Terrassiers Cyclistes du Havre et des Organistes Unis de Montivilliers) remontait, en peloton compact, le chemin creux qui, partant de la route de Cabourg à Étretat, aboutit au plateau de Notre-Dame de Grâce, près Honfleur.

Tout à coup, pareillement au crépitus d'un canon à tir rapide, une série de détonations déchira l'air.

Les vingt pneux des camarades venaient d'éclater.

(Accident? Malveillance? C'est ce que l'enquête ouverte par l'A.T.C.H.O.U.M. établira.)

Nos gaillards eurent bientôt fait de réparer le désastre, mais au moment où, d'un énergique et simultané travail, ils regonflaient leurs pneumatiques, voici qu'ils tombèrent tous sur le sol, en proie à des mouvements spasmodiques, et comme asphyxiés, les pauvres!

L'explication du phénomène est bien simple: les vingt-cinq pompes de ces messieurs, absorbant l'air ambiant pour l'enfourner au sein des caoutchoucs, avaient fait le vide dans le chemin creux et les cyclistes subissaient les affres du petit oiseau que, dans les laboratoires, on met sous la cloche de la machine pneumatique.

L'accident, par bonheur, n'eut pas de suite, une forte brise ayant ramené de l'air dans ces parages; mais tous les affiliés de l'A.T.C.H.O.U.M. ont bien juré que cette mésaventure leur servirait de leçon.

PÉNIBLES DÉBUTS

Une des premières visites que fit ce jeune homme, débarquant à Paris, fut pour moi, moi son vieux concitoyen.

—Une place? lui répondis-je, une belle place? Vous cherchez une belle place?

—Dam! aussi belle que possible.

—Eh bien, mon cher ami, je puis vous en indiquer une superbe!

—Ah! vraiment. Laquelle?

—La place de la Concorde.

Cette facile plaisanterie, vieille déjà de pas mal d'années, continue à m'enchanter comme aux premiers jours (ainsi certains vieillards conservent jusqu'au seuil du sépulcre la plus réjouissante allégresse).

Le jeune homme consentit à sourire, mais je vis bien qu'il ne goûtait pas intégralement ma petite facétie.

Pour le remettre en joie, je l'entraînai vers un bar voisin que je connais et où l'on rencontre le seul gin buvable de Paris.

Un vieux camarade, étrange type et fertile en avatars, s'y trouvait déjà.

—Comment va?

—Et toi?… Rien de neuf?

Je présentai mon jeune ami au personnage.

Justement cela tombait bien, le personnage venant d'acquérir un journal du soir et recrutant pour son organe une rédaction jeune, ardente et pas encore compromise. C'était touchant d'entendre le monsieur parler de la sorte.

Il fut convenu que mon protégé ferait partie du vespéral canard en question et qu'il écrirait chaque jour un Croquis de Paris de vingt ou trente lignes.

—Mais, protestait mollement le jouvenceau, je ne sais pas si je saurai, moi d'hier à Paris, écrire des choses bien parisiennes.

—Au contraire, mon garçon! affirmait l'autre. Ce sera bien mieux ainsi. Vous verrez Paris sous l'angle charmant de vos yeux ingénus et vous le décrirez d'une plume non encore souillée des mille compromissions de la capitale!

(Mon vieux camarade use parfois de ces termes grandiloquents.)

—Alors, entendu.

—Quant aux appointements,—je vous avoue que je suis pour l'instant un peu serré,—je ne saurais donc vous gorger d'or. Je vous offre 150 fr. par mois—somme dérisoire, je le sais… Ce sera pour vos cigares…

—Je ne fume pas.

—Tous mes compliments, jeune homme; je voudrais pouvoir en dire autant.

Ce fut donc convenu.

Dès le lendemain, le jeune homme entrait en fonctions.

Chaque jour, il abattit son petit Croquis de Paris, pas plus mal qu'un autre, ma foi, et même souvent de fort gentille tournure.

À la fin du mois, un peu ému, il se présentait à la caisse.

—Vous désirez? fit l'argentier.

—Je suis M. Un Tel, j'appartiens depuis un mois à la rédaction du journal, à raison de 150 fr. par mois, lesquels cent cinquante francs j'aimerais bien toucher à cette heure.

—Je n'ai pas d'ordre, monsieur. Voyez le directeur.

D'un bond, le jeune homme était chez le directeur.

—On refuse à la caisse de me régler mon traitement de ce mois.

—Quel traitement?

—Les 150 fr. que vous m'avez promis.

—Pardon, jeune homme, je vous ai, en effet, promis 150 fr.; mais, avais-je ajouté, c'était pour vos cigares. Or, vous m'avez déclaré vous-même que vous ne fumiez pas.

—!!!!!

LA SCIENCE ET LA RELIGION—ENFIN—MARCHENT LA MAIN DANS LA MAIN

(Panneau allégorique)

Vous souvient-il de cette amusante scène d'une vieille opérette d'Hervé, dans laquelle, un homme venant d'avoir l'oeil crevé par accident, arrive le médecin mandé à la hâte?

Au lieu de se ruer vers le plus immédiat des pansements, l'homme de l'art s'assied dans un fauteuil, et, doctoralement, s'informe des antécédents, et surtout des ascendances du blessé.

—N'auriez-vous pas eu, s'enquiert-il, dans vos parents, quelqu'un qui fût sujet aux affections des yeux?

Aux temps héroïques de l'admirable Hervé, les microbes n'existaient pas, ou plutôt ils existaient mais n'avaient pas encore essuyé l'effroyable publicité qui sévit sur eux depuis quelques années et dont ils se passeraient si bien, d'ailleurs.

Sans cela, Hervé eût complété sa plaisanterie et, sur des rythmes loufoques, expliqué que l'accident du bonhomme provenait, non point d'un cruel traumatisme comme on aurait pu se l'imaginer, mais bien de l'existence préalable d'un virulent microbe, le microbe de l'oeil crevé.

Ne riez pas, frivoles lecteurs!

Si nous n'avons pas encore le microbe de l'oeil crevé, nous détenons, au moins, celui du coup de soleil!

Ne continuez pas à rire, captivantes lectrices!

Le microbe de l'insolation vient d'être découvert et isolé par un médecin autrichien, si j'en crois (et j'en crois) la docte Causerie scientifique de notre savant et pittoresque confrère Henry de Varigny (le Temps, de samedi dernier).

Oui, mesdames et messieurs, l'insolation n'est plus un accident dû à la chaleur, il devient l'effet d'une infection microbienne que—le savant autrichien consent à admettre ce léger détail—favorisent les hautes températures.

«Cette méchante bestiole—je copie mon auteur—se tient avec prédilection dans la poussière du sol; elle hante surtout les routes un peu encaissées où elle guette le passant pour se précipiter dans ses poumons, tandis qu'il halète, et l'infecter.

» Il est vrai que le nombre et la variété des microbes qui se peuvent rencontrer dans la poussière de nos routes sont grands, et, dès lors, le signalement manque de précision. Apprenez alors que ce microbe présente encore ce caractère de ressembler beaucoup au microbe de la petite vérole.»

Suivent quelques lignes sceptiques de notre chroniqueur physiologiste.

Je ne partage pas, moi, l'affreux doute de M. de Varigny, et je me rallie à cette doctrine panmicrobiste qui rassemble déjà tant de passionnés adhérents.

Et celui qui tient en moi ce langage, ce n'est pas tant le savant austère que le catholique fervent.

La prescience de Dieu, l'intégrale prescience de Dieu, n'est-ce point le dogme indiscutable, fondamental et sacré?

Alors quoi d'étonnant à ce que Dieu, lequel a créé les microbes, comme il a créé toutes choses et tous êtres, quoi d'étonnant à ce que Dieu opère d'avance une sage distribution, bien raisonnée, de ces bestioles? À qui doit mourir du choléra, Dieu dépêche les microbes du choléra, de même qu'il décerne le microbe du coup de pied dans le cul à celui qui doit recevoir un coup de pied dans le cul.

Et maintenant, tas de francs-maçons, ne me parlez plus des conflits de la Science et de la Religion!

LE DROIT DE BOUCHON

Selon l'usage et comme tous mes confrères, j'ai fermé Vendredi-Saint dernier, ma boutique de charcuterie, et suis parti vers la banlieue, du côté de Saint-Ouen, hameau réputé pour sa riche floraison en tessons de bouteilles.