[Au lecteur].

[Table].

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Elle appartient au domaine public.

DICTIONNAIRE
CRITIQUE ET RAISONNÉ
DU
LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX.

IMPRIMERIE DE H. FOURNIER,
RUE DE SEINE, N. 14.

DICTIONNAIRE
CRITIQUE ET RAISONNÉ
DU
LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX.

OUVRAGE
POUVANT SERVIR DE COMPLÉMENT AU DICTIONNAIRE DES
DIFFICULTÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE,
PAR LAVEAUX;

PAR UN ANCIEN PROFESSEUR.

«En fait de grammaire, l’exposition des fautes est plus utile que celle des préceptes.»

(Sabatier, Trois siècles de la Litt. française.)

«Il ne faut qu’un mauvais mot pour se faire mépriser dans une compagnie, pour décrier un prédicateur, un avocat, un écrivain. Un mauvais mot, parce qu’il est aisé à remarquer, est capable de faire plus de tort qu’un mauvais raisonnement, dont peu de gens s’aperçoivent, quoique cependant il n’y ait nulle comparaison de l’un à l’autre.»

(Girault-Duvivier, Gramm. des Gramm., t. II, art. Usage, édit. de 1812.)

PARIS,
CHEZ AIMÉ ANDRÉ, LIBRAIRE,
RUE CHRISTINE, No 1.

1835.


[A] [B] [C] [D] [E] [F] [G] [H] [I] [J] K [L] [M] [N] [O] [P] [Q] [R] [S] [T] [U] [V] [W] X [Y] [Z]


PRÉFACE.


S’il est une étude d’une indispensable nécessité c’est bien certainement celle de la langue maternelle. Les meilleurs esprits en ont toujours proclamé la haute importance.

Et cependant, que de gens ne voyons-nous pas tous les jours chercher à faire étalage de science littéraire, à qui nous pourrions avec raison adresser le reproche d’ignorer les rudimens de cette science: la grammaire. Hommes imprévoyans, ils veulent élever l’édifice de leur renommée, sans avoir songé à sa base! Ils ambitionnent notre admiration, et ils n’ont pas su prendre le soin d’éviter d’abord le ridicule, qui, sur notre moqueuse terre de France, fait des blessures dont on guérit si rarement. Oui, tout homme qui estropiera la grammaire, ne devra jamais se flatter d’exercer une grande influence intellectuelle sur ses concitoyens. Il verra, avec amertume, malgré toute son éloquence, le rire dédaigneux effleurer les lèvres de ses lecteurs ou de ses auditeurs, et détruire peut-être le germe d’une pensée utile ou généreuse, qui, ornée d’une phrase correcte, eût laissé un ineffaçable et fécond souvenir. Cet homme dira sans doute que notre futilité nous fait en cette circonstance sacrifier l’accessoire au principal, la grammaire n’étant réellement autre chose que l’art de présenter les idées; et cet homme n’aura pas tout-à-fait tort. Mais ne pourrait-on pas aussi lui répondre: en thèse générale, l’homme seul qui a fait des études est apte à instruire ses semblables, parce que ces études ont dû lui donner de bonne heure l’habitude de la réflexion. Or, quelles études avez-vous donc faites, vous qui ne savez même pas vous exprimer correctement dans la langue de votre pays? Vous avez une science spéciale, direz-vous, entièrement en dehors des connaissances grammaticales. D’accord; soyez même un homme de génie, nous n’y voyons pas d’obstacle, mais vous n’en aurez pas moins établi contre vous une prévention fâcheuse qui aura frappé votre carrière, à son début, d’un coup dont elle pourra se ressentir toujours; car malgré les plaisanteries dont on poursuit quelquefois les grammairiens, ne dit-on pas tous les jours, en parlant de quelqu’un dont on veut caractériser l’ignorance: Il ne sait même pas le français! Humiliante réflexion! qui, au reste, ne paraît pas exercer une grande influence sur bon nombre de nos auteurs contemporains, qui, se croyant bien vengés en rendant mépris pour mépris, s’écrient emphatiquement: L’étude de la grammaire dessèche l’esprit! Eh! messieurs, soyez plus francs; dites donc que la paresse vous empêche de vous livrer à un travail qui vous paraît d’ailleurs inutile, parce que l’argent des désœuvrés, seul objet de vos frivoles et éphémères travaux, arrive malgré cela dans votre bourse, ou bien convenez que vous cédez à la honte d’apprendre dans un âge mûr ce que vous eussiez dû savoir à votre entrée dans le monde. De bonne foi, croyez-vous que la grammaire ait desséché l’esprit de La Fontaine, qui se plaisait tant à la discuter, de Boileau, qui l’avait étudiée d’une manière si approfondie; de Voltaire, qui s’en est si souvent occupé dans ses ouvrages; de Dumarsais, qui en avait fait l’objet des investigations habituelles de son esprit, et qui cependant écrivait sur des matières philosophiques avec tant de puissance de raisonnement et de chaleur entraînante; de Malherbes, qui nous a laissé des commentaires estimés sur Desportes; de Marmontel, de Condillac, qui ont fait chacun une grammaire, etc.; et, parmi nos contemporains, MM. Ch. Pougens, Raynouard, Ch. Nodier, etc., n’ont-ils donc pas prouvé que l’imagination la plus riche pouvait parfaitement s’allier à l’érudition grammaticale. La grammaire dessèche l’esprit! Telle a été jusqu’à présent la sotte excuse mise en avant par les écrivains ignorans à qui la critique reprochait leurs solécismes ou leurs barbarismes. Nous venons de prouver combien cette assertion est fausse, et nous pensons qu’on ne doit réellement voir, dans tout littérateur incorrect, qu’un écolier qu’il faut renvoyer sur les bancs de l’école qu’il a quittés prématurément. Apprenez, lui dirons-nous, la langue universelle que les étrangers étudient avec tant d’ardeur; la langue que les Racine, les Boileau, les Montesquieu, les Buffon, les Voltaire, ont approfondie sans en devenir plus secs; apprenez-la en lisant leurs ouvrages, et si, après avoir achevé cette étude, il se trouve que votre esprit, desséché dans cet intervalle, ne vous permette pas d’aller plus loin dans la carrière littéraire, résignez-vous au silence. Ce sera sans doute un malheur pour vous, comme c’en est un pour le propriétaire du champ qu’une première récolte a épuisé. Mais qu’y faire? le public ne manquera pas pour cela d’auteurs qui, tout en étudiant leur langue avec tout le soin qu’elle exige, sauront encore après trouver dans leur génie, ou les grandes pensées qui instruisent, ou les récits animés et gracieux qui amusent, et qui, pour être rendus avec correction, n’en seront certainement pas plus dédaignés par personne.

Ces réflexions, nous les avons faites de bonne heure, et c’est, pénétré de leur importance, que nous nous sommes livré aux études grammaticales, par raison d’abord, ensuite par état, et enfin, nous aurons le courage de l’avouer, par pur amusement. Mais que de peines n’avons-nous pas quelquefois éprouvées pour résoudre des questions assez importantes qui se présentaient à notre esprit! Que de fois, après avoir feuilleté minutieusement un grand nombre d’ouvrages spéciaux, n’avons-nous pas été douloureusement obligé d’ajourner la solution de nos problèmes! Oh! que nous eussions alors accepté avec reconnaissance un livre qui, consciencieusement fait, concis et peu coûteux, eût abrégé nos études et ménagé notre bourse! Mais il n’existait pas; et c’est en mémoire de notre temps perdu dans des recherches longues, pénibles et souvent stériles, et dans le but d’en affranchir ceux qui désirent étudier particulièrement leur langue, que nous nous sommes décidé à publier le travail que nous offrons aujourd’hui au public.

Plusieurs ouvrages, se proposant le même but que le nôtre, ont déjà paru à différentes époques; aucun de ces ouvrages, esprit de rivalité à part, ne nous a semblé tout-à-fait satisfaisant. Voilà pourquoi nous écrivons. Il n’est pas, bien entendu, question ici du Dictionnaire des Difficultés de la langue française, par Laveaux. Peu de livres de grammaire ont mérité et obtenu autant d’estime que celui-là. L’auteur a su, par d’immenses recherches, présenter en un seul faisceau les remarques les plus judicieuses éparses dans une foule de traités, dédale obscur où peut seul pénétrer avec fruit le compilateur patient et instruit. Mais l’érudition n’a pas été le seul mérite du laborieux écrivain que nous venons de citer. Un jugement sain, un esprit délicat, l’ont presque toujours guidé dans le choix de ses matériaux, et au lieu de faire comme la plus grande partie des grammairiens, ou plutôt des grammatistes, selon l’expression de Dumarsais (Encycl. méth., art. Grammaire), qui se sont spécialement occupés de l’orthologie, un recueil d’observations que le goût n’a certainement pas discutées, Laveaux a fait un travail presque complet dans son genre, et surtout un travail consciencieux. Ce n’est donc pas avec la prétention de refaire son ouvrage que nous avons écrit, c’est uniquement pour suppléer à ce qu’il a omis, parce que cela n’entrait pas tout-à-fait dans son plan. Nous voulons en un mot faire le contraire de ce qu’il a fait. Laveaux a dit ce qu’on doit dire; nous dirons, nous, ce qu’on ne doit pas dire. Laveaux s’est adressé aux gens déjà instruits, aux gens que le désir d’apprendre ne détourne pas de la lecture ardue d’un long article de grammaire en petit-texte, et à deux colonnes; nous, au contraire, nous écrivons généralement pour les gens peu instruits (et qu’on ne s’y trompe pas, cette désignation comprend également des gens de toutes les classes de la société), pour ceux qu’une lecture de quelques minutes, sur un sujet grammatical, fatiguerait bientôt, qui veulent de l’instruction, mais de l’instruction mâchée, pour ainsi dire, et qui désirent, en consultant le livre qu’ils auront choisi pour guide, pouvoir trouver le mot qu’ils cherchent, orthographié comme ils ont l’habitude de l’orthographier (ou plutôt de le cacographier), et, de plus, une opinion succinctement émise sur la valeur de ce mot.

Nous avons eu, en relevant les fautes de langage, un double écueil à éviter. Signalons-nous une locution que les gens instruits reconnaissent tous pour vicieuse, comme il a s’agi, il s’est en allé, c’est une somme conséquente, ces gens s’écrient aussitôt: Mais personne ne dit cela. Signalons-nous, au contraire, une expression mauvaise, mais usitée généralement, comme demander des excuses, observer à quelqu’un, se rappeler d’une chose, vessicatoire, etc., ces mêmes gens nous disent alors: Mais tout le monde dit cela! Malheureusement les gens peu instruits sont précisément les plus nombreux; c’est donc à eux que nous avons dû nous adresser. Dans le but de leur être utile, nous ne nous sommes pas arrêté aux objections que quelques expériences déjà tentées nous ont fait juger devoir s’élever, et nous avons poursuivi notre tâche en frondant également et les locutions, sinon positivement triviales, du moins voisines de la trivialité, et celles qui, plus ambitieuses, se sont glissées dans la bonne compagnie, au barreau, à la tribune nationale, et ont même su trouver la protection de noms littéraires bien connus, malgré le vice dont elles étaient entachées. Et pouvions-nous procéder autrement? Était-il même possible que notre livre ne s’adressât pas à tout le monde? Comment faire un ouvrage dont le degré de science fût à la portée du degré d’instruction de chaque lecteur? Il est certain que, si telle personne le trouve trop savant pour elle, telle autre ne le trouvera pas assez. Placé dans cette alternative de blâme, nous avons pensé que, puisqu’il nous était absolument impossible de l’éviter, nos efforts ne devaient désormais tendre qu’au plus d’utilité générale, et dès lors nous nous sommes décidé à signaler toutes les locutions vicieuses usitées par les différentes classes de la société. Toutefois il est un reproche que nous n’avons pas voulu encourir justement, c’est celui de nous appesantir sur des fautes tellement grossières, qu’elles ne puissent être faites que par des personnes absolument privées de toute instruction, et ce n’est effectivement pas pour ces personnes-là que nous avons écrit. Quand nous avons relevé ces fautes-là, ce n’a été qu’en courant, pour ainsi dire.

Nous affirmons, du reste, que les fautes les plus graves que nous ayons signalées, ont été faites devant nous, dans le cours de plusieurs années, consacrées aux observations dont nous publions aujourd’hui le résultat, par des personnes passablement lettrées, ou qui du moins paraissaient l’être.

Nous avons eu lieu de faire à ce sujet une remarque qui ne sera pas, nous le pensons, dépourvue d’intérêt pour quelques-uns de nos lecteurs; c’est que presque toutes les fautes que fait aujourd’hui la partie la plus ignorante du peuple, et que les compilateurs de locutions vicieuses traitent dédaigneusement de barbarismes ou de solécismes, sont tout bonnement des archaïsmes; c’est-à-dire que cette partie du peuple qui se trouve, pour ainsi dire, hors la loi grammaticale, a fait subir à la langue beaucoup moins d’altérations que l’autre partie qui possède l’instruction. Le bas langage est en effet plein de mots qui appartiennent au vieux français, et qui nous font rire lorsque nous les entendons prononcer, parce que notre manque de lecture des anciens auteurs ne nous permet de voir dans ces expressions que des mutilations ridicules, où, plus instruits, nous retrouverions des débris de notre vieil idiôme. Il arrive par là qu’en croyant rire de la bêtise de nos concitoyens illettrés, ce qui n’est pas fort généreux, nous ne faisons, le plus souvent, que nous moquer de nos aïeux, ce qui n’est pas trop bienséant.

Nous avons si souvent mis à contribution les écrits de nos meilleurs philologues modernes, que nous nous faisons un devoir et un plaisir de leur offrir ici notre tribut de profonde reconnaissance. Notre livre n’étant après tout qu’une compilation, nous n’avons pas eu le sot amour-propre de ne donner à nos lecteurs que des articles rédigés par nous. Toutes les fois qu’une opinion nous a paru bien motivée et bien rendue, nous n’avons jamais hésité à en faire usage, en prenant constamment le soin scrupuleux, et nous ajouterons fort rare chez nos confrères, d’accoler au passage emprunté le nom de son auteur. Nos lecteurs ne pourront certainement que gagner à cela, puisque, de cette manière, ce sera presque toujours de nos plus savans grammairiens qu’ils recevront des leçons.

Il nous reste maintenant à dire un mot sur l’esprit philosophique de notre ouvrage; c’est celui du progrès, mais d’un progrès bien entendu, c’est-à-dire judicieux et graduel, et qui ne ressemble nullement à celui qu’un grammairien de beaucoup de mérite d’ailleurs a naguère tenté sans succès. La société ne court heureusement aucun danger par les retards apportés à la réforme de l’édifice grammatical. Rien ne nous presse; hâtons-nous donc lentement, mais au moins travaillons-y, et n’imitons pas ces grammairiens qui,

Au char de la Raison, attelés par derrière,

font tous leurs efforts pour nous maintenir dans un chaos qui leur est sans doute nécessaire pour briller du seul éclat qu’ils puissent jamais espérer: celui de l’érudition, et qui sentent fort bien que leurs facultés intellectuelles ne sont pas destinées à s’élever au-dessus de la mémoire. Ce sont ces grammairiens qui jadis proclamaient qu’on devait prononcer aneau, manger un quartier d’aneau, lorsqu’il est question de la viande de l’animal mort, et agneau seulement lorsqu’on parle de l’animal vivant; qu’on devait prononcer froid, froa, dans le style soutenu, et frè, dans le style familier; qui, aujourd’hui, veulent qu’on écrive verd par un d, quand ce mot a rapport à l’agriculture, et par un t, quand il n’y a pas rapport, et qui s’efforcent de nous faire dire un froid automne, parce que l’adjectif est avant le substantif, et une automne froide, parce que l’adjectif est après. Faire justice de pareilles niaiseries nous a semblé une chose si naturelle, que nous ne nous sommes même pas arrêté à la pensée que personne de sensé pourrait nous en adresser le moindre reproche.

Les grammairiens modernes, vraiment dignes de ce nom, ont tous adopté déjà cet esprit de réforme auquel nous avouerons que nous nous sommes laissé aller avec d’autant plus de plaisir, que, cette voie ayant été frayée par de grands talens, nous n’avons pas craint de nous y égarer. C’est, dit-on, dans cet esprit qu’est conçue la rédaction du Dictionnaire que l’Académie va bientôt livrer à notre impatiente curiosité. Heureux gouvernement que celui des lettres, où les chefs sont aussi les sincères partisans des réformes!


ERRATA.


Pag.Lig.
[13]17Au lieu deaiguiézée, aiguisée,lisez:aiguière, aiguiérée.
[19]10 raisonnerrésonner.
[21]21 17e siècle16e siècle.
[22]23 grammariensgrammairiens.
[26]4 les Espagnols ambrosiales Espagnols ambrosía.
[43]22 que nous asseyionsque nous nous asseyions.
[58]13 secondesecond e.
[65]1 eudêverendêver.
[69]5 en mouillantsans mouiller.
[104]12 suiviesuivi.
[108]26 Plut. Marcus CrassusMarcus Crassus.
[110]7(et suiv.)Plus qu’à demi mort, plus qu’à moitié mort, etc., mais plus d’à demi mort, plus d’à moitié mort, lisez: plus d’à demi mort, plus d’à moitié mort, etc., mais plus qu’à demi mort, plus qu’à moitié mort. (Voyez [PLUS]).
[135]27 laquellelisez:lequel.
[166]26 aru.dru.
[233]25 marce.marche.
[272]9 andinandain.
[323]19 contrairecontraires.
[336]27 invariablevariable.
[354]14 rebaiffderebiffade.
[372]25 DE COURVAL,
sonnet sat.
DE COURVAL-SONNET, Sat.
[381]5 d’une.de.
[382]20 dantdont.
[393]12 l’on en tire.l’on n’en tire.
[397]27 qualification.qualificatif.
[415]3 sybillin.sibyllin.

DICTIONNAIRE
CRITIQUE ET RAISONNÉ
DU
LANGAGE VICIEUX OU RÉPUTÉ VICIEUX.

A.

Locut. vic. Sept ôtés de dix, reste à trois.
Onze à douze femmes.
Le fils à Guillaume.
Agissez de manière à ce qu’on vous loue.
Locut. corr. Sept ôtés de dix, reste trois.
Onze ou douze femmes.
Le fils de Guillaume.
Agissez de manière qu’on vous loue.

—Boileau a dit:

Cinq et quatre font neuf, ôtez deux reste sept.

C’est comme s’il y avait: il reste sept; ce qui prouve que la préposition à est ici complètement inutile.

A ne doit pas se prendre indifféremment pour ou dans cette phrase: il y avait sept à huit femmes, «phrase recueillie, dit Domergue, par nos dictionnaires, et désapprouvée par le bon sens. On dit avec raison de sept à huit heures, allant de sept à huit heures, parce que huit heures est le terme où aboutit l’action d’aller; il y a un espace à parcourir; il y a des fractions d’heure; mais de la septième femme à la huitième il n’y a point d’espace; on ne conçoit pas des fractions de femme; il faut opter entre sept et huit, et dire sept ou huit femmes.» (Solutions grammat.)

Le fils à Guillaume est une mauvaise locution, en ce que le rapport d’origine doit être marqué par la préposition de et non par la préposition à. Autrefois ce rapport était indiqué indifféremment par à ou par de; on se passait même de préposition.

Ung Gilles de Bretaigne

Nepveu au roi Charlon,

Veiz-je par mode estrange

Estrangler en prison.

(Jehan Molinet.)

Deu le filz Marie. (Dieu le fils de Marie.)

(Roman du Renard, v. 21624.)

Cette manière de parler a été réformée, et ne se trouve plus guère en usage aujourd’hui que parmi les gens dépourvus d’instruction.

«Un jour le marquis de Coulanges, conseiller au Parlement de Paris, rapportant dans une affaire où il s’agissait d’une mare que se disputaient deux paysans, dont l’un se nommait Grappin, s’embrouilla tellement dans le détail des faits qu’il fut obligé d’interrompre sa narration. Pardon, Messieurs, dit-il aux juges, je me noie dans la mare à Grappin, et je suis votre serviteur.» (Glossaire Génevois.)

Cet exemple n’est pas, comme on le sent bien, une autorité qu’on doive suivre.

A ce que n’a aucune valeur de plus que la conj. que; pourquoi donc remplir le discours de mots superflus en disant de manière à ce que au lieu de dire simplement de manière que.


AB HOC ET AB HAC.

Prononc. vic. Abokéabac.
Prononc. corr. Abokètabac.

Prononcez et, dans une locution latine, comme un mot latin et non comme un mot français.


ABIMER.

Locut. vic. Vous avez abîmé mon habit.
Locut. corr. Vous avez gâté mon habit.

Quand on dit: Lisbonne fut abîmée par un tremblement de terre; Don Juan fut abîmé à cause de ses crimes; cet homme était abîmé dans ses douloureuses réflexions, on s’énonce purement: abîmer, dont la signification est grave, est fort bien placé dans ces phrases; mais lorsqu’on se sert de ce verbe pour dire qu’une robe a été salie ou un habit gâté, on ne fait plus qu’une ridicule hyperbole. En langage correct, un habit abîmé n’est autre chose qu’un habit tombé dans un abîme. Le Dictionnaire de l’Académie (édit. de 1802) donne la phrase d’exemple suivante: Ce meuble est abîmé de taches. Nous ne voyons là qu’une erreur, attendu que l’usage de nos bons écrivains, et le sentiment de nos meilleurs grammairiens sont opposés à cette manière de parler.


ABOUTONNER.

Locut. vic. Aboutonnez votre habit.
Locut. corr. Boutonnez votre habit.

Les Italiens disent abbotonare pour boutonner. C’est probablement de ce verbe que nous sera venu le verbe aboutonner, que Féraud qualifie de barbarisme, et qu’il serait certainement plus juste et plus poli de nommer un italianisme.


ABSYNTE.

Locut. vic. Je bus un peu d’absynte vert.
Locut. corr. Je bus un peu d’absinthe verte.

«Il est peu de mots, dit l’abbé Féraud, qui aient été écrits de plus de manières différentes: absinte, absinthe, absynthe, et même apsinthe. Ce dernier est de M. Ménage et le plus mauvais de tous. Aujourd’hui l’on n’a à choisir qu’entre absynthe et absinthe; l’Académie s’est déclarée pour le dernier, et avec raison; car pourquoi cet y? ce n’est pas pour l’étymologie; elle lui est contraire: absinthium.

«Selon Malherbe, absinthe est masculin et féminin. Vaugelas le fait toujours masculin. Aujourd’hui il est constamment féminin.» (Dict. crit.)

Domergue pense qu’on peut dire l’absinthe amère et l’absinthe amer. «Je suis, dit-il, également fondé à donner les deux genres à ce mot: le féminin, puisque c’est le bon plaisir des dictionnaires; le masculin, puisqu’ainsi le veut la loi de l’analogie.» (Manuel des étrangers, etc.)


ACADÉMICIEN, ACADÉMISTE.

Locut. vic. Vous tirez comme un académiste.
Locut. corr. Vous tirez comme un académicien.

Quelques grammairiens, M. Laveaux entre autres, prétendent que l’on doit donner le nom d’académiste à quelqu’un qui fait partie d’une académie d’armes ou d’équitation, et celui d’académicien à tout membre d’une académie scientifique ou littéraire. Les académistes ne paraissent pas fort disposés jusqu’à présent à reconnaître cette superbe distinction, et franchement, nous pensons qu’un membre d’une académie d’armes ou d’équitation a tout autant de droits à prendre le titre d’académicien, si la société à laquelle il appartient est reconnue pour académie, qu’aucun des messieurs qui siègent au palais des Beaux-Arts, et à qui, soit dit en passant, on serait presque tenté d’attribuer l’intention d’établir cette différence entre académicien et académiste.

Tout Dieu veut aux humains se faire reconnaître.

(La Fontaine.)


A CAUSE QUE.

Locut. vic. Il est triste à cause qu’il souffre.
Locut. corr. Il est triste parce qu’il souffre.

L’emploi de cette lourde locution est condamné par nos grammairiens modernes. Restaut s’en est servi dans cette phrase: Faut-il qu’il soit insolent à cause qu’il est riche? A cause que est maintenant un archaïsme; on l’a remplacé par la conjonction parce que.


ACCOURCIR, RACCOURCIR.

Locut. vic. Les jours sont bien raccourcis.
Vous avez trop accourci mon habit.
Locut. corr. Les jours sont bien accourcis.
Vous avez trop raccourci mon habit.

Il y a entre ces deux verbes une différence de signification qui ne paraît pas être connue de tout le monde. Le premier ne doit s’employer qu’au figuré: Vous avez accourci votre chemin en passant par là. Le second ne doit s’employer qu’au propre: Raccourcissez ma canne. Dans le premier cas il s’agit d’une opération à laquelle notre main ne peut avoir aucune part; dans le second au contraire d’une opération où elle intervient.


ACCULER.

Locut. vic. Vous acculez toujours vos souliers.
Locut. corr. Vous éculez toujours vos souliers.

Dans les premières éditions de son Dictionnaire, l’Académie tolérait l’expression d’acculer des souliers, mais la docte compagnie ne permet plus que le verbe éculer dans ce sens. C’est qu’elle a suivi le progrès de la langue. On lit dans Rabelais: Tousiours se veaultroyt par les fanges, se mascaroyt le nez, se chauffourroyt le visaige, acculoyt des souliers, etc.

(Gargantua, chap. XI.)

Acculer n’est plus en usage aujourd’hui que pour signifier pousser dans un lieu où l’on ne peut reculer. Cet homme, acculé contre un mur, blessa deux des brigands qui l’attaquaient. En parlant d’une chaussure dont le quartier de derrière a été abattu par le talon et foulé en marchant, c’est éculer qu’il faut employer.


ACHETER.

Pronon. vic. Il a ageté une maison.
Pronon. corr. Il a acheté une maison.

«Je ne ferais pas cette remarque si je n’avais ouï plusieurs hommes dans la chaire et dans le barreau prononcer mal ce mot, et dire ajetter pour acheter; mais ce qui m’estonne davantage, c’est que je ne vois personne qui les reprenne d’une faute si évidente. Ce défaut est particulier à Paris; c’est pourquoi ce sera leur rendre un bon office que de les avertir.»

(Vaugelas, 271e rem.)


A-COMPTE.

Orth. vic. Vous avez reçu deux à-comptes.
Orth. corr. Vous avez reçu deux à-compte.

«A-compte s’emploie substantivement, et s’écrit sans s au pluriel: je lui ai donné deux à-compte.

«Cependant Beauzée (Encycl. méth., au mot Néologie) est d’avis d’écrire acompte substantif, en un seul mot, et alors des acomptes avec un s. Sous la forme adverbiale, il adopte l’orthographe de l’Académie: voilà toujours mille francs à-compte sur ce que je vous dois.» (Girault-Duvivier, Gramm. des gramm.)

Nous pensons qu’on ferait fort bien d’adopter l’orthographe proposée par Beauzée, car elle a l’avantage d’être beaucoup plus rationnelle que l’orthographe ordinaire.


AFFAIRE.

Orth. vic. Qu’avez-vous affaire dans leur querelle?
Il me quitta parce qu’il avait à faire à midi.
Orth. corr. Qu’avez-vous à faire dans leur querelle?
Il me quitta parce qu’il avait affaire à midi.

Dans la première phrase l’ordre direct est: vous avez que (mis pour quoi, quelle chose) à faire dans leur querelle? C’est donc le verbe faire précédé de la préposition à qu’il faut ici. Dans la seconde il y a ellipse de l’adjectif numéral une: il me quitta parce qu’il avait une affaire à midi; et c’est évidemment le substantif affaire que l’on doit employer dans cette circonstance.

«Beaucoup de personnes se trompent à ces deux locutions; elles écrivent j’ai à faire, comme on écrirait j’ai une affaire.

«Quand l’intention de la phrase porte sur la chose même, c’est une affaire; quand elle porte seulement sur le temps et sur la manière, la chose est à faire; robe à faire.

«Autrement: si le mot est susceptible de recevoir un article quelconque, il est le substantif affaire: une affaire importante, l’affaire dont vous m’avez parlé, etc.

«Mais si le mot ne peut admettre ni un adjectif ni un article, c’est alors la locution à faire: qu’avez-vous à faire? ce que vous demandez n’est plus à faire, etc.» (Philipon La Madelaine, Homonymes français.)


AFFILER. (Voyez [EFFILER].)


AGE.

Locut. vic. A nos âges on n’est plus bon pour les plaisirs.
Locut. corr. A notre âge on n’est plus bon pour les plaisirs.

Ce substantif n’a de pluriel que dans ces exemples: les quatre âges de l’homme; l’homme entre deux âges, etc.; c’est-à-dire lorsqu’il désigne une des époques principales de la vie humaine, et non un des points si nombreux marqués par chaque année. Nous pensons en conséquence qu’un homme de 60 ans qui dirait à un adolescent de 20 ans: à nos âges la vie offre des aspects bien différens, parlerait correctement; mais si cet homme de 60 ans disait à un autre homme de 65 ans: à nos âges on n’a plus de passions, cet homme ferait une faute.


AGIR.

Locut. vic. Votre frère en a mal agi envers moi.
Locut. corr. Votre frère a mal agi envers moi.

A quoi sert le pronom relatif en dans la première phrase? à rien absolument. C’est un mot parasite que le mauvais usage seul a pu accueillir.

«En agir est un barbarisme, dit Féraud. On voit dans une lettre de Racine à son fils qui était fort jeune, qu’il le reprend d’avoir dit en agir pour en user bien ou mal avec quelqu’un. Avec le pronom se, agir est verbe impersonnel, et il régit la préposition de; mais il ne se dit point à l’infinitif, s’agir. Il s’agit de la gloire, des intérêts de la religion; il s’agissait de la perte ou du salut de l’empire. Plusieurs retranchent mal à propos il, et disent: l’affaire dont s’agit. D’autres au prétérit disent: dont il a s’agi, pour, dont il s’est agi; cette dernière faute est encore plus grossière. Les verbes réciproques ou pronominaux prennent tous l’auxiliaire être


AGONIR.

Locut. vic. Vous m’avez agoni d’injures.
Locut. corr. Vous m’avez accablé d’injures.

Agonir n’est pas français. Quelques personnes se sont imaginé parler plus purement en disant: agoniser quelqu’un d’injures; mais malheureusement cette expression ne vaut pas mieux que la première. Agoniser est toujours neutre, et ne peut jamais, par conséquent, signifier mettre à l’agonie, comme on voudrait qu’il le fît dans la locution que nous venons de citer.


AGRICULTEUR.

«Néologique et barbare, culteur n’étant pas français; dites agricole.» (Boiste.)

«Agricole n’est jamais qu’adjectif. La raison de M. Boiste pour rejeter ce mot est très-mauvaise: c’est que le composant culteur n’est pas français. Dans législateur lateur n’est pas français, et législateur est bon. Et puis cole n’est pas plus français que culteur.» (Ch. Nodier. Examen crit. des Dict.)

Malgré cette excellente réfutation de l’opinion de M. Boiste sur le mot agriculteur, nous avons vu tout récemment reproduire cet article de son dictionnaire dans un ouvrage de grammaire, où le dernier des deux vers suivans de Delille est blâmé:

Et, content de former quelques rustiques sons,

A nos agriculteurs je donne des leçons.

Est-ce bien là du goût? ne serait-ce pas plutôt du purisme, et, qui plus est, du purisme très-ridicule?


AIDE.

Locut. vic. Votre aide n’a pas été puissant.—Un aide à maçon.
Locut. corr. Votre aide n’a pas été puissante.—Un aide-maçon.

Aide signifiant assistance est féminin: l’aide que vous avez reçue vous a été fort utile.

Le Dictionnaire de l’Académie dit un aide à maçon. M. Feydel (Remarques sur le Dict. de l’Acad.) fait à ce sujet l’observation qu’en bon français on doit dire et on dit: aide-maçon; aida-maçoun, ajoute-t-il, est du patois limousin.

Furetière, critiquant cette phrase du Dictionnaire de l’Académie: «ce mot (aide) n’est que de deux syllabes», s’écrie: «Qui ne rirait de la simplicité de cette observation? s’est-on jamais avisé de le faire de trois?» (L’Enterrement du Dict. de l’Acad.) Oui, certes, répondrons-nous; et Furetière ne se souvenait pas alors de nos vieux poètes qu’il avait cependant dû lire. On trouve dans le testament de Maistre Jehan de Meung:

O glorieuse Trinité,


Qui vivre et entendement donnes,

Et tous les biens nous habandonnes

Aide-moy à ce ditté.

(Traité de morale.)

Et dans Baïf:

Diane chasseresse au veneur donne aïde,

Et Vénus flatteresse à l’amoureux préside.

Cette prononciation est, du reste, si triviale aujourd’hui qu’il est presque superflu de la relever ici.


AIDER.

Locut. vic. Aidez-le à porter ce fardeau.—Aidez-lui à payer l’écot.
Locut. corr. Aidez-lui à porter ce fardeau.—Aidez-le à payer l’écot.

«Il y a quelque différence, dit Andry de Boisregard, (Réfl. sur l’usage présent de la langue fr.) entre aider quelqu’un et aider à quelqu’un; et en prenant ces mots selon l’exactitude et la pureté de la langue, aider à quelqu’un signifie proprement partager avec lui les mêmes peines; ainsi on dira fort bien d’une personne qui aura mis la main à l’ouvrage d’un autre: il lui a aidé à faire cela. Mais si l’aide qu’on donne ne consiste pas à prendre sur soi-même une partie du travail de celui qu’on secourt, alors il faut dire aider avec l’accusatif; ainsi on dira d’une personne qui aura donné à quelqu’un une somme d’argent pour achever un édifice: qu’il l’a aidé à bâtir sa maison

Féraud ajoute: «Sur ce pied-là il faudra donc dire que: On doit s’aider les uns les autres, et non pas les uns aux autres, comme dit Bossuet. Dieu aide aux fous et aux enfans est une phrase consacrée qui ne doit pas tirer à conséquence pour d’autres. Avec les choses, aider à fait fort bien: aider à la fortune de; aider à la lettre; il n’a pas peu aidé à cette affaire.

Lui pouvez-vous aider à me perdre d’honneur?

(Corneille.)

«Et pouvez-vous l’aider aurait été mieux.»


AIGLE.

Locut. vic. Nous vîmes dans la ménagerie une aigle très-grande.
L’aigle français a eu sa gloire.
Locut. corr. Nous vîmes dans la ménagerie un aigle très-grand.
L’aigle française a eu sa gloire.

Aigle, signifiant l’oiseau même, est masculin. Il l’est encore lorsqu’il est employé pour homme de génie: c’est un aigle; mais pris dans le sens d’armoiries, d’enseignes, il est féminin: les aigles romaines; l’aigle impériale.

Si l’on voulait parler de la mère d’un aiglon, il faudrait, selon l’Académie, dire un aigle femelle; selon Ménage, on devrait dire une aigle. Ménage pourrait bien avoir raison, d’autant plus que quelques passages de bons auteurs sont venus corroborer son opinion.


AIGUADE.

Pronon. vic. Aigu-ade.
Pronon. corr. Aigade.

(Voyez [AIGUISER].)


AIGUISER.

Pronon. vic. Aighiser un couteau.
Pronon. corr. Aigu-iser un couteau.

Nous posons ici en règle absolue, 1o que tous les mots qui appartiennent à la famille du mot aigu, comme aiguillade, aiguille, aiguillée, aiguilleter, aiguilletier, aiguillette, aiguillier, aiguillière, aiguillon, aiguillonner, aiguisement, aiguiser, doivent rappeler la prononciation de leur racine de même qu’ils en rappellent l’idée par leur orthographe, et qu’il faut dire, en conséquence, aigu-illade, aigu-ille, etc.; et 2o que tous les mots qui dérivent du vieux substantif aigue (eau), et qui sont aiguade, aiguail, aiguaille, aiguayer, aiguière, aiguiérée, doivent, au contraire, ne pas laisser sentir l’u radical qui déguiserait tout-à-fait leur origine, puisqu’on pourrait fort bien écrire aigue sans u, de cette façon: aighe, et qu’il faut prononcer aigade, aigail, etc. L’adoption de cette règle ne peut pas, nous le pensons, éprouver la moindre difficulté, quoique le sentiment de plusieurs grammairiens sur la prononciation de deux ou trois des mots que nous avons cités soit en opposition avec le nôtre. Quel est l’esprit juste qui ne préférera pas une règle simple et précise à des incohérences, et la certitude au tâtonnement?


AIL.

Locut. vic. J’ai acheté des ails, des aulx.
Locut. corr. J’ai acheté de l’ail, des têtes d’ail.

«Le pluriel était autrefois aulx. M. Boiste donne aux, et M. Gattel aus; dans l’usage le plus commun c’est ails, et dans le bon usage ce n’est rien de tout cela. On dit généralement de l’ail, et ce mot ne se pluralise jamais.» (Ch. Nodier, Examen crit. des Dict.)

La Fontaine a dit cependant:

Tu peut choisir, ou de manger trente aulx, etc.

Nous ajouterons que le pluriel ails est fort usité par les naturalistes. Il existe, au reste, un moyen indiqué par plusieurs grammairiens de mettre tout le monde d’accord, c’est de dire au pluriel des têtes d’ail. Pourquoi ne dirait-on pas en effet, trois, cinq, dix têtes d’ail lorsqu’on fait un compte, et de l’ail lorsqu’on généralise?


AILE.

Locut. vic. Boire de l’aile.
Locut. corr. Boire de l’ale. (Sorte de bière.)

Prononcez, si vous voulez, aile, puisque c’est ainsi qu’on prononce ale en anglais; mais songez bien que rien ne vous y oblige, car il serait ridicule d’admettre qu’une langue qui nous prête un nom commun pût nous imposer sa prononciation. Quant à l’orthographe, c’est différent. Si vous l’altérez, l’étymologie se perdra, et lorsqu’elle sera perdue, qui vous dira si vous devez écrire aile, helle, elle, etc. Quelle belle source de contestations vous aurez fait jaillir! Et puis convenons que si nous empruntons un mot pour en changer l’orthographe, il vaut autant créer tout de suite un mot français, lequel serait bien certainement plus conforme au génie de notre langue. L’Académie et presque tous les dictionnaires écrivent aile, ce qui en Anglais ne signifie rien, et ce qui en Français signifie autre chose que de la bière. Aile est donc tout-à-fait en ce dernier sens un véritable barbarisme. M. Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.) veut qu’on écrive aële. Nous en ignorons le motif. Féraud écrit ale, et nous pensons qu’il a raison.


AIMER.

Locut. vic. J’aime rire, j’aime chanter.
Locut. corr. J’aime à rire, j’aime à chanter.

Ma bouche alors aimait redire

Un reste de songe amoureux.

(Joseph Delorme.)

Quoique plusieurs auteurs distingués aient employé ce verbe sans le faire suivre de la préposition à lorsqu’il est accompagné d’un autre verbe, nous ferons remarquer que c’est contraire à l’usage général. Il faut dire: j’aime à rire, j’aime à chanter. Cependant si l’adverbe mieux se trouvait placé entre le verbe aimer et un autre verbe la préposition à serait alors retranchée: j’aime mieux rire.

«Aimer régit à et non pas de devant les verbes, et alors il signifie prendre plaisir à..... aimer à lire, à chanter, à jouer, et non pas de lire, etc. (Féraud, Dict. Crit.).»


AIR (Avoir l’).

Locut. vic. Cette femme a l’air douce.
Locut. corr. Cette femme a l’air doux.

La locution avoir l’air n’étant pas un verbe, il nous semble tout-à-fait ridicule de vouloir faire accorder l’adjectif doux avec le substantif femme, quand il doit réellement être accordé avec le substantif air. Nous ajouterons qu’on devrait toujours éviter avec soin d’employer la locution avoir l’air en parlant des choses, comme dans ces phrases: cette poire a l’air mûr, cette maison a l’air neuf. Il faut dire: cette poire paraît mûre, cette maison paraît neuve.

Nous devons sur ce sujet à Philipon de la Madelaine une opinion que nous avons trouvée tout-à-fait concluante. La voici: «L’adjectif ou le participe qui suit le mot air s’accorde avec le substantif, et ne prend jamais que le genre masculin, quelque application que l’on en fasse. Ainsi il faut dire: Cette femme a l’air satisfait; cette fille a l’air ingénu; cette actrice a l’air embarrassé, etc. Il serait même d’autant moins convenable de faire accorder avec la personne les adjectifs satisfait, ingénu, etc. que souvent la personne n’est ni satisfaite, ni ingénue, et qu’elle n’en a que l’air ou l’apparence. Donc c’est à cet air seul que l’adjectif doit se rapporter. (Gram. des Gens du monde.


AIRER.

Locut. vic. Il faut airer cet appartement.
Locut. corr. Il faut aérer cet appartement.

Autrefois on disait en français aër pour air, comme on le voit par les vers suivans:

Il luy a faict acroire

Que pour trop mieulx ce drap mettre en son teinct,

Il fault qu’il soyt par une nuyt attainct

De l’aer de nuyt ou bien de la rousée.

(Légende de P. Faifeu.)

Comme ce mot ne faisait qu’une syllabe, la corruption de l’orthographe étymologique aura été chose facile. Aer a donc disparu, mais aérer nous est resté pour constater une disparate de plus dans notre langue. Airer conviendrait bien mieux aujourd’hui, et nous regrettons que l’usage le repousse.


AISE.

Locut. vic. On ne peut pas avoir tous ses aises.
Locut. corr. On ne peut pas avoir toutes ses aises.

«Le genre de ce mot est incertain au singulier; on ne l’unit qu’avec des pronoms dont on ne peut distinguer le genre par la terminaison, à son aise, à votre aise. Au pluriel l’usage le plus autorisé le fait féminin: prendre toutes ses aises. L’Académie ne lui donne que ce genre.» (Féraud. Dict. Crit.)


AIX-LA-CHAPELLE.

Pronon. vic. Aisse-la-Chapelle.
Pronon. corr. Aicse-la-Chapelle.

Nous ne savons pourquoi nos grammairiens veulent qu’on fasse pour ce mot la même dérogation à la prononciation française de la lettre x, que celle qu’on a faite pour le nom de la ville d’Aix en Provence. Dans le dernier nom, cette prononciation nous paraît assez naturelle, en ce qu’elle est fondée sur l’usage du pays auquel il appartient, mais dans Aix-la-Chapelle, sur quoi se fonde-t-on quand les Allemands, dont la langue est universellement parlée dans cette ville, disent Aachen, et que ceux qui emploient le nom français dans le pays le prononcent Aicse?


AJAMBER.

Locut. vic. Ajambez ce ruisseau.
Locut. corr. Enjambez ce ruisseau.

ALCOVE.

Locut. vic. Cet alcove est trop petit.
Locut. corr. Cette alcove est trop petite.

Dans le réduit obscur d’une alcove enfoncée,

S’élève un lit de plume à grand frais amassée.

(Boileau. Lutrin, ch. I.)


ALENTOUR DE.

Locut. vic. Il a de beaux arbres à l’entour de sa maison.
Locut. corr. Il a de beaux arbres autour de sa maison.

Alentour étant un adverbe et non une préposition, voici comment il doit être employé: il a une belle maison et de beaux arbres à l’entour. Les échos d’alentour. Alentour n’a pas de complément; autour doit en avoir un. Ainsi au lieu de dire: sa maison est abritée, il y a des arbres autour; il faut dire: alentour.

Alentour de était usité autrefois; nos vieux auteurs nous en fournissent des preuves. Boileau, selon l’abbé Féraud (Dict. Crit.), avait mis dans les premières éditions de ses satires:

A l’entour d’un castor j’en ai lu la préface.

Il mit dans sa dernière édition de 1709: autour d’un caudebec.

«Cette correction, dit Girault Duvivier, de la part d’un écrivain aussi pur, l’usage bien constant à présent, et enfin la grammaire qui veut qu’un adverbe soit employé sans régime, décident sans appel que alentour ne doit plus être suivi d’un régime: ainsi on s’exprimerait mal si l’on disait qu’une mère a ses filles alentour d’elle. Et Lafontaine ne dirait plus:

Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs.

«Beaucoup d’écrivains du siècle de Louis XIV, dit le même grammairien, écrivent à l’entour en deux mots et avec une apostrophe après la lettre l; mais cet adverbe étant écrit en un seul mot (alentour) dans les dernières éditions du dictionnaire de l’Académie, et dans la plupart des ouvrages modernes, nous adopterons cette orthographe.»


ALGER.

Pronon. vic. Algé.
Pronon. corr. Algère.

Si nous indiquons cette prononciation Algère comme la meilleure, c’est par déférence pour le sentiment du dictionnaire de Trévoux qui écrit Algèr, de la grammaire de Lévizac, de celle de Lemare, et du Dictionnaire des rimes de M. de Lanneau qui range ce nom propre parmi les mots dont le r final est rude, tels que cancer, amer, enfer, etc. Nous reconnaissons cependant que l’usage veut qu’on prononce Algé. On peut donc faire hardiment son choix en cette circonstance; on aura toujours pour soi une autorité imposante, celle des grammairiens ou celle de l’usage.

En Alger et à Alger ne signifient pas la même chose. En se met généralement devant un nom d’empire, de province, d’état, etc. A devant un nom de ville, de bourg, etc. Ainsi lorsqu’on dit: je vais en Alger, c’est comme si l’on disait: je vais sur le territoire de la colonie d’Alger, et lorsqu’on dit: je vais à Alger, cela signifie, je vais dans la ville même d’Alger. Il y aurait conséquemment une faute aujourd’hui dans ce vers de Corneille:

Je serai marié, si l’on veut, en Alger.

L’usage, qui se joue parfois des règles les plus sensées, n’a pas toujours respecté le principe que nous venons de développer, et nous ferons remarquer que cette locution en Alger, quoique bonne dans le sens indiqué plus haut, et quoique souvent employée d’une manière officielle par le gouvernement, n’en est pas moins, à l’heure qu’il est, une expression que l’usage dédaigne. Que le gouvernement se console de cet échec; la raison n’est pas mieux traitée que lui.


ALLER.

Locut. vic. Il s’est en allé.
Il a plusieurs endroits à aller.
Je m’en vas lui parler.
Mon frère est allé en ville ce matin, et en est revenu ce soir.
Locut. corr. Il s’en est allé.
Il a plusieurs endroits où aller (et mieux: il doit aller dans plusieurs endroits).
Je vais lui parler.
Mon frère a été en ville ce matin, et en est revenu ce soir.

—Dans la conjugaison du verbe s’en aller, le relatif en doit toujours être placé immédiatement après le second pronom personnel comme dans ces phrases: nous nous en sommes allés, vous vous en étiez allés, ils s’en seront allés, et non nous nous sommes en allés, vous vous étiez en allés, ils se seront en allés. Cette dernière manière de parler est unanimement condamnée.

—On doit sentir que cette phrase: il a plusieurs endroits à aller, est mauvaise, par la raison qu’on ne peut pas aller un endroit, des endroits, mais dans un endroit, dans des endroits.

Je m’en vas lui parler nous paraît contenir deux incorrections: la première est le pléonasme que présente l’emploi du relatif en, lequel est fort inutile ici puisqu’on peut dire dans un sens tout aussi complet je vas lui parler; la seconde est l’emploi de vas au lieu de vais, que l’on doit préférer, parce que la grammaire et l’usage l’ont définitivement adopté. C’est de plus une orthographe étymologique. Autrefois on disait: je voys, je voyse qu’on prononçait comme la première personne du verbe voir, je vois. Quand vint la révolution opérée, vers le milieu du 16e siècle, dans notre prononciation nationale, par l’influence de la suite italienne de Catherine de Médicis, la diphthongue oy, oi, finit par avoir le son de l’è ouvert, et l’on prononça alors je vays. Enfin plusieurs changemens successifs nous léguèrent l’orthographe je vais, qui est aujourd’hui généralement suivie. Je vas est préféré par certaines personnes à cause de son analogie avec les deux autres personnes tu vas, il va. Pour que cette opinion soit excellente, il ne lui manque que d’avoir l’usage pour elle.

Allé ne peut pas être employé dans une phrase qui implique le retour de la personne partie. C’est le participe été qu’il faut dans ce cas. Il est allé à Paris est une phrase correcte; elle ne l’est plus si vous ajoutez et il en est revenu. Cependant s’il y avait un autre verbe après allé, ce serait bien ce participe qu’il faudrait employer. Ainsi cette phrase, il a été le voir à Paris, et il est revenu, est défectueuse quoiqu’il y ait idée de retour. Il faut dire, il est allé le voir à Paris, et il est revenu. La raison en est que le participe été ne peut pas correctement se joindre à un autre verbe. Voyez à l’article [Être] les réflexions si judicieuses de M. Ch. Nodier à cet égard.


ALLUMER.

Locut. vic. Allumer la lumière.
Locut. corr. Allumer la bougie, la chandelle.

La faute que nous signalons ici est assez grossière; on en trouve cependant des exemples dans des ouvrages imprimés. En voici un: «Je m’étais assuré par une répétition faite deux jours auparavant, que j’avais beaucoup plus de temps qu’il ne m’en fallait pour me lever, allumer de la lumière et passer dans mon cabinet, etc.» (Louis XVIII. Relation d’un voyage à Bruxelles et à Coblentz en 1791.)

Il est un autre emploi du verbe allumer qui, moins mauvais sans doute que le précédent, a cependant été blâmé par quelques grammairiens, et que nous désirerions contribuer à faire disparaître. On le trouve dans les locutions: allumer du feu, allumer le feu, que nous considérons comme entachées de pléonasme. L’Académie s’exprime ainsi à ce sujet: «On dit allumer le feu, allumer du feu, pour dire allumer le bois qui est dans le foyer.» Mais pourquoi ne dirait-on pas faire du feu? Cette manière de parler est fort bonne, et l’Académie elle-même l’approuve apparemment, puisqu’elle la met dans son Dictionnaire.


ALMANACH.

Pronon. vic. Almanac, almena.
Pronon. corr. Almana.

Féraud prétend qu’on doit faire sentir faiblement le c quand ce mot est au singulier. Nous croyons qu’il vaut mieux avoir une prononciation uniforme pour les deux nombres, et ne prononcer almanac que lorsque ce mot se lie à un autre mot commençant par une voyelle: un almanach intéressant, prononcez un almana kintéressant.


ALORS.

Locut. vic. Ce jeune homme vient de publier un ouvrage; jusqu’alors il avait été inconnu.
Locut. corr. Ce jeune homme vient de publier un ouvrage; jusqu’à présent il avait été inconnu.

Jusqu’alors, employé pour désigner un temps présent, est un solécisme. Nous avons été surpris de le trouver dans un plaidoyer d’un de nos meilleurs avocats. «C’est aujourd’hui, pour la première fois, qu’on lui reproche d’avoir offensé la personne du roi. Il a quelque droit, Messieurs, de s’étonner de cette prévention d’un délit que jusqu’alors il avait ignoré.» Lisez: que jusqu’à présent il avait ignoré.

Alors ne doit pas être prononcé alorce mais alor.


AMADOU.

Locut. vic. Cette amadou est mauvaise.
Locut. corr. Cet amadou est mauvais.

AMATEUR.

Locut. vic. Elle est amateur de tableaux.
Locut. corr. Elle est amatrice de tableaux.

Le féminin amatrice est un mot fort bon et fort utile, qui a éprouvé et qui éprouve encore de grandes difficultés pour s’introduire dans notre idiôme. Ces difficultés proviennent en grande partie des femmes, et nous avouerons franchement que leur susceptibilité n’est que trop bien justifiée. M. de Bièvre a laissé tant de successeurs! Quoi qu’il en soit, ce mot que l’abbé Féraud qualifie à tort de mot nouveau, car c’est un archaïsme (V. Archéologie française, t. 1), ce mot, disons-nous, commence à se trouver appuyé par un assez grand nombre d’autorités. Amyot, Brantôme, Linguet, J. J. Rousseau, s’en sont servis, et Domergue, Féraud, l’Académie, Ch. Pougens, Boiste, etc., l’approuvent.


AMBITIEUX.

Quelques grammairiens prétendent que cet adjectif ne doit jamais avoir de complément comme dans cette phrase: il est ambitieux de gloire. Sur quoi fondent-ils leur opinion? Nous n’en savons rien, et peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes. C’est du moins ce que leur silence à cet égard nous permet de croire. Quant à nous, nous pensons que l’adjectif ambitieux, dérivant d’un verbe actif, doit pouvoir admettre le complément qu’admettrait ce verbe. Puisqu’on dit ambitionner la gloire, la puissance, etc., pourquoi ne dirait-on pas ambitieux de gloire, de puissance, etc.? Quoi! vous direz qu’un homme est ambitieux, et vous ne pourrez pas ajouter sur quoi porte son ambition. Quelle susceptibilité! rend-elle vraiment un service à notre langue? Nous croyons le contraire.

Louis Racine dans ce vers:

Ils sont ambitieux de plus nobles richesses,

Boileau dans cet hémistiche:

Ambitieux de gloire,

ont bravé avec raison une critique peu fondée.

Notre vieux langage donnait aussi un complément à ambitieux.

De vous l’accueil et l’honneste salut

Du premier jour envers moy tant valut,

Et le langage exquis et gracieux

Que mon esprit devint ambitieux

D’avoir du mal pour le bien qui lui pleust.

(Mellin de St. Gelais.)


AMBROISIE.

Locut. vic. Je croyais boire de l’ambroisie.
Locut. corr. Je croyais manger de l’ambrosie.

Le Dictionnaire de Trévoux après avoir défini l’«ambrosie: viande exquise dont les anciens feignaient que leurs dieux se nourrissaient, ajoute un peu plus loin: figurément on appelle ambrosie quelque manger ou boisson excellente.» Nous ne concevons pas cette contradiction. Les dieux payens, qui avaient déjà le nectar pour breuvage, devaient certainement avoir aussi un manger, et ce manger c’était l’ambrosie.

Nous avons adopté pour ce mot l’orthographe étymologique suivie par Trévoux, Féraud, etc., quoique peut-être un peu moins harmonieuse, un peu moins poétique que l’autre. Marot a dit cependant:

Car toute odeur ambrosienne y fleurent.

Les Anglais disent ambrosia, les Espagnols ambrosía.


AME.

Orth. vic. L’ame est immortelle.
Orth. corr. L’âme est immortelle.

D’Olivet et Féraud écrivent ce mot avec un accent circonflexe; M. Laveaux (Dictionnaire des Difficultés de la langue française) dit que cet accent suppose la suppression d’une lettre, et que l’on n’a jamais écrit asme; mais M. Laveaux est dans l’erreur sur la vieille orthographe du mot âme. On le trouve, dans nos anciens auteurs et dans les glossaires, écrit tour-à-tour arme, alme et asme. Nous dirons, pour constater cette dernière orthographe, que Rabelais ayant été accusé d’hérésie près de François Ier, par ce qu’il nomme un mangeur de serpens, à cause de ce passage de Pantagruel (liv. 3 ch. 22): «Il est herectique, bruslable comme une belle petite horologe. Son asne sen va a trente mille charetees de dyables. Sçavez-vous ou? Cor Dieu, mon amy, droict dessoubz la celle persee de Proserpine.» Rabelais, disons-nous, allégua pour sa défense (Epistre au cardinal de Chastillon) qu’il avait été «miz ung n pour ung m par la faulte et negligence des imprimeurs,» ce qui du mot asme avait fait le mot asne.


AMELETTE