L’art de chevalerie selon Vegece.
Cy commence la table de ce present livre/ nommé Vege[ce] de l’art de chevalerie/ lequel traicte de la maniere que princes doibvent tenir au fait de leurs guerres et batailles.
Et premierement commence le prologue de l’acteur qui est le [premier chapitre].
Comment guerre et bataille emprinse a juste querelle menee a leur droit est chose de justice & permise de dieu. [ii. c.]
Comment il ne loist fors aux roys ou souverains princes emprendre de leur singuliere auctorité guerre & batailles contre quelconques. [iii. c.]
Comment sont les mouvemens dont premierement sourdent guerres et batailles. [iiii. c.]
Comment des considerations ou regard que le roy ou prince doibt avoir au fait d’entreprendre guerre/ & les manieres qu’il doibt tenir ainçoys qu’il delivre guerre. [v. c.]
Cy devise comment il n’est pas expedient que le roy ou souverain prince viengne en bataille pour les perilz d’adverse fortune. [vi. c.]
Cy devise quel connestable doibt estre esleu pour estre maistre de la chevalerie du roy ou prince & les conditions qu’il doibt avoir. [vii. chapitre.]
Cy alleguent au propos de l’excercite d’armes aucuns acteurs qui de ce ont parlé & les manieres que tenoient les vaillans conquereurs qui avoient renommee en armes. [viii. c.]
Cy devise les manieres que tenoient les haulx & nobles chevalereux duitz a duire & enseigner leurs enfans en la doctrine des armes. [ix. c.]
Cy devise encore de ce mesmes & les choses en quoy ilz enseignent les enfans du peuple. [x. c.]
Cy devise les proprietés que doivent avoir gens d’armes/ & en quoy ilz doibvent estre eduitz & enseignés. [xi. c.]
Cy commence a parler des manieres qui au connestable appartiennent ou au capitaine tenir son office en l’excersant. [xii. cha.]
Cy devise la maniere qui affiert a tenir au connestable ou capitaine en son office ou fait desloger son ost selon que dient les livres d’armes. [xiii. c.]
Encore de ce mesme parle cy ensuivant comme vous orrez. [xiiii. c.]
Cy devise le soing que le capitaine doibt avoir a prendre garde sur son ost. [xv. c.]
Cy devise la maniere que le capitaine doibt tenir au desloger d’une place/ & par les chemins ou il maine son ost. [xvi. c.]
Cy parle de passer ost par fleuves ou par grans rivieres. [xvii. c.]
Cy devise les manieres qui affierent a capitaine d’ost a tenir au temps qu’il espoire avoir prochaine bataille. [xviii. c.]
Cy devise les manieres que le capitaine doibt tenir se il advient qu’il se vueille partir du champ sans attendre ne donner la bataille. [xix. c.]
Cy devise se le capitaine d’ost chiet en traictié de paix ou de treves avecques ses adversaires ou ennemis/ & comment il se peust preserver et garder des merveilleux et tresgrans perilz ausquelz il peut estre deceu. [xx. c.]
Cy devise les manieres que le capitaine d’ost doibt tenir le jour qu’il espoire pour certain avoir bataille. [xxi. cha.]
Cy devise la maniere de prendre avantaige du champ selon vegece. [xxii. cha.]
Cy devise en bref la maniere selon l’usaige du temps pour arrenger ost en champ pour combatre. [xxiii. c.]
Cy devise selon vegece & les anciens l’ordre de arrenger bataille. [xxiiii. c.]
Cy devise selon vegece de vii. manieres d’arrenger ost & de combatre. [xxv. c]
Cy parle encore de mesmes propos en poursuivant sa matiere du precedent chapitre. [xxvi. c]
Cy devise l’ordre & la maniere que le capitaine doibt tenir quant bonnes fortunes sont pour luy de la bataille. [xxvii. c.]
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant la fortune de la bataille luy vient contraire. [xxviii. c.]
Cy recapitule en bref aucunes choses des ordres devant dictes. [xxix. c]
A tant fine la premiere partie de ce livre/ & en apres commence la seconde ou il parle de cautelles d’armes.
Cy commence le premier chapitre de la seconde partie de ce present livre auquel parle de Scipion l’affrican. [i. c]
Cy parle du duc Marius de certorius/ de duelius/ & de periclés. [ii. c.]
Cy parle de la cité de voiaux de hanibal et de denis le tirant. [iii. chapitre.]
Cy devise de ung homme nommé amulcar de Alixandre de Leptenes et de hanibal. [iiii. c.]
Cy devise de menole de scipion de certorius de hanibal Et puis apres du fort lantalus. [v. chapitre]
Cy devise des rommains de fulvius nobilius de pemmadas de fabius maximus/ & de scipion l’affriquant de certorius & de pemmadas. [vi. chapitre]
La seconde partie du livre de frontin parle des lacedemoniens de Julius cesar de papirius cursor & de pompee. [vii. cha]
Cy parle de Alixandre le grant de cesar augustus & de crates duc d’athenes. [viii. cha.]
Au troisiesme livre de frontin est contenu de lismacus roy de macedonne de fabius maximus de denis le tirant de Alixandre & de epiages. [ix. chapitre.]
Cy devise de amulcar duc de cartaige de haymo l’empereur d’auffrique/ de hanibal & de valesius. [x. chapitre.]
Frontin en son quart livre parle de cesar de domicius/ de emulius/ de scipion l’affriquan/ de vaius & de scipion. [xi. chapitre]
Au livre de valere est contenu de hanibal/ de ung roy de grece/ de ung aultre semblable cas des rommains qui eurent a faire de saudoyers. [xii. cha.]
Cy s’ensuyt aucunes cautelles des rommains assegez de rommains en ont de quintus mellus de ung roy de cecille et de hanibal. [xiii. chapitre.]
Cy commence a parler du fait de combatre villes chasteaux/ mais premierement parle de les edifier. [xiiii. chapitre]
Cy devise se les garnisons qui appartiennent a villes chasteaux ou forteresses en temps de guerres. [xv. chapitre]
Cy parle de ce qu’il convient en particulier a garnir forteresses tant de vivres comme d’abillemens de guerre. [xvi. cha.]
Comment forteresses doibvent estre pourveues de doulce eaue selon vegece. [xvii. cha.]
Cy dit qu’il convient que en garnison soit de ville ou forteresse soient mis loyaux gens & donnent de ce exemple. [xviii. cha.]
Cy parle encore de mettre loyaux & vaillans gens en villes & chasteaux/ et en donne ung tresgrant exemple. [xix. chapitre.]
Cy commence a parler de mettre siege & assaillir forteresse selon vegece. [xx. chapitre.]
Cy commence une ordonnance de mettre siege & ce qu’il luy convient pour assaillir forte place selon le temps present. [xxi. c.]
Cy devise quelles choses affierent en particulier aux canons & bombardes. [xxii. chapitre.]
L’espesseur du boys desditz engins. [xxiii. chapitre.]
Cy devise en quelle forest doivent estre prins lesditz boys. [xxiiii. c.]
Cy devise les habillemens pour les engins. [xxv. chapitre.]
S’ensuyt les habillemens du trait. [xxvi. chapitre.]
S’ensuyt aultres habillemens. [xxvii. cha.]
S’ensuivent les pierres des canons. [xxviii. chapitre.]
S’ensuyt les menuz habillemens pour assaillir par miner qui sont necessaires. [xxix. chapitre.]
S’ensuyt le boys quarré qui seroit ordonné pour faire ce qui s’ensuyt. [xxx. cha.]
S’ensuivent les ouvriers necessaires pour lesditz habillemens. [xxxi. chapitre.]
Cy devise comment les vivres/ & habillemens seront conduitz et gardés les passages. [xxxii. c.]
Cy devise d’autres establissemens. [xxxiii. chapitre.]
De empescher le port des ennemys. [xxxiiii. cha.]
Cy devise les engins convenables que vegece devise en fait d’assault. [xxxv. cha.]
Cy commence a parler de deffendre chasteaux & villes selon vegece et sa doctrine. [xxxvi. c.]
Cy devise les remedez contre lesditz engins. [xxxvii. c.]
Remedes convenables contre la mine. [xxxviii. cha.]
Cy commence a parler des batailles qui se font par mer. [xxxix. c.]
Cy devise se les combateurs par mer doibvent avoir garnisons lesquelles garnisons luy affierent & par especial a gens allans en armes sur mer. [xl. c.]
Cy fine la seconde partie de ce present livre.
Cy apres s’ensuyt la tierce de ce present traicté/ laquelle parle des droitz d’armes selon les loix & droit escript Et devise le premier chapitre par quel moyen l’acteur adjousta a ce livre ce qui est dit en droit des faitz d’armes. [i. c.]
L’acteur demande & le maistre respond se l’empereur peut mouvoir guerre au pape. [ii. c.]
Cy fait mencion se le pape peut mener guerre a l’empereur. [iii. chapitre.]
Cy fait mencion de la puissance & auctorité du capitaine de la chevalerie du prince selon droit Et pour quelz cas les gens d’armes pevent se encourir crisme capital. [iiii. chapitre.]
Cy fait mencion se le vasal est tenu selon droit d’aller en la guerre de son seigneur a ses despens. [v. chapitre.]
Cy fait mencion se les feaux sont plus tenus de aider au prince souverain que a leur seigneur naturel. [vi. chapitre.]
Cy fait mencion se ung gentil homme tient deux fiefz de deux seigneurs lesquelz guerroient l’un l’autre auquel il doibt ayder. Item se en toutes guerres selon droit pevent aller tous sauldoyers & devise cy endroit le peril en quoy l’omme d’armes se met d’aller en guerre injuste/ & de faire en armes autrement que droit de guerre requiert. [vii. chapitre.]
Cy devise de droit de pays de saudees & de gaiges aux gens d’armes. [viii. chapitre.]
Cy devise se ung capitaine de certain nombre de gens d’armes les peust bien transmuer a sa voulenté puis qu’ilz sont retenus a gens d’armes. [ix. chapitre.]
Cy devise se ung seigneur envoye ung homme d’armes pour garnison d’aucune scienne forteresse sans ce que aucuns gaiges luy soient promis & il advient que en chemin soit destroussé Auquel des deux peut demander ces interestz ou au seigneur qui l’envoye ou a celluy qui destroussé l’a. Item se ung homme d’armes est venu servir ung seigneur en sa guerre sans convenance de gaiges se le seigneur est tenu de le payer. [x. c.]
Cy devise se ung roy envoye secours a ung aultre roy sans luy avoir requis se il seroit tenu de le payer/ & semblablement a une vesve a laquelle par courtoisie aucun auroit aydé. [xi. chapitre.]
Cy devise se ung roy a guerre a ung aultre luy vueille aller courir sus a grant ost se les seigneurs par ou il doibt passer luy pevent par droit calenger le passage posé que mal n’y face ne vivres n’y prengne fors que pour l’argent. [xii. c.]
Cy devise se ung homme avoit esté navré de ung aultre/ Lequel apres le coup s’en fust fouy le poursuivist & le navrast se la justice le vouldroit pugnir. [xiii. c.]
Cy fait mencion se ung homme d’armes emprunte harnoys & chevaulx et il les pert se rendre les doibt. [xiiii. chapitre.]
Cy devise se cautelles & subtilités d’armes sont justes a faire. [xv. chapitre.]
Cy devise se ung homme d’armes estant a gaiges estoit destroussé en quelque chemin s’il pourroit demander par droit au seigneur de par qui il a esté envoyé ses dommaiges. [xvi. chapitre.]
Cy devise se gens d’armes venans a l’aide d’aucun prince s’ilz pevent prendre vivres a eulx necessaires au moins de grief que faire se pourroit sur les laboureurs ainçoys qu’ilz peussent estre armez au pays dudit prince. [xvii. chapitre.]
Cy devise sy loist aux gens d’armes quant ilz sont bien payés de prendre vivres sur le pays. [xviii. chapitre.]
Cy devise que on doibt faire des proyes et choses qui sont prinses en armes. [xix. cha.]
Cy commence a parler de prisonniers de guerre Et devise comment puissant homme prins en guerre doit estre rendu au prince & aussy comment non. [xx. cha.]
Cy devise se on doibt faire mourir ung capitaine d’ost ou aultre grant homme d’armes en fait de guerre & s’il doibt estre au prince & se c’est chose de droit de faire paier a ung homme raençon pour sa delivrance. [xxi. chapitre.]
Cy devise se c’est chose de droit de prendre sur terre d’ennemys les simples laboureurs qui ne se meslent de la guerre. [xxii. cha.]
Cy devise se ung estudiant angloys estoit aux escolles a paris trouvé ou semblablement d’autre terre aux françoys ennemye s’il pourroit estre prins a raençon. [xxiii. c.]
Cy devise se ung grant seigneur d’angleterre capitaine de guerre posé qu’il fust trouvé seul en une forest/ auquel lieu luy tout hors du sens s’en fuist/ se on le peut prendre & mettre en prison. [xxiiii. c.]
Cy devise que s’il advenoit que sur les frontieres fust prins aucun homme angloys bourgoys qui oncques en sa vie de la guerre ne se mesla se par droit tel homme doibt payer raençon & semblablement de ung petit enfant & aussy de ung aveugle. [xxv. cha.]
Cy devise se le cas advenoit que aucuns embassadeurs venissent vers le roy de france et en passant parmy Bordeaux eussent prins aucuns fardages chevaux & charroy a loyer des angloys pourroient icelles choses pardeça arrester et prendre/ & se ung homme d’eglise angloys pourroit en france estre mys a raençon. [xxvi. c.]
Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre doibt mieux aimer a mourir que faulser son serment. [xxvii. c.]
Cy devise se ung gentil homme prisonnier de guerre/ doibt mieulx aimer a mourir que briser son serment. [xxviii. c]
Cy fine la tierce partie de ce livre/ & commence la quarte et derniere partie/ laquelle parle de droit d’armes en fait de saufconduit de treve/ de marque/ & de champ de bataille.
Au premier chapitre demande le disciple au maistre se ung seigneur envoye saufconduit a ung aultre son ennemy chevalier baron ou qui qu’il soit et que audit saufconduit ne ait si non contenu de sauf venir s’il peut bien par celle cautelle l’arrester selon droit au partir. [i. c.]
Cy devise se ung chevalier ou autre gentil homme avoit saufconduit luy diziesme/ s’il pourroit par droit mener avecques lui ung seigneur au lieu de l’ung des dix sur la terre des ennemys/ & se ung capitaine de petite quantité de gens d’armes peut donner saufconduit a plus grant & plus puissant que soy. [ii. c.]
Comment l’acteur esmerveille veu la petite foy qui au monde court comment personne se ose fier en ses saufconduitz Et puis demande s’il advient aucunement que aucun roy ou prince crestien donne saufconduit a ung sarrazin se les aultres crestiens par ou il passe le doibvent tenir. [iii. c.]
Cy devise se durant treves entre guerroieurs on peut par droit prendre en aucune maniere chose qui soit l’une partie/ et se l’une partie enfraint les treves se l’autre partie est tenue de les tenir. [iiii. c]
Cy parle d’une maniere de guerre laquelle s’appelle marque/ et se telle maniere de guerre est juste. [ve. cha.]
Cy devise se tous seigneurs pevent donner marque/ se le roy la peut donner pour ung estrangier qui son cytoien soit fait/ et apres se escoliers estudians pourroient estre a celle cause empeschez. [vi. c.]
Cy fait mencion se c’est chose juste et selon droit que ung homme doive prouver par son corps contre une aultre chose qui soit incongneue et secrete. [vii. c.]
Cy devise se tout homme peut donner gaige de bataille. [viii. c.]
Cy devise les cas par lesquelz on peut donner gaige de bataille. [ix. c.]
Cy devise comment champ de bataille monte et represente aucunement fait et proces de pledoierie et se c’est droit que a l’entree les champions facent serment. [xe. c.]
Cy devise s’il advient que l’un des champions perde en soy combatant aulcune de ses armes soit espee ou aultre baston se par droit on luy debveroit rendre/ et lequel doibt envaÿr l’autre. Item se le roy pardonnoit au vaincu se l’autre luy pourroit demander ses despens/ et s’il est ainsy que ung homme soit trouvé a tort accusé. [xi. c.]
Cy demande se ung homme estoit pugni en champ de bataille d’aucun meffait se justice a plus que veoir sur luy d’icelle cause. [xii. c.]
Cy devise les choses en quoy le roy ou prince doit avoir regard ains qu’il juge champ de bataille Et comment on doibt donner conseil a ceulx qui combatre se doibvent. [xiii. chapitre.]
Cy demande se bataille peut faire selon droit a jour de feste Et se on tient en droit que homme en armes se puisse sauver/ & se clercs pevent ne doibvent de droit aller en bataille ne excerser armes. [xiiii. chapitre.]
Cy commence a parler de fait d’armoierie se chascun peut bien prendre telles armes qui luy plaist. [xv. chapitre.]
Cy devise en quelle maniere ung gentil homme peut calenger les armes d’ung aultre. [xvi. c.]
D’armes et penonceaux & des couleurs plus [nobles] d’armoyerie. [xvii. chapitre.]
Cy fine la table de l’art de chevalerie selon Vegece.
Cy apres s’ensuit le livre des fais d’armes et de chevalerie Lequel est divisé en quatre parties. La premiere desquelles parle de la maniere que princes se doivent tenir ou fait de leurs guerres et batailles selon l’ordre des livres ditz et escrips des nobles conquerans du monde.
Et premierement commence le prologue de l’acteur qui est le premier chappitre.
Pource que hardement est tant necessaire a haultes choses emprendre que sans luy jamais emprinses ne se feroient. Icellui m’est convenable a ceste presente euvre mectre sus Autrement veu la petitesse de ma personne que je non digne de traicter de si eslevee matiere. ne l’osasse seulement pencer. mais Senecque dit ne te chault qui le die mais que les parolles soient bonnes. Parquoy combien que hardiesse se face a blasmer quant elle est folle. moy nonmie par arrogance ou folle presumcion mais admonesté de vraie affection et bon desir du bien des nobles hommes en l’office d’armes suis ennorté apres mes autres euvres passees Sicomme cellui qui ja a basti plusieurs fors ediffices est plus hardy de edifier ung chatel ou quelque fortresse quant il se sent garny de convenablez estoffes a ce necessaires d’entreprendre a parler en ce present livre du treshonneste office d’armes et de chevalerie tant es choses qui y sont necessaires Comme es drois qui leur sont pertinens Si que les declarent les loix et divers acteurs. Ainsy au propos j’ay assemblé les matieres & cueilly en plusieurs livres pour produire a mon intencion en ce present volume. Mais comme il affiert ceste matiere estre plus excercitee par fait de diligence & sens que subtilité de paroles polies. Et ausi consideré que les expers en l’art de chevalerie ne sont communement clers ne instruictz en science de langage Je entens a traicter au plus plain et entendible langaige que je pourray A celle fin que la doctrine donne par plusieurs acteurs que a l’ayde de dieu propose en ce present livre declairer puist estre a tous clers et entendible.
Cy fait mencion comment guerre & bataille emprinse a juste querelle & menees a leur droit est chose de justice & permise de dieu.
Cathon le vaillant combatant par la force duquel et vertu d’armes les Romains eurent plusieurs belles victoires et qui oncques en bataille ne fut desconfi dist que plus doit autre prouffite a la chose publicque l’escripture des Rigles enseignemens et discipline d’armes qu’il avoit composee et en fait livres que en chose qu’il eust oncques faicte de son corps Car dist il tout ce que homme y peut faire ne dire ne dure que ung age mais ce qui est escript dure au prouffit commun a tousjours dont innumerables hommes en peuvent mieulz valoir si est doncques par ceste raison assez notoire que ce n’est mie de petit prouffit de en escripre et d’en faire livre mais affin que ceste presente euvre par aucuns envieux en aucun temps ne puist estre reproché que en la mectant sus l’occupacion dit autre vacque ait esté perte de temps sicomme de traicter chose non licite Premierement est assavoir se guerres et batailles chevalerie et fais d’armes de quoy esperons a parler est chose juste ou non juste. Car comme en excerçant armes soient fais plusieurs gens maulz extorcions & griefz sicomme ochisions rapines et efforcemens bouter feu et plusieurs maulz infinies pourroit sembler a aucune que guerres et batailles feussent chose excommuniee et non deue. Et pource a respondre a ceste question est assavoir qu’il appert manifestement que guerres emprises a juste cause sont permises de dieu sicomme nous en avons preuve en la saincte escripture en plusieurs lieux. Comment nostre seigneur mesmement disoit aux capitenes des ostz ce qu’il devoient faire contre leurs ennemis sicomme il est escript d’un qui s’appelloit jhesus auquel il dist qu’il s’ordonnast en bataille contre ses ennemis et feist une embusche pour les mieulz vaincre et d’autrez semblement est recité. Et mesmement dist dieu en la saincte escriture qu’il est sire et gouvarneur des ostz et des batailles. Guerre et bataille qui est faicte a juste querelle n’est aultre chose que droicte execucion de justice pour rendre le droit divin et senblenment les loix ordonnes des gens pour contrister aux arrogans et malfaicteurs Et quant aux maulz qui y sont fais aultre droit de guerre sicomme autres acteurs le dient. Ce ne vient pas par droit de guerre ains par mauvaistie de gens qui mal en usent ainsi que je espoir a l’ayde de dieu toucher cy apres ou il eschera ou je parferay des choses limitees selon les loix et droit escrit en l’excercite des armes.
Cy devise comment il ne loist fors aulx roix ou souverains princes emprendre de leur singuliere auctorité guerre et batailles contre quelconques. iii. chappitre.
Or avons doncques regardé et touché oudit second chapitre brefment comment guerres et batailles a bon droit emprinses est chose juste Si est a regarder puis qu’elles sont de droit et il appartient a tout homme faire justice et droicte euvre se il loist a checune personne enprendre guerre pour garder son droit Car il sembleroit par icelle raisons que sans mesprendre tout homme faire le peut. Mais pour la verité declairer a ceulx qui en ce point porroient errer Est assavoir que sans faire doubte selon la determinacions du droit et des loix a nul n’apartient bataille ne guerre emprendre pour quelconque cause se ce n’est aux princes souverains sicomme empereurs roix ducs & seigneurs terriens le quelz soient mesmement chiefz principaulz de juridictions temporeles Ne a baron quelconque ne a autre tant soit grent ne appartient sans licence et voulenté de son souverain seigneur Et que ceste loy soit de droit la manifeste raison le demonstre assés. Car se autrement estoit de quoy doncques servirroint princes souverains qui pour autre chose ne furent establis que pour faire droit a ung checun de leurs subgectz qui oppressez seroient par aucunes extortions et de les defendre et garder ainsi que le bon pasteur qui expose sa vie pour ses aulles Et pour ce doit fuyr le subgect au segneur comme a son reffuge quant aucun grief lui est fait Et le bon seigneur prendra les armes pour lui se besoing est C’est a dire lui aydera de sa puissance a garder son bon droit soit par voye de justice ou par execucion d’armes.
Cy devise quelz sont les mouvemens dont premierement sourdent guerres et batailles. iiii chapitre.
Doncques appartient il seulement aux souverains princes d’emprendre guerres et batailles Or est a regardes pour quelles cases selon droit doivent estre emprinses & maintenues Et en ceste chose bien advisé me semble que communement cinq mouvemens y a principaulz sur quoy elles sont fondees dont les trois sont de droit et les aultres de voulunté Le premier de droit pourquoy doivent estre guerres emprinses et maintenus est pour soustenir droit et justice.
Le second est pour contrestre aux mauvais qui veulent fouler grever et oppresser la contree la paix et le peuple. Le tiers est pour recouvrer terres seigneuries et autre choses par autruy ravies et usurpees a injuste cause qui au prince ou au prouffit et utilité du pays ou de subgetz deussent appartenir Item des deux de voulunté. L’un est pour cause de vengance pour aucun gref receu d’autruy. L’autre est pour conquerir terres et seigneuries estranges mais pour les plus particulierement declairer nous dirons ainsi Premierement et par especial le premier des trois qui est de justice on doit savoir qu’il y a trois causes principalz par lesquelles loist au roy ou prince emprendren ou maintenir guerres et batailles.
La premier est pour porter et soustenir l’eglise et son patrimonne. Contre tout homme qui la vouldroit fouler comme tous princes christiens y sont tenus.
La dussiemes pour son vassal s’il l’en requirt et prie/ ou cas qu’il ait bonne et juste querrelle/ et que le prince se soit avant bien et deuement emforcé de mectre accord entre les parties en laquelle chose l’adversaire soit trouvé de tractable.
La tresieme est que le prince peut justement s’il lui plaist aider a tout prince baron ou autre son alyé ou amy ou a quelconque contree ou pays s’il en est requis en cas que la querrelle soit juste. Et en ce point sont comprinses femmes vesves orphenins et tout ceulz qui necessité en pourroient avoir de quelque part qu’il soient foulez a tort d’autruy puissance. A ceste cause et semblement pour les autres dessuis ditz mouvemens. C’est assavoir l’un pour vengance de acun gref receu par puissance d’autruy.
L’autre pour acquirir estranges terres sans avoir autre tiltre que de conquereurs Comme alaxandre les romains et autres soient moult loeyes tiltres de chevalerie et semblablement ceulz qui grandemant se sont vengez de leurs ennemis ou que bien soit ou mal et quoy que communement on le face Je ne treuve pas en la loy divine ne en autre escripture que pour ces deux cas seulement sans autre. Loist emprendre sur pays christien guerre ne bataille mais il dist encore bien. Car selon la loy de dieu n’appartient pas a homme seulement prendre ne riens usurper de l’autruy ne de conveicter Et senblablement sont reservees a dieu les vengances et n’appartient pas a homme de les faire mais pour plus plainement declarer sur ce pas et respondre aux questions qui y pourroient estre menees Chose est vraye qu’il loist au prince garder a soy mesme la pareil droit que a autruy feroit. Et pour ce que fera le juste prince soy sentant injurié par autruy puissance s’en doit il doncques pour obeyr rapporter a la divine loy. Nennul car elle ne deffend pas justice ains commande qu’elle soit faicte et veult et requirt de meffait pugnicion. Et pour ce affin qu’il euvre tiendra justement celle voye il assenblera grant conseil des sages en son parlement ou en cellui de son souverain s’il est subgectz Et ne assemblera pas seullement ceulz de son pays afin que dehors en soit toute soupecion de faveur. mais aussi de pays estranges qu’on sache non adherens a nulle partie tant anciens nobles comme juristes et autresz presens iceulz proposeras ou feras proposer tout au vray et sans paliacion Car autrement dieu ne te peut aider a conseiller. Tout tel droit et tel tort qu’il peut et en concluant que de tout se veult rapporter et tenir a la determinacion de droit a bref dire par ces poins ceste chose mise en droit bien veue & bien dispute telment qu’il appere par vray jugement qu’il ait juste cause Adont fera sommer son adversaire pour avoir de lui restitution et admende des injures et tors faiyz par lui receuz. Dont s’il advient que ledit adversaire baille deffences et contredire vouldra qu’il soit entirement oye sans faveur a soy quelconques ne propre voulunté ne hayneux courage. Ces choses et ce qu’il y appartient deuement ou cas que le dit adversaire seroit trouvé reffusant de venir en droit le juste prince peut seurement entreprendre guerre la quelle ne doit pas estre appellé vengance mais pure execucions de droicture justice.
Cy fait mencion des consideracions ou regard que le roy ou prince doit avoir ou fait d’entreprendre guerre et les manieres qu’il doit tenir ainçois qu’il delivre guerre.
Puis qu’il est ainsi que au prince loist entreprendre guerres et batailles et les maintenir pour les causes dessus dites Et comme ce soient choses grandes et pesantes comme selles qui principalement touchent la vie le sang l’onneur et la chevance d’infinis hommes/ sans lesquelles avant toute euvre ne doivent estre guerres emprinses ne pour legiers movemens ne vouluntés Et que l’on doive redoubter a emprendre novelles guerres mes[me]ment a moindre de soy avons assés exemples.
O comment eust pensé la puissance d’auffricque ne l’orguilleuse cité de cartage qui chief en estoit et les espaignotz ne le trespuissant roy anthiocus seigneur d’une grant partie d’orient qui tant de gens menoit en bataille que le nombre estoit innumerable avec ses espoentalles oliphans. Ne aussi le trespuissant roy mitridates qui seignourisoit vint et quatre contrees ne la puissance des romains qu’on les peut subjuguer. Et pour ce ne doit estre mis de legier en peril ce qui est a terminer soubz la destribucion de fortune Dont nul ne puit savoir a quel estat tournera.
Doncques est il necessaire que le prince soit sage ou que a tout le moins vueille user du conseil des saiges. Car platon dit que la est le pays bien heureux ou les saiges gouvernent. Et par l’opposite est mauldit sicomme tesmoingne la sancte escripture. Et en verité il n’est chose tant necessaire d’estre menee par sens comme est guerre ou bataille ainsi que dit sera cy apres Car il n’est faulte faicte en queconques cas moins reparable que celle qui est executee par armes et par mal gouverner bataille.
Que fera doncques le saiges prince auquel sera de necessité pour aucuns des cas dessusdis emprendre guerre ou bataille.
Tout premierement il regardera quelle puissance il a ou pourra avoir. Tant de gens comme de finance sans lesquelles deux principalles choses estre bien garny et seurs est folie d’emprendre guerre comme sur toutes riens y soient necessaires et par especial pecune Car qui assés en a et emploier le veult treuve tousiours ayde de gens assés et plus qui ne vult. Tesmoing les guerres d’italie et par espicial de flourence de venise et d’ailleurs esquelles plus communement se combat plus leur argent que ceulz du pays et pour ce a peine les peut on du tout vaincre.
Et vauldroit trop mieulz au prince s’il ne se sent bien garnis de tresor ou de subgectz bons et riches et plains de biens et de bonne voulunté a lui aider a faire aucun traicté a ses ennemis s’il se sent envahy ou soy depporter d’emprendre guerre ne de l’en commencer se du maintenir n’a bien de quoy Car soit tout certain que s’il entreprent en esperance de plus prendre sur ses subgectz que porter ne peuvent et oultre leur gré il croistra le nombre de ses ennemis si ne lui seroit pas prouffit de destrure les estranges ennemis et longtains pour en acquere des privez et prochains.
Il est assavoir que nul prince ne doit despriser nulle puissance d’ennemy Tant appere euvres lui petite Car il ne peut savoir quelle fortune l’autre aura pour soy.
A ce propos il est escript que mesmement a ung berger nommé uriacus fut fortune si propice qu’elle le tint en puissance avec grant foison de gens d’armes larons pour guerroyer romme qui tant estoit puissante l’espasse de plus de treesze ans et moult leur fist de griefz et plusieurs fois les vainqui en bataille ne oncques les romains ne le peurrent destruire ains fina sa vie par ung de ses proppres gens qui l’occist.
Et pour ce affin que deceu ne soit assemblera a conseil les quatre estats de son pays lesquelles doivent estre appellés a telle chose emprendre.
C’est assavoir les nobles anciens expers en armes qui scevent que fait de guerre vault.
Item les cleres legistes pour ce que es loix sont declarer tous les cas dont doit sourdre juste guerre ainsi que ad ce propos en avons plusieurs exemples assés patents.
Item les bourgois pour ce qu’il est de necessité qu’ilz contrebuent en la mise qu’il y convient et prendre garde a la fortifficacion des villes et cités et induisent le menu puple a aider a leur seigneur. Item aucuns des hommes des mestiers pour plus honnorer le dit puple affin que par lui soient enclins a lui aider vouluntier du leur de la quelle chose les doit tous doucement prier. O comment est ce prouffitable chose en seigneurie royaume ou cité avoir loy aux subgectz car ilz ne faillent de corps ne de biens sicomme il apparut par plusieurs fois a romme quant les tresors de la cité estoient despendutz es gens guerres dons lors les dames de leur proppre mouvement apportoient leurs joyaux et riches aournemens et de bon vouloir et france voulunté les bailloient pour secourir a la necessité de la cité Lesquelz apres leur estoient grendement restituez ainsi que raison estoit.
De ceste voye bien donna exemple le bon et saige roy charles le quint de ce nom lequel tantost apres qu’il eut esté couronné en l’aage de vhint et cinq ans Comme il regardast que les angloiz tenoient mauvaisement les convenances faictes au traicté de la paix qu’il avoit par necessité et diverse fortune acordee a eulz tant lui fust dommageable et que non obstant qu’il leur fut accordee a tenir plusieurs terres et seigneuries du royaume de france ne leur souffisoit mie ains demarchoient fouloient et grevoient par leur orgueil & oultrecuidance les autres contrees voisines qui ne leur appertenoient ledit roy ains que autre chose en feist manda paisiblement par auctorisez ambaxadeurs au duc de lenclastre filz du roy edouart d’englenterre par lequel avec ses gens estoit fait ledit oultrege que de ce voulzist depporter et faire admende des griefz et dommages fais puis ladite paix.
De la quelle chose fut tel l’effect quoy que la responce fut assez gracieuse que le dit ambaxadeurs furent occis en icelle voye.
Pour ceste cause ledit roy veu par contraincte accordee la deshonnorable paix laquelle lez angloiz mesmes tenoient mauvaisment et pour plusieurs autres raysons qui trop longue chose seroit a les recompter assembla a paris a son parlement les quatre estatz dessusdit et avec eulz tous les saige juristes estrangiers tant de boulongne la grase comme d’alleurs qu’il peut recouvrer A iceulz comme tressaige proposa ses raisons contre les angloiz demandant leur advis et se cause avoit de la guerre rencomencer car sans juste cause le regard & deliberacion d’entre eulz et la consideracion. et voulunté de ses bons subgectz nullement faire ne la vouloit auquel conseil par longue deliberacion fut conclud que bonne et juste cause avoit de la recommencer Et ainsi l’entreprint le bon et saige roy A laquelle chose dieu a tant esté favourable a son bon droit loez en soit il avec la grant prudence de lui que avecques l’ayde de dieu toutes les terres perdues ont puis esté conquises a l’espee ainsi que encores y pert.
Cy devise comment il n’est pas expedient que le roy ou souverain prince viengne en bataille pour les perilz d’adverse fortune. Le siziesme chappitre.
Doncques par la voye dessudicte determinera le sage roy ou prince a ouvrer en fait d’emprendre guerre et batailles. et pource ceste chose notoire que en tel fait commencer et continuer comment quattuor principaulz choses C’est assavoir chief hardement force & constance sans lesquelz tout yroit a confusion voyre se une seulle y deffailloit Il est licite a regarder s’il est bon que le roy ou souverain prince voise en bataille en sa guerre Car comme le fait lui doyve toucher plus que a nul autre parquoy sa presence peut representer les quattre choses dessu dictes Et avec ce qu’il n’est doubte que ses cheveliers et gens d’armes et tout l’ost en auroient meilleur cuer de combatre voiant leur seigneur en place prest de vivre & mourir avec eulz Sans faulte pour rendre responce a ceste question non obstant tout ce que dire on pourroit du bien qui ensuivir en pourroit et qui plusieurs exemples en troveroit de roy & princes au quelz est bien prins d’estre en presence en leurs batailles Sicomme du roy alixandre en ses conquestes et mesmement de plusieurs roix de france sicomme le roy clodove charlemaine et plusieurs autres Et mesmement charles qui a present regne estant enfant en l’aage de quatorsze ans nouvel couronné fut en la bataille de rosbecke contre les flamens ou il eut noble victoire Il n’est pas a deliberer de leger que le Roy ou souverain prince y voyse en personne. Et plus fait a eschever que a y aller reserver pour aucun cas c’est assavoir contre ses proppres subgectz en cas que rebelles luy seroient. La cause est pour ce que naturelement recraint offencer la magesté de son souverain seigneur par especial en sa presence si ne pourroient nyer quelque perverse voulunté qu’ilz eussent que cuers et membres n’eussent ainsicomme tous vaincus eulz voyans contre cellui auquel ayde deussent estre contre tout homme et par especial est grande la confusion contre eulz et le droit grent pour le seigner quant il leur est bon et non cruel ne tirant. mais non pourtant quelque soit la necessité qu’il y voit doit bien estre regardee que si seurment soit mis en bataille que le peril de male fortune ne puist cheoir sur sa parsonne Mais la raison generalle pourquoy il n’est droit que communement y voist est pour ce que nul ne peut savoir a laquelle partie dieu donnera sa victoire parquoy se la fortune venoit contre le prince y estant en personne par quoy mort prinse ou fuite s’en survenist a lui Ce ne seroit pas pardition ne deshonneur seulement a sa parsone mais a ceulz de son sang et generalement a tous ses subgectes terre et pays en perdition et infiny inconvenient sicomme on peut assés savoir par l’experience de cas semblables en ce royaume & autrepart advenus. Et pour ce n’est pas a eslire que pour le regard d’aucune particuliere utilité on mette en adventure et peril se dont pouvent venir infinitz maulz et inconveniens.
Et pour ce ne doit pas tel prince estre si cauteleux ne si courageux ains en doit estre descueu par lui assigner les causes et Raisons avecques exemples qui lui doivent refrener considerant le tresgrant peril non pas seulement de sa parsonne comme dist est mais de tous les siens. Et ad ce propos peut biens servir pour exemple le bon et sayge roy charles dessus nommé lequel non soyt mouvant de son trosne royal en ses palais toutes les terres perdues. Reconquist comme treschevalereux si comme le vray en est manifeste. Et qu’il soit vrai a ce propos que sens et diligence plus soit expedient en fait de guerre que la present du prince Semblement appert per le premier duc de melan pere de cestuy qui est a present. Le quel non soy partant de ses palais conquist par son sens tant de terres et seigneuries en lombardie et a la marche que a la seigneuries d’une cité attribua tant d’aultres seigneuries qu’il en fist une tresgrant et notable duché.
Cy devise quel connestable doit estre esleu pour estre maistre de la chevalerie du roy ou prince et les condicions qu’il doit avoir. vii. chappitre.
Or avons oy conment le Roy ou souverain prince pour le bien et la seureté de la chose publique ne doit pas legierement deliberer de soy mesme aller en bataille. Si est doncques a adviser a quelz personnes comme ung seul ne soufise on pourra commectre le fais de si grans offices comme maistres et conduiseurs de sa chevalerie qui pour lui et en son nom excercent le fait de ses guerres de laquelle chose sans faulte a droit regarder n’est nulle autre besoingne ou plus grant regard appartiengne comme l’election d’iceulz Car de tant que l’excercite de leurs offices passent en pois et en peril tous autre de tant y afierent plus convenables personnes Et par especial doit per grant deliberacion advis et regard estre esleu cellui auquel sera commise la principale charge sur tous lequel office les anciens appelloient duc des batailles ou souverain maistre de la chevalerie que nous disons a present en france connestable. Et apres en ensuivant les deux mareschaux selon l’usaige françois Sur lesquelx offices principaulx sont ordonnés plusieurs capitaines de certain nombre et cantité d’ommes d’armes. Et en la election par especial du souverain maistre de la chevalerie du prince doit estre advisé qu’il soit personne notable especialment en tout ce qu’il convient es choses que armes requierent C’est assavoir que par longue experience il soit si usagez que celui soit comme naturel maistre Et que le continuel excercite l’ait rendu maistre de tout ce qu’il y convient comme cellui qui par plusieurs fois se soit trouvez en diverses adventures adveneus en fais de guerres per divers pays et nacions.
Vegece.
vegece dist que longueur d’aage ne grant nombre d’ans ne donne pas art & maniere de combatre mais l’usage si ne soit apprentis des ordres et manieres qu’il convient tenir en gens d’armes traicter soit en temps de repos ou traveil de guerre les sache maintenir mener et conduire en telle maniere. Que au mieulz faire appartient. Et est assavoir que en la dite election doit estre plus Regardé a la parfection des choses dictes avec les autres bonnes meurs et condicions qui a avec lui affierent que a la grandeur du lignage ne hault sang ne la personne quoy que se tout povoit ensemble estre seroit moult expedient pource que de tant seroit plus noble de sang tant plus seroit tenu en Reverence en son dit office. laquelle chose est necessaire audit capitaine.
Valere.
Et ad ce propos racompte valere que les anciens qui firent les grans conquestes se augmentoient d’eulz mesmes pour estre plus doubtez en leurs ost et se faignoient estre parens des dieux Neantmoins ne souffist il pas ceste seule convenableté sans les autres proprietez pour ce doit estre le regard des esliseurs plus a bien pourveoir l’office non pas a sa personne Car chose mou[lt] seroit a reprendre quelque fut la haultesse de sang de faire de l’ignorant maistre voire par especial en office la ou subtilité sens et loing usage a souvent plus grant besoing que grant nombre de gens ou quelconque autrez vertus ne autrez forces.
Cathon.
Cathon dist que de toutes autres choses on peut amender les faulte Reservé celles qui sont faictes en bataille de laquelle la peine ensuit tantost la faulte. Car mauvaisement ceulz qui se scevent mal deffendre et aux fuitifz a peine Revient cuer de combatre pour ce aussi avec les choses dessudictes est necessaire qu’il soit sage de bon sens naturel comme celui auquel convient avoir la congnoissance de moult de choses et qui est comme chief de justice. Il convient lieuteant du prince estre sage pour faire droit a ung chacun de tous cas qui peuvent advenir a cause d’armes et faiz de chevalerie de tous ceulz qui soubz lui sont et mesmement de estrangiers souvent et en diverses manieres et est assavoir que selon droit de gentillesse et haulteur de noblesse et de courage appartient a capitaine qu’il use en l’exercite d’armes en tous cas que advenir lui peuvent et tout ce que gentillesse requiert se droit honneur et los veult acquerre c’est assavoir que mesmes a ses ennemis soit droicturier et veritable en fait et jugement ou il eschera.
Et avec ce qu’il honnoure les bons et ceulz qui le vallent ainsi qui vouldroit estre d’eulz honnourez. Ceste maniere tenoit le vaillant roy pirrus de macedonne dont grant los acquist lequel pource que tant de vaillance avoit trouvé aux Romains combien qu’il feussent ses ennemis mortelz si les honnoroit il moult grandement quant ilz venoient en ambaxade devers lui Et mesmement les occis en ses batailles faisoit honnorablement ensepvelir Et de la noblesse & grant franchise de cestui roy est encore escript qu’il les avoit en tresgrant pris/ que mesmes leurs prisonniers pris en ses batailles ne voulut il retenir ains les rendoit tout quittement Les meurs et conditions qui a bon connestable affierent sont telles. ne soit tenu de chaudecole fel ne yreux/ mais amesurez & attrempez/ droicturier et justice benigne en conversacion de hault maintien et pou de parolle rassis en contenance/ non moqueur ne truffeur veritable en parolle & promesse hardi seur diligent non couvoiteux/ fier aux ennemis/ piteux aux vaincus et a son dessus. Ne se courousse de legier/ ne se meuve a pou d’occasion Ne croie trop tost ne a pou d’apparence/ n’adjouste foy a parolles qui n’ont couleur de verité Ne curieux de mignotises jolivetez ne de joyaulx/ habillié soit richement en harnoys et montures et fierement se contiengne/ Ne soit paresseux lent ne endormy Ne curieux en viandes et mengiers ne vie delicative/ enquerant tousjours de l’estat et convine des adversaires subtil pourveu et cault a oyr deffendre d’eulz et sagement les envaÿr Advise sur leurs agais/ sache les sciens gouverner et tenir en ordre et cremeur/ faire droit ou il doibt/ ne soit aussi moult curieux de jouer a nulz jeux/ honneure les bons et feaulx qui le vallent et apres de soy les tiengne/ bien gardonne ceulx qui le desservent. Et large soit es cas qui le requierent. Son commun parler soit d’armes es fais de chevalerie/ et des proesses des bons/ bien se garde de vantise/ il soit raisonnable/ aime son prince et feal lui soit/ soit secourable aux vesves et aux orphenins et aux povres/ Il ne tiengne grant compte de petit meffait fait a personne ne de petis debas. Pardonne legierement a celluy qui se repent et par dessus tout/ aime dieu et l’eglise et soustiengne droit. Icelles conditions duisent a bon connestable aux mareschaux & a ceux d’offices semblables.
Cy alleguent au propos de l’exercite d’armes aucuns acteurs qui de ce ont parlé et les manieres que tenoient les vaillans conquereurs qui avoient renommee en armes. viii. c.
Apres que avons devisé quelz doibvent estre esleuz/ capitaines et conduiseurs de la chevalerie du roy ou prince. Dire nous fault en quoy leur exercite se extendra/ & pource que de ceste matiere me aprennent a parler acteurs qui en ont escript produiray ou tesmoingnaige leurs ditz/ et principalement de ceulx qui au temps de valentinien empereur notablement fist propre livre de la discipline et art que tenoient les tresgrans conquereurs du monde qui misrent a chief par sens et par vertu d’armes choses a present sembleroient estre impossible.
Ceste chose bien affirma le roy pirrus quant il eut esprouvé la vaillance des rommains desquelz assez petite quantité contestoit contre son ost qui tant estoit grant que mons et vaulx en estoient couvers lors qu’il dist. O dieu jupiter se j’avoie telz chevaliers je conquerroie tout le monde. Et pour ce est a presupposer que par grant sens traveil et propre industrie achevoient si haultes entreprinses comme conquerir le monde si que firent ses rommains & autres conquereurs du monde/ desquelz les manieres et les ordres qu’ilz tenoient enregistrerent plusieurs sages Desquelles choses pour exemple de se confermer a iceulx se bon semble sont a oyr propices & expediens.
Vegece.
Car vegece dit qui veult paix appraingne qui aime victoire doibt avoir sens d’armes & le chevalier qui desire bonne adventure se combat par art/ c’est assavoir par sens non pas a la volee et nul n’ose grever ne couroucer cellui qu’on cuide qui seurmonteroit s’on l’assailloit.
Il appert par les grans conquestes que jadis firent les anciens que les gens ne sont plus si vaillans comme ilz souloient/ et de ce a quoy il tient rent la raison Le premier allegue vegece qui dist que la longue paix a rendu les hommes qui par avant par loingz et continuelz travaulz se souloient exerciter aux armes/ non challans d’icelle occupation si se sont mys au delit et repos et aux convoitises de peccune/ dont les nobles anciens qui ne prisoient que honneur ne faisoient compte/ & aussy a esté mise chevalerie en negligence et tellement que jusques en oubly & non chaloir. Et dist il les rommains mesmement qui ja plusieurs terres avoient conquises delaisserent ung temps tellement l’excercite d’armes que par la desascoutumance ilz furent par Hanibal prince d’auffrique desconfitz. En la seconde bataille ilz perdirent quasi toute leur seigneurie devant canes en puille/ qui fut si horrible que pres tous ceulx de romme y furent mors/ & leurs chevaulx capitaines prins & destruis/ & de notable chevalerie en si grant cantité que apres la desconfiture hanibal qui fit chercer le champ en eut trois muys tous plains d’aneaux d’or de leurs dois comme dit l’istoire lequelz il fit porté en son pays en joye et en signe de victoire mais apres la dite excercite reprinse ilz eurent tousjours victoire Pour ce conclud ledit acteur en loant acoustumance d’armes que plus proffitable chose est au roy ou au prince que les siens soient bien enseignez et duitz en icellui art quelque petite cantité qu’il ait de gens que prendre foison de soudoiers estranges qu’il ne congnoist Et nulle riens dist il n’est plus ferme ne plus bien euré ne qui plus face a louer que est contree ou foison a de bons hommes d’armes bien duitz et bien aprins en tout ce qui y appartient. Car or ne argent ne pierres precieuses ne surmontent pas les ennemis ne en paix ne font vivre les habitans Laquelle chose fait et peut faire puissance de chevalerie vaillant et bien enseignie et de tel ne doit pas estre jugé selon la folle sentence du roy brutus de gaule le quel quant il eut envaÿ les romains a tout C & iiii xx mil hommes armés et il vit que contre lui venoient a si petite cantité il les desprisa et dit qu’il n’y avoit pas assés de gens pour rassadier les chiens de son ost mais neantmenz il en y eut assés pour destruire lui et son grant ost si qu’il en advint apres comme racompte l’istoire. Pour icelles choses confermer apres ledit acteur dirons premierement de la doctrine que donnoient les nobles a leurs enfans ou temps de leur jeunesse Puis retournerons a la matiere dudit capiteine ou chiefvetains de la chevalerie.
Vegece.
vegece dist au propos ou premier chappitre de son premier livre nous ne veons la cité de romme par nulle autre chose submectre a elle les terres de cest monde sinon par usage d’armes et par enseignemens d’ost et de chevalerie Car assés peut estre presumé que si petite cantité de gens que au premier furent eust pou valu contre les françois le sens des grecz et malice & force de ceulz d’auffricque se par gens sens et usage n’eust esté et par ce conclud de rechief ce que dit est C’est assavoir que mieulz vault petite quantité de gens bien enseignés et duicte d’armes par continuelle excercite de tout ce qu’il peut advenir en la doubteuse adventure des batailles que ne fait multitude de gens rudes et non sachans. il dit que science de savoir ce que en fait de guerre affiert croist nourrist et donne le hardement de combatre comme il soit ainsi que nul ne doubte a faire ce dont est enseigné expert et aprins et tous ars sont sceus et tout sciences par continuel usage et s’il est voir dist il que es petites choses ainsi soit mieulz affiert les garder es tresgrans. O quelle chose est ce que de gens duitz de guerre et subtilz en l’excercite d’armes a peine s’ilz peuvent estre vaincus par survenue d’aventure estrange et non acoustumee sicomme il apparut si tost que les rommains trouverent maniere d’occire les oliphans qui tant sons diverses et espouentables bestes que hommes et chavaulz a les veoir s’en effrayoient que contre eulz menoient les cartaginois et ceulz de la partie d’orient. Et les saiges rommains firent engins par lesquelz leur lançoient fers aguis et bareaux de fer tous ardans et par ce les destruisoient. Et pour ce dit l’acteur que de tous les ars le plus a loer en pays ou en contree est savoir cellui de combatre Car par lui la franchise de lieu est gardee et la dignité de chevalerie si que dit est souverainement le garderent et premierement les grecz ceulz de lacedemonne Et puis de ceste apprendre et savoir furent les rommains assez curieux et de ce qu’il leur en ensuivit appert assez.
Cy devise les manieres que tenoient les haulz et nobles chevalereux duitz a duire et enseignier leurs enfans en la doctrine des armes. ix. chappitre.
Doncques les anciens nobles qui par haultesse de courage desiroient que tousjours fut continuee l’excercite des armes afin que la chose publique de leurs seigneuries et citez fut mieulz augmentee et deffendue. Ne faisoient il pas nourir leurs enfans aux cours des seigneurs oyl mais non pas pour apprendre orgueil pompes ne beubans ains afin que en parfait aage peussent servir le prince ou la contree de l’office qu’il appartient aux nobles et avoient de coustume que des l’aage de. viiii. ans faisoient enseigner leurs enfans et duire en toutes les choses qui a armes et fais de guerre et de chevalerie appartient et est assavoir qu’il y avoit propres escoles et certains lieux esquelz on les enseignoit des adoncques a porter les harnois et a eulz en savoir aider. Et pour ce veult dire vegece ou il parle a ce propos ou. iiii. chapitre de son premier livre que les nobles se doivent pener de enseigner leurs enfans des leur premiere jeunesse en l’amour des armes. Car le jeune enfant est habille a retenir ce que on lui monstre. et naturellement se excercitent enfans voulentiers et liement saillant et jouant en mouvant leurs corps si leur doibvent adonc estre enseignés les tours de isnellité de fraper des bras et guenchir contre les coups qui de travers pevent venir saillir fossez lancer dars et lances eulx couvrir de l’escu et toutes telles choses Et leur monstroient comment en gectant dars ou lances meissent le senestre pié avant pource que en lançant ce que on veult ou en gectant le corps en est plus ferme et la force de gecter plus grande. Mais quant vient a pouser main a main des lances les duisoient a mettre le pié dextre avant pource que la force de bouter est a la senestre partie. Et pour mieulx les duire en toutes ces choses de assaillir et de combatre les mettoient mesmement les maistres aucunesfois en bataille arrengez afin que l’ordre de bataille sceussent par usage/ Et tous armez les faisoient aller a pié cantité de pas pour les duire a eulx tenir en ordonnance serrez et joinctz ensemble sans desrouter/ et de bastons legiers au premier afin que blesser ne se peussent les faisoient envaÿr les ungs les aultres. et afin que a celle cause ne peust estre nourrie aucune rancune ceulx qui avoient esté vainqueurs mectoient a l’autre fois compaignons avec les vaincus/ puis les ordonnoient a garder certaines places si que ce se fussent chasteaulx les ungs contre les autres.
Apres quant leur force croissoit pour tousjours continuer l’usage de lever les bras en portant/ et souffrir traveilles faisoient avec espees haches & tous bastons de guerre efforcer contre piez fichez en terre/ Et contre ces piés comme se ce fussent leurs ennemis s’essaierent les apprentis d’armes et assailloient puis a la teste puis aux costez/ puis a dextre et a senestre/ puis plus bas frappoient en assaillant legierement et ça/ et la/ comme c’ilz guenchissent/ et en ceste maniere d’assault apprenoient force et alaine d’assaillir et affait que force leur croissoit & aage leur estoit baillee plus grant charge/ et mesmement plus pesantes armeurez et bastons quant en aage estoient que ceulx de guerre afin que ceulx de guerre leur semblassent apres plus legiers/ Si les apprenoient a ferir d’estoc. Et furent les rommains les premiers qui misrent sur cellui usage/ car ilz se moquoient de ceulx qui frappoient de taille : en disant que a peine povoit on occire pour cause des os qui sont durs et retiennent le cop/ mais d’estoc est la playe mortelle s’il entre seulement au chief ou au corps deux doigtz de parfont/ et pour la raison aussi que le combatant de taille en hauçant les bras se desnue et descueuvre au dextre costé : et ce ne fait pas cellui qui fiert d’estoc. Ains en frappant se serre et tient clos et peult blecer ains que l’autre ait les bras levez. Et avec ce les duisoient a porter tous armez fardeaulx pesans pour mieulx aprendre a porter grant charge a celle fin que ce besoing leur fust qu’ilz peussent porter avec eulx mesmement leur vivre. Et pour ceste introduction confermer/ dit vegece ad ce propos que riens n’est grief qui par long usage l’a aprins/ Ne si pesant fardel que par division ne semble bien legier.
Virgille.
Et semblablement conferme virgille icellui usage/ ou il dit que les vaillans rommains portoient ce qui leur estoit necessaire avec eulx a tout la charge des armes.
Oultre ces choses y avoit chevaulx de bois sur lesquelz leur apprenoient a saillir tous armez les lances au poing. ramper gravir a cordes legierement contre les murs/ eulx mesmes faire eschelles legieres ou grans cordes noees et ramper contremont.
Cy devise encore de ce mesme et les choses en quoy ilz enseignent les enfans du peuple x. chapitre.
En tous les dessusditz usages et plus encore si bien introduisoient les anciens leurs enfans et par longue main avec la bonne doctrine des honnorables paroles qu’ilz leur mectoient en couraige/ que quant venoit au droit fait de bataille ilz estoient tous aprins et si tresaigres que a peine povoient ilz estre tenus et que tel doctrine fut bonne au temps des grans conquestes/ bien y parut/ Et encore expedient seroit en france et en tous pays ou sont aucunesfois les armes licites a aprendre.
Saluste.
Et a ce propos dit saluste/ Le chevalier et homme d’armes fait a eslire quant de sa jeunesse a aprins le traveil d’armes et scet l’art de chevalerie/ Et vault mieulx dist il que le jeune homme se puist excuser au premier que encore n’ait aprins ce de quoy on le reprent que ce qu’il deveille en sa viellesse de ce que riens ne scet/ De laquelle chose les anciens prisoient si pou les nobles qui ne savoient riens qu’ilz ne mettoient nulle difference de eulx aux bestes paissans/ mais ilz tenoient grant compte des vaillances dist vegece.
O hommes a grant merveilles loables qui cellui noble art de chevalerie avés voulu tant excercer qu’elle vous est demouree sicomme naturelle/ estre debvés haultement exaucés/ sicomme ceulx lesquelz les autres hommes ne pevent vivre en paix ne estre deffendus/ Si est donc grant avantaige au jouvencel de bonne voulenté quant lieu povoir & espace a de aprendre l’art & science des armes/ laquelle chose nul ne doibt penser qu’elle soit legiere/ Et a celluy dist il que en tel discipline est bien enseignié ne doibt venir paour de combatre en nulle maniere/ contre quelconque adversaire Ains luy est droit soulas et delict/ Et avec ce adjoustent les acteurs en quoy se excercitoient le peuple. C’est assavoir traire de fondes qui moult est grant aide qui bien s’en scet aider & moult en usoient les anciens.
Vegece.
Et en loant cest art vegece dist comme fonde porter soit de nul poix est fort proffitable & advient aucunesfois que la bataille est en lieux pierreux/ ou qu’il convient deffendre aucune montaigne/ & mesmement en assault ou deffences de fortresses sont fondes moult convenables de quoy ilz dient que par si grant cure jadis en usoient que en aucunes isles de grece les meres ne donnoient a menger a leurs enfans jusques a ce que feru eussent leur viande de coup de fonde/ Avec ce leur apprenoient a tirer d’arc a main et d’arbalestre/ et les duisoient les maistres a tenir l’arc a son droit/ c’est assavoir a la senestre main/ & a la corde tirer de dextre par grant force et souplement conduire la flesche jusques envers l’oreille & que le cueur et l’ueil eussent adresse ad ce que assener vouldroient et ententivement y visassent/ Et en cest arc se duisent mesmement ceulx d’engleterre des leur jeunesse : & pource ilz passent continuellement les autres archiers. Ilz faisoient leurs butes ou ilz tiroient de vi. cens piez de long ce dit vegece/ & veult cest art continuer & souvent exercer mesmement aux bons maistres/ & que l’usaige en soit necessaire il appert.
Chaton.
Chaton dit en son livre d’armes que moult proffitent bons archiers et trestous ceulx qui duitz estoient de lancer & traire dars seurmontoient en bataille plusieurs foys leurs ennemys a tout peu de gens. Et ainsi le tesmoingne le vaillant combateur Scipion.
Avec ce les duisoient a lancer pierres porter pavois & eux en savoir couvrir/ gecter lances & toutes choses semblables a icelluy et dient que propres maistres y avoit qui a la philosomie des jouvenceaulx appartenoit/ lesquelz regardoient ceulx qui estoient les plus habiles a la discipline et enseignement d’armes : Sicomme ceulx qui avoient les yeulx esveillés & legier esperit la teste droicte les piez larges grosses espaules et de bon tour/ les bras longs gros et bien façonnez & mains ossues petit ventre et rains bien tournez/ grosses cuisses/ jambes droictes bien taillees seiches & menues larges piez et drois. Et quant avec l’abilité du corps les veoient de bon entendement les tenoient fort chiers et iceulx duisoient aux choses qui appartiennent aux capitaines. Avec ces choses leur apprenoient a nager en riviere ou en mer. Et vegece dit que cest art est a tout homme d’armes couvenable a savoir comme elle leur soit aucunesfois necessaire/ s’il qu’il peult advenir et advient souvent que force les chasse a passer eaues et rivieres pour eviter perilz ou pour abriger chemin/ ou es autres necessitez/ ou peult estre pour attaindre ailleurs ou aller doibvent ou pour seurprendre leurs ennemys par celle garde qui jamais garde ne s’en donnassent/ et tiroient apres eulx les anciens leurs fardeaulx et harnoys par subtil entendement/ sicomme par pieces de bois et sur espines seichez gectees en l’eaue qu’ilz conduisoient tout en nagant. Aussi peult homme d’armes par celle voye eschever peril de mort ainsi qu’il est escript du preux Julius cesar que luy propre par nager garantit sa vie par nager troys cens pas de mer.
Semblablement cena le tresvaillant combatant chevalier rommain luy seul durement navré eschappa de la grant multitude de ses ennemis a nager en traversant ung grant fleuve. Et par celle mesme voye furent secourus de vivre gens assiegés en ung chastel par leurs amys qui nagerent sans le sceu de leurs ennemis. Et pareillement les anciens duisoient en cest art leurs bestes et chevaulx. Et pour souldre la raison de ceulx qui diroient que les choses dictes sont legieres a dire/ mais fortes a apprendre/ Dit nostre acteur/ quoy que toutes choses semblent difficiles au disciple ains qui les sache se le maistre est bien ententif de bien monstrer/ il n’est art tant soit fort a retenir que par longue coustume ne deviengne legier Et encontre en continuant les manieres que tenoient les rommains ung tel usage entre les autres avoient que les nobles portoient habit different aux non nobles/ & avec ce y avoit propres robes de joye & autres de dueil qu’ilz vestoient selon les cas de leur fortune/ c’est assavoir que s’ilz avoient perdu quelque grosse bataille/ ou que quelque pays se fust rebellé contre eulx/ Ou que aucune justice requerant vengance leur fust faicte. Adonc vestoient la robe de dueil sans autre habit vestir. Jusques ad ce qu’ilz s’en fussent vengez et venus audessus. Et lors reprenoient leurs habis de joye.
Cy devise les proprietés que doibvent avoir gens d’armes/ et en quoy ilz doivent estre eduitz et enseignez. xi. c.
Devisé avons assez les manieres et introductions en fais d’armes que les anciens donnoient a leurs enfans lesquelles choses pour exemple sont bonnes a retenir. Si nous affiert a retourner ad ce qui est dit devant/ c’est assavoir en quellez choses s’emploiera le bon et saige capitaine de la chevalerie ou ses lieutenans Premierement il tira a luy tous les plus esleuz hommes d’armes & chiers les tiendra/ Et puis que a parler vient de bon homme en armes Racompte vegece des proprietés qu’il lui convient/ Et dit que avec hardiesse sans laquelle ne pourroit riens valoir Doibt estre duit et tout maistre de soy aider en son harnois et d’y estre aise/ affin que vistement puist assaillir son ennemy/ saillir fossez legierement gravir sur quelque hault empeschement s’il lui vient entre piés soy ficher es loges des adversaires par dessus haies et triefz s’il chiet apoint/ gauchir aux coups par sousplesse de corps et envaÿr en saillant sur son adversaire/ se la maniere de la bataille le requiert/ Et dit que telles manieres d’appertises esbahissent le couraige de l’adversaire et l’espouentent/ & a avantaige souvent advient/ comme il appert sur plus fort de luy et plus tost le blesse qu’il n’est apareillé de soy deffendre/ et de tours usoit ce dist il le grant pompee quant il se combatoit. Et se on me demande en quelle part seront prins les meilleurs hommes d’armes Je te respons que quoy qu’il soit dit que es chauldes terres approchans du soleil/ les hommes quoy qu’ilz soient sages caulz et malicieux ilz n’y sont pas hardis pource qu’ilz n’ont pas foison de sang/ pour cause de la challeur qui y habonde. Et aussi par le contredient que ceulx des froides sont hardis et non sages par quoy on ne doibt prendre ne des ungs ne des aultres/ mais ceulx des terres moyennes sont a prendre.
Quant a moy je tiens que nulle autre rigle ne doibt estre gardee. Et que l’en doit eslire ceulx qui ont plus veu & qui plus se delictent a l’exercice d’armes a laquelle labeur soit leur gloire toute affichee ne autre honneur ne felicité ne quierent en autre maniere que par vertu de chevalereux fais leur peut venir. Et iceulx de quelque nation qu’ilz soient sont a recevoir et a donner sauldees. Vray est que avec les acteurs se doit tout bon sens accorder que se le capitaine a besoing de gens de commun doibt singulierement eslire ceulx de aucuns mestiers sicomme bouchiers qui ont acoustumé d’espandre sang a ferir de cugnie charpentiers fevres et tous autres qui excercent leurs corps en travaux & euvres des bras/ Aussi gens de village a qui les dures gestes et peines de labeur n’est estrange & nourriz de rude pasture/ iceulx sont bons a nourrir peine & traveil sans laquelle chose fait de guerre n’est pas longuement demené.
Cy commence a parler des manieres qui au connestable appartiennent ou au capitaine a tenir son office en l’exersant. xii. chapitre.
Or est il ainsi que la guerre est mise sus et deliberee par le prince souverain receue ou envoiee par deffiances selon l’usage/ le sage capitaine a ce commis ordonnera que les frontieres soient bien garnies tant de bonnes gens/ comme d’artillerie de tout trait et autres choses necessaires de deffence et toute telle garnison & en telle quantité que bon leur semblera selon la qualité des adversaires/ les villes & les forteresses si bien garnies que rien n’y conviengne Il advisera quel nombre de gens lui sera besoing selon se qu’il pourra avoir a faire et selon son emprinse.
Ledit capitaine eslira les meilleurs de tous les hommes d’armes et semblablement de ceulx du trait canonniers & autres jusques a la quantité qu’il lui est necessaire. et pource que au temps de ma intention on tient que la victoire de bataille par raison doibt cheoir a la partie qui plus a de gens.
Vegece.
Contre ceste oppinion vegece dit qu’il souffist en une bataille mener une legion d’ommes armez avec leur aide.
Une legion est en nombre. vi. mille v. cens & lxvi. lances ou bacinez/ & s’accordent avec ledit vegece tous aucteurs qui de ceste matiere ont escript/ en disant que comme en trop grant cantité ait confusion souffist au plus contre toute multitude d’ennemis deux legions sans plus de bonnes gens d’armes sans presse/ mais qu’ilz soient menez par souveraine ordonnance. Si sont en nombre. xiiii. mille bacinez ou plus. Et treuve l’on que plusieurs ostz ont esté desconfitz plus par leur propre multitude que par la force de leurs ennemys. Et pour quoy certes bonne raison y a/ car la grande multitude est plus forte a tenir en ordre & est souvent a grant meschief pour sa pesanteur plus indigente de vivres/ plus de debas y a plus atarge chemin. Et advient souvent que les ennemis quoy qu’ilz soient en moindre cantité tendent a les surprendre a passer destrois passages et rivieres/ et la gist le peril/ Car avantage ne font l’un a l’autre mais empeschement a bataille arrengee/ mesmes s’empressent tellement qu’ilz s’entrefoullent et estaignent. Et pour ce si que dit est les anciens qui les choses convenables en bataille avoient aprinses & les perilz par experience plus prisoient avoir ost enseignie et duit que la grant multitude Le bon capitaine establira sur telz gens divers capitaines soubz lesquelz commetra certain nombre de gens d’armes aux ungs plus aux autres moins selon leur suffisance/ & semblablement fera de ses canonniers & gens de trait vouldra lui et ses gens les veoir en point aux champs en divers jours a monstre les ungs apres les autres La sera bien prins garde que nul ne soit receu s’il n’est passable/ car au temps ancien estoient les capitaines tresestroitement sermentez que loialment serviroient le prince ou la contree.
Ces choses seront deuement faictes apres ce qu’il aura bonne assignation de la paye de ses gens d’armes/ car nul ne se attende d’avoir bons gens d’armes mal paiés/ ains leur fault courage si tost que la paye decline. Et prendra congé du prince apres bonne assignacion et paiement sur les champs se mettra a tel effort de gens que le cas et la possibilité le requerra.
Cy devise la maniere qui affiert a tenir au connestable ou capitaine en son office/ ou fait desloger son ost selon que dient les livres d’armes. xiii. cha.
Et s’il est ainsi que ledit capitaine voise en intention de assembler aux ennemis a bataille desquelz il attende la seurvenue par quoy il luy soit besoing une espace tenir les champs et y loger son ost/ il advisera par bon regart selon l’espoir de la venue des adversaires ou selon qu’il perçoive loger son ost au mieulx/ au premier prendre l’avantaige de la place s’il peut et meilleur lieu pour soy/ au grief de ses ennemis.
Titus livius.
Et dit titus livius que au temps que ceulx de gaule et de germanie estoient allez en ost sur les rommains. Iceulx advisez de leur venue leur furent audevant/ & comme ilz prenissent premier l’avantage du champ & de la place adviserent d’eulz loger entre leurs ennemis & la riviere/ que par celle cause adviserent & vainquirent leurs ennemis plus par soif que par armes Et ne souffist pas prendre bon lieu au champ mais tel que se les ennemys approchent qu’ilz ne puissent pour eulx meilleur choisir. Si establira son logis en hault lieu pres de riviere s’il peut et que montaigne ne les surbate advisera de prendre espace convenable en bon air et sain s’il y peut estre/ et que l’espace des logis soit bien compassee. Et selon vegece en lieu de pasturages d’eaue & de buschon/ que le champ ne soit acoustumé de retenir goutz de pluye ne d’abondans palus ne que les adversaires y peussent faire couller rivieres d’eaues rompans estans ou autres escluses. Il est assavoir que selon la multitude et le nombre des gens & la planté du charoy bagues et fardeaux/ doivent estre prins l’espace des logis en telle maniere que grant multitude ne soit trop a estroit ne aussy plus au large que besoing est/ car moins fors en seroient. Et doibt le charoy estre mis tout a l’environ joingnant ensemble. On tient le plus bel logis/ quant l’espace est prinse si que tierch soit plus long que large/ Au millieu doibt estre la place du lieu plus fortiffiee/ si que droicte fortresse faite de mairien se on peut & besoing soit. De laquelle on fera la porte au front des ennemys/ & a l’environ autres portes par ou vivres puissent venir Et dit vegece que es combles plusieurs banieres doivent estre mises/ se le capitaine y espoire longuement tenir l’ost Il fera ladicte place fortiffier autour des bons fossez & de pavaix avec fermeté de fust Si que chasteaux esquelz sont mises les garnisons ausquelles dispenser doit avant bien et sagement estre pourveu. Comme dit vegece/ que plus griefve fain que glave Car dist il maintes choses pevent estre souffertes & portees en ost/ Et pource le bon et tressaige capitaine y doibt si bien pourveoir que vivres n’y faillent aucunement ainçoys le deslogement du siege/ lequel dure aucunesfois plus que on ne cuyde/ Car quant l’adversaire sent l’ost necessiteux de vivres : tant est il plus aigre contre lui/ car par la fin les cuide legierement prendre/ et pour celle cause advient moult de inconveniens se le sage capitaine ne s’en regarde. Gens d’ost tant s’efforcent de entretollir vivres a son adversaire et par especial s’en efforcent gens qui tiennent siege devant fortresse Bien doibt par especial estre prins garde que les despenseurs mesmes ne soient larrons et desrobent l’ost par plusieurs mauvaistez qu’ilz pourroient faire/ car par celle voye ont plusieurs ostz souffert/ fain/ grief/ mesaise/ et plusieurs perilz si y doit on bien adviser.
Encore de ce mesme parle cy ensuivant comme vous orrez. xiiii. chapitre.
Avec les choses dessusdictes dessus toutes choses le bon capitaine se il veult mener fait de guerre selon droit et justement vers dieu et la grace du monde/ doibt sy bien ses gens paier que besoing ne leur soit de vivre de pillage sur terre d’amis. Et par celle voie ne pourra pas avoir l’ost nul deffault.
Peril est en fait de guerre et en ost quant couvoitise de pillage maine les gens d’armes plus que ne fait l’entente de garder le droit de leur perte ou l’onneur de chevalerie/ et pour los acquerre et telz gens doivent mieulx estre appellez pillars et robeurs que gens d’armes ne chevalereux. Et de ce bon exemple monstrerent les gaules quant ilz eurent vaincus les rommains a grant ost et a bataille sur la rive de Rosne et tresgrans proyes sur eulx gaignes Mais en signe que de ce ne faisoient nul compte/ et que la n’estoit pas leur intention prindrent toutes les proies fust Destriers/ riches harnois/ vaisselle/ or/ argent/ et tout jecterent en la riviere/ Laquelle chose moult espouenta les rommains comme ceulx qui oncques mais ce n’avoient veu faire.
Doncques le sage capitaine bien pourveu es choses dessusdites ne se attendra pas du tout aux fourragiers pource que souvent ne treuvent que prendre/ si sera pourveu devant son partement non pas seulement de toute garnison : mais de tous vivres que bon charroy et fardeaulx aura fait porter avant soy/ bledz/ farinez/ vins/ chairs sallees/ feves sel/ vin aigre avec ung pou d’eaue a boire quant vin fault/ & toutes aultres choses convenables/ que sagement fera dispenser.
Derechief dit le livre d’armes que se l’ost doibt demourer grant temps au lieu/ & grant force d’ennemys a grant nombre actende. Le lieu doibt estre de tresbons fossez fortiffié de xii. piez de large et de ix. de parfont et que roides et droiz soient faiz du costé des ennemys & broches de fer & autres choses encombrans y soient fichés aumoins s’on y vouloit devaler. mais dist il se l’ost n’y doibt pas longuement demourer & que grant puissance d’ennemis n’attende il n’est nul besoing de si grant fortiffiement ains souffist assez se fossez on y veult faire qu’ilz soient de viii. ou ix. piez de large et de vii. de parfont. Et doibt le bon capitaine commettre bonnes gens d’armes avec trait pour les ouvriers garder tandiz que icelles cloisons & bastilles se font.
Pour toutes telles choses faire le sage capitaine sera tresbien pourveu de tous hostilz convenables/ de pelles ferrees/ de rateaulx de pics & de tous instrumens a bastir et tendre logis tentes et pavillons et trefz necessaires & de ouvriers qui de ce se scevent entremettre.
Vegece.
Nonpourtant dit vegece que gens d’armes doibvent eulx mesmes estre tous maistres de copper bois faire chemin par hayes et buissons/ bastir logis faire cloisons de merrien et ramilles/ doller ais pour faire pons/ emplir fossez de ramilles pour faire passaiges et faire eschelles et toutes telles choses se besoing est/ Et selon ledit acteur les anciens conquereurs menoient avec eulx forgeurs qui forgoient heaulmes et tous harnois cultifz a faire ars saiettes javelines et toutes manieres de harnois/ et estoit leur souveraine cure que tout ce dont on avoit besoing on trouvast en l’ost comme en une cité/ car le retour n’estoit pas souvent en leurs maisons. Ilz y menoient aussi mineurs qui savoient miner la terre pour seurprendre despourveuement les ennemis. Avec ce vegece devise les choses qui sont bonnes a garder pour tenir l’ost en santé se longuement y doit sejourner et cinq choses y assigne. C’est assavoir Lieu. Eaue : temps : medicine/ et exercite Lieu qui ne soit d’emprez paluz ne marez fumeuz. Eaue qui ne soit malsaine orde ne corrumpue en fosse plaine de vermines. Temps que en esté ne soient aux grans chaleurs sans umbre des arbres & pavillons et que deffaulte ilz n’aient de bonne eaue pour eulx et leurs bestes. Medecine que doivent estre garnis de tous mires et de bons medecins et toutes choses qui a malades conviennent tout ainsi que s’ilz fussent en une cité. Exercite c’est que tant s’acoustument a suffrir peine et traveil et dures gestes quant vient a la necessité de maladie par la non acoustumance ne leur courre sus. Si sont ceulx convenables en bataille qui sont tous duis : et aussi acoustumez de endurer froit/ chault/ dure giste et aspre vie/ car nul riens ne leur peult advenir qu’ilz n’aient paravant essaié Ainsi et par ceste guise selon vegece le sage capitaine fera bastir ses logis esquelz par ordre establira ses capitaines avec leurs gens soubz divers estandars et banieres ainsy qu’il doibvent aller en bataille par la forme qu’il leur aura ordonné/ & il au milieu avec les siens sera avec son estandart dressé en hault.
Cy devise le soing que le capitaine doibt avoir a prendre garde sur son ost. xv. cha.
Entre les autres vertus convenables a capitaine d’ost est necessaire qu’il soit preudomme et de grant loyauté ainsi que par exemple est escript du bon fabricus rommain ducteur des ostz rommains qui pour sa tresgrant vaillance et bonté Le roy pirus son adversaire luy voulut donner la quarte partie de son royaume et de ses tresors/ mais que de sa partie se voulsist consentir a estre son compaignon d’armes. Auquel il respondit que trop faisoit a despriser richesse acquise par traïson et mauvaistie. Et possible estoit que par armez peust estre vaincu mais par desloyalté non.
Avec ce dist vegece que le capitaine auquel est commis si grant ost et chose/ comme la charge de noblesse de chevalerie. Le fait du prince/ La chose publique sceureté des citez et la fortune des batailles : doibt estre non pas sans plus en general sur tout l’ost/ mais en particulier sur chascun/ car se riens mesadvient le commun dommaige est attribué a sa coulpe/ Et pource le vaillant capitaine d’ost commis de par le prince si que dit est/ sera soingneux de prendre garde sur ses gens que bien se gouvernent es logis comme de raison appartient.
Le livre dit que quant ces jeunes escuiers sont a repos/ ilz doibvent eulx esbatre es forces d’armes en demonstrant que mieulx leur en plaist l’exercice que l’oisiveté. De laquelle se meut souvent noise entre jeunes gens. Et pource le capitaine doit prendre garde quant ilz sont trop rioteux de s’en delivrer par bel non pas par les grever/ qu’ilz n’alaissent d’autre part/ ou qu’ilz machinassent aucun mal/ mais par bel les doit on envoier en quelque lieu faignant aucune occasion Et dit oultre que se necessité contrainct mettre en telz gens medicine de fer qu’ilz ne doivent pas estre espargnez Car plus droicturiere chose est en user afin que les autres y prennent exemple/ que ce que on leur seuffre offencer et faire outrage a plusieurs gens mais dist il les capitaines sont plus a loer/ desquelz les gens d’armes sont a mesmes par rigle et bonne doctrine que ceulx que la paour d’estre pugnis les en retarde.
L’acteur.
L’acteur dit que gens assemblés de plusieurs nations meuvent voulentiers noises et tumulte/ et aussi aucunesfois advient par aucuns qui ont lache voulenté de combatre en la bataille si faignent eulx couroucer afin que on ne les y maine et leur vient pour l’une des deux causes ou pour toutes les deux/ C’est assavoir ou pource que meilleur voulenté ont a la partie contraire/ ou pource que acoustumé ont a estre oiseux ou peu faire et vivre delicieusement. Et pource la griefté du traveil non acoustumé leur tourne a ennuy. Et dient les livres que grant honneur a le capitaine quant en l’ost ses gens se maintiennent convenablement.
A ce propos est dit que quant Thimoceus le message du roy Pirrus fut envoyé en l’ost des rommains pour traicter entre eulz Il y trouva les chevaliers de si noble et si haulte maniere et de si gracieux maintien qu’il rapporta/ a pirrus que il avoit veu ung ost des roys/ Ainsi le saige capitaine sera pourveu en toutes choses prendra grant cure et soing que riens par sa faulte ne demeure impourveu. Aussi ne dormira gaires/ et petit de repos prendra/ car le cueur ardant en quoy que ce soit/ vient de grant labeur. Si sera curieux d’envoier subtillement espies et escoutes ça et la pour savoir et enquerre l’ordonnance & maintien de ses ennemys Si advisera combien il a de gens/ et combien ses ennemis en ont/ Et laquelle partie a les meilleurs chevaulx/ le plus de trait et de gens de commune/ et de quelle nacion quel secours et dont il peult venir/ Et sur ces choses vouldra oyr l’oppinion de plusieurs chevaliers bons et saiges capitaines preudommes plains de bon conseil et en armes expers Il ne vouldra pas ouvrer selon l’advis de soy seul/ mais par l’advis de plusieurs : & par leur regard luy avec eulx delibera le meilleur a faire/ se la bataille donnera ou non/ ou s’il attendra que on l’assaille soy estant sur sa garde pour decepvoir par aucune cautelle ses ennemis mais s’il peut savoir que ses ennemis actendent secours il les hastera de les combatre Ou s’il actend secours il retardera s’il se sent le plus foible. Si fera ses aprestes et se tiendra sur sa garde il sera soingneux que bon guet soit fait afin que en mengant ne impourveuement ne puist estre surprins Car dit le maistre que en greigneur seureté peult avoir greigneur peril et pour ce doit le capitaine s’il voit son point assaillir ses ennemis quant ilz menguent ou quan ilz dorment ou quant ilz sont lassez de cheminer ou que leurs chevaulx paissent ou menguent lors que plus seurs cuident estre car a ceulz dist il qui ainsi sont surprins vertu ou force ne leur a mestier ne grant multitude ne leur peut aider Car a celui qui est vaincu en plaine bataille ja soit ce que savoir art et usage d’armes ne lui a peu prouffiter neantmoins il se peut complaindre en son couroux de fortune mais celui qui est desconfit ou grevé par cauteleux agait ne s’en doit prendre que a soy mesmes Car il l’eust bien peu eschever s’il eust esté aussi soingneux de soy garder comme estoit son ennemy de le surprendre. O bien demonstra stipion l’affrican qu’il estoit maistre de sagement envaÿr lorsqu’il fist tant qu’il trouva voye que le feu fust bouté es logis des ostz de ses ennemis. Et puis tantost leur courust sus par tel asperté qu’ilz ne savoient auquel entendre et furent alors vaincus plus par esbahissement que par armes Ad ce propos dist vegece que moult proufitable chose est a ung ost de sages espies avoir qui bien sachent trouver maniere de savoir les affaires et voulentez que les ennemis ont et que par dons ou grans promesses sachent eulx entremectre par voyes cauteleuses de atraire aucun ou plusieurs et mesmement s’ilz pevent du conseil de l’autre partie tant savoir qu’ilz sachent toute leur voulenté Et par ce peut savoir le capiteine ce qui lui est meilleur a faire et avec ce dit encore vegece que moult prouffitent gens qui pevent servier discord entre les adversaires tellement que obeyr ne dayvent a leur capiteine duquel on se doit pener de savoir ses condicions et se on le peut nullement prendre par ses mesmes taches et de ce doit estre advisé le saige capiteine car nulle nacion tant soit petite ne peut du tout estre affacie par adversaire se ce n’est par meslee ou contens des siens mesmes mais ausi pareillement que ledit capiteine sera soingneux d’envoier ses espies ausi prendra il garde qu’il ne soit espiés ne son convine descouvert ne mesmement l’ordonnance de son ost. Et que la cantité des gens ne soit sceue par ses ennemis pour ce que sur ce pourroient pourvoier. Encore y a autre maniere qui prouffite a aucuns quant ilz se sentent si grandement fors et tant bien garnis de foison de gens d’armes que bien leur plaist que leurs ennemis sachent la grant fierté de leur ost afin que d’eulz soient plus redoubtez et cremus sicomme il advint lorsque le roy pirus de macedonne envoia ses espies pour savoir l’estre et la cantité de ses ennemis lesquelz espies prins et menez devant le prince de l’ost rommain ne veult qu’ilz eussent mal ains ordonna qu’ilz fussent par tout menez affin qu’ilz recordassent sa grant puissance de laquelle chose ainsi faicte le roy pirus loua moult les rommains et plus fort les redoubta Et semblemment dist on que le puissant roy alixandre le fit ou temps de ses conquestes mais se de fait de son adversaire peut on tant apprendre qu’il sache s’il a plus de gens a pié plus d’ommes d’armes ou plus de gens de trait ou mains que lui. Selon ce se pourra ordonner pour la meilleur voye a son prouffit et dommage de ses ennemis. Les acteurs qui de ceste matiere ont parlé dient que des le temps ancien les capiteines des ostz avoient proppres enseignes sur leurs heaulmes pour estre congneu des leurs & avoient confanons a certaines divises ou leurs gens se retrayoient. C. chevaliers estoient subgetz a ung capiteine c’est assavoir. cent hommes d’armes et iceulz capitenes appelloit on centurions et autres en avoient plus grant nombre et autres moins et bailloit on les banieres et les estandars a porter aux plus vailans chevaliers aux plus feaulx & aux plus seurs laquelle ordonnance est encore aujourd’uy a bon droit tenue pour ce que l’ost au regard de la baniere se gouverne il est escript comme par la faulte de ung traytre qui tenoit l’estandart fut une fois en grece ung grant ost de gens desconfit par une petite cantité de gens en bataille.
Cy devise la maniere que le capiteine doit tenir au deslogier d’une place et par les chemins ou il manie son ost. xvi. chapitre
S’il advient que l’ost partir se doive et changer place le sage capitene advisera bien comment.
Vegece.
Et dit vegece que ainçoys que le duc ou capitene se meuve doit bien savoir la disposicion de ses ennemis qu’il sache eslire lequel vault mieulx qu’il se parte de jour ou de nuyt/ mais avant doibt bien avoir aprins l’estre des chemins afin qu’il soit pourveu de soy y contenir en maniere de son ost n’y puist estre seurprins/ sicomme en trop d’estrois passages ou il puist estre guectez ou en fondrieres d’eaues palus & marescages ou les autres sachent mieulx les adresses du païs. Et pource tout ainsy que ceulx qui vont par mer et les perilleux passages et estroitz ne scevent les font paindre en une carche pour les eschever.
Semblablement il est escrit que ainsy le fist le roy alixandre/ Et aussi les capitaines & meneurs d’ost doivent savoir les voies & passages/ montaignes/ forestz bois/ eaues/ rivieres/ et destroitz par ou passer doivent/ & pourtant que bien s’en sera informé/ le sage capitaine de paour qu’il ne faille/ prendra se besoing est conduicte de ceulz qui les scevent/ lesquelz gens prins pour conduire les fera si bien garder qu’ilz ne puissent eschapper/ afin que espace ne puissent avoir de l’ost traÿr ou d’aucune mauvaistie faire. Si leur donnera argent & promettra grant guerdon se loyaument les conduisent/ & aussi par grans menaces les espouenteront seigneurs et autres s’ilz font le contraire Le capitaine deffendra bien expressement qu’ilz ne revelent a personne le chemin determiné a tenir ne quel part veult mener son ost ne le propos qu’il a. Car a peine y est ung ost sans traitres/ & fort seroit que en telle quantité de gens ou souvent a foison d’estrangiers n’y ait de faux courages/ mais il doit savoir que chose n’est pas au monde qui moins face a souffrir a princes seigneurs ou capitaines d’ost que ceulx qui le font si en appert/ & doibt savoir qu’ilz deservent mauvais guerdon combien que aucunes fois le facent pour complaire.
Bien le monstrerent les rommains a ceulz qui traitreusement avoient occis Certorius leur seigneur pour cuider complaire aux rommains/ pour ce que jasoit ce qu’il fust rommain et leur seigneur toutesfoys avoit il mené grant guerre/ a ceulx de romme par le despit et envie qu’il portoit a aucuns seigneurs rommains Mais quant les traiteurs vindrent pour avoir leur sallaire/ ilz receurent la mort/ & leur fut dit que tel paiement appartenoit a trayteur Semblablement est il escript que ainsy le fist le fort roy alixandre a ceulx qui pour lui complaire avoient occis le roy daire leur seigneur. Avec ce aura commis & commandé a plusieurs des siens bons & loyaux qu’ilz soient montez sur bons chevaulx & cherchent ça & la pour prendre garde que l’ost ne soit espié.
Vegece.
Et dit vegece que espies doibvent estre envoiez comme s’ilz fussent pellerins ou laboureurs affin que jour et nuyt serchent partout que quelque part embusche n’y ait. Et se les espies ne retournent le capitaine doibt prendre une autre voye s’il peult nullement/ car c’est signe qu’ilz sont prins/ si accusent telz gens par tourmens tout ce qu’ilz scevent. Si ne sera pas apprentis de avoir mis son ost en belle ordonnance avant son departir Le bon capitaine mettra les meilleurs de ses gens avec planté de trait du costé ou il pensera que le plus grant peril soit et aura donné ordre que la plus feble partie obeisse a la plus forte et bien ordonné et commis aura aux autres capitaines ses subgectz que l’avantgarde voit par belle ordonnance joinctz ensemble a pas ayrés tous prestz de rencontrer leurs ennemis se besoing est. Le corps de la bataille venans aprez serrez et joinctz sicomme ung mur/ estandars banieres et penonceaulx volletans au ven[t] Et puis l’arriere garde par semblable ordonnance.
Vegece.
Et dit vegece que le charroy et sommage des provisions doibt apres l’avantgarde venir pour plus grant sceureté ou devant l’arriere garde Et pource que aucunesfois on assault de costé par aucune embusche on y mettra de celle part gens d’armes et assés trait. Et se les ennemis de toutes pars s’estendent de toutes pars leur soit appareillé secours/ et selon les gens qu’il aura/ il sera advisé de prendre l’avantage du chemin ou en plains champs ou par sur montaignes s’il peult/ pource que mieulx se deffendent par boys ou sur montaigne gens de pié que ceulx de cheval desquelz usent mieulx en lombardie ou autres contrees et les appellent brigans ou enfans de pié.
Vegece.
Et dit vegece que de ceulz se peut on moult bien aider/ mais qu’ilz soient bons comme ilz soient convenables en champs et villes en mons et en vaulx/ car en plus de lieux se pevent ficher que ceulx a cheval ilz sont appers et legiers pource que legierement sont armés/ et sont les bien usages communement hardis si en peult on tenir grant nombre a assez pou de coust. Et dit le livre d’armes que le capitaine doibt bien prendre garde a la maniere de l’aller de ses gens que areement & par egal facent leurs pas/ car ost desordonné est en grant peril/ ne riens n’est plus prejudiciable en fait de bataille que desordonnance Et dit qu’ilz doivent aller x. mille pas au temps d’esté ou cinq heures qui pevent monter cinq lieues/ & se besoing est pevent encor aller ii. mille pas et non plus. Si doibt estre advisé que par long chemin ne traveille tant son ost/ que necessité de repos les puisse rendre malades/ pource doibt adviser de partir a heure convenable si que logés puissent estre ainçoys qu’il soit nuyt. Et que es cours jours d’iver ne partent si tart que par pluyes nesges ou gellees leur conviengne aller grant partie de la nuyt/ & soit pourveu de haies de buissons et de toute fueille/ car riens n’est plus necessaire en ost que feu/ et qu’ilz ne usent de mauvaises eaues de doubte d’engendrer pestillence/ car en telle assemblee n’ont malades mestier et est grant meschief quant necessité de bataile chasse ceulx qui par maladie sont desconfitz a faire plus qui ne pevent.
Cy parle de passer ost par fleuves ou par grans rivieres : xvii. chapitre.
Il eschiet aucunesfois qu’il convient a ost passer fleuves et rivieres/ qui est chose moult encombreuse & plaine de peril. Et les remedes de les passer a mys vegece qui dit que premierement doibt estre bien advisé en quel lieu la riviere peut estre moins parfonde & en cellui endroit se doibt mettre au travers une route de gens tresbien montés & une autre route audessoubz & illec entredeux passera la grant flote de l’ost/ et dit que ceulx de en hault retendront la roideur de l’eaue/ et ceulx de embas pourront soustenir ceulx que la force de l’eaue maistrieroit. Et se l’eaue est tant grande que cestui remede n’y puist servir & que a toutes fins la conviengne passer ou qu’il y ait grant proffit a estre de l’autre part/ le capitaine aura fait faire grans pons portatifz qu’il fera en charroy devant soy mener dont les aucuns seront faitz sur queues vuides actachiez par le travers de bonnes cordes & bonnes aisselles bien chevillees et bien serrees l’une a l’autre/ Et le peut on tout acop asseoir en l’eaue sicomme ung pont leveiz. Par engin des subtilz maistres desquelz sera avant bien pourveu.
Autres par grans pieces de bois fichies en l’eaue ausquelz seront cordes bien atachees & ais par dessus. Autres par avoir plusieurs bateaulx atachez ensemble & couvers d’ais par dessus et de fiens & sont iceulx les plus fors qui soient qui de tant de bateaulz pourroit finer/ ou sinon avoir longues pieces de bois bien chevillees ensemble et mettre des ais et des cloyes par dessus/ mais que les pieces de bois soient bien esquarrees/ & puis tout couvrir de fiens et les encrer tresbien en l’eaue affin qu’ilz soient plus fermes. Et par telles voies pevent assez legierement passer/ mais divers remedes y trouva Cirus le roy de perse quant il alla pour prendre la cité de babilonne & il se trouva sur le grant fleuve de eufrates tant large & si parfont que impossible sembloit a passer/ il le fist a force d’ommes par faire fossez & cavains/ la terre partir & la riviere en quatre cens lxvi. rivieres & par celle voye passa/ car il n’est riens que engin d’omme n’ataigne quant sens et grant voulenté s’en entremettent Avec ce est recité par les anciennes histoires que les conquereurs de jadiz estoient si duis et si bons maistres de nager qu’ilz ne craindoient pas a traverser rivieres de grant largesse/ et avoient grans pieces de mairien cavez et creusez dedens lesquelles pieces ilz mectoient leurs harnois/ et les autres faisoient faisseaulx de ramille et les mettoient sus/ et ainsi passoient/ & se du pont ont mestier pour passer et rapasser doibt estre fossoyé et basty du costé des ennemis et gardé a bonnes gens d’armes et foison trait/ et quoy ces tours sembleroient legiers a oyr et fors a faire a ceulx qui aprins ne les ont/ qui dire pourroient que ce seroit songe/ toutesfois ce n’est pas truffe/ que quant les grans ostz des rommains durant l’espace de plus de xxx. ans/ alloient souvent en auffricque et jusques a la cité de cartage/ et mesmes en contrees trop plus loingtaines leur convenoit passer plusieurs rivieres et grans fleuves et fons/ et semblablement par toute la terre qu’ilz conquirent ilz n’avoient pas pontz faitz de pierres ne vaisseaulx aux rivaiges et ne trouvoient qui oultre les passast/ se leur convenoit user de telz engins. Et s’il advient que par nuyt a la lune ou se en requoy puissent passer que les ennemis riens n’en sachent/ tantost se doibvent armer & en bonne ordonance remettre que surprins ne soient et aller leur voie le beau petit pas en telle ordre que se les ennemys surviennent soient appareillez a plus souffrir de peril que iceulx a leur donner/ mais s’ilz les pevent eschever par montaignes & mettre les autres par dessoubz ce leur peut estre grant sceureté et avantage/ & s’il est ainsi que les voies treuvent estroictes par empeschement de boys ou hayes/ vault mieulx dit vegece qu’ilz les oeuvrent et eslargissent en faisant chemins a la main/ que ce qu’ilz souffrissent peril es larges et amples chemins.
Cy devisent les manieres qui affierent a capitaine d’ost a tenir au temps qu’il espoire avoir prochaine bataille. xviii. chapitre.
Apres les choses dictes est temps de venir a parler de certains pointz advis & rigles qui au capitaine sont bons a tenir au temps qu’il espoire avoir prouchaine bataille selon le livre d’armes/ et les autres acteurs qui de ceste matiere ont parlé/ Et est assavoir que quant on sent que ennemis veullent courir sus/ on ne doit pas attendre qu’ilz entrent en la contree ainçois leur doibt on aller audevant a grant ost. Car mieux vault fouller la terre d’aultruy que souffrir la sienne estre foullee Le capitaine doncques arrivé au lieu ou il se atent avoir en bref temps avoir jour de bataille sentant ses ennemis pres/ se tiendra sur sa garde/ mais il ne se hastera pas de les assaillir en plaine bataille se a son avantage n’est/ pource sera moult curieux d’enquerre que on dist de leur estre/ quel conseil il a/ quelz sont ses capitaines duitz de guerre ou non/ de laquelle foy et loyauté sont ses gens d’armes comment le cueur leur dit/ de laquelle et quelle voulenté ont de combatre et se ont vivres ou non/ car le fain se combat par dedens & peut vaincre sans fer Il aura advis et conseil avec les siens assavoir se le meilleur est de donner tost ou non la bataille ou la retarder ou attendre que assailly soit/ car se savoir peult que par fain soient mal menez ou que la paye leur faille/ par quoy s’en voisent petit a petit/ & tous malcontens laissent leur capitaine/ et que gens delicatifz nourriz a court et es aises et mignotises y ait/ quoy qu’ilz soient foison/ mais que plus ne puissent souffrir la dureté du champ et la merveilleuse et aspre vie d’ost Ains desirent le repos ne se hastera pas en quelque maniere de donner la bataille/ Ains se tiendra paisiblement comme se riens n’en sceust & le plus secretement qu’il pourra envoiera mettre embusches aux passages/ et par ce s’il peult il les surprendra.
Que grant proffit soit a capitaine d’ost savoir sagement mectre embuches et surprendre ses ennemys lors y parut lors que hesdrubal menoit au secours de hanibal prince de cartaige son frere/ a tout merveilleux ost contre les rommains/ lesquelz de ce advisez s’embuscherent au pié des montaignes/ et la luy coururent sus par telle vigueur que l. mil hommes et plus y occirent & prindrent a tout grans richesses Nonobstant la foison des elephans qu’ilz amenoient dont moult bien se savoient aider en bataille.
Vegece.
Et ceste voye tenir afferme vegece disant que on doibt espier son adversaire tant que son ost est divisé au passer grans fleuves/ ou que las soient de cheminer/ ou entreprins de palus/ ou d’aucuns estroiz passages/ si que eulx occupez d’empeschemens soient avant occis que ordonnez/ mais se le capitaine scet que ses ennemys soient fors et de grant couraige contre lui et desireux de combatre/ semblablement se doibt pener d’estre contre eulx.
S’il advient que jusques au logis viennent l’ost assaillir/ a l’eure qu’ilz ne cuident pas que on les doive assaillir : il se deffendra sans plus faisant semblant de non voulloir yssir/ mais quant iceulx auront les dos tournez/ s’il advise que aucunement soient defrontez ou amusez a prendre quelque proie adonc se son point voit/ sauldra hors en tresbel arroy et hardiement leur coura sus en portant leur dommaige a son povoir/ mais il doibt bien regarder de non faire saillir hors ses gens en tant qu’ilz soient lassés par erre de longue voye ou grant journee/ car gens lassez sont demy vaincus. Et par celle voie assaillirent les tressages rommains le trespuissant roy D’assirie D’aise/ et D’europe. Anthiocus c’est assavoir par nuyt que son ost estoit travaillé et avoit tresgrant besoing de reposer ne garde ne s’en prenoient ou les rommains estans en assez petite quantité occirent plusieurs des gens au roy Anthiocus plus de lx. mille si que l’istoire raconte.
Vegece.
Et dit vegece que comme bataille soit finee en deux ou en trois heures Apres laquelle toute esperance est cheue a la partie desconfite. Et pource que la victoire ne peult pas estre congneue avant le commencement Le saige capitaine ne se doibt pas voulentiers ne de legier mettre en bataille planiere se son grant avantage ne voit.
Que journee de bataille soit et face a redoubter comme chose trop adventureuse bien l’esprouverent les rommains lors que leur grant ost eurent envoyé en bataille que contre eulx s’estoit rebellee/ ou de la bataille qui trouverent tost preste ne demoura d’eulx personne qui a romme peust rapporter les nouvelles. Ains le sceurent apres longue espace par autres estrangiers. Pource le sage capitaine se doibt souvent pener de grever ses ennemys en belles escharmouches par agais et embusches/ et par ses voies les diminuer par chascun jour le plus qu’il peult.
Item dit aussi que quant il advient que on prent prisonniers durant la guerre soit en escarmouches ou autrement/ que on ne doit iceulx traicter si durement que on les rende desesperez de leur vie/ ou cas que on attende bataille Car de tant que moins auroient d’esperance de trouver pitié s’ilz estoient vaincus/ de tant se deffendroient ilz plus aigrement. Car maintesfois a esté veu que petite quantité de gens desesperez vainquoient grant et puissant ost/ par ce que mieulx aimoient a mourir que cheoir es cruelles mains de leurs ennemis/ si est grant peril de telz gens combatre/ car par leur grant ayr/ force leur croist a double/ si doibt il bien savoir congnoistre et juger/ si que le droicturier/ juge aussi bien la force de l’avantage de son adversaire et de quoy/ et comment il le peult grever comme son fait propre/ et par ce se peut saigement conseiller en fait d’agait Et par celle voye ont plusieurs fois petit nombre de gens conduitz par bon et sage capitaine vaincu grant multitude si que dit est.
Vegece.
Mais s’il advient ce dit vegece ennemy te presse de prendre jour de bataille et qu’il te haste de combatre/ prens garde ce c’est a ton avantage et a ton grief/ si n’en fais riens se ton meilleur n’y voys.
Cy devise les manieres que capitaine doibt tenir se il advient qu’il se vueille partir du champ sans attendre ne donner la bataille. xix. cha.
Mais posons que le cas advienne que le prince mande au capitaine qu’il s’en retourne sans livrer la bataille ne que plus en face/ ou que le capitaine voulsist pour certaines causes laisser le champ/ est a regarder quelle maniere il tiendra sans effraier ses gens nullement ne que ses ennemis l’apperçoivent Car dit vegece/ que il n’est plus grant villenye que soy partir du champ present ses ennemis ains que on assemble se ce n’est pour avoir accord prins entre eulx/ car en ce apperent deux choses malhonnorables/ l’une qu’il ait paour et que couardie le meut. l’autre que petite fiance a en ses gens/ et avec ce donne hardement aux ennemis. Et pour ce que le cas advient aucunesfois que les deux ostz s’entrevoient sans assembler est bon de toucher la meilleur voie puys que partir convient sicomme vegece l’enseigne qui dit ainsy.
Puys que partir te veux garde bien que les tiens ne sachent en quelque façon que ce soit pour eschever l’assemblee/ mais fais courir la voix entre eulx que c’est pour aucune cautelle trouvee pour grever en autre lieu et rataindre mieulx les ennemys qu’ilz ne s’en donnent garde/ et les autres par certains agaitz.
Vegece.
Car vegece dit se tes gens savoient que partir voulsissez sans en plus faire/ tantost petit a petit leveroient le champ/ pource qu’ilz penseroient que tu fussez espouenté de donner la bataille si pourroit estre a ton grant honte.
Apres dist il tu doibs garder que tes ennemis ne l’apperçoivent/ car tantost te pourroient courir sus. Et pource aucuns en tel cas aucunesfois ont fait assembler une flotte de gens a cheval & courir ça et la pour faire umbre a ceulx de pié qui endementiers passoient oultre.
Aultres se sont partis de nuyt qui est une maniere merveilleusement honteuse/ car ceste appert estre droicte fuite. Et autres en belle bataille arrengee s’en partent plainement/ mais ses manieres de partir ce dist il ne sont pas a louer se grant necessité pour l’ost sauver ne le fait faire/ Mais meilleur maniere est dist il que ceulx de pié legierement armez se partent tout coiement et voisent prendre ung certain champ dont le lieu soit a leur avantage et la se treuve tout l’ost. Et se les ennemys se mettent a chasser les premiers venus leur soient audevant tant que l’ost s’assemblera/ Adonc de l’avantaige de la place avec leur force se pourront aider a eulx contrester & vendre chier leur fuite/ car dist il nulle riens n’est plus perilleuse a ceulx qui follement chassent que eulx embatre sur agait ou en lieu qui au chois soit pourpris des adversaires.
Quant on se part de la place/ une partie de l’ost voise par le grant chemin bien ordonneement/ ou cas que les ennemys tendent a les suyvir/ et les autres soient envoiez secretement par autres costiant leurs compaignons. Sy advient communement que ceulx qui chassent par le grant chemin pource que entour eulx peust veoir se delaient ça et la & puys s’en partent/ mais quant cuident estre delivrez & que la chasse ont laissee et ne leur chault plus d’ordonnance comme ceulx qui cuident estre asseur. Adont les embusches lez quelque terre leur courent sus par grant vigueur/ et par celle voye moult adommaiger. Et comment qu’il soit celluy qui part de son ennemy doibt en toutes guises pourveoir s’il est chassé que les chasseurs aient aucun meschief au retourner ou par bastir agait ou par pas enforcer ou en quelque autre maniere. S’il advient que a iceulx chassans conviengne passer aucun fleuve ou rivieres fay ton agait pour courir sus aux premiers passez/ & ordonne autre partie de tes gens se tu peulx par derriere ceulx qui encores attendent a passer. Et s’il te convient mesmes passer par aucuns boys au destroitz envoye devant personnes feables et saiges qui te sachent rapporter le pas/ et se embusches y a/ car moins honteuse chose seroit a recevoir dommaige en combatant a son ennemy appertement que avoir encombrier par ung agait/ dont on ne seroit donner garde par grande negligence.
Cy devise se le capitaine d’ost chiet en traictié de paix ou de trieves avecque ses adversaires ou ennemys. Et comment il se peult preserver et garder des merveilleux et tresgrans perilz ausquelz il peut estre deceu. Chapitre xx.
Affin que riens qui convenable soit expedient a mettre en nostre livre ne soit oublyé des cas qui en armes souvent adviennent et advenir peust est bon de parler d’une chose qui trop durement peult grever l’ost/ et plus vaincre que fer ne quelconques autres choses/ et qui souverainement fait a eschever et s’en garder quoy que mout forte chose soit a destourner quant en ost c’est embatue si que declairé sera cy apres.
Devisé avons comment ung ost se peult partir le plus sceurement du champ en cas que meilleur conseil lui dist de non combatre. Or supposerons autrement. C’est assavoir que en champ soient les deux ostz a grant effort d’une part et d’autre appareillés de prendre journee de bataille/ mais par certains moiens entrent en tractié de paix/ si est assavoir que en ce cas est necessaire ce que devant avons tant dit : c’est que le capitaine soit sage. Affin que en toutes choses ce sache tenir au mieulx/ et pour ensuyvir la voye que sagesse peult enseigner premierement advisera/ a deux principalles choses.
La premiere est qu’il considerera qui sont les personnes qui traictent et de quel mouvement leur peut venir.
La seconde quel et sur quelz poins est fondé celluy traictié/ quelle est la demande que on luy fait ou quelle est l’offre.
A la premiere des deux fait a/ adviser se ceulx qui traictent sont ses amis ou s’il les repute/ ou s’ilz sont gens moyens non adherens d’un costé ne d’autre/ ou se simplement sont deceuz de l’autre partie/ s’il est ainsy qu’il viengne simplement de l’autre partie moult s’imposera de bon signe se fraude n’y a car ou dieu les a inspiré/ ou il appert qu’ilz doubtent [et] resoingnent la bataille. Neantmoins doit bien adviser la maniere de la demande & aussy l’offre Et pource que quant se vient grant poix porte/ la chose se conseillera avec les sages de son conseil et bien advisera sur tous les poins tant que au respondre ne se montre ignorant et qu’il n’y ait riens oublié. En laquelle responce gardent l’onneur et preu de leur prince et aussi le leur.
Il ne sera trouvé reffusant de la voye d’accord a ses bons poins raisonnablement Lequel accord ou appointement en quelque maniere ne doibt estre achevé sans la licence du prince Lequel est en escript tout par ordre la demande et l’offre demandee Car bien doit estre advisé de soy garder d’en agreer quelconques convenances aux ennemys sans licence et voulenté de luy de son conseil/ par l’exemple de ung tresbon conduiseur de l’ost rommain qui avoit esté envoyé devant la cité de magence dont il fut desconfit avec quarante mille de ses gens. Et pource que apres la desconfiture il agrea paix aux magenciens sans la licence de ceulx de romme/ ilz ne la tindrent pas Ains envoierent ledit conduiseur de l’ost rommain prins et lyé a magence et rompirent l’accord Et icy fait a regarder/ car se tu peux appercevoir que on te tiengne en parolles par loing traing trouvant aucunes choses sans necessité pour alonger temps/ saches de vray que tout est decepvance et cautelle/ en attendant aucun secours delayer sans plus la bataille/ ou affin que tes garnisons soient tandiz dissipees et que tes gens se ennuyent du long sejour et se partent pou ou pour quelque autre cause Item se ledit traictié vient de ung autre moyen si que se le pappe y avoit envoié ung legat pour mettre paix/ ou ung autre prince ou seigneur meu par bonne voulenté/ quoy que devers le prince deust estre allé premierement ou supposé que toy mesmes soyes le prince doibs a celluy moien bien declarer l’occasion/ la cause le bon droit et la juste querelle que as de mener guerre contre l’autre partie affin que ledit traicteur qui veult sans sang espandre mettre fin en ceste guerre soit advisé de ce faire telle admende et satisfacion qu’il appartient monstrant aux ennemys leur grant tort. et aussy se les ennemis dient avoir meilleur droit ne soies aveugle que voulenté te destourne a toy submettre a raison/ & se tu sens que en aucunes choses ayes droit et es autres non/ tu te doibs plus legierement condescendre a traictié et accorder partie du voulloir des autres sans ton deshonneur se mieulx ne peulx faire et que laisse aller aucune chose de ton droit. Posons encore que l’ost des ennemys fust amoindry en quantité & que la tienne fust multipliee de gens et puissance et le leur amoindry par aucune puissance autre ou quelque fortune par quoy redoubtant la bataille bien voulsissent traicter et faire paix toy faisant bonnes offres pour eulx mieulx mettre en son devoir/ et eschever effusion de sang/ ou qu’ilz fussent inspirés de vouloir faire paix et tresbon et loyal accord/ combien que leur puissance fut a la tienne assez egale/ que doibs tu faire/ te doibs tu enorgueillir/ pourtant les cuidant avoir si que d’avantage se a la bataille venoit/ par quoy nullement ne voulsisse venir/ a accord Ains plus te feroit on d’offres et plus seroies trouve rebelle et dur Certes nenny/ car a peine seroit trouvé que oncques advenist que les reffusans justes offres quelque droit qu’ilz eussent ne quelque grant quantité de gens qu’ilz fussent contre petite/ que mal ne leur en advenist au derrenier. Et semble que en tel fait dieu pugnisse iceulx reffusans/ mais vecy ou tu doibs regarder & la est le peril c’est que par traïson ne puisse estre deceu par desloyaulx moiens soubz umbre de traicter paix/ et a quoy le pourras tu congnoistre/ certainement par ses raisons pourras avoir couleur de toy douter & estre sur ta garde/ par quoy s’il est ainsi que le mouvement d’entrer en traicté/ soit venu d’aucuns des tiens par la condition de luy pourras penser quelles pourroient estre les causes qui l’ont meu a vouloir faire traicté/ car se sage est et preudomme et de juste conscience et que tu le saches bien/ tu ne te dois esmerveiller se tel homme vouldroit voulentiers trouver voye pour eschever effusion de sang par aucun bon et honnorable traicté et que paix fust/ mais s’il est homme non acoustumé de soy trouver en telz cas et lasche de courage quoy qu’il puist estre malicieux et bien parlant tu peus bien pencer que de laschetté et de couardise luy peult venir/ Mais non pourtant ne doibs tu du tout debouter ses raisons/ mais adviser se elles sont bonnes & a ton honneur et proffit.
Une aultre chose fait a considerer c’est que en bien escoutant celluy qui la voye d’accord & de traictié te conseille advise se la paix peut mieulx estre & venir a son proffit que la guerre & se en parlant il se efforce de toy mettre en couraige de faire paix Laquelle pour le grant desir qu’il a ne te soit pas bien honnorable. Ou se c’est homme couvoiteux auquel par dons ou promesses on luy eust par aventure fait dire/ a ceulx icy se savoir ne peulx tu ne dois adjouster en aucune maniere nulle foy/ mais les bouter arriere tant que tu pourras se souffisamment en es informé. Car le tresmauvais et desloyal conseilleur ne chasse tousjours fors a son proffit/ & le loyal vise plus au bien publicque que au sien propre.
Or est necessaire que durant le traictié que ainsy comme les ambassadeurs viennent vers toy de dela/ que tu y renvoies des tiens. Si doibs en ceste chose estre si bien advisé que n’en soyez deceu/ car moult y peult avoir grant peril se preudommes ne sont/ car par telz moyens et ambassadeurs plusieurs citez pays et royaumes sicomme Troyes jadiz et autres plusieurs ont esté deceuz par faulx et traytres ambassadeurs eulx monstrans estre loyaulx et bons Ne il n’est pas de pareil peril a cestuy pource que tant est couvert que a peine nul tant soit sage ne se peut de trayteur garder se par traïson a entreprins a le grever.
Contre ce peril y a meilleur remede que de y envoier des plus prochains de son sang se avec soy en a qui grant compte facent de sa mort et destruction et de tes meilleurs amis/ non pas par adventure de ceulx en qui plus te fies/ car par iceulx ont plusieurs esté deceuz/ mais de ceulx que tu auras mis en hault degré et qui perderoient se tu n’estoies & aultres de qui tu sentiras la vie et conscience bonne honnesté et loyale/ et de loyauté user en tours de guerres et batailles et que de traïson ne soient reprovez selon la sentence des bons/ bien le demonstra le tresvaillant fabricius dont tant avons parlé/ Lors qu’il estoit ost contre le roy pirus/ qui moult grevoit par ses batailles les rommains. Et le medicin d’icelluy roy pirus vint a Fabricius et luy offrit emprisonner son maistre mais que bien le voulsist guerdonner. Le vaillant homme luy respondit que ce n’estoit pas l’usage des rommains vaincre par traïson/ si le fist renvoier a son maistre lequel quant il sceut le cas dist a haulte voix. Or avant tourneroit le soleil de son cours que fabricius se partist de loyauté. Si s’en partit le roy pirrus sans donner ceste fois la bataille pour la cause de ceste grant bonté.
Cy devise les manieres que le capitaine d’ost doibt tenir le jour qu’il espoir pour certain avoir bataille. xxi. c.
Apres ces choses pour venir au point que fait de guerre conclud/ c’est assavoir assemblee de bataile comme ce soit le fait principal disons ainsi/ & s’il advient a toutes fins que necessité de combatre contraint l’ost de assembler a certain jour aux ennemis adonc ne doibt pas estre despourveu le sage capitaine de tout ce qu’il luy convient faire et adviser au mieulx & sont aucunes choses qui ne sont pas a oublier/ que fera il doncques il n’aura pas pou a penser/ car plus grant fait entre les hommes ne peut estre fait que cellui ou gist le plain fais de toute la contree l’estat du prince et la vie de infinies personnes/ l’onneur ou deshonneur du seigneur ou de la chevalerie et de tous nobles.
Adonc assemblera il tous les capitaines de l’ost devant soy et vouldra en audience parler a eulx presens tous ceulx qui estre y pourroient dire en telle ou semblable maniere. Treschiers freres compaignons et amis nous sommes icy assemblez si que vous savez par le commandement de nostre bon prince pour garder et tenir sa place ceste part comme ces lieutenans pour maintenir a l’espee la juste querelle de son bon droit que ses nobles predicesseurs ont par long temps soustenue/ ou qu’il a/ a bonne cause entreprise contre tel roy ou seigneur Duquel a receu plusieurs griefz/ c’est chose vraye sicomme nous en sommes bien informez Si sommez tenuz comme loyaulx subgetz ou ses advoez prenans de luy gaiges et souldees de garder & soustenir sa bonne cause en exposant corps et biens sicomme promis l’avons par nos sermens bien & loyaument sans deguerpir la place pour paour de mort. Or faisons donc tant et de ce vous supplie tous et requiers sicomme a chevaliers freres amys et compaignons que par nous et l’effort de noz corps & verde hardy couraige a nostre predit bon prince rapportons la victoire de ceste bataille si qu’il en ait l’onneur & preu et nous avec lui en soyons tousjours honnorez et prisez et que sa bonne grace nous puissons desservir. Si avons bonne cause beaulz seigneurs d’assaillir de fier couraige et envaÿr de grant voulenté ses ennemis/ bien le vous sçay a dire/ car ilz ont tort et nous droit. Si est dieu devers nous lequel sans faulte nous aidera a les vaincre se en nous ne tient. Or vueillés donc mes chiers amis chascun en droit soy si bien le faire que je aye cause de rapporter de vous telle relation que a tousjours mais il vous en soit mieulx. Et quant est de moy je vous jure sur ma foy que qui bien se portera a ceste besoigne je le pourverray a sa vie en honneur et grant proffit. Or allons hardiement mes enfans contre ces gens nos ennemis en nous commandant a dieu & lui priant qu’il nous en doint la victoire sicomme nous le desirons/ Telz manieres de parlers dira le saige capitaine aux siens & que ainsy doit estre fait se accordent tous acteurs qui en ce cas ont parlé/ & dient que ces manieres tenoient Scipion/ Julius cesar/ Pompee & les autres conquereurs Avec ce afferment que le capitaine doibt estre large et habandonné/ et est assavoir que les livres de chevalerie ne appreuvent quelconques couvoitises en capitaine avoir prins en honneur d’armes/ & certes ce demonstra bien le tresvaillant fabricius lequel pour l’exemple de sa bonté replicquons tant de fois en ce livre quant le roy pyrrus son ennemy qui moult le desiroit a traire de sa partie pour sa grant vaillance luy envoya grant quantité de vaisselle d’or et d’argent/ pource qu’il avoit entendu que si povre estoit que a sa taible n’estoit servy que en vaisselle de bois/ mais il la refusa en disant qu’il aimoit mieulx menger a honneur en vaisselle de boys que a honte et reproche en vaisselle d’argent. Il affiert aussi que le capitaine soit doulx & bening entre ses gens/ autrement n’est digne de tel office/ car ilz dient que par le moien de sa largesse & benignité il peut plus attraire les cueurs des siens que par nulle autre chose/ et sa benignité doibt donner hardiesse mesmes aux petis et de simple estat : de lui oser dire & signifier aucune chose se bonne leur semble ou fait des armes ainsi qu’il peut advenir que aucuns petis pevent avoir des bons amys Si que dieu donne ses graces aucunesfois qu’ilz ne doivent pas estre deboutez pour leur simple et povre estat. Et est escript que les vaillans conquereurs preteritz departoient les conquestes et proyes largement aux gens d’armes/ & pour eulx leur suffisoit seulement avoir l’onneur des batailles/ et pource faisoient leurs gens tout ce qu’ilz vouloient. Et que avec ce parolles attrayans soient bonnes ce dit vegece que le bon admonnestement du vaillant duc croist a ost hardement et courage/ et pource doibt souvent admonnester en demonstrant aux siens le droit qu’ilz ont/ & le tort des ennemys et comment sont tenus au prince et a la contree/ les admonnester de bien faire et promettre offices a ceulx [qui] bien feront Et de fait pour donner exemple aux autres doibt honnourer ceulx qui autresfois se seront bien portez et leur faire du bien/ affin que meilleur cueur en ayent. Et par telles parolles peult aussi croistre l’ire et maltalent des siens contre leurs ennemis et l’amour en bon vouloir devers le prince.
Cy devise la maniere de prendre l’avantage du champ selon vegece. xxii. cha.
Vegece dit que le capitaine doibt regarder au jour qu’il veult donner la bataille quelle voulenté ses gens ont/ car il peult appercevoir s’ilz ont paour/ par le viaire par les parolles et le mouvement du corps/ mais il dist que ce n’est pas a entendre de ceulx qui ne l’ont aprins/ car ce n’est pas merveilles s’ilz la ressoingnent/ mais se des exercitez d’armes font doubte/ doit delaier s’il peult a ung autre jour Et s’il a gens d’aucun païs jeunez et non usagés & qu’il doute de leur loyauté : commettre les doibt a bons et loyaulx capitaines & qui bien les sachent embesoigner & mettre en lieu ou fuir ne puissent Car par l’effroy de telz gens peut estre la bataille en peril/ & les bien introduire que obeissans soient/ Car nulle riens ne proffite plus en ost que obeyr aux capitaines/ et pource dist il que pour une seule voix ceulx qui seront loing de leur capitaine ne pevent savoir les soudaines necessitez qui pevent venir en bataille/ trouverent les anciens de user de certains signes par lesquelz hastivement faisoient savoir en l’ost ce que faire devoient/ ou par son de trompes par different chant ou par buisines ou autrement/ mais affin que par oyr plusieurs fois celle mesme maniere de son les ennemis ne s’i entendissent parfoys le differoient/ & se leur estoit avant le coup bien notiffié/ et des leur enfance on leur monstroit l’usage d’armes. Ces manieres leur estoient aprinses affin que par necessité des batailles en fussent duitz/ & pour celle cause furent trouees les trompettes qui diversifient leurs sons selon les cas qui adviennent. Or vient a point d’arrenger les batailles selon vegece. Si advisera le sage capitaine se que dit est de prendre premier l’avantage du champ en quoy troys principaulx poins sont a regarder. Le premier est de prendre le hault de la place.
Le second que a l’eure que la bataille durera les ennemys aient le soleil en l’oeil. Et le tiers que le vent leur soit contraire. Et se a ses trois choses peut advenir luy sera prouffit en tant qu’il n’est pas doubte que celluy qui est en la haulte place a avantage de force contre celluy qui est en bas.
Item le soleil en l’oeil fait grant encombrier et pareillement le vent qui les emplit de pouldre/ et aussi le trait porté par le vent en a plus grant force/ & aussi a l’oposite oste & destourne la force et la partie contraire/ et assavoir que par deux cautelles vainquirent les rommains en bataille ceulx de cycambre et les tyars/ ce fut par adviser de les envaÿr de tel costé que iceulx eussent le soleil au devant/ & l’autre fust par si fort les haster que loisir ne eurent de eulx mettre en ordonnance.
Cy devise en bref la maniere selon l’usaige du temps pour arrenger ost en champ pour combatre. xxiii. c.
Comme vegece mette plusieurs manieres d’arenger ost en bataille si que dit sera cy apres lesquelles pevent estre sont en aucunes choses differentes des ordonnances du temps present. la cause est par aventure pource que adonc se combatoient les gens plus a cheval que a pié/ et aussy comme il ne soit quelconque chose es ordres des humains qui par espace de champ de temps ne se mue et change me semble bon toucher en bref aucunement en termes plus entendibles des ordonnances communes du temps present/ sicomme assés est sceu de ceulx qui les armes exercent/ c’est assavoir faire son avant garde a longue estandue des gens d’armes arrengez ouniement serrez ensemble et que l’un ne passe l’autre/ les meilleurs & les plus esleuz au premier front/ les mareschaux empres eulx avec les estandars & banieres et fait on eles aux costés devant esquelles est le trait canonniers arbalestriers & archiers semblablement arengez.
Apres la premiere bataille que on dit avant garde vient la grosse bataille ou toute la flote des gens d’armes est mise arengez tous par ordonnance de leurs capitaines qui sont entre eulx/ leurs banieres et enseignes levees sont par plusieurs rengz les ungs apres les autres ouniement mis. Si fait le connestable crier sur la hart que nul ne se desroute. Et dient aucuns que se quantité de gens de commune y a on doibt de icelles gens efforcer les eles des costez par beaulx rengs par derriere le trait et que commis soient a bons capitaines et aussi les mettre au devant de la grosse bataille si que se fuyr vouloient que les gens d’armes d’appres les en gardassent. Au millieu de ceste grosse bataille est mis le prince de l’ost/ la principale baniere devant soy a laquelle est le regard de la bataille/ et a ceste cause est baillee a tenir a l’un des meilleurs et esprouvez hommes d’armes pour la sceureté tant du prince comme de la baniere devant soy a laquelle est le regard de bataille/ vient la tierce que on dit arriere garde. Laquelle est ordonnee pour aider a conforter ceulx de devant/ qui semblablement sont mis par belle ordre/ et par derriere icelle sont les valletz a cheval qui aident les autres se besoing est et y sont bons & les chevaulx de leurs maistres la tiennent et estachent que par derriere on ne vienne envaÿr la bataille/ de laquelle chose se assez y a de gens d’armes et on se doubte que par la venissent les ennemys/ ceulx qui sagement veullent combatre font une autre bataille qui tourne le dos vers la dicte bataille toute preste de recevoir ceulx qui viendront avant/ & avec toutes ces choses communement est ordonnee une quantité d’ommes duitz du mestier monstez sur bons destriers tous prestz a costez de venir rompre & desrenger la bataille des ennemis a course de chevaux quant assemblez seront/ et pource est souvent la bataille gaignee de la partie de ceulx qui mieulx s’en scevent aider/ et conseillent aucuns expers d’armes quoy que ceste maniere d’arrenger ost soit la plus commune/ que quant il advient que on n’a pas trop grant quantité de commune/ mais plus de bonnes gens d’armes que toute l’assemblee soit mise devant si que dit est. Et dient que plus sceurement on s’i combat Et ceste maniere de combatre fut bien tenue en la bataille de Rosbetre ou le roy de france charles sixiesme de ce nom eut victoire contre quarante mille flamans. Et semblablement fut fait n’a pas longtemps en la bataille du Liege ou Jehan duc de bourgongne qui fut filz de philippe filz du roy de france atout asés petite quantité de bonnes gens d’armes fut victorieux comme vaillant prince contre xxxv mille liegois.
Cy Devise selon vegece et les anciens l’ordre de arrenger bataille. xxiiii. chapitre.
Quoy qu’il soit cy devant dit et apres des manieres de combatre et arrenger ost Dient les anciens qui de ceste matiere/ ont parlé que la meilleur maniere de ordonner bataille est en rondeur et que on mette plusieurs batailles ou front devant et du costé ou les ennemys doibvent venir soient mys les meilleurs et les plus esprouvez/ et se serrez se tiennent ensemble a peine pourront estre desconfitz posé que les autres soient plus/ & s’il advient que les adversaires soient moins de gens/ la bataille doibt estre ordonnee en maniere d’un fer de cheval. Et par ceste maniere dist il les enclorras se tu y donnes bonne ordre. Et se les autres sont foison ordonne ta bataille sicomme ague devant pour partir/ mais bien enseigne vegece le capitaine que a l’eure que la bataille assemble ne se advise de changer autre ordre & mener ailleurs aucun nombre de gens qu’il face partir de l’ordonnance : car ce seroit pour tout honnir et mettre trouble en ses batailles/ ne riens dist il ne prouffite plus que garder l’ordre qui doibt estre tenue et l’espace qui entre les rens doibt estre. Car on doibt regarder par grant cure que trop ne s’empressent ne amoncellent/ ne aussi qu’ilz ne se laschent/ mais soient convenablement serrez/ car autrement perdroient la fiance de combatre et empescheroient l’un l’autre et trop cler entreluisant Et donneroient entree aux ennemis/ aussi en peril seroient d’estre rompus et esparpillez dont la paour de eulx mesmes les rendroit tous esperduz. Icelluy vegece dit que par belle ordre doivent yssir a champ auquel le capitaine ja par plusieurs foys les ait mis en ordonnance pour monstrer comment quant a la bataille viendra se deveront maintenir. La premiere bataille estandue ainsy qu’elle doibt/ et puis la seconde bataille et les autres. si que l’ordre soit gardee entre eulx si que dit est.
Aucuns capitaine dist il ont eu maniere de faire tourner leurs batailles en esquerre/ et puis en triangle que on appelloit lors bersueil Et ceste maniere d’ordonnance a/ a plusieurs proffité en bataille/ et quant force d’ennemys leur courroit sus se mettoient en rondeur les meilleurs au premier reng tout devant si gardoient les leurs d’eux tourner en fuite et que trop de dommaige ne leur survenist. Et avoient les anciens maniere que jamais tout leur ost ne mettoient en une assemblee/ ains faisoient plusieurs batailles affin que les nouveaux venissent secourir aux lassez. Et par celle voye a peine pevent estre desconfitz du tout/ car ce que l’une bataille perdoit l’autre recouvroit. Neantmoins sont faitz de batailles adventureux par quoy nul ne sy doibt fier/ car aucunesfois advient tout le contraire de ce que paravant on pensoit. Exemple qui eust pensé/ que des tresgrans ostz assemblez des cartaginois aux rommains deust estre l’ocasion si egale en la bataille que une fois en advient/ car il n’en demoura homme nul d’une part ne d’autre.
Il dist aussi que le jour que la bataille doibt estre est convenable de pou menger affin d’avoir plus longue alaine et estre plus mouvables et plus legiers/ mais bon vin doibt on boire qui peut pource que aux membres donne grant vigueur et esjoist l’esperit de celluy qui en prent convenablement et sans trop.
Il advient dist il que aucques tous les couraiges des hommes se troublent quant aller doibvent en la bataille/ mais a ceulx qui sont ayrez leur croist force et hardement et oublient tout peril/ et pource le sage capitaine pour donner cause a ses gens d’estre ayrez et plus fiers les doibt avoir/ ains la bataille fait plusieurs escharmoucher aux ennemis affin que par recevoir coups & blecheures d’eulx soient plus afelonnis contre eulx. Et dit que les moins sages et les moins hardiz seulent lever le cry ains que la bataille commence/ laquelle chose ne se doibt faire/ car les corps doibvent venir avec le cry.
Les anciens avoient regard en l’assemblee de leurs batailles que les hommes d’armes ne fussent pas espouentez pour le cry que font aucunesfois les gens de commune quant l’ost assemble/ ou que font ceulx qui ont paour/ & pource les advisoient par certain son de trompettes.
Aussy ceulx doubtent la bataille qui n’ont aprins l’exercite/ et pource dit le livre telz gens sont a occupper en autres chosez que en armes. Car ceulx qui ne veirent oncques occir homme ne espandre sang en ont frayeur/ et pource quant ilz y sont pensent plus de fuyr que de combatre/ sy pevent plus empescher que valoir a tout le moins s’ilz ne sont mys soubz bon capitaine. Aucuns dient qu’ilz doibvent estre mis tous ensemble et autres dient que non/ & qui doibvent estre meslez avec les bons.
Derechief pour dire en bref et recapituler ce qui est convenable a garder en ordonnance de bataille enseigne sept choses ou le capitaine doit regarder. La premiere qu’il ait prins place a son advantage s’il peut si que dit est/ ou il ait mis les siens en bonne ordonnance. La seconde qu’ilz soient d’un costé targez de montaigne affin qu’on ne luy puisse nuyre & par devant eulx une belle riviere si que on ne puisse a eulx venir. La iii. qu’ilz n’aient pouldre ne soleil qui a l’oeil puissent nuyre. La iiii. qui mout leur peut valloir est s’ilz sont advisez de l’estat de leurs ennemis et bien informez quant ilz font leur ordonnance/ et par ou ilz viennent. Car selon ce se pevent ordonner et les attendre a leur advantage. La v. qu’ilz ne soient soulez ne affoiblis par fain. La vi. qu’ilz soient tous d’un couraige a tenir place & mieulx aimer mourir que fuyr/ sy ne seront pas telz gens legiers a desconfire. La vii. que leurs ennemis ne sachent pas leur intention ne se qu’ilz tendent a faire et de quelz tours sont advisez. Neantmoins si que dessus est dit merveilleuses sont les adventures des batailles. Il advient aucunesfois tellement qu’il semble que dieu vueille aider a l’une des parties et point a l’autre. Si qu’il advint lors que les rommains se combatoient aux deux roys d’orient de grant puissance jugurta/ et boctius. Adonc comme l’ardeur du soleil fust sy grande ou champ que a pou ilz n’y attaignoient/ souvent si se leva ung vent si grant que le traict des arcs dont iceulx roys avoient grant planté n’eut sicomme point de puissance. Et apres vint une grosse pluye qui tout rafreschit les rommains/ & fut aux autres choses merveilleusement contraires/ car les cordes de leurs arcs se laschoient. Et les oliphans dont foison y avoit/ qui sont grandes bestes qui ne pevent souffrir eaue ne se pondrent mouvoir et les chaingles qui soustenoient les chasteaulx chargés d’eaue. Si ne leur fut pas encombrier/ et par celle voye desja resvigourez pour la frescheur si asprement les envaÿrent que ja soit ce qu’ilz feussent plus petite quantité de gens si eurent ilz la victoire.
Cy devise selon vegece de vii. manieres d’arrenger ost et de combatre. xxv. c.
Derechief selon vegece sont vii. manieres de batailles ordonneez et de combatre a ost en champ en son iii. livre au xxi. chapitre/ lesquelles quoy qu’il les baille assez obscurement et qu’elles ne soient a entendre du tout fors a ceulx qui maistres sont en l’exercite et office des armes ay mises sy ensuivant.
La premiere maniere d’arenger ost en champ dit vegece est celle qui se fait au long front ainsy que on fait maintenant/ mais ceste maniere sy qu’il dist n’est pas tresbonne pource qu’il convient que l’espace soit longue et que l’ost soit tout estandu et qu’il ne chiet pas/ tousjours champ propice a ce faire. Et quant il y a fossez ou vallees ou mauvais pas/ par la est legierement la bataille rompue/ Avec ce se les adversaires sont grant multitude de gens/ il yra au costé dextre ou au senestre/ & ensçaindra la bataille ou grant peril y a. Si dist ainsy l’acteur ou cas dist il que tu n’ayes plus grant foison de gens qui soient ordonnez et mis contre les ennemys se ad ce tu es venu prens tes meilleurs hommes et enchain les ennemis se peux au chain de ton ost.
La seconde maniere est meilleure et se par icelle tu ordonnes ung pou de gens vaillans et bien esprouvez en lieu propre tu pourras avoir victoire posé que ton adversaire eust plus de gens/ & est de celle telle la maniere de combatre que quant les batailles viennent pour assembler. Lors changeras ta senestre ele/ de son lieu en autre affin que tu voyes loing au dextre cor de ton ennemy et que on n’y puisse traire ne lancer/ et ta dextre ele/ joings a la senestre. Et illec par les meilleurs de tes gens commence la bataille aspre et forte et par grant vigueur a cheval et a pié soit tellement envaÿe ladicte senestre ele ou tu es joint que tu voises en boutant & courant sus par telle maniere que tu viengnes au doz de tes ennemys/ et se tu en peux une fois partir les adversaires approchans tes gens sans doubte tu auras victore/ et ceste partie de ton ost que tu auras substraicte des autres demourra sceure. Ceste maniere de bataille est ordonnee en maniere de ung a de lettre. Et se tes adversaires l’ordonnent ainsy premier dont isse des tiens grant rengee de gens venans de front et les assemble a ton senestre cor et en telle maniere contresteras a ton ennemy par force qu’il ne te boutera arriere par art de combatre.
La iii. maniere de combatre est semblable a la seconde et ne differe fors en ce que ton senestre cor commence a combatre au dextre cor de ton adversaire/ & se tu as ta senestre ele meilleur que la dextre/ lors adjouste avec tresfors combateurs a cheval et a pié/ et a l’assembler joings premierement ta senestre ele a la dextre ele de ton ennemy/ & tant comme tu pourras bouter arriere la senestre ele de ton ennemy et te haste d’enchaindre. Et l’autre de ton ost ou tu scez qu’ilz ne sont pas si fors desqueuvre tant que tu pourras de l’ele senestre des autres/ si que glaves ne dars n’y puissent parvenir/ et icy tu doibs garder que tes ennemys ne facent berueil de leurs gens pour rompre ta bataille au travers/ et en ceste maniere se combat on proffitablement/ & en especial se le cas advient que ton adversaire ait son senestre cor moins fort assez que ton cor senestre.
La iiii. maniere de combatre est telle que quant tu auras ordonné tes batailles avec iiii. ou v. cens combatans ainçois que tu approches tes ennemys qui de ce riens ne scevent/ tu esmouveras soudainement ambedeux tes eles si que de l’un & l’autre cor tes ennemys non pourveux seront contrains de trouver les doz/ et se isnellement peuz ce faire tu auras victoire/ mais ceste maniere ja soit ce que tu ayes tresfors et exercitez gens d’armes je le tiens a perilleuse/ car se la moictié de la bataille est contrainte a diviser et descourir ton cor en deux parties et ton ennemy n’est vaincu a la premiere emprainte/ ilz ont occasion d’envaÿr tes gens d’armez divisez & le milieu qui seroit departi de tes eles.
La v. maniere de combatre est semblable a la quarte/ mais s’il y a plus que les archiers et les legierement armez/ arrenge les devant la premiere bataille affin que ceulx ne puissent estre derompuz/ car aussy bien de ton dextre cor envaÿs et assaulx le senestre cor de ton ennemy et du senestre le dextre/ et se ainsy le peux chastoier tantost sera vaincu/ mais la bataille du milieu n’est pas en peril pource qu’elle est deffendue des legierement armez et des archiers.
La vi. maniere de combatre est tresbonne et quasi semblable a la seconde/ & de ceste se ont acoustumé aider les loings combateurs en esperance de victoire/ Posons que pou de gens soient/ par bien ordonner leurs batailles/ la bataille arrengee aux ennemys joings ton dextre cor/ a l’autre senestre/ et illec commence la bataille avecques les meilleurs que tu as a cheval & a pié. Et l’autre partie de ton ost suive de loings la bataille de ton ennemy et estende icelle pa[r]tie tout droit/ et se tu peus venir au costé de la senestre ele de tes ennemys il convient qu’ilz tournent le doz/ & ne peult l’adversaire estre secouru de sa dextre ele/ ne de son milieu ne ne peut aider aux autres. Car la queue de l’ost est estandue au semblant de la plus longue lettre que on appelle. l. et longue se depart de ton ennemy.
Cy parle encore de mesmes propos en poursuivant la matiere du precedent chapitre. xxvi. chapitre.
La vii. maniere de combatre est quant le lieu et la place sont propices a celluy qui prent premier champ C’est assavoir se tu as d’une part empeschement/ Par lequel tes ennemys ne puissent venir si que dit est/ comme maretz fleuve ou montaigne ou autre empeschement. Posons que pou de gens ayez/ lesquelz par tresbonne ordonnance soient arrengez en bataille/ et de la partie ou n’est ledit empeschement metteras tes gens a cheval et lors te combas sceurement se tu es envaÿ/ car d’une part l’empeschement te garde et de l’autre part la force de ceulx a cheval. Si est a regarder de quelque partie que tu vouldras combatre que tousjours tu mettes devant les plus vaillans et quelque pou de gens que tu ayes ne t’esbahis/ car victore a bien acoustumé d’estre eue par pou de combatans/ mais que le sage duc les ordonne la ou proffit et raison requiert. Et est assavoir que mesmes en icelluy temps se aidoient en leurs batailles de plusieurs manieres d’engins & cautelles pour rompre les batailles si que dit est parcidevant des beufz atout le feu soubz les queues chassez vers la partie adverse. Et mesmement usoient des adonc des auques semblables engins a ceulx que on appelle ribaudequins. Car tout ainsi et en telle maniere estoient assis sur roes ung homme dedens/ sicomme en ung petit chastel de fer et tiroit de canon ou d’arbalestre & y avoit a chascun costé ung Archier et fers argus/ par devant y avoit comme lances et a force de gens ou de chevaulx les faisoient plusieurs de ung front aller heurter ensemble par grant vigueur aux ennemys.
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant bonnes fortunes sont pour luy de la bataille. xxvii. chapitre.
Aucuns qui ne congnoissent pas bien les tours des armes se cuident moult aider en bataille par enclorre en certain lieu leurs adversaires et ennemys ou par bien les enchaindre tellement que par multitude de gens ne puissent issir/ mais ce fait est moult a doubter/ car aux encloz croist le hardement pource que de tant qu’ilz se tiennent plus pour mors et qu’il leur semble qu’ilz n’ont povoir de issir ne d’eschapper/ de tant plus chier se vendent/ et pource fut loee la sentence de Scipion l’affrican qui dit que on doibt faire voye aux ennemis par ou ilz puissent fuir et mettre embusche par ou ilz doibvent passer/ car quant ilz sont fort oppressez et ilz voient l’issue par laquelle ilz se cuident sauver en fuyant. Adont pevent mieulx estre occis en fuyant que en eulx deffendant Car plusieurs gettent jus leurs armes pour plus legierement fuyr Si sont par les chassans occis comme bestes Et plus sont grant nombre et plus est leur confusion/ Car la ne doibt on regarder nul nombre ou les courages sont ja desconfitz par force de paour/ dont dient les sages d’armes que quant bonne fortune vient a l’une des parties si quelque vainque l’autre en bataille doibt poursuivir ce du tout jusques en fin de sa bonne fortune tant qu’elle dure/ jusques ad ce que tous soient destruis endementiers qu’ilz sont effrayez et non pas sy fort esjoyr ne enorguillir au commencement que on laisse tout pour y cuider recouvrer comme plusieurs qui en ont esté deceuz/ qui oncques puis advenir n’y peurent. Tesmoing par ung nommé hanibal lequel se apres la bataille de canes fust allé tout droit a romme il l’eust prinse de legier sans contredit/ car tant estoient les rommains plains de doulleur et d’effroy pour leur grant perte que a l’eure n’y eussent sceu contredire/ mais luy qui ad ce cuida retourner a son bon plaisir/ entendant tousjours a despouiller de ce ne fist compte A laquelle chose ilz oncques puys pour toute sa puissance tant s’en efforçast luy et tout son ost n’y peut advenir.
Cy devise l’ordre et la maniere que le capitaine doibt tenir quant la fortune de la bataille luy vient contraire. xxviii. chapitre.
Or y a autre point c’est assavoir que ce partie de l’ost vainct et l’autre s’enfuit/ le bout qui demeure bien encores esperoir la victoire Et plusieurs fois est advenu/ que ceulx qu’on tenoit audessoubz ont gaigné la bataille/ si se doibvent iceulx eslever par cry et par sons de trompettes et par ce espouenter les adversaires et conforter les siens comme s’ilz feussent vainqueurs de toutes pars. Et s’il advient que le meschief adviengne en tout ton ost Neantmoins tu doibs querir le remede car fortune a aucunesfois des fuitifz plusieurs recouvrez/ & les sages d’armes dient que en fait de planiere bataille le bon capitaine doibt estre pourveu de rassembler les siens Comme le bon pasteur ses oailles/ posé qu’ilz s’en fuyent/ doibt de tout son povoir estre ententif a sauver les vaincus et les retraire ou aucun destour ou sur montaigne et ele en derriere luy ou en aultre sceure place/ & s’il peult rassembler aucun pou de ses gens vaillans & hardis et les mettre en bon conroy/ encores pourront grever leurs ennemys/ car communement advient que les desroutez ça et la comme ceulx qui chassent follement se les adversaires sont saiges/ sont remis en fuite et ainsy sont occis ceulx qui premierement estoient chasseurs Si ne leur peult advenir plus merveilleuse confusion que quant leur fierté leur change en paour.
Pource quelle que soit l’adventure on doibt radresser par convenables exortations les vaincus et rassembler et garnir son ost de hommes nouveaux lesquelz soient hardis et vaillans & fournis de harnois les peult trover/ et convient adonc pourpenser soubdain aide et la soubdaine adventure c’est assavoir adviser comment l’agait fait Si que les ennemys qui longuement les ont suivis soient rencontrés en quelque lieu de repos ou en plusieurs pars Et ainsy par le bon capitaine soit la paour des fuitifz convertie en hardement de attendre et poursuivir se besoing est. Et pourtant ne se doibt le bon capitaine desesperer quelque fortune qu’il ait contre luy s’il est sage/ Car souvent advient que par bonne escheance et propice fortune ceulx qui cuident tous avoir gaigné s’eslievent en arrogance et par ce moins sagement/ qu’ilz ne cuident s’embatent sur leurs ennemys. Lesquelz bien advisez les recueillent par grant accueillie & les ruent jus/ & pource doibt estre advisé le sage capitaine de ce que dit est que les vaincus estoient a leur retour vaincqueurs et chassoient les autres.
Et que ainsy soit le demonstre le cas des rommains de l’adventure qui leur advint apres la grant desconfiture de canes/ ou eulx tous desesperez de jamais povoir recouvrer nul bon eur ne nulle bonne prosperité voulurent deguerpir leur cité et autre part eslire habitation/ mais de ce les garda ung vaillant prince des leurs qui dist que a eulx se combatroit s’ilz s’en alloient Sil leur donna esperance de meilleur fortune et les remist ensemble/ et de gens concueillie fist chevaliers et a telle puissance que avoir peult/ alla assaillir ung nommé hanibal/ qui ad ce riens ne pensoit et le surprint comme tout despourveu. Si fut adonques a telle heure desconfit que oncques depuis n’eut victoire sur eulx et illec le destruirent les rommains.
Cy recapitule en bref aucunes choses des ordres devant dictes. xxix. chapitre.
Pour replicquer en bref toute la substance que vegece veult dire en son li[vre]. Il se epilogue en la fin ainsy que a manieres de proverbes disant.
Toy qui veux avoir honneur d’armes fay que la maniere de ta jeunesse et ton acoustumance te apprengne a estre maistre es tours de chevalerie en parfait aage/ car trop plus belle chose est que tu puisses dire je sçay que se que tu dis/ ha pour quoy n’ay je aprins.
Tousjours fay a ton povoir chose qui puisse nuyre a ton ennemy et a toy proffiter/ car de ce que tu le delaissez a grever tu te renoie mesmes/ fays que tu congnoisses le chevalier ains que tu le maines en bataille/ et s’il y est d’aventure ne t’y fie/ Car mieulx vault doubter son ennemy en soy tenant sur sa garde que en bataille soy fier en gens que on ne congnoist.