Les cent histoires de troye.

PHILIPPE PIGOUCHET

L’epistre de Othea deesse de prudence envoyee a l’esperit chevalereux Hector de troye/ avec cent hystoires. Nouvellement imprimee a Paris.

Treshaulte fleur par le monde louee.

A tous plaisant/ & de dieu advouee

De lis souef odorant delectable

Puissant valeur hault pris sur tous notable

Louenge a dieu avant oeuvre soit mise

Et puis a vous noble fleur qui transmise

Fustes du ciel pour anoblir le monde

Seigneurie tresdroituriere et monde

D’estoc troyen ancienne noblesse

Pillier de foy que nul erreur ne blesse

Que hault renom nul lieu ne va celant

A vous aussi noble prince excellent

D’orleans duc Loys de grant renom

Filz de charles roy quint d’iceluy nom

Qui fors le roy ne congnoissons greigneur

Mon tresloué et redoubté seigneur

D’humble vouloir moy povre creature

Femme ignorant de petite estature

Fille jadis philozophe et docteur

Qui conseillier et humble serviteur

Vostre pere/ que dieu face sa grace

Et jadis vint de boulongne la grasse

Dont il fut né par le sien mandement

Maistre thomas de pizan/ autrement

De boulongne fut dit et surnommé

Qui solennel clerc estoit renommé

En desirant faire se je sçavoye

Chose plaisant qui vous mist en voye

D’aucun plaisir ce me seroit grant gloire

Pour ce emprins ay d’indigne memoire

Presentement ceste oeuvre a rimoyer

Mon redoubté/ pour le vous envoyer

Le premier jour que l’an se renouvelle

Car moult en est la matiere nouvelle

Combien que soit de rude entendement

Pourpensee/ car je n’ay nul sentement

En sens fondé/ n’en ce cas ne ressemble

Mon bon pere/ fors ainsi comme on emble

Espis de blé en glennant en moissons

Parmy les champs/ et coste les buissons

Ou miettes cheans de haultes tables

Qu’on recueult quant les mets sont notables

Aultre chose n’en ay je recueilli

De son grant sens dont il a assez cueilly

Si ne vueillez mespriser mon ouvrage

Mon redoubté seigneur humain & sage

Pour le despoir de ignorant personne

Car petite clochette grant voix sonne

Qui bien souvent les plussaiges reveille

Et le labeur d’estude leur conseille

Pource prince treslouable & benigne

Moy nommee chrestienne femme indigne

De sens acquis pour si faicte euvre emprendre

A rimoyer et dire me vueil prendre

Une epistre qui a hector de troie

Fut envoiee sicomme l’histore l’ottroie

Se tel ne fut bien peut estre semblable

Ou ens a maint vers bel et notable

Bel a ouyr/ et meilleur a entendre

Doresenavant au commencer vueil tendre.

Or me doint dieu a sa louenge faire

Tous faitz et ditz & chose qui puist plaire

A vous mon redoubté/ pour qui l’emprens

Et humblement supplie se je mesprens

La franchise de vostre grant noblesse

Qu’elle me pardoint se trop grant hardiesse

D’escripre a vous personne si tresdigne

Entreprens moy en sagesse non digne.

Texte.

Cy commence l’epistre que othea la deesse envoya a Hector de troye quant il estoit en l’aage de quinze ans.

Othea deesse de prudence

Qui adresse les bons cueurs en vaillance

A toy hector noble prince puissant

Qui en armes es adez flourissant

Filz de mars le dieu de bataille

Qui les faitz d’armes/ livre & taille

Et de minerve la deesse

Puissant/ qui d’armes est maistresse

Successeurs des nobles troyens

Hoir de troye et des cytoyens

Salutacion devant mise

Avec vraye amour sans faintise.

Et com je soye desirant

Ton grant preu que je voys querant

Et qu’augmentee & preservee

Soit/ et en tout temps observee

Ta vaillance et haulte proesse

Adez en ta prime jeunesse

Par mon epistre amonnester

Te vueil/ et dire & ennorter

Les choses qui sont necessaires

A haulte vaillance et contraires

A l’opposite de prouesse

Affin que ton bon cueur s’adresse

A acquerir par bonne escolle

Le cheval qui par l’air s’en volle

C’est pesagus le renommé

Qui de tous vaillans est aymé

Pour ce que ta condicion

Sçay par droicte inclinacion.

Aux faictz chevalereux abille

Plus que non aultres cinq cens mille

Et comme deesse je sçay

Par science non par essay

Les choses qui sont a avenir

Me doibt il de toy souvenir

Car je sçay qu’a tousjours seras

Le plus preux des preux & auras

Sur tous les aultres renommee

Mais que de toy je soye aymee

Aymee/ et pour quoy ne seroye

Je suy celle qui tous arroye

Ceulx qui m’ayment et tiennent chiere

Je leur lis leçon en chaiere

Qui les fait monter jusque au cieulx

Si te prie que soyes de ceulx

Et que tu me vueilles bien croire

Or met donc bien en ta memoire

Les ditz que je te vueil escripre

Et se tu m’os compter ou dire

Chose qui soit a avenir

Et je te dis que souvenir

T’en doibt com s’ilz fussent passees

Saches qu’ilz sont en mes pensees

En esperit de prophecie

Or enten et ne te soucye

Car riens ne diray qui n’avienne

S’avenu n’est/ or t’en souviengne.

i. Glose.

Othea selon grec peult estre prins pour sagesse de femme. Et comme les anciens non ayans encore lumiere de foy adorassent plusieurs dieux. Soubz laquelle loy soient passees les plus haultes seigneuries qui au monde ayent esté comme le royaulme d’assirie/ de perse/ les gregoys/ les troyens/ Alixandre/ les rommains et maintz aultres. Et mesmement tous les plus grans philozophes. Comme dieu n’eust encore ouverte la porte de sa misericorde. A present nous chrestiens par la grace de dieu enluminez de vraie foy pouons ramener a moralité les opinions des anciens. Et sur ce maintes allegories pevent estre faictes. Et comme iceulx eussent acoustumé de toutes choses adorer/ qui oultre le commun cours des choses eussent prerogatives d’aulcune grace plusieurs dames sages qui furent en leurs temps appellees deesses. Et fut vraye chose selon l’histoire que au temps que troie la grant florissoit en sa haulte renommee une moult sage dame Othea appellee considerant la belle jeunesse de hector de troye qui ja florissoit en vertus qui pouoient estre demonstrance des graces estre en luy au temps advenir/ luy envoya plusieurs dons beaulx & notables. Et mesmement le beau destrier que on appelloit galathee qui n’eut pareil au monde. Et pour ce que toutes graces mondaines que bon chevalier doit avoir furent en hector pouons dire moralement que il les print par le admonestement othea qui cest epistre luy manda. par othea nous prendrons la vertu de prudence et sagesse dont luymesmes fut aorné. Et comme les quatre vertus cardinalles soient necessaires a bonne pollice nous en parlerons ensuivant. Et a cest premier avons donné nom & prins maniere de parler aulcunement poeticque & accordant a la vraie hystoire pour mieulx ensuivir nostre matiere. Et a nostre propos prendrons aulcunes auctoritez des philozophes anciens. Ainsi dirons que par la dicte dame fut baillé ou envoyé ce present au bon hector qui semblablement peult estre a tous aultres desirans bonté & sagesse. Et comme la vertu de prudence soit tres a recommander dist le prince des philozophes Aristote pour ce que sapience est la plus noble de toutes aultres choses doibt elle estre monstree par la meilleur raison et la plus convenable maniere.

Prologue a alegorie.

Pour ramener a allegorie le propos de nostre matiere applicquerons la saincte escripture a noz ditz a l’edification de l’ame estant en cestuy miserable monde.

Comme par la souveraine sapience et haulte puissance de dieu toutes choses soyent crees raisonnablement doibvent toutes tendre a fin de luy. Et pource que nostre esperit de dieu creé a son ymage est des choses crees la plus noble apres les angelz. Convenable chose est & necessaire que il soit adorné de vertus parquoy il puisse estre convoyé a la fin pourquoy il est. Et pour ce que il peult estre empesché par les assaulx & agaz de l’ennemy d’enfer qui est son mortel adversaire & souvent le destourne de venir a sa beatitude. Nous pouons appeller la vie humaine droicte chevalerie comme dit l’escripture en plusieurs pars. Et comme toutes choses terrestres soient faillables devons avoir en continuelle memoire le temps futur qui est sans fin Et pource que ce est la somme & parfaicte chevalerie & toute autre soit de nulle comparaison. Et dont les victorieux sont couronnez en gloire prendrons maniere de parler de l’esperit chevalereux. Et ce soit faict a la louenge de dieu principalement & au proffit de ceulx qui se delicteront a ouyr ce present dictier.

Alegorie.

Comme prudence & sagesse soit mere & conduiseresse de toutes vertus sans laquelle ne pourroient estre bien gouvernees est il necessaire a l’esperit chevalereux que de prudence soit adorné comme dit sainct augustin au livre de la singularité des clercz que en quelque lieu que prudence soit legierement peult on cesser et anientir toutes choses contraires Mais la ou prudence est despitee toutes choses contraires ont seigneurie. Et a ce propos dit Salomon en ses proverbes.

Si intraverit sapientia cor tuum et scientia anime tue placuerit consilium custodiet te et prudentia servabit te. Proverbiorum secundo capitulo.

ii. Texte.

Et a celle fin que tu saches

Qu’il te fault faire/ & que tu faces

A toy les vertus plus propices

Pour mieulx parvenir aux premisses

De vaillance chevalereuse

Et tout soit elle aventureuse

Encor te diray qui me maine

J’ay une mienne seur germaine

Remplie de toute beaulté

Mais sur toute especiaulté

Est doulce/ coye/ & attrempee

Ne jamais d’ire/ n’est frappee

A riens fors mesure ne pense

C’est la deesse d’attrempance

Si ne peulx s’a par elle nom

Avoir de grant grace le nom

Car s’elle n’en faisoit le pois

Tout ne te vauldroit pas sept pois.

Pour ce vueil qu’avec moy t’amye

Celle soit/ ne l’oublies mye

C’est la deesse tres apprise

Qui sage est/ moult l’ayme & prise.

ii. Glose.

Dit othea que attrempance est sa seur/ laquelle il doibt aymer. La vertu d’attrempance vrayement peult estre dicte seur et est semblable a prudence. Car attrempance est demonstrance de prudence/ & de prudence s’ensuyt attrempance. Pour ce dit que il la tienne pour s’amie. ce que semblablement doibvent faire tous bons chevaliers desirans le louyer donné aux bons. Si comme dit le philozophe nommé democritus.

Attrempance amodere les vices/ et parfait les vertus

ii Alegorie

La vertu d’attrempance qui a proprieté de limiter les superfluitez doit avoir le bon esperit. Et dit sainct augustin au livre des meurs de l’eglise que l’office de attrempance est refraindre & appaiser les meurs de concupiscence qui nous sont contraires & qui nous destournent de la loy de dieu. Et aussi despiter delices charnelles & louenge mondaine. A ce propos parle sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.

Obsecro vos tanquam advenas et peregrinos abstinere vos a carnalibus desideriis que militant adversus animam. Prima petri secundo capitulo

iii. Texte

Et avec nous te convient force

Se tu de grand vertu fais force

Vers Hercules te fault virer

Et ses vaillances remirer

En qui il eut trop de bernage

Et pour tant se a ton lignage

Fut contraire/ & eut attaine

N’ayes mye pour tant hayne

A ses vertus nobles & fortes

Qui de prouesse oeuvrent les portes

Mais se tu les veulx ensuyvir

Ja pour ses vaillances suyvir

Ne t’est pour tant necessaire

Aux infernaulx guerre faire

N’au dieu pluto aller contendre

Pour proserpine a avoir tendre

La fille ceres la deesse

Qu’il ravit sur la mer de gresse

Ne il ne t’est mye mestier

Que a cerberus le portier

D’enfer tu coppes les chaines

Ne a ceulx d’enfer prendre ataines

Qui trop sont desloyaux gaignons

Comme il fist pour ses compaignons

Pirotheus & theseus

Qui a pou furent deceups

D’eulx embatre en celle valee

Ou mainte ame est moult adoulee

Assez trouveras guerre en terre

Sans que l’ailles en enfer querre.

Si ne t’est mye necessaire

Pour armes pourchasser & faire

Aller combatre aux fiers serpens ravissans

Aux lyons/ ne aux loups rampans

Je ne sçay se tu l’ymagines

Aussi aux aultres saulvagines

Pour avoir renom de prouesse

Se ce n’estoit en tel destresse

Comme pour le tien corps deffendre

Se telz bestes pour toy offendre

T’assailloient/ lors la deffence

T’est honnorable/ & sans doubtance

Se tu as sur elles victoire

Ce te sera honneur & gloire.

iii Glose.

La vertu de force est a entendre nonmye force corporelle/ mais constance & fermeté que le bon chevalier doit avoir en tous ses faitz deliberez par bon sens/ & force de resister contre les contrarietez qui luy pevent venir. Soit infortune en tribulacions ou fort & puissant courage peult estre vaillable a exaulcement de valeur.

Et pour donner materiel exemple de force allegue hercules/ affin que doublement soit vaillable c’estassavoir en tant que touche ceste vertu. Et mesmement es faitz de chevalerie ou icelluy fut tresexcellent. & pour la haultesse de hector estoit chose convenable luy donner hault exemple. Hercules fut ung chevalier de grece de merveilleuse force & mist a fin maintes chevalereuses prouesses/ grand voiagier fut par le monde. Et pour les grans & merveilleux voyages que il fist es choses de grant force/ les poetes qui parlerent soubz couverture & en maniere de fable disent que il alla en enfer combatre aux princes infernaulx/ & que aux serpens & fieres bestes se combatoit qui est a entendre les fortes emprinses que il faisoit. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doibt mirer c’estassavoir en ses prouesses & vaillances selon sa possibilité. Et ainsi comme la clarté du soleil est proffitable a tous/ peult estre bon exemple. Si comme dit ung philozophe. Le grain de forment quant il chiet en bonne terre il est a tous proffitable. Semblablement peult estre bon exemple a tous ceulx vaillable qui vaillance desirent. Et dit ung sage la vertu de force fait l’homme permanable a vaincre toutes choses

iii Alegorie

Ainsi comme sans force & vigueur le bon chevalier ne pourroit desservir pris d’armes Aussi ne pourroit le bon esperit avoir ne gaigner le louyer & pris deu aux bons victoriens sans icelle. Et dit sainct ambroise au premier livre des offices que la vraye force de courage humain est celle qui n’est jamais brisee en adversité/ & ne se orgueillist point en prosperité/ qui se espreuve a garder & deffendre les aornemens des vertus a soustenir justice/ qui fait continuelle guerre aux vices/ qui n’est jamais recreue en labeurs/ qui est hardie en perilz/ & roide encontre les charnelz desirs & a ce propos parle sainct Jehan l’evangeliste en sa premiere epistre.

Scribo vobis juvenes quoniam fortes estis/ & verbum dei manet in vobis vicistis malignum. prima Johannis. ii. capitulo.

iiii Texte.

Encor se veulz estre des noz

Resembler te convient minos

Tant soit il justicier et maistre

D’enfer et de tout son estre

Car se tu te veulz avancier

Estre te convient justicier

Aultrement de porter heaulme

N’es digne/ ne tenir royaulme

iiii Glose

Dit prudence au bon chevalier que s’il veult estre du renc aux bons la vertu de justice lui convient avoir. C’estassavoir de tenir droituriere justice & dit aristote. Celuy qui est droiturier justicier/ doit premierement soy mesmes justicier car celui qui fauldra a soi mesmes justicier seroit non digne d’aultrui justicier Si est a entendre soy mesmes corriger de ses deffautes si qu’ilz soient du tout amorties. Et puis homme ainsi correct peut bien et doibt estre corrigeur de plusieurs aultres hommes. Et a parler moralement dirons une fable a ce propos selon la couverture des poetes. Minos comme disent les poetes est justicier d’enfer. Et comme prevost ou souverain baillif. Et devant lui sont amenees toutes les ames descendans en icelle valee. Et selon ce que elles ont desservi penance/ et autant de degrez comme il veult qu’elles soient mises en parfont il tourne sa queue entour soy. Et pour ce que enfer est la justice et punicion de dieu droituriere prenons a present maniere de parler a ce propos. Il fut bien verité que ung roy fut en crete appellé minos de merveilleuse fierté & eut en luy grant rigueur de justice. Et pour ce dirent les poetes que apres sa mort fut comme a estre justicier d’enfer. Et dit aristote. Justice est une mesure que dieu a establie sur terre pour limiter les choses.

iiii Allegorie.

Et comme dieu soit chief de justice et de tout ordre. est il necessaire a l’esperit chevalereux pour parvenir a glorieuse victore que il ait celle vertu. & dit saint bernard en ung sermon que justice n’est aultre chose que rendre a chacun ce qui est syen. Rens doncques dit il a troys paires de gens ce qui est leur. A ton souverain/ a ton pareil ou egal/ et a ton subget. A ton souverain tu dois rendre reverence et obeissance reverence de cueur & obeissance de corps A ton pareil tu dois rendre conseil et ayde/ conseil en enseignant son ignorance et ayde en confortant sa non puissance A ton subject tu dois rendre garde & discipline garde en le gardant de mal faire. et discipline en le chastiant se il a mal fait. Et a ce propos parle salomon es proverbes

Excogitat justus de domo impii ut detrahat impios a malo : gaudium est justo facere justiciam. Proverbiorum. xxi. capitulo.

v Texte

Apres te mire en perseus

De qui le hault nom est sceus

Parmy le monde en toutes pars

Pesagus ly chevaulx appars

Chevaucha par l’air en volant

Et andromeda en alant

Delivra il de la velue

Si luy a a force tollue

Comme bon chevalier errans

Si l’a rendue a ses parens

Cestuy fait vueillez retenir

Car bon chevalier doibt tenir

Celle voye/ s’il veult avoir

Honneur/ qui trop mieulx vault qu’avoir.

Si te mires en son escu

Luysant/ qui plusieurs a vaincu

De son fauchon soyes armé

Si seras fort & affermé.

v Glose.

Et pource que c’est chose convenable que au bon chevalier soit deu honneur & reverence en ferons figure selon la maniere des poetes. Perseus fut ung moult vailant chevalier/ & plusieurs royaulmes acquist & de luy fut la grant terre de perse nommee & dirent les poetes que il chevauchoit le cheval qui par l’air vole que ilz nommerent pesagus. Et est a entendre renommee qui par l’air vole & va en tous pays il portoit en sa main ung fauchon ou une faulx qui est dit pour la grant foison de gens qui par luy furent desconfitz en maintes batailles. Il delivra andromeda de la velue. ce fut une pucelle que il delivra de ung monstre de mer qui par la sentence de dieu devorer la devoit/ qui est a entendre que tous chevaliers doivent secourir femmes qui besoing de leur ayde ayront. Si peult estre noté perseus/ & le cheval qui vole bonne renommee que le bon chevalier doibt avoir et acquerir par ses bonnes merites/ & la doibt chevaucher/ c’est que son nom doibt estre porté en toutes terres. Et dit Aristote. Bonne renommee fait l’homme reluisant au monde/ & agreable en la presence des princes.

v Alegorie.

Renommee doibt desirer l’esperit chevalereux entre la noble compaignie des benoictz sainctz de paradis acquise par ses bonnes merites. Le cheval pesagus qui le portera sera son bon ange qui fera bon raport de lui au jour du jugement. Andromeda qui sera delivree/ c’est son ame qu’il delivrera de l’ennemi d’enfer par vaincre peché. Et que on doie oultre ce voler ce est bonne renommee avoir en ce monde affin de dieu non par vaine gloire avoir. Dit saint augustin au livre de correction que deux choses sont necessaires a bien vivre/ c’estassavoir bonne conscience & bonne renommee. Conscience pour soy/ & renommee pour son prochain/ & qui se fie en conscience & despite renommee/ il est cruel. Car c’est signe de noble courage de aymer le bien de renommee. Et a ce propos dit le saige.

Curam habe de bono nomine/ magis enim permanebit tibi quam mille thesauri preciosi. Ecclesiastici. xli. capitulo.

vi Texte.

Avec tes inclinacions

De jovis les condicions

Vueilles avoir/ mieulx en vauldras

Quant tu en droit point les tendras

vi Glose

Comme dit est les païens qui adoroient plusieurs dieux. Les planettes du ciel pour espiciaulz dieux tenoient & des sept planettes nommerent les sept jours de la sepmaine jupiter ou jovis adoroient et tenoient pour leur plus grant dieu. pour ce qu’il est assis en la plushaulte espece des planetes apres saturnus. De jovis est le jour de jeudi nommé et mesmes les arquemistes attribuerent & comparerent les vertus des sept metaulz aux sept planettes Et nommerent les termes de leurs sciences/ par icelles planettes comme on peut veoir en geber et Nicolas & les aultres auctoritez d’icelle science. A jupiter attribuerent le cuivre ou arain. Jupiter ou jovis est planette de doulce condicion amiable & moult joyeuse & est figuree a la complexion sanguine pour ce dit Othea c’estassavoir prudence que le bon chevalier doit avoir les condicions Jupiter & ce mesmes doivent avoir tous nobles poursuivans chevalerie. A ce propos dit pitagoras que ung roy doit gracieusement converser avec ses gens & leur monstrer joyeux visage/ et par ainsi est a entendre de tous vaillans tendans a honneur.

Or ramenons a nostre propos allegorie la proprieté des vii planetes.

vi. Allegorie.

Jovis qui est doulce planette & humainne/ dont le bon chevalier doit avoir les condicions/ nous peult signifier misericorde et compassion que le bon chevalier doibt avoir en soy. car dit saint gregoire en l’epistre a nepotian. Je ne recorde point dit il avoir veu ne ouy que cellui soit mort qui a voulentiers acompli les oeuvres de misericorde/ car misericorde a beaucoup de intercesseurs. Et est impossible que les prieres de plusieurs ne soient exaulcees. Et a ce propos parle nostre seigneur en l’evangile.

Beati misericordes quoniam ipsi misericordiam consequentur.

vii Texte

De venus ne fays ta deesse

Ne te chaille de sa promesse

Le poursuivir en est travailleux

Non honorable et perilleux

vii Glose.

Venus est planette du ciel dont le jour du vendredi est nommé. Et le metal que nous appellons estain ou espeautre est a icelle attribué/ venus donne influence d’amours & de vagueté. & fut une dame ainsi nommee qui fut royne de cypre. Et pour ce que elle exceda toutes en excellant beaulté & joliveté et tresamoureuse fut et non constant en ung amour/ mais abandonnee a plusieurs L’appellerent deesse d’amours. Et pour ce qu’elle donne influence de luxure dit Othea au bon chevalier que il n’en face sa deesse c’est a entendre que en celluy vice ne doit son corps ne son entente abandonner. Et dit hermes/ le vice de luxure estaint toutes vertus.

vii Alegorie.

Venus dont le bon chevalier ne doit faire sa deesse c’est que le bon esperit ne doibt avoir en soy nulle vanité et dit cassiodore sur le psaultier/ vanité fist l’ange devenir dyable. Et au premier homme donna la mort et le vuida de bonneureté qui luy estoit ottroyee Vanité est mere de tous maulz la fontaine de tous vices. Et la veine de iniquité qui l’homme met hors de la grace de dieu & le met en sa hayne. Et a ce propos dit david en son psaultier en parlant a dieu.

Odisti observantes vanitates supervacue psal. xxx.

viii Texte.

Se tu en jugement t’assembles

Saturnus gard que tu ressembles.

Ainçoys qu’ottroyes ta sentence

Gard ne la donnes en doubtance

viii Glose.

De saturnus est le jour du samedi nommé/ et le metal que nous appellons plomb & est de condicion tardive pesant et sage. Et fut ung roy de crete ainsi nommé qui moult fut sage dont les poetes parlent soubz couverture de fable. Et dient que son filz jupiter luy coppa les genitores qui est a entendre que il luy tollit sa puissance que il avoit et le desherita et chassa. Et pour ce il est pesant et sage veult dire Othea que le bon chevalier doibt moult peser la chose ains qu’il donne sa sentence soit en pris d’armes ou en aultres affaires. Et ce mesmes pevent notter tous juges qui ont offices appartenant a jugement. Et a ce propos dit hermes. penses bien a tous tes affaires et par especial au jugement d’autruy.

viii Allegorie

Si comme le bon chevalier doibt estre tardif en jugement c’estassavoir bien peser sentence ains qu’il la donne semblablement doit le bon esperit de ce qu’il lui appartient car a dieu appartient jugement qui scet discerner les causes droiturierement. Et dit Sainct gregoire es moralles/ que quant nostre fragilité ne sçait comprendre les jugemens de dieu nous ne les devons mie discuter en hardies parolles/ mais les devons honnorer en paoureuse silence et quelque merveilleux qu’il nous semblent sy les devons nous reputer justes/ et a ce propos parle david en son psaultier.

Timor domini sanctus permanet in seculum seculi. Judicia domini vera justificata in semetipsa. psalmo. xviii.

ix Texte.

Ta parolle soit clere et voire