LE PACHA TROMPÉ
OU
LES DEUX OURS
NOUVELLE PIÈCE COMIQUE EN UN ACTE
ARRANGÉE PAR
ERNEST DOIN
A L'USAGE DES
COLLÈGES, MAISONS D'ÉDUCATION ET SOCIÉTÉS D'AMATEURS
MONTRÉAL
BEAUCHEMIN & VALOIS, LIBRAIRES-IMPRIMEURS
256 et 258 rue St-Paul.
1878
PERSONNAGES:
SCHAHABAHAM, pacha (caractère crédule).
MARÉCOT, son conseiller, (comique).
VICTOR, jeune français esclave, favori du pacha.
AUGUSTE, ami de Victor.
TRISTAPATTE, oncle de Victor (bonhomie).
LAGINGEOLE, son associé (conducteur d'animaux).
ALI, premier eunuque.
Le grand estafier; troupe d'esclaves; seigneurs.
Le théâtre représente une cour de sérail; une grille au fond; une porte sur le côté; à gauche, une grille où est écrit sur le côté: «petite ménagerie»; un arbre est devant cette grille, arrangé de manière à ce que Tristapatte puisse descendre; à droite sur l'avant-scène, un trône pour le pacha; portes au fond avec perron.
SCÈNE 1ère
(Au lever du rideau Victor et Auguste sont assis et semblent plongés dans la douleur.)
AUGUSTE
Comment! on n'a point de ses nouvelles!
VICTOR
Le dernier bulletin annonçait du mieux, mais le médecin du sérail vient d'arriver et nous somme tous dans une anxiété...
AUGUSTE
Ce n'est pas rassurant.
VICTOR
Savez-vous que cette perte serait affreuse.
AUGUSTE
Oui, pour le pacha qui ne peut se passer de son favori.
VICTOR
Et pour nous surtout, car enfin, cet ours était assez bonne personne; il ne méritait peut-être pas la place importante qu'il occupait; mais on ne peut pas dire qu'il ait abusé de sa faveur, et on ne peut lui reprocher aucune injustice, ni aucun acte arbitraire.
AUGUSTE
C'est bien vrai.
VICTOR
Et puisqu'il faut absolument que le sultan ait un favori, sait-on qui lui succédera?
AUGUSTE
Mais cette perte devrait vous effrayer moins que tout autre; on sait combien vous êtes aimé du pacha; parmi tous les esclaves, vous êtes le seul qui puissiez faire vos volontés; il vous a donné une superbe bibliothèque... enfin, je crois que pour vous, il n'y a rien que puisse vous attrister.
VICTOR
Qu'oses-tu dire?... Ne sais-tu pas combien je vis dans l'inquiétude?... Écoute et comprends bien ma position. Il y a trois ans que mon oncle Tristapatte et son associé Lagingeole avaient décidé de visiter les cours étrangères pour y exhiber leurs nouveautés d'animaux savants; je ne sais par quelle fatalité, mon oncle, qui pourtant est la bonté même, décida que je partirais en avant pour Smyrne. J'étais doué de quelques talents pour la musique et je baragouinais assez bien la langue turque; on me fit donc embarquer à Marseille sur un bâtiment marchant; pendant quelque temps la traversée, paraissait devoir être heureuse, mais environ trois semaines après le départ, une tempête affreuse s'éleva, et les vents étant contraires, nous fûmes jetés sur cette plage où abondent des corsaires, et je fus recueilli par des musulmans:... je ne sais ce que devint le capitaine ainsi que son équipage... Après quelques jours de repos, un homme me conduisit au sérail et me présenta au seigneur Marécot, premier ministre du pacha. Il parut touché de mon malheur; ma jeunesse, ma figure parurent faire une certaine impression sur ce brave homme; il me fit endosser des vêtements turcs, me présenta au pacha comme son neveu, lui raconta à ce sujet une fable; le pacha m'accueillit bien, me fit pour ainsi dire son favori et voilà pourquoi aujourd'hui, on m'appelle l'esclave bien-aimé du pacha. Mais je te le demande, Auguste, si tout se découvrait... tu connais le pacha, il n'y aurait pas de grâce à espérer et ton ami Victor ainsi que le brave Marécot serait mis à mort sans aucune forme de procès... Maintenant, Auguste, crois-tu que je n'aie pas lieu d'être triste?
AUGUSTE
Je connaissait un peu de votre histoire par une conversation que vous eûtes un jour dans le jardin du palais avec le seigneur Marécot. Mais, encore une fois, le pacha vous aime beaucoup, vous le charmez par votre talent pour la musique, vous êtes admis dans l'intérieur du palais, ce qui n'est guère permis à aucun esclave; moi-même, français comme vous, je jouis d'une certaine liberté, grâce à vous; vous fûtes aussi touché de mon malheur que je vous racontai... Mon père, ma mère, massacrés par les pirates, et moi, vendu comme esclave, assujetti aux ouvrages les plus durs!... Encore une fois, Victor, c'est à vous que je dois d'être délivré de mes maux; le pacha m'a mis près de vous pour vous servir et vous avez bien voulu que je sois votre ami.
VICTOR
(Lui prenant la main.) Non pas un ami, Auguste, mais un frère!... Que le Ciel écoute ma prière et tout me dit qu'un jour nous serons libres et que nous reverrons la France!
AUGUSTE (regardant au fond).
Ah! mon Dieu! que nous veut le seigneur Marécot, d'où lui vient cet air consterné?
SCÈNE 2me
LES MÊMES.
MARÉCOT (arrivant tout effrayé).
Mes amis!... C'en est fait!...
VICTOR
Comment!... Il n'est plus?
MARÉCOT
Vous l'avez dit: l'ours a vécu... il n'a pas même voulu attendre la visite des médecins.
VICTOR
On a beau dire... cet ours-là n'était pas sans intelligence.
MARÉCOT (d'un air détaché).
Oui, c'est un grande perte pour la ménagerie, car, à la cour on peut s'en passer.
VICTOR (surpris).
Comment, seigneur Marécot, vous qui l'aimiez tant?
MARÉCOT
Je l'aimais... je l'aimais... je l'aimais comme tout le monde, quand le pacha était là; je ne l'aurais pas dit de son vivant!... Mais c'était bien le plus vilain animal!... Et d'un caprice... des caprices... beaucoup de caprices... Moi qui étais attaché à sa personne, j'ai été à même de l'apprécier... Et Dieu merci, j'en dirais long, si ce n'était le respect qu'on doit aux gens qui ne sont plus en place.
COUPLET
AIR: Prenons d'abord l'air bien méchant.
Il joignait l'air d'un intrigant
A l'astuce d'un diplomate,
Et quoiqu'il fit le chien couchant,
Donnait souvent des coups de patte;
Taciturne, il grognait toujours,
Et dans sa fierté monotone,
Sous prétexte qu'il était ours,
Monsieur ne parlait à personne.
VICTOR
Ce qui n'empêche pas que voilà tout le palais en deuil.
MARÉCOT
Le moyen de faire autrement. Pour peu que le seigneur Schahabaham se désole, il faudra bien faire comme lui, et ce n'est pas gai; mais dans notre état... le maître avant tout.
COUPLET
AIR: A mes dépens est-ce que vous voulez rire?
Dès qu'il va mal, ma santé se dérange,/p>
Dès qu'il est gai, moi je ris aux éclats;/p>
S'il n'a pas faim, je ne bois ni ne mange,/p>
S'il a sommeil je ronfle avec fracas (bis)./p>
Mais l'ours est mort, jugez donc quelle scène/p>
Dans ce palais nous allons essuyer;/p>
Je sens déjà mes yeux se mouiller,/p>
Car vous savez que dans toutes ses peines/p>
C'est toujours moi que pleure le premier,/p>
Car vous savez que dans toutes ses peines,/p>
C'est toujours moi que pleure le premier./p>
Le plus terrible, c'est que le seigneur Schahabaham ignore la mort de son favori et je me confie, mes amis, à votre discrétion.
VICTOR
Il faudra pourtant bien la lui annoncer.
MARÉCOT
Oui, mais s'il est une fois de mauvaise humeur, c'est fait de nous tous; le danger commun doit nous réunir.
VICTOR
Comment le distraite et l'empêcher d'y penser?
SCÈNE 3me
LES MÊMES, ALI.
ALI
Seigneur Marécot, deux marchands européens viennent de se présenter à la porte du palais; ils prétendent que vous leur avez accordé audience pour ce matin.
MARÉCOT
Eh! justement, ils ne pouvaient arriver plus à propos; ce sont des commerçants ambulants, qui vendent, brocantent et achètent des rareté et des curiosités. J'ai à leur vendre une fourrure superbe. (A Ali.) Fais entrer ces négociants estimables et prie-les d'attendre. (Ali sort.)
SCÈNE 4me
LES MÊMES (hors Ali).
MARÉCOT. (Chant.)
Oui, mes amis, cherchons bien,
Nous trouverons le moyen
Qui plaira,
Conviendra
A notre excellent pacha.
Il s'agit de le duper,
il s'agit de le tromper;
Ainsi donc, entre nous
Je pense compter sur vous.
(Aux deux esclaves.)
Je vous le révèle,
Pas d'parole indiscrète,
Taisons-nous aujourd'hui
Sur la mort du favori.
Si sa déconv'nue
Des grands était sue,
Que de gens qui déjà
D'mand'raient sa place au pacha!
CHORUS.
Oui, mes amis, cherchons bien, etc., etc.
(Sortie par le fond après le chant.)
SCÈNE 5me
LAGINGEOLE, TRISTAPATTE. (Ils sortent par la gauche, porte opposée à la ménagerie. Tristapatte triste.)
LAGINGEOLE
Eh, bien, entre donc, Tristapatte, il n'y a rien à craindre, nous sommes près de l'appartement des favoris du pacha et de la ménagerie; as-tu peur?
TRISTAPATTE
Non, mais je ne peux pas entrer dans un endroit où il y a des esclaves, sans penser que peut-être mon pauvre Victor... je l'aimais tant...
LAGINGEOLE
Il est vrais que nous l'aimions bien, ce cher enfant, il était si beau, si doux, et surtout instruit... ah!...
TRISTAPATTE
Aussi c'est ta faute.
LAGINGEOLE
Comment, ma faute?
TRISTAPATTE
Sans doute, tu me faisais un tas d'histoires pour le faire partir; si je ne t'avais pas écouté, il ne serait pas parti en avant... et quand j'ai lu sur le papier que le bâtiment où était Victor avait fait naufrage sur les côtes d'Afrique... que peut-être des corsaires... ah! maudits corsaires!... Enfin sans toi nous serions encore ensemble.
LAGINGEOLE
C'est vrai, mais aussi; que diable, pourquoi te lamenter ainsi depuis trois années, moi je te dis que nous reverrons Victor, qu'il est peut-être plus heureux que nous... Du reste, cette affaire-là me fait autant de peine qu'à toi.
TRISTAPATTE
Oh non!
LAGINGEOLE
Oh si!
TRISTAPATTE
Je sans bien comment j'aimais mon neveu.
LAGINGEOLE
Je te dis que je l'aimais aussi... mais tiens ne songeons maintenant qu'à notre fortune.
TRISTAPATTE
Oui, elle est en bon train, notre fortune.
CHANT
D'un coup d'commerce tu me tentes
Tous deux nous entreprenons
D'réunir des bêtes savantes,
Et nous nous associons
De peur de la concurrence
Nous abandonnons Paris,
Et pour doubler not' finance,
Nous am'nons dans ce pays
L'ours savant et plein d'adresse,
Le chat savant qui miaule en ut;
Bref, des savants de toute espèce,
C'était pis qu'un institut
Mais des gens de c't'importance
Mangeaient tous soir et matin:
Ne pouvant viv' de science,
En route ils sont morts de faim.
Lors avec eux j'm'en accuse
J'ai calmé mon appétit
Et j'ai la science infuse
Sans en avoir plus d'esprit.
Pour dernier coup... à notre âne
Nous v'nons de fermer les yeux,
Et de toute la caravane
Il ne reste que nous deux.
LAGINGEOLE
Et ne nous reste-t-il pas nos talents, notre industrie? Avec de l'esprit, et j'en ai... de l'effronterie, et tu en as, on se tire de tout.
TRISTAPATTE
V'là que je suis un effronté maintenant.
LAGINGEOLE
Enfin, n'est-ce pas toujours toi qui te mets en avant?
TRISTAPATTE
C'est-à-dire que tu me mets toujours en avant, et je commence à en avoir assez. S'il y a quelque danger à courir, quelques coups de bâton à recevoir, c'est toujours pour moi, voilà mes profits; nous devrions au moins partager.
LAGINGEOLE
Tout peut se réparer. Si nous pouvions faire ici quelque bonne opération de commerce.
TRISTAPATTE
Mais je te répète que nous n'avons plus rien.
LAGINGEOLE
Justement, c'est comme ça qu'on commence. Si nous avions seulement avec nous cette petite baleine qu'on a pêchée dernièrement dans le journal de Paris, sur les côtes de Holstein... c'était là un joli cadeau à faire au pacha de ce lieu, si nous l'avions!
TRISTAPATTE
Oui, mais ne l'ayant pas...
LAGINGEOLE
Comment dis-tu?...
TRISTAPATTE
Je dis: ne l'ayant pas...
LAGINGEOLE
Si tu vas parler comme ça devant le pacha, on aura une belle opinion de nous. Mais, silence! on vient. Dis toujours comme moi, et tenons-nous prêts à profiter des bonnes occasions.
SCÈNE 6me
LES MÊMES, (Marécot).
MARÉCOT (à part, sans les voir).
Je fait tout ce que j'ai pu pour assoupir la fatale nouvelle, et grâce au prophète, le pacha ne se doute encore de rien. Je l'ai laissé occupé à regarder des petits poissons rouges que se remuent dans un bocal, et en voilà pour une bonne heure. (Apercevant les deux marchands.) Ah! ce sont ces marchands européens?
TRISTAPATTE (à part, à Lagingeole).
Oui, marchands... sans marchandises.
LAGINGEOLE (à part, à Tristapatte).
Veux-tu te taire! (Haut.) Il est vrai de dire que nous possédons un assortiment complet d'animaux curieux, de bêtes savantes, d'animaux les plus rares.
MARÉCOT
Cela se rencontre à merveille... nous qui voulons donner au pacha une petite fête... un divertissement.
LAGINGEOLE
Une fête!... J'ai ce qu'il vous faut. (Montrant Tristapatte). J'ai l'honneur de vous présenter mon camarade qui danse fort bien sur la corde.
TRISTAPATTE (bas à Lagingeole)
Mais tais-toi donc, tu sais bien que ce n'est pas vrai.
LAGINGEOLE (de même).
Eh! mon ami, avec un balancier, tu t'en tireras tout comme un autre.
MARÉCOT
Ce n'est pas cela que j'entends; je veux dire quelque rareté en fait d'animaux. (Lagingeole frappe sur l'épaule de Tristapatte et a l'air de le présenter à Marécot.) eh bien! c'est bon. Il faut vous dire que le pacha aime beaucoup les bêtes savante, et nous avions ici un ours blanc que faisait ses délices.
TRISTAPATTE (à part).
Un ours! Nous qui en possédions un si beau.
LAGINGEOLE (vivement, après avoir rêvé)
Un ours, dites-vous? J'ai justement ce qu'il vous faut.
TRISTAPATTE (bas à Lagingeole).
Mais tu sais bien qu'il est mort.
MARÉCOT
Comment! Il serait possible? Vous auriez notre pareil?
LAGINGEOLE
Oh! exactement semblable, excepté, par exemple, qu'il est noir, mais en fait de talents, la couleur n'y fait rien, et je vous livre celui-là comme le premier ours du monde. Il a fait l'admiration de toutes les cours et ménageries de l'Europe. En ce moment il arrive directement de Paris, où il avait été appelé par souscription. Cet ours dans le séjour qu'il a fait à Paris, a pris les belle manières et les gentillesse des citoyens de cette grande ville. Il boit, il mange, pense et raisonne comme vous et moi pourrions le faire.
MARÉCOT
C'est admirable.
LAGINGEOLE
Il joue, il danse comme une personne naturelle. Je n'ai pas encore lui apprendre à chanter; ça viendra; mais en revanche, il pince la harpe, de la guitare divinement et il a manqué de figurer dans une représentation à bénéfice pour le doyen... des ours.
MARÉCOT (enthousiasmé).
Ah! mon ami, mon cher ami, nous sommes sauvés: je prédis à vous et à votre ours le sort le plus brillant! Par exemple, si celui-là ne devient pas le favori du pacha!... Mais ce n'est pas tout: le pacha aime aussi les poissons; il nous faudrait donc un poisson extraordinaire.
TRISTAPATTE
Je vous comprends bien; vous ne voudriez pas un roquet de poisson, un goujon, par exemple.
LAGINGEOLE
J'y suis, monsieur voudrait un beau poisson, un poisson comme on n'en voit pas beaucoup.
MARÉCOT
Je pourrai fort bien m'arranger de votre ours, mais...
TRISTAPATTE (à Lagingeole).
Tu n'entends donc pas ce que dit monsieur?
LAGINGEOLE
Comment?
TRISTAPATTE
Tu dis à monsieur: Prenez mon ours.
LAGINGEOLE
Eh bien?
MARÉCOT
Eh bien?
TRISTAPATTE
Eh bien? Qu'est que monsieur t'a demandé?
MARÉCOT
Qu'est-ce que j'ai dit à monsieur?
LAGINGEOLE
Qu'est-ce que j'ai répondu? Prenez mon ours.
TRISTAPATTE (à part).
Prenez mon ours... il ne sortira pas de là.
MARÉCOT
Votre ours fera donc le poisson?
LAGINGEOLE
C'est son état; c'est un ours marin.
MARÉCOT (stupéfait).
Un ours marin! ah! le pacha en perdra la tête. Mon ami, notre fortune est faite, la vôtre et la mienne.
LAGINGEOLE (bas à Tristapatte).
Entends-tu? notre fortune (haut) et dites-moi, seigneur Marécot est-il bon homme.
MARÉCOT
Il est d'une douceur et d'un laisser-aller qui vous étonneront.
COUPLET
AIR:--Chez les belles à mon début.
Il a bon ton, il a bon air;
Pourtant, malgré sa bonhomie,
De son cousin le dey d'Alger
Il a quelquefois la manie:
Tout à coup lui prend un accès,
Pour un rien, il s'emporte, il gronde.
Il vous tue... et l'instant d'après
C'est le meilleur homme du monde.
LAGINGEOLE
Je connais ça. C'est la maladie du pays.
MARÉCOT
Mais surtout, il n'aime pas à attendre... ainsi hâtez-vous d'amener votre ours. Schahabaham donne aujourd'hui même une fête à toute sa cour et je dois vous dire que parmi tous les invités, il y a un jeune esclave français que le pacha aime beaucoup; cet esclave n'en est pas un pour lui, puisqu'il veut qu'il porte le costume turc dans toute sa richesse; il ne le sait pas français; c'est tout une histoire que je vous conterai plus tard. J'ai encore un autre marché à vous proposer, mais nous en parlerons dans un autre moment. Le pacha ne peut tarder à paraître, hâtez-vous donc de quitter ces lieux. (Il sort.)
SCÈNE 7me
TRISTAPATTE
Ah ça! mon ami Lagingeole, dis-moi, si par hasard tu n'as pas perdu la tête, d'aller promettre au pacha un ours qui joue et qui danse; où veux-tu que nous trouvions une bête comme celle-là?
LAGINGEOLE
Comment? tu ne devines pas qui est-ce qui est la bête?
TRISTAPATTE
Ma foi, non.
LAGINGEOLE
Eh bien! mon ami, c'est toi.
TRISTAPATTE
Comment? Je suis la bête?
LAGINGEOLE
Eh! oui, c'est toi qui es la bête; car tu ne comprends rien. Ne te rappelles-tu pas que nous avions un ours?
TRISTAPATTE
Oui, mais il est mort, il ne nous en reste plus que la peau.
LAGINGEOLE
Eh bien! je te mets dedans.
TRISTAPATTE
Tu me mets dedans, je comprends bien ça; voilà positivement ce que je ne veux pas. Tu n'en fais jamais d'autre.