Le livre du faulcon

la blanche
chascun soit content de ses biens
qui n'a sufisance n'a riens

Le petit laurens

Rondeau escript de par le faulcon au faulconnier

Incessamment mon pouvre cuer lamente

Sans nul repos souvenir me tourmente

Ayant ennuy du souldain partement.

Banye me a de tout esbatement

Et si languis pres de mort veeemente.

A grant regret mon refuge me absente.

Voisine n'ay qui tant de douleur sente

Force m'est bien de plorer tandrement.

Incessamment

A rien que dueil je ne metz mon entente

Voire si grant que chascun jour de rente

Cent mille fois je pers mon sentement.

Or voy je bien que pour tout payement:

N'auray d'amours fors estre malcontente

Incessamment

L'acteur.

Prologue decleratif de la matiere de ce present livre appellé le faulcon

Pour faire passer temps aux seigneurs dames escuiers et damoiselles qui voulentiers oyent parler du deduyt de chiens/ d'oyseaulx et d'amours J'ay entreprins mettre par escript ung cas puis certain temps advenu en france de deux gracieux amoureux. C'est assavoir ung honneste gentil homme. Et une noble damoiselle Lesquelz combien qu'ilz s'entraymassent leaulment eurent merveilleuse fortune/ terrible empeschement & dangereux destourbier par le pourchas de faulx jaloux/ envieux & raporteurs et soit notoire a tous lecteurs & audicteurs de ce present traictié que par le faulconnier j'entens le gentil homme amoureux et par le faulcon la gente damoyselle dame en amours/ par les troys oyseaux comme lasnier sacre tunicien. je prens trois autres demoiselles estans de la compaignie dudit faulcon mettent peine & diligence de reveler/ rompre & adnichiler l'acoinctance desdiz amoureux & des chiens pareillement se doit entendre. Si prie a tous ceulx qui verront ce present volume qu'ilz supportent l'ignorance du compilateur & s'ilz commencent a le lire qu'ilz ne veuillent desister jusques a ce qu'ilz aient leu tout du long car en la fin sont les enseignemens bonnes meurs exemples & auctorités que peuent prouffiter a tous amoureux & autres hommes & femmes de tous estatz

Vous qui d'amours voulés sçavoir.

Estudiez ceste escripture

Ce petit livret venés voir

Vous qui d'amours voulés sçavoir

Si pourrés bon exemple avoir

Se vous retenés la lecture

Vous qui d'amours voulés sçavoir

Estudiez ceste escripture

Le faulconnier.

Lors que zephirus le gracieulx vent commence a aspirer sur les arbres/ plantes herbes & arbustes pour les revestir de robes fleurs/ feuilles & fruitz. Et que le poindant boreas se retraict es tenebreuses cavernes soubz la conduicte de colus. c'est assavoir a l'issue du moys d'avril. Et a l'entree du plaisant moys de may quant les champs/ les prez/ les vergiers/ les jardins reprenent leur joieuse verdure je me trouvay ung jour tout pensif actainct de merencolye & tendant a pesante sonnolence en telle maniere que je fus contrainct de moy getter sur la couche mettre la teste sur l'orillier & prendre aucune porcion de repos. Or advint que comme j'estoye demy veillant demy dormant les yeulx moitié clos moitié ouvers je fus ravi en esprit & m'aparut aucune chose merveilleuse. Ne sçay proprement juger si ce fust ou songe ou vision mais il m'estoit advis que en une plaine grant et large je consideroye divers oyseaulx de divers plumaiges & de diverses aires pareillement divers chiens de divers poil et de diverse grandeur lesquelz chiens & oiseaulx tresmal s'entracordoient tant au deduyt de la chasse comme du gibier

En may que les champs sont tous vers.

Et de verde couleur couvers

Par nature qui tout consomme

Fus assommé d'un pesant somme.

Qui m'endormit les yeulx ouvers.

Au lict me couchay de travers.

La teste hault le corps envers

Comme fait ung doloreux homme.

En may

Dormant ainsi tout a revers.

Je songay ung songe divers.

Qui mon solas blesse et assomme.

De chiens d'oyseaulx je vis grant somme

les ungs bons/ les autres parvers.

En may

En ce songe demouray longuement

puis a l'aube du jour fus esveillé.

Non congnoissant ou j'estoye ne comment

car du songe me senty travaillé

mon esprit fut tout esmerveillé.

Investigant le voir ou la mensonge

Bien est saige qui peut juger de songe

Je me levay pour aller au desduyt

Sans regarder se thitan reluysoit.

ou se phebé avoit close la nuyt

Et sans penser qui m'aidoit ou nuysoit.

Advis m'estoit que pan me conduysoit.

pour me mener avec les pastoureaulx

c'est ung grant fait que de songes nouveaux

Demy vestu demy ne sçay comment

Je m'en alay le long d'une riviere.

Moult ofusqué de tout entendement

tousjours courant sans ordre ne maniere

Je ne doubtoys ne devant ne derriere.

tout m'estoit ung je n'avois nul soussy

c'est grant dangier que d'ung homme transy

En ceste fantastique ymaginative cheminay assés longuement entre ung bois et ladicte riviere tellement que pour l'interrupcion de ma premiere dormicion et repos fus derechef abatu par naturel sommeil et me convint mettre soubz ung esglantier vert qui estoit moult proprement circuy de petis arbrisseaulx portans les aucuns feulles vertes/ les autres fleurs et les autres boutons desquelz l'odifferance estoit tant souef & doulce que tout cueur humain en eust esté refait/ replet et refectionné

Soubz lesglantier je me mis a repos.

Environné d'arbres & de buissons.

Mais il convint tantost changer propos

par les oyseaulx & par leurs joyeux sons

plaisans serins/ lynotes & pinsons

vindrent illec voleter hault & bas

cueur amoureux ne demande que esbas

Autres oyseaulx sur l'esglentier jargonnent

en ung bas chant ne sçay qu'ilz veullent dire

Et dessus moy alouettes resonnent.

Montant en hault et disant lire lire.

Mains divers chans j'entr'oÿs tire atire

Sonnans/ bruyans melodieusement

Oyseaulx divers chantant diversement

Lors y survint ung roussignol aussi

Qui dessus tous me fist lever la teste

car il chantoit aussy aussy ocy

De bien chanter avoit la langue preste.

Quant je l'ouys je ne fis point d'arreste

Je me levay au chant melodieux

Plaisant oiseau fait ung homme joyeulx

Le faulconnier.

Aprés les amoureux chans des petis oyseletz moy tousjours estant en fantasie me pris a cheminer par my une lande mignonnement revestue de plusieurs verdures odoriferentes comme romarins aulbespins/ lavandes marjolaines & autres herbes de diverses saveurs Et tellement qu'en cheminant je commençay a voir ung chasteau moult fort. tresentier de murs et bien fortifié de tours vers lequel pour la delectabilité du lieu je m'adressay esperant y trouver quelque honneste gentil homme qui pour ce jour me receust & congneust ma necessité ou quelque belle dame qui me fist aucun entretenement ou gracieux recueil.

Pensif aloye.

Par ceste voye.

Tousjours l'euil dessus ce chasteau.

Je pretendoye

et demandoye

desduit ou de chien ou d'oyseau

maint beau preau

maint doulx royseau.

Trouvay tandis que cheminoye

Seurement va qui ne fourvoye

Ainsi comme je vous raporte

le chasteau je vis clerement.

Si m'aprouchay pres de la porte.

Querant mon rejouyssement

Puis y entray facillement.

Au moyen d'une jeune dame

Il n'est doulx actraict que de femme.

Par son moyen au chasteau vins

ainsi q'un homme adventureulx

de chiens d'oyseaulx plus de six vings

trouvay dequoy je fus joyeulx

pour voir ce beau lieu sumptueulx

me tiray ung peu a l'escart

qui trop se haste il est quoquart

Le faulconnier.

Comme je fus entré dedans soubz l'assurance de ladicte dame & que je consideroye les premiers edifices se tira vers moy ung gracieux escuyer qui aucunement apperceust que je n'estoye ne du tout joyeux ne du tout triste & me mena ung petit plus avant lors advisay soubz une gallerie iiij. oyseaulx perchez & soubz iceux quatre chiens couchés lesquelz chiens quant a condicion de chasse se monstroient totalement de semblables. Aprés ces choses veues je pris audasse & couraige de monter jusques en une moult riche sale. en laquelle je trouvay ung noble & gracieulx seigneur tenant par la main une dame gorriere et parlant de plusieurs choses touchant la police & chose familiere de son hostel: Mais comme je puis entendre aprés que luy et la dame eurent bien au long blasonnez leurs chiens & oyseaulx tousjours retournoient par maniere de Refrain a parler tant seulement de l'un du quel cy aprés sera faicte plus expresse mencion.

La salle estoit honnestement tendue.

de beaux tapiz de couleur blanche & verte

a tous venans vis la nape estendue

comme se fust d'un prince court ouverte

a ceste heure j'euz congnoissance apperte:

qu'en gentil cueur ne gist que gentillesse.

donneur scet peu qui ne hante noblesse.

Par compas et pas apas.

fus longuement a penser

par compas et pas apas.

sans boyre ou prendre repas

sans mesure trespasser

pensay qu'en si noble cas

n'ouys oncques altercas

ne debatre ne tenser

pour plus aise temps passer

je regarday hault et bas

mais a voir recommancer

les champs/ les jeux/ les esbas.

fus longuement a penser.

La gracieuse courtoisie et la courtoise gracieuseté du gentil seigneur/ pareillement la doulce humilité & l'umble doulceur de la noble dame me firent plus gracieux accueil qu'a moy n'appartenoit Et me contraignirent prendre place sur ung banc couvert de tresbeaulx tapiz semés de diverses fleurettes et brochiez d'or/ d'argent et de soye Ou quel lieu estant moitié hardy moytié honteux prins plaisir d'escouter et entendre les devis de plusieurs nobles gentilz hommes et gracieuses dames et damoyselles qui a ceste mesme heure traictoyent de joyeuses matieres comme danses bancquetz chiens oyseaulx armes & amours Et par dessus tous les autres le seigneur dudit chasteau se print a parler moult haultement & honnorablement du fait de ses oyseaulx et de sa faulconnerie aux parolles duquel j'entendis qu'il avoit quatre oyseaulx singuliers C'est assavoir ung beau sacre ung plaisant lasnier/ ung gracieulx Tunicien et ung gentil faulcon: Et combien que tous ces quatre eussent beaucoup de perfections toutesfois ne faisoit de nul si grant extime comme d'icelluy faulcon. Car a luy seul donnoit louenge totalle & excellent blason Et entre autres devises parlant. la dame disoit telz motz ou la substance. O comme j'ay ung gorgias & honneste faulcon plaisant mué hors de sorage croizé d'elles grosse poitrine bien armé droit sur la perche d'asseuree & ferme contenance. Sa grant beaulté/ son reluysant plumaige/ sa gente maniere monstrent bien que il procede de une ayre noble/ franche louable & magnanime Aprés telles parolles ou semblables j'aperceu d'autre costé le faulconnier du seigneur qui souvent alloit & venoit visiter les oyseaulx dessus nommés Mais entre les autres tosjours getoit son regart vers ledit faulcon et en pensoit trop plus curieusement que de nul des troys si congneuz bien au trait de ses yeulx qu'il estoit totallement espris de l'amour d'icelluy. Car mesmement a ceste heure aprés certaines diligences faictes autour dudit faulcon se vint rendre devant la perche pour le regarder face a face. Et en le regardant devint soudainement pensif triste & merencolique puis commença a parler en la maniere qui s'ensuit

Le faulconnier.

J'ay par deux ans employé ma puissance

sur ung faulcon pour prendre mon desduit

a le veiller j'ay pris toute plaisance.

Bien le pensant & de jour et de nuyt.

Et quant je veuil le reclamer il fuyt

au contraire de mon intencion

vol de faulcon donne vexacion

Fait m'a souvent travailler.

a le veiller & siller.

voulant du tout le parfaire.

contendant la pareiller.

Ou son naturel gibier.

Note qu'ainsi se doit fayre.

Or ne le puis je reclamer

tant doulcement le saiche amer

ou entretenir jours et nuys

j'en ay souffert maint goust amer

gardant son honneur sans blasmer.

et ne sçay en quel point j'en suys

de mon faulcon joÿr ne puys

ne recouvrer quelque lyesse.

oyseaulx donnent joye & tristesse

l'une foys il vient pres du poing

l'autre fois il se tire loing

faignant que jamais ne m'a veu

au reclamer je prens grant soing

et si ne sçay pas au besoing

se de luy je seray deceu

je l'ay tousjours pensé et peu

tout au mieulx faire que j'ay peu

selon sa nature et son aage

je l'ay nourry mignon et dreu

puis le couraige luy est creu.

quant il a congneu son pennage

Je l'ay doulcement traicté

Afaicté

Et l'ay fait au chapperon

fust yver ou fust esté

j'ay esté.

tousjours pres ou environ

par raison

l'ay entretenu si beau

qu'il a bouté le cerceau

paré de plaisant pennage

decoré de beau plumage

est le faulcon dessusdit

l'une fois est a mon dit

l'autre fois il est sauvaige

comme le faulcon ramaige

qui jamais homme ne vit.

Quant le faulconnier tout stomaqué eut prononcé les vers satiriques cy devant escriptz le faulcon qui avoit l'usaige de bien parler impacient aucunement de ce qui estoit inferé contre luy se print a respondre en cette maniere. O gentil faulconnier qui par certaine & longue experience congnoissés ma nature vous devés sçavoir que je suis oiseau de haulte helle & ne viens pas pour reclamer ou appeller. Mais suis tel que de propre condicion je demande le leurre considerez que je ne suis autour/ tiercelet ne esprevier qui pour sibler ou monstrer helle de quelque pigeon caille ou perdris viennent incontinant sur le poing. Sçaichés mon gentil faulconnier que pour ainsi me reclamer vous ne jouyrés pas de moy mais se rien entendés quant au desduit de chiens ou d'oyseaulx vous devés sçavoir que entre faulconnerie & autrusserie y a moult grant difference. car les autrussiers appellent communement leurs oyseaulx par aucune maniere de sibler ou par ung cry que l'on dit .tou.tou.tou. mais les faulconniers ont toute autre maniere de faire car pour cryer ou sibler ne joÿront de leur oyseau si n'est par ostencion du leurre. Et qui plus est si le leurre n'est souffisamment garny de ce qui luy appartient troys foys ensuivant a la quatriesme fois il le renonce Et pourtant ne pensés pas me faire venir sur le poing comme ung esprevier ou simple tiercelet car sans leurre fourny comme faulcon le requiert ja n'aurés joÿssance de moy. N'avés vous pas experimenté que quant le faulcon a acoustumé ung leurre plaisant ou il le voit branler il y retourne voulentiers cella luy est de propre inclinacion naturelle. A tant se teut le gentil faulcon Et le faulconnier qui avoit diligemment noctés ses motz commença a parler en telle façon

Or voy je bien que par autre façon.

convient traicter ce gracieux faulcon.

et qu'il y fault trouver meilleur moyen.

je pers mes jours mon temps et ma saison

pour reclamer ne vient point a raison

car pour ma voix il ne se mue en Rien.

deux ans y a qu'en ce point l'entretien.

mais j'apperçoy que de mon fait n'a cure.

chascun oyseau desire sa nature.

Puys qu'ainsi est ung leurre je feray.

sy beau si gent si mignon si plaisant

que je cuide quant je l'appelleray

il y viendra s'il n'a cueur desplaisant.

mettre y vouldray viande bien duysant.

car je congnois ce qu'il ayme le mieulx

oyseau bien peu doit estre gracieulx.

J'ay bien pensé du leurre composer.

et d'y poser de si gentes plumettes

que faulconnier ne sçauroit composer

pour ung leurre viandes si doulcettes

cailles/ perdris/ petites alouettes

faisans/ butours & le heron montant.

cueur assouvy doit bien estre contant

L'acteur

Aprés que l'amoureux faulconnier eut dicte ceste proposicion considerant que pour avoir tel oyseau sa mode de reclamer n'y estoit aucunement convenable rememorant aussi la response dudit faulcon qui faisoit bien a nocter en cestuy cas. Commença a composer ung leurre le plus honnestement & curieusement que possible luy fut Et y mist plumages odeurs & saveurs que peuent avoir tous oyseaulx subgectz a vol & juridicion dudit faulcon: mais tant y eut que combien que le leurre fut bien actinté & garny de viandes et de pennage pour rien que le faulconnier le sceust appeller oncques le faulcon ne daigna approcher. mais comme par obstinee partinacité demoura ferme en son oppinion & mist tousjours reffus a son leurre toutesfois ne fut pas si mal gracieux qu'il ne parlast derechef au faulconnier en luy faisant ceste remonstrance O gentil fauconnier j'apperçoy que vous faictes leal devoir de me appeller & leurrer selon vostre entendement & maniere: Mais une faulte y a: que le leurre dequoy vous m'appellés n'est ne tel ne si suffisant comme je le desire & se ne trouvés façon d'en appareiller ung plus sumptueulx ou singulier sachés que vous estes bien loing de parvenir a vostre intencion

Le faulconnier pourpensa.

et pensa

d'autre leurre composer

En soy mesme advisa

Et glosa

Que mieulx le fault disposer

a l'eure sans reposer

proposer.

En voulut ung d'autre sorte.

il n'est rien qu'amours n'emporte

Amours bien souvent contrainct

Et estrainct

les cuers des loyaulx amans

l'un s'en rit l'autre s'en plaint

Et complainct

ce n'est pas desduyt d'enfans

aulcuns y sont triumphans

et vaillans.

disant j'ayme la plus belle

mais la fin est dieu scet quelle.

Ainsi nostre faulconnier tresardemment espris de l'amour du faulcon s'esforça par plusieursfois de fournir son leurre de choses nouvelles neantmoins jamais le faulcon n'en tint compte. mais plainement le refusa. & jasoit ce que aucunesfois il vint voler par dessus pour regarder sa proye toutesfois quant il n'y veoit chose ou il print appetit tousjours de plus en plus le desdaignoit car certes comme bien apparut aprés il pretendoit avoir leurre plus riche plus parfait et plus noble. le faulconnier voyant tant de fois son leurre estre refusé se trouva totalement parplex & comme ung amoureux transi & privé de toute contenance se partit d'illec monta en une salle se getta sur une couche & pensa longuement a son affaire lequel estant en ceste melencolique cogitacion commença ung petit assommeiller & songa ung songe assés merveilleux: car il luy fut advis que du hault ciel stellifere vit descendre la deesse venus clere & rutilant adornee de rays lumineux comme le souleil decoree de deadome reluisant & splendifere tenant en une main le brandon de feu duquel elle embrase les desirs des povres amoureux & en l'autre main l'arc turquoys & la sajette dequoy elle actaint l'oeil & va percer jusques au cuer Laquelle deesse estant en une nuee radiant luy declaira la mode de bien composer ung leurre pour actraire son faulcon & luy dist en ceste maniere

Venus

Toy faulconnier qui d'amours t'apareille

resveille toy venus te le commande

tu ne scés pas se tu dors ou tu veilles:

lieve toy sus j'entens bien ta demande:

du leurre avoir aras liesse grande

mais il te fault m'escouter ung petit

car faulconnier qui plaisant vol demande

ne parvient pas tost a son appetit.

Fay ton leurre d'un franc cristal

environné d'orfaverie

tout semé amont & aval

de mainte noble pierrerie.

La soit esmailleure fleurie.

ou faillir pourras au besoing.

oeil de faulcon voit de trop loing.

Mettre t'y fauldra une topasse

d'un cercle d'or environnee

c'est une pierre qui tout passe.

sur toutes autres couronnee:

d'un fin rubis soit rencontree

et d'un saffir a l'environ

se tu veulx avoir belle entree.

du plaisant et gentil faulcon.

Cassidoyne n'oublye pas.

et perles qui ne sont pas faintes

diamans taillez par compas

et esmerauldes tresbien paintes

camayeux turquoyses empraintes

fay asseoir par mainte façon

et tu viendras a tes atainctes.

du plaisant et gentil faulcon.

Sarde crisolicte louable.

Amatiste jaspe ou acaste.

Et ligure t'est convenable

Il n'est rien que cela n'abate

Se tu fais ce que je te relate.

Tu trouveras ton leurre bon.

Et pourras recepvoir la pacte

Du plaisant et gentil faulcon

Il te faut ton leurre pourveoir

Selon ma decleracion

Se tu veulx joÿssance avoir.

Du plaisant et gentil faulcon

L'acteur.

Aprés ces parolles s'absenta venus la deesse d'amours & le faulconnier petit aprés tout esveillé se leva de la couche louant amours devotement de ceste revelacion et advertissement lors prist peine & diligence d'accumuler precieuses pierres de toutes especes & couleurs ensemble riche et sumptueuse orfaverie desquelles il composa subtilement ung leurre trescurieux & singulier qui pendoit a ung bel las de soye brodé mignonnement de fil d'or de cypre & semé d'un costé & d'autre de lectres grecques et romaines. Le leurre bien actinté comme dit est. et vint le faulconnier en ung prey herbu. et illec le monstra & gecta si hault que le faulcon en eut la congnoissance sans difficulté aucune se vint asseoir sur ledit leurre print grant plaisir a regarder l'orfaverie et singuliere delectacion a veoir la grant habondance et splendeur des belles bonnes et fines pierres Et non sans cause. car certes il n'y avoit pierre de tant petite valeur qui ne fust bien suffisante de pacifier ung cueur d'oyseau amoureux. Le faulconnier voyant ces choses s'esjouist moult fort quant par l'industrie du nouveau leurre sans autrement leurrer il avoit joissance de son oyseau lors congneut clerement que ung oyseau de haulte helle et mesmement qui a tel couraige comme ledit faulcon ne demande autre viande que celle dont le leurre estoit garny et veult estre traicté ou rapellé d'autre mode que les autres Pour lesquelles choses le faulconnier print incontinent plume et encre et composa les vers rimés qui cy aprés sont escriptz

Pour plumage de louable gibier

pour doux regart ne pour beau trait des yeux

ou pour leurre que je sceusse forgier.

jamais ne fut le faulcon gracieux.

or ay je fait ung leurre precieux

bon au faulcon et aux dames propice

a ce propos je puis dire en tous lieux.

c'est ung grant fait que d'un traict d'avarice

Plus appeta mon amoureux faulcon.

de ce leurre la plaisant armoirie

qu'autre perdris/ ne poulle ne chappon

car trop luy pleut la riche orfaverie

quiconques veult guerir sa maladie

leurre d'amours en ce point luy police

car en effect quelque chose qu'on die.