San-Antonio
Deuil express
À Gustave et à Henri Lapierre, Jean Clère, J.-J. Lerrand, René Fonteret et Xavier Salomon, qui en ont bien lu d’autres ! et qui passent aussi leur vie à mettre du noir sur du blanc. Affectueusement. S.-A.
Première partie
CHAPITRE PREMIER
Ça biche, pêcheur ?
Ce qu’il y a de chouette avec mon oncle Gustave c’est que, lorsqu’on va à la pêche avec lui, si l’on n’est pas sûr de rapporter du poiscaille, on est au moins certain de ramener une bonne cuite.
Pour ça, un peu organisé qu’il est, Tatave. Un jour, il a oublié sa canne à pêche, mais il avait la « gourde » de rouquin en bandoulière. Quand il est rentré, le soir, il était plus content que s’il avait sorti un brochet de trente livres ; la biture qu’il trimballait n’aurait pas tenu dans sa musette, moi je vous le dis !
On est comme ça, à Lyon.
Quand ça mord pas, on plante sa « gaule » entre deux pierres et on va jouer aux boules. Or, jouer aux boules donne soif… Tout est là… Pour « casser » le beaujolais, on mange du saucisson, mais le saucisson donne soif. Lorsque vous revenez à la berge, votre bouchon est tellement enfoncé que vous croyez avoir harponné un sous-marin… Vous tirez la ligne et vous ramenez un tronc d’arbre gros comme ma cuisse.
Enfin, ça donne au moins des émotions…
* * *
Je rentrais du Midi… Une enquête glandularde au sujet d’un poste radio clandestin : en réalité il s’agissait d’un gamin bricoleur qui jouait les « X-84 ne répond plus »… De quoi se l’exposer au musée de l’Homme pour épater les touristes ! Bref, je remontais sur Paris et, comme j’avais de l’avance, je m’arrêtai à Lyon afin de passer le week-end chez Gustave…
Il était content. Lorsque je débarque chez lui c’est toujours avec une kyrielle d’apéros au der.
— Si on allait faire une partie de pêche ? a-t-il proposé au bout d’une heure de libation.
— Qu’est-ce qui nous en empêche ?
Le lendemain, à quatre heures du mat, il me tirait des plumes.
Pour ça, service-service… Ce genre d’expédition démarre toujours comme une attaque en rase campagne avec lui. Il est précis et soucieux comme un colonel qui va faire donner la garde…
Il m’a apporté un jus bien fumant.
— Allez Coco, debout !
Faut vous dire que pour lui, malgré mes cent quatre-vingts livres je suis toujours resté Coco…
En râlant je me suis levé. J’ai commencé par honnir sa partie de pêche aussi matineuse.
— Tes poiscailles, ils se foutent de ta hure… Me faire lever à ces heures, t’es souffrant ! On va pas me guillotiner, non ?
Il a laissé passer l’orage… Très docte, très soucieux… Le capitaine à son bord, comme style, vous mordez ?
Tandis que je buvais son café, du genre infâme, il m’a expliqué, en long et en panoramique, que les poissons, c’est comme les bonnes d’hôtel, faut pas les prendre au lever du lit… Du lit de la rivière comme dirait Breffort !
— Tu comprends, Coco, la pointe du jour, pour la brème, y a que ça.
Y avait que ça aussi pour le petit rhum-limonade avec quoi il se fait des lavages d’estom.
J’ai mis un silencieux à mon clapet.
Ça lui faisait tellement plaisir… Une partie de la nuit il avait préparé les montures… J’avais surveillé les opérations préliminaires d’un œil amusé… Son crin trempait dans un bol d’eau… Il avait ses lunettes sur le bout du nez et il se détraquait le râtelier à force de mordre les petits plombs pour les fixer à la monture… Pour les petits hameçons, alors c’était du grand art. Pas plus gros qu’une fourmi, ils étaient ! Et lui, pour les attacher, il avait un sens tactile de chirurgien chinois…
Enfin on est partis.
Le troquet d’en bas venait d’ouvrir… Tandis que je mettais mon bahut en route et que je laissais tourner un peu le moulin histoire de le dégourdir, on est vite allés s’entuber le premier rhum-limonade de la journée. Ce qui a permis à Tatave de sortir son astuce favorite :
— En voilà un que j’appellerais Adam…
Comme je suis le bon zig qui comprend la vie et qui ne recule devant aucun sacrifice lorsqu’il s’agit du développement de l’esprit français, j’ai demandé :
— Pourquoi, Tonton ?
— Parce que c’est le premier rhum, a-t-il répondu.
Alors là, ça l’a un peu détendu ; il était moins soucieux lorsqu’on est partis. D’autant plus que j’ai offert la mienne et que le patron, pour fêter ma venue, y est allé d’une rasade supplémentaire.
Enfin on a mis les adjas. L’aube rôdaillait au bout de l’horizon. Le jour semblait attendre l’heure annoncée par le calendrier pour radiner dans le centre-ville.
Le coin de pêche n’est jamais éloigné à Lyon. Avec le Rhône et la Saône qui coulent pour ainsi dire sur l’évier, faut être plutôt vicelard pour partir loin. Le fief au Tatave, c’est dix mètres de galets à Pierre-Bénite, dans la banlieue sud.
Les premiers bus commençaient à circuler. On a quitté l’agglomération. Puis on a chopé le Rhône, et alors j’ai commencé à ne plus regretter de m’être arraché des torchons, because ça valait le coup de saveur, parole !
Un fleuve comme ça, vous pouvez toujours vadrouiller avant d’en trouver un pareil ! Le Gange à la rigueur, ou le Nil… Et encore, c’est à voir !
Majestueux, les gars… Brutal, vert, des berges uniques ! Un mec qu’aurait pas de retenue se laisserait aller sur la tartine… Il vous foutrait du « chatoiement d’émeraude » à tous les étages. Des « tons irisés » et des « comme un coursier fougueux » plein les poches. Mais, rassurez-vous, la littérature descriptive, c’est pas le genre de la maison, c’est le blot de ceux qui n’ont rien à bonir…
— Tu pourrais laisser la voiture dans la cour d’un petit café que je connais, a proposé Gustave. Au moins elle ne craindrait rien.
C’était pensé en chef !
Et le verre de blanc qu’il a éclusé était vert comme un officier italien.
J’ai tout de suite pigé pourquoi il tenait à ce qu’on remise la tire à cet endroit. L’estanco était tenu par une veuve aux seins confortables, et fallait pas avoir son brevet de visionnaire pour comprendre qu’il la calçait, Tatave, la veuve, à ses moments perdus.
Il a commencé à lui foutre la main au réchaud tandis que j’avais le dos tourné… Et la grosse vache a eu un long rire langoureux.
— Tu t’égares, ai-je murmuré à l’oreille de l’oncle lorsqu’elle a eu le dos tourné.
— C’était manière de parler, a-t-il murmuré en souriant.
Lui, il aime les grosses porcifs, c’est son droit. Probable que si j’y avais pas été, il lui aurait fait une bonne manière, vite fait, sur la table de la cuisine, entre les verres sales de la veille et le bocal aux filets de harengs… Le coup du lapin, ce serait assez son genre, à l’oncle.
Tac-tac et va-te-laver-je-te-méprise-pas. C’est comme ça qu’on se simplifie l’existence à l’extrême.
La veuve devait avoir organisé sa vie sexuelle. Quelques clilles discrets, des habitués quoi… Par hygiène, et aussi pour faire plaisir… Le docteur Kinsey pouvait toujours aller se faire cuire un œuf s’il comptait sur elle pour renforcer son Bottin !
On a bu un autre blanc et enfin on s’est dirigés vers le fleuve.
Il faisait presque jour.
Il nous a fallu un bon quart d’heure pour défaire les bouts de bois et pour préparer la bouffe des poissons. Il était vachement achalandé, Tatave… Ils devaient l’aimer, les locataires du Rhône ! C’était pas le prix fixe qu’il leur proposait ! Mais toute la carte, sans majoration : ver de vase, s’il vous plaît, asticots nature, comme entrée c’est classique, c’est ce qui correspond au céleri rémoulade ; ensuite y avait des vers de bois, des charpentiers comme on les appelle dans la région, jaunâtres et dodus comme des poulardes de Bresse. Avec ça, les brèmes vous prenaient au sérieux… Elles se croyaient chez la mère Brazier… Ensuite chènevis, blé cuit et, pour finir, le superentremets : la pâte à la pomme de terre.
— Tu parles d’une usine ! j’ai rigolé. Tu vas les faire crever d’indigestion…
Imperturbable, il a « amorcé ». À poignées, il a balancé sa bonne marchandise, Tatave… « Pour engrener », affirmait-il. Les poissons devaient se téléphoner qu’il était là, le généreux donateur… Ça s’est mis à bouger dans le coin… Sauf les bouchons, évidemment. Pas folles, les brèmes. Elles se tapaient la boustifaille non piégée…
— À quelle heure ça mord ? ai-je demandé, sarcastique.
Il a assuré ses lunettes sur son nez et enfoncé davantage sa casquette à trappon.
— Chut ! Laisse… Elles tâtent de l’engrais…
— Et quand elles se le seront cogné, elles iront roter ailleurs.
— Tu permets, a-t-il protesté. Ça fait quarante ans que je pêche.
Il n’a pas précisé que ça en faisait aussi quarante qu’il n’attrapait rien.
Quand je dis « rien », j’exagère. Y aura toujours des goujons téméraires…
Une heure s’est écoulée ainsi… Puis deux… Le soleil s’est alors mis à cogner comme un sourdingue. Les moustiques ont rappliqué aussi sec. Ç’a été un drôle de turbin. J’ai commencé à me gifler à toute allure. J’ai eu la gueule en sang avant Tatave. Un vrai numéro de flagellation…
Heureusement, on a eu une série de trois gardons microscopiques qui a apporté un brin de diversion.
— On pourrait aller casser une graine ? a suggéré Gustave.
J’attendais ça comme le Bon Dieu.
— Voilà qui est parlé…
— Avant, je vais poser une ligne de fond, on ne sait jamais ; la semaine dernière j’ai failli attraper une anguille.
Il a balanstiqué au jus une ligne solide, avec un hameçon gros comme un porte-manteau et une « plombée » d’un kilo !
Le tout appâté avec l’un de nos malheureux gardons. La baleine Jonas n’avait qu’à bien se tenir !
— Allons-y !
On a calé les cannes au moyen de pierres maousses comme des aérolithes, puis on est allé chez la veuve Machinchouette.
Y avait des vélos dans la cour, aux côtés de mon veau… Le pêcheur radinait, abondant… Fallait plus compter l’enfourailler, la vioque. C’était trop tard. D’autres avaient dû la tringler avant. Il a été navré, du côté du calcif, Tatave. Le matin, entre un coup de blanc et un casse-graine, c’est royal, un coup de brosse rapidos !
Mais la patronne pensait plus à la bagatelle. Elle s’était mise sur son trente et un. Elle portait une blouse à fleurs qui augmentait son volume, et elle s’était colloqué dans les tifs un peigne enrichi de fleurs en Celluloïd bleu, style Carmencita. Avec ces éléments de renfort, tous les pêcheurs devaient goder pour sa poire.
Ajoutez à ça : un sérieux crépissage ocre, des lèvres ripolinées, des cils pesants de Rimmel et vous pouvez faire une idée sur la Vénus ! Elle s’appelait Malvina, ce qui ajoutait à son charme. À la quatrième bouteille de blanc, Tatave entrait à cent à l’heure dans les confidences. Il m’expliquait que la Malvina était une grosse passionnée, elle aimait qu’on lui bouscule le verso et elle avait un faible pour les livreurs de pinard dont les tabliers de cuir lui ramonaient le dargeot.
Dans un sens c’était marrant d’entendre ça en contemplant le phénomène.
J’imaginais Tatave sur ce gros tas à fleurs et je pouvais pas retenir une hilarité copieuse.
Après les tripes lyonnaises et le frometon de l’Ardèche, on s’est mis deux marcs dans les naseaux. Ça commençait à carburer vilain, surtout du côté du Tonton. Il a fait remarquer que midi approchait, c’était libératoire du côté des convenances ; on pouvait se braquer sur le rayon apéro. Lui, il ne variait jamais : une tomate !
À la troisième il était schlass et il a commandé une omelette au lard… Pour les dosages vous pouvez lui faire confiance.
Après, ça allait mieux. Il y avait d’autres pêcheurs dans la strass, la discussion montait à toute pompe. C’était à qui raconterait sa plus belle pêche. À les entendre, ils avaient tous attrapé des monstres et eu leur bouille dans Le Progrès à la suite d’un concours…
Puis la partie de boules a été décidée et ils ont tous oublié leurs « gaules ». Le « clos » de boule était ombragé et le vin était frais.
Pendant plusieurs heures, ça a fonctionné ferme. Gustave tirait. Il tirait bien, ça et le coup du lapin, c’étaient ses violons d’Ingres favoris.
Enfin on est tous retournés en tapis noir sur le lieu de pêche. Chacun avait balancé une ligne de fond… Un petit poisson-chat s’était suicidé après la mienne et il y avait une poignée d’herbes après celle du Tonton…
— On va voir l’autre, a-t-il dit sans se démonter.
Un coup d’œil circulaire à cause des gardes-pêche, mais à ces heures c’était du sucre ! Ils étaient à la boulanche aussi, chez les confrères à Malvina.
Gustave avait attaché le fil à un pieu planté dans des joncs. Il a tiré dessus. Ça résistait.
— Nom de Dieu, a-t-il balbutié encore…
C’était éloquent. Ça voulait dire qu’il y avait du monde au bout. Il a tiré doucement… Ça ne venait pas vite.
— Tu peux parier que c’est une grosse pièce, a murmuré l’oncle. Prends le filochon… Je vais l’amener doucement… Enfiloche-le par-dessous !
J’étais fébrile. C’était la première fois qu’on réclamait mon concours pour une opération aussi délicate.
Fallait le voir s’escrimer, le Tatave… Il n’avait pas un poil de sec… Les yeux lui sortaient de la tête… On les voyait de profil, c’est dire…
— Il est bien ferré ? ai-je questionné…
— Il a l’air… Mais il résiste le bougre. Remarque, je suis monté gros !
— Tant mieux…
— Si on le ramène celui-là, a-t-il ajouté, on aura notre photo dans Le Progrès.
Il a tiré… Le poisson est apparu… Ça n’était pas un poisson, mais on a tout de même eu notre photo dans le journal du lendemain.
En général, les types qui repêchent un noyé l’ont toujours.
CHAPITRE II
Vous ne les mettriez pas, vous ?
L’hameçon l’avait harponné par le col de sa veste… Tout de suite on a pas pigé de quoi il retournait… Tout ce qu’on a décelé c’est une masse sombre que le courant tentait de nous arracher. Où j’ai compris que ça ne tournait pas rond, c’est lorsque j’ai distingué une main flottant entre deux eaux.
Tatave ne la voyait pas ; il était trop occupé par la tension de son fil.
— Le bestiau que tu pêches, j’ai murmuré, je crois pas qu’un marchand de poissons te l’achètera cher…
— Pourquoi ?
— Tu verras…
Il a vu justement un remorqueur qui passait au large, déclenchant un immense remous en éventail ; d’un coup ça a poussé le cadavre sur la berge.
Tatave a eu une vue d’ensemble du tableau. Il a cessé de haler. Il est devenu blanc comme un faire-part de noces.
— Nom de Dieu, a-t-il balbutié encore…
Je lui ai pris le cordonnet des pognes et j’ai continué de tirer le type. Ensuite, avec le talon de ma canne à pêche je l’ai hissé au sec sur les cailloux.
Il devait faire trempette depuis un bout de temps, le copain.
Il s’agissait d’un homme ; on le voyait à cause de ses fringues. À part ça, pour le reconnaître fallait se lever de bonne heure ! Ses tifs manquaient par plaques… Il avait de larges taches verdâtres sur le visage et les brochets avaient commencé à casser la croûte…
Tatave a cavalé au refile. C’était normal… Je sais que moi j’ai dû me cramponner à la rampe pour ne pas accrocher les wagons aussi. C’était un drôle de spectacle !
— C’est un noyé, a dit le tonton.
— On ne peut rien te cacher, ai-je dit…
J’ai examiné le corps… Le bonhomme avait dû être assez costaud. La flotte l’avait gonflé, ça faussait les proportions. Il lui manquait ses pompes et ses chaussettes. J’ai aussitôt repéré le morceau de fil de fer entortillé à sa cheville droite. Il était éloquent comme un candidat député ; il gueulait au meurtre !
Ce fil de fer avait servi à attacher un poids aux jambes du gnace. Mais le séjour dans la baille avait eu raison de cette entrave. Rien n’empêche un cadavre de remonter un jour ou l’autre !
— Qu’est-ce qu’on fait ? a demandé Gustave.
— Facile, on met la police au parfum de l’histoire. Ta veuve a le téléphone ?
— Oui…
— Alors cours prévenir le commissariat le plus proche…
Il ne se l’est pas fait dire deux fois. Le spectacle ne lui plaisait pas. Il préférait un chromo sur Capri…
Et puis les émotions lui flanquaient des envies de rhum, j’ai idée ! En route il a dû rencontrer d’autres pêcheurs et les affranchir sur sa capture car ils ont radiné presto, les mecs, avides de sensations. J’aurais installé un tourniquet et mis les entrées à cent balles je faisais fortune aussi sec.
Ils en voulaient, du cadavre ! Des mouches à merde ! Ils venaient renifler la mort, leurs cannes à pêche à la main comme des évêques avec leurs crosses.
Mais des crosses c’est moi qui avais envie d’en chercher. Vous avouerez que c’était pas de pot : venir se cuire le lard au soleil en peinard et décrocher un macchabée, non, y a qu’à moi que ça arrive, ces turbins-là !
— Circulez ! ai-je dit d’un ton rogue…
— Sans blague, a fait un grand maigre, on va pas l’étouffer…
Il avait raison.
J’ai glissé la main dans la poche du mec… Elles étaient vides. Les zigs qui l’avaient expédié au jus en port payé avaient pris leurs précautions…
* * *
Une heure plus tard, le noyé était installé dans le hangar de la pompe à incendie, sur une bâche, et un toubib l’examinait.
— Une balle en plein cœur ! dit-il après un instant d’examen. Cet homme devait avoir une quarantaine d’années… Il a séjourné au moins un mois dans l’eau…
Il ne pouvait rien dire de plus avant l’autopsie. Dehors, dans la cour de la mairie, Gustave s’expliquait avec les journalistes accourus de Lyon.
Comme il a la parole facile et pas mal d’imagination il leur donnait pour la quarantième fois sa version de sa pêche. C’était du gratiné, bien mijoté… Les gars n’avaient qu’à sténographier.
Directo du producteur au linotypiste ! Et il m’oubliait pas dans ses prières, Tatave. Le culte de la famille, il l’a… « Mon neveu, le commissaire San-Antonio… » Quand il disait ça on avait l’impression qu’il allait poser son râtelier pour aller plus vite !
J’ai attendu qu’il ait fini… et j’ai confirmé ses salades en quelques mots. Devant ma tire. On nous a immobilisés pour un suprême cliché. C’est celui qui a été choisi par le metteur en pages : on me voit debout devant ma voiture avec, à mes côtés, un fagot de cannes à pêches derrière lequel se tient Tatave. Il a paru en première page, juste à côté de la guerre d’Indochine.
* * *
Inutile de vous dire qu’après cette histoire je n’ai eu qu’une hâte : me faire la valoche. Le temps de signer ma déposition chez les collègues et j’ai repris la route de Paris. Le tonton voulait me garder encore, mais moi j’en avais classe.
Tant qu’à faire de tripoter de la viande froide j’aime mieux le faire sur commande.
— Tu reviendras bientôt ? m’a demandé le Tatave…
— Un de ces quatre, c’est juré…
— On refera une partie de pêche, a-t-il plaisanté.
— D’accord, mais cette fois on pêchera à la mouche artificielle.
C’est comme ça qu’on s’est quittés. Une heure plus tard, en traversant Mâcon, je ne pensais déjà plus au cadavre.
Et je ne me doutais pas que lui, par contre, pensait à moi !
CHAPITRE III
Que pensez-vous d’une mission comme ça ?
Une flotte tout ce qu’il y a de mélancolique et d’humide tombe sur Paname.
Le ciel est triste comme une déclaration d’impôt ; et il se reflète sur la bouille de mes contemporains.
Je salue les collègues d’un petit hochement de tête taciturne et je me fais annoncer chez le boss.
Lui aussi est dans le style « ciel de Paris ». Il a sa tête des jours de cafard. Ses yeux bleus sont gris, son crâne lisse est pâle, sa bouche est plus mince encore que de coutume, à croire que sa mère avait oublié de la lui faire et qu’on a arrangé ça postérieurement, d’un coup de serpe.
Il me regarde entrer.
Il est distrait, semble-t-il.
— Salut patron !
— Bonjour, asseyez-vous…
Il me tend une main manucurée et froide.
— J’ai lu votre rapport au sujet de cette histoire de poste clandestin… Un enfantillage, hein ? Nos confrères du Midi grossissent tout !
— Un enfantillage, en effet !
— Bon, passons à un autre genre d’exercice.
M’est avis qu’il va me refiler un turbin maison ; je le vois venir avec ses pieds plats.
Il prend son temps, comme toujours. Lui, c’est pas le genre volubile. Les mots, il se les extrait du gésier avec des démonte-pneus.
— Une affaire très simple, cette fois-ci, dit-il.
— Ah !
— Un vol de documents…
J’attends. Plus on le questionne, plus il freine son exposé. Moi, je suis tellement impatient que mes orteils font des nœuds.
— On a volé un plan d’action au Haut État-Major, plan relatif aux opérations d’Indochine…
— Hé, hé…
Des onomatopées, c’est tout ce qu’il tolère, le Vieux. Je lui en distille histoire de lui montrer que je suis ses laborieuses explications.
— Évidemment, dit-il, il ne reste plus qu’à changer ce plan…
— Évidemment…
— Seulement celui-ci contenait un état détaillé des forces disponibles et des nouveaux engins de guerre en voie d’expédition.
— Moche…
— Oui.
— Il y a longtemps que ce vol a été commis ?
— Un mois…
— Les Viets sont au parfum, maintenant. Il est trop tard pour intervenir dans cette histoire…
Voilà exactement le genre de phrase que je ne peux retenir et qui défrise le boss.
Quand je dis que ça le défrise c’est manière de jacter car il est chauve comme une carte postale surglacée.
— Laissez-moi continuer, fait-il…
— Faites…
Je bredouille un peu pour calmer sa rancœur, faut toujours manier l’extincteur au bon moment, surtout lorsque c’est la susceptibilité d’un mec qui est en jeu.
— Le plan n’est pas entre les mains des Viets.
Je sursaute. J’ai envie de crier « pourquoi » mais je me retiens.
— L’homme qui l’a dérobé, poursuit-il, l’a toujours en sa possession.
— Ah !
Là j’ai envie de lui demander s’il en est certain, et comment il peut en être certain, mais ça n’est pas la peine de lui faire fumer les naseaux, au Vieux.
Du reste il y va de sa romance :
— Nous connaissons cet homme…
— Vous dites ?
— Je dis que nous connaissons cet homme !
— Ça alors…
— Que je vous raconte tout d’abord la façon dont le plan a été volé…
Je pense : « Bonne idée. » Et j’attends en m’arrachant la peau des ongles à pleines dents.
— Le document était en possession du général Pradon, un officier du chiffre. Il l’avait extrait du coffre secret de la Défense pour le porter au ministère de la Guerre où devait se tenir une conférence extraordinaire. Le plan a été examiné et ratifié au cours de cette conférence. Au retour, le général a eu un malaise dans sa voiture. Celle-ci était pilotée par un nouveau chauffeur qu’il ne connaissait pas ; il n’avait pas pris garde à la chose, l’homme en question étant en uniforme…
« Une fois dans la voiture il a eu une sorte de vertige, a-t-il dit. L’automobile est une ancienne voiture de maître dont l’arrière est séparé de l’avant par une vitre coulissante. Une examen postérieur a prouvé que l’officier a été victime des émanations d’un gaz spécial inhalé dans la partie arrière du véhicule au moyen d’un tuyau de caoutchouc engagé dans un trou pratiqué au ras du plancher. La bouteille de gaz était placée au côté du chauffeur. En cours de route il l’a ouverte. Ce gaz étant inodore, le général ne s’est aperçu de rien… Il a sombré lentement dans l’inconscience…
Il se tait, remonte ses manchettes impeccables et touche délicatement sa cravate, comme on flatte les pétales d’une fleur pour la mettre en valeur.
Je n’y tiens plus.
— Bien joué, fais-je. Et alors ?
— Alors rien, le chauffeur a emmené le général dans une clinique en prétendant qu’il venait de s’évanouir. Puis il a disparu…
— Avec la serviette ?
— Avec la serviette !
— Et on le connaît ?
— Deux personnes l’ont identifié : le général d’abord, puis le véritable chauffeur auquel le faux avait fait boire un narcotique.
— Un narcotique !
— Le matin de la conférence, les deux chauffeurs se sont rencontrés au garage du ministère. Le faux a prétendu qu’il était nouveau. Il a invité son « collègue » a prendre un verre de marc. Il avait gardé une gourde dans une voiture. L’autre, sans méfiance, a bu. Il est tombé dans le cirage… Le faux l’a enfermé dans le coffre d’une vieille voiture avariée qui se trouvait au fond du garage. Le malheureux a du reste failli y mourir asphyxié. Il en a eu pour deux jours d’hôpital.
— Et alors ?
— D’après le signalement donné par le chauffeur et le général, j’ai établi une liste de suspects. C’était du travail de professionnel, ça…
— En effet.
— J’ai sélectionné des photos du fichier. Les deux victimes ont, sans hésitation, reconnu leur agresseur. Il s’agit d’un certain Stumer, sujet d’origine suisse qui a trafiqué avec la Gestapo pendant la guerre. Il a été blanchi par les Américains et maintenant doit travailler pour le plus offrant. C’est un de ces hommes, comme dit Alphonse Daudet, qui est prêt à vous tirer de l’eau pour dix francs et à vous y jeter pour cent sous !
Content de sa citation il se caresse la coupole. Ses yeux deviennent un peu plus bleus.
— Je suppose que vous avez lancé un mandat d’arrêt contre ce zigoto…
— Je l’ai convoqué, car j’avais son adresse.
— Et il s’est envolé ?
— Non, il est venu…
J’en suis baba.
— Et il a nié, il avait un alibi ?
— Non, il n’a pas nié, il n’a pas avoué non plus… Il a haussé les épaules. Il a dit qu’il ne suffisait pas de porter une accusation mais qu’il fallait prouver… Nous avons perquisitionné chez lui sans rien trouver. Nous l’avons confronté avec le général et le chauffeur qui l’ont formellement reconnu. Il s’est contenté de dire que les deux hommes devaient faire erreur. Je me suis fâché… Et quand je me fâche, vous savez que…
— Je sais.
Lorsqu’il se fout en rogne, le boss, ça fait du chahut dans la strass, moi je vous le dis !
— Zéro ?
— Si. Stumer m’a dit que les grands moyens étaient au fond de petits moyens. Il a eu des paroles ambiguës, mais facilement traduisibles en bon français pour m’expliquer qu’il se pourrait qu’un de ces jours il entende parler du document et il m’a demandé si une prime serait versée à qui permettrait de le retrouver, bref, il l’a et le rendra contre la forte somme. Il le cédera au meilleur client.
— S’il ne l’a pas cédé déjà…
— J’ai fait mon enquête, Stumer travaille à son compte, c’est un artisan de l’espionnage. Il a exécuté ce coup parce qu’il était facile à réaliser. J’ai dû le relâcher malgré les preuves flagrantes de sa culpabilité. Le document est en lieu sûr et il ne sortira de sa cachette qu’au moment propice.
— Je comprends, ce document représente à la fois sa perte et sa sauvegarde. À cause de lui nous le tenons, mais il nous tient plus encore. Vous ne croyez pas qu’il l’a déjà colloqué aux Viets et qu’il joue les attentistes pour nous leurrer ?
— J’y ai pensé, mais, après en avoir discuté avec l’État-Major, c’est impossible. En effet, le plan obligerait les Viets à adopter un certain dispositif de défense s’il était en leur possession, car, même si nous sommes certains qu’ils l’ont, nous devons conserver des éléments majeurs… Or ils n’ont pas adopté ce dispositif. Conclusion : ils ne savent rien. D’autre part, Stumer savait que nous le retrouverions aisément. Au fond c’est ce qu’il voulait, afin d’ouvrir immédiatement la voie des négociations entre lui et nous. S’il avait vendu le document aux autres il se serait mis à l’abri, vous saisissez ?
— Oui. Mais ne croyez-vous pas qu’il va vendre le plan aux deux ?
— C’est ce que nous redoutons, en effet, et c’est pourquoi vous êtes là !
— Ah ! oui ?
— Oui. En tout cas pour mener à bien ce double jeu, il doit nous le vendre à nous en premier lieu ; puisque s’il le vend aux autres, de par leur réaction, nous le saurons immédiatement.
— C’est vrai… Et ce plan ne peut pas être exécuté tout de suite ?
— Non, car il est à long terme et du reste ne peut être mis en action qu’au moment de la saison des pluies…
— Alors le Stumer nous tient ?
— Pratiquement. Il est admirablement placé entre le Vietminh et nous. Sa position, pour le moment, est parfaite. La seule chose que nous puissions contre lui, c’est d’essayer de trouver la cachette du plan… et celle des photos qu’il en a certainement tirées.
— Il doit s’attendre à une enquête de cette nature ?
— Oh ! certainement. C’est pourquoi vous devez agir avec d’infinies précautions.
— Compris.
— C’est un homme très maître de soi, rusé comme un renard et qui ne laisse rien au hasard… Il sait où il va…
— L’essentiel est qu’il n’y aille pas.
— Justement. Vous avez carte blanche. Je ne vois guère que vous pour mener à bien une histoire aussi délicate.
Le coup de pommade final, je connais ! Ça veut dire : « Petit père, lève le siège et fais ton turbin. »
— L’adresse de Stumer ?
— Le Vésinet, 125, avenue des Pages…
— Joli.
Il me tend la main…
— Surtout, du doigté, hein ?
— On tâchera.
— Et tenez-moi bien au courant…
— Comme toujours, patron.
* * *
Chaque fois que je sors de chez le Vieux, je me précipite au troquet d’en face car un entretien avec le grand patron donne toujours soif.
Le taulier est en train de s’entraîner au 421, tout seulâbre derrière son zinc.
Au moment où j’entre, il dit :
— Tous les deux !
— C’est un titre de roman d’amour, fais-je. Allez, enflure, sers-moi un petit anjou…
Il rouspète à cause du terme qu’il juge impropre à la qualifier. Sa vieille haine contre la police s’exhale. Il affirme que nous sommes tous plus mal embouchés les uns que les autres et que des types comme nous ne méritent pas de vivre.
Ordinairement je le chauffe au paroxysme, mais je suis trop préoccupé par ma nouvelle mission pour taquiner un tas de sonneries[1] à patente limonadière.
Je sirote mon blanquet tout en gambergeant.
Assez bizarre ce turbin, vous ne trouvez pas ?
Non, vous avez de l’huile de ricin à la place de la cervelle, vous autres ! On vous raconterait n’importe quelle girie, vous la goberiez en ouvrant le bec !
Moi, ce boulot ne m’emballe pas. J’aime pas avoir à m’occuper d’un crime dont on connaît l’auteur et à qui la police laisse ses aises. Ça m’ulcère, ça me contriste !
Ce Stumer, je vais vous dire, c’est le genre de gnace que je hais le plus. Des espèces d’hommes d’affaires du crime. Des gars qui ont pignon sur rue et qui se foutent de la rousse comme vous vous foutez d’une fiente de pigeon.
— Ça ne carbure pas ? s’informe le patron que mon silence déroute.
— T’occupe pas, Lagonfle !
— Bon, bon, moi ce que j’en dis…
Je bigle ma montrouze, elle annonce onze plombes. Je fais alors le calcul suivant : je crèche à Saint-Cloud, c’est-à-dire presque à mi-chemin entre Pantruche et Le Vésinet. La première chose c’est de rentrer à la cabane pour changer de fringues et morfiller un brin, ensuite j’irai voir à quoi ressemble la taupinière du gars.
Je lance un nickel aurifié sur le zinc et je me prends par la pogne.
Félicie, ma brave femme de mère, est tout ce qu’il y a de joyce en me voyant.
C’est les bises d’usage. Après quoi elle me dit qu’il y a une lettre pour moi. Elle précise qu’il s’agit d’une lettre express, qu’elle vient de Lyon et qu’elle est certainement de l’oncle Gustave, vu qu’elle a repéré son écriture et qu’il l’a du reste contresignée.
Je m’installe dans un fauteuil afin de prendre connaissance de la fameuse babillarde.
Tatave fait la pige à la mère Sévigné, il en met long comme un jour sans Martine Carol. Il ne me parle que de son noyé. Ce sera évidemment la partie de pêche la plus marquante de sa vie.
Cher Coco , Comme suite à ta visite, je te ci-joints une coupure parue dans Le Progrès de ce matin. (En première page pour te dire.) Tu verras que la photo serait assez réussie mais qu’on ne me distingue pas à cause des gaules que je n’ai pas eu l’idée de poser . D’autre part, le journaliste a orthographié mon nom avec un « d » à la fin, alors qu’il faut un « t » comme tu le sais. Enfin cela me fait un drôle d’effet tout de même d’avoir les honneurs de la grande presse. (Ta tante n’en revient pas.) Comme tu verras dans l’article (sous la photo) signé Grenier, notre noyé a été identifié. C’est un repris de justice (s’il te plaît) et de Paris encore, qui fait partie d’une bande d’Alsaciens… Mais je ne t’en dis pas plus sur le sujet, tu liras les détails dans l’article . Moi je n’en reviens pas. Tous les copains me charrient ; je peux pas en rencontrer un sans qu’il me demande si ça biche ou bien à quoi j’amorce pour pêcher le noyé. Moi tu me connais ? Toujours le mot pour rire. Je réponds : « À l’asticot ». Tu parles d’une partie de pêche ! J’espère te revoir bientôt. Puisque tu es sur place, peut-être que tu peux avoir des détails sur notre noyé. On se demande ce qu’un Alsacien habitant Paris peut faire dans le Rhône . Embrasse ta mère pour nous . Ta tante se joint à moi . Ton oncle pour la vie : GUSTAVE P.S. : Quand je retournerai à Pierre-Bénite, je donnerai un bonjour pour toi à la bistrote que tu sais .
Je plie sa lettre et la vague dans mes fouilles.
— Rien de cassé ? demande Félicie, surprise.
— Non, M’man, rien, Tatave m’envoie une adresse que je lui ai demandée pour la pêche…
Je garde la coupure de presse à la main. Je la lis. Le reporter explique notre pêche ahurissante. Il dit que la P.J. a pris les empreintes du mort et a reconstitué son signalement. Aux sommiers on a constaté qu’il s’agissait d’un certain Fred Almayer, vingt-huit ans, né à Strasbourg et habitant Paris depuis la Libération, titulaire de trois condamnations pour vol à main armée et vol avec effraction. Il a été tué d’une balle de 7,35 tirée en plein cœur à bout portant. Le cadavre était immergé depuis trois semaines environ…
Les policiers de Lyon et ceux de Paris enquêtent dans chaque ville.
Je replie le morceau d’imprimé. Un règlement de comptes dans le milieu… C’est le fait divers par excellence.
Le tonton est dans tous ses états, évidemment. Il doit vachement se faire reluire, Tatave. Il joue sûrement les vedettes auprès des veuves un tantinet salingue…
— Qu’est-ce qui te fait rire ? interroge Félicie.
— Des bêtises, M’man…
— Tu sors cet après-midi ?
— Je vais jusqu’au Vésinet…
Elle s’exclame :
— Au Vésinet !
— Oui, pourquoi ?
— Je voulais justement y aller un de ces jours, chez Mme Delange, tu sais, mon amie d’enfance ? La femme des pompes funèbres ?
— Eh bien ! si tu veux profiter de la voiture…
Ses yeux brillent. Rien ne fait davantage plaisir à Félicie qu’une virouze en guinde avec son chiard.
On se met à table dans l’allégresse.
— Tout en m’empiffrant des tomates farcies sauce tomate, je dédie une pensée à mon noyé… Pardon, à notre noyé. Tout au boulot dont m’a chargé le Vieux, je l’avais oublié, cézigue !
Une phrase de Tatave me revient :
« On se demande ce qu’un Alsacien habitant Paris peut faire dans le Rhône. »
Comme quoi la logique sort de la bouche des grandes personnes !
La logique !
— Est-ce logique pour un flic d’avoir à enquêter sur un voleur comme Stumer ?
CHAPITRE IV
Je livre à domicile
Des allées ombreuses comme dans les romans de la mère du Veuzit ; des statues piquées au milieu de pelouses ratissées ; des ponts lilliputiens enjambant de minuscules cours d’eau… Des casbahs en meulière au style impressionnant et aux dépendances plus impressionnantes encore, That is the Vésinet. Un coin chouïa pour les gnaces qu’ont sucré assez de grisbi au monde des affaires.
Un coin où les oiseaux ne gazouillent qu’après s’être cogné trois ans de conservatoire, vous connaissez ?
L’avenue des Pages est à droite de la grand-route qui fonce sur Saint-Germain. On la dégauchit rapidos.
— Je te débarque chez la mère Delange ? je demande à Félicie…