ANAGRAMMÉANA.
FRONTISPICE
A FAIRE.
Dans un intérieur assez délabré un homme assis, pensif, appuyé sur une mauvaise table garnie d'un encrier ; sur les murs sont collés en guise d'estampes, des écritaux sur lesquels on lit : anagrammes, charades, rebus, logogriphes ; sur le pavé un bac au mortier avec une truelle dedans ; à côté un marteau de maçon, et autres attributs de ce métier jettés pêle-mêle.
ANAGRAMMÉANA,
POËME
EN HUIT CHANTS.
Quis ridere cupit?
PAR L'ANAGRAMME
D'ARCHET,
OUVRIER MAÇON, L'UN DES TRENTE ASSOCIÉS A L'ABONNEMENT D'UN JOURNAL LITTÉRAIRE.
95me ÉDITION
REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE.
A ANAGRAMMATOPOLIS,
L'AN XIV DE L'ÈRE ANAGRAMMATIQUE.
Réimpression tirée à 200 exemplaires.
LILLE, 1867.
RACHET
A SON AMI
OLERY
SALUT
HONNEUR, JOIE
ET
SANTÉ.
AVERTISSEMENT
DE L'IMPRIMEUR
sur cette 95me édition.
Le débit de cet opuscule fut tel, que l'on fut obligé de le réimprimer trente-cinq fois la même année, quoique l'on tirât à six mille exemplaires ; on en expédia pour les quatre parties du monde. Il est vrai de dire que l'époque était favorable, c'était celle du bon tems des licences où l'on était obligé d'expédier de la librairie, des soieries et autres objets, pour favoriser la sortie de marchandises plus lucratives. C'est dommage que ce tems ait cessé, et que la guerre menace d'envahir maintenant le territoire français ; si j'avais pu prévoir ce nouvel état de choses, je n'aurais pas entrepris cette nouvelle édition qui pourrait bien rester pour mon compte ; je m'en consolerai en l'offrant à un rabais, qui ne me laissera que 75 pour cent de bénéfice au lieu de 300 pour cent.
PRÉFACE.
Le 18e siècle a vu renaître les Calembourgs, les Charades, les Rebus ; le 19e a produit l'Almanach des gourmands, et autres inventions aussi utiles que précieuses ; moi, j'ai imaginé, puisque les ANA sont à la mode, de faire ANAGRAMMÉANA.
Personne n'a peut-être jamais eu d'idée plus heureuse que celle que ma muse m'a inspirée. Cette nouvelle manière de considérer les Anagrammes est vraiment curieuse, puisqu'elle doit faire les délices non seulement de mes contemporains ; mais celles même de la postérité la plus reculée où mon nom parviendra sans obstacles. Elle est encore plus heureuse cette idée, puisqu'en me couvrant de gloire, elle ne m'attirera l'envie ni la haine de personne ; chacun satisfait du plaisir qu'il goûtera à la lecture de mon poëme, en remerciera l'auteur, fera des vœux pour sa conservation, et pour que les loisirs que lui laisseront ses pénibles travaux, lui permettent continuer une entreprise aussi ingénieuse qui, si elle a ses roses, ne laisse pas que d'avoir ses épines.
En effet, s'il est aisé de faire un ouvrage sans plan, sans intrigue, presque sans épisodes, il est pénible d'assembler toutes ces Anagrammes, de vaincre la difficulté de la rime, et de donner à chaque distique un sens fini dans des vers d'une seule mesure et d'une si petite dimension ; à faire le mélange des rimes sans presque se répéter, et à donner à ces répétions, lorsqu'elles ont lieu, un air tout neuf.
Il est des rimes si rares qu'il a fallu bien des recherches pour les employer ; ç'aurait été le cas de recourir au Dictionnaire de Richelet ; mais où en serait la possibilité? Non seulement il faudrait y chercher la rime ; mais il faudrait encore faire les Anagrammes de tous les mots ; on sent que cela est impraticable.
Ce n'est pas pour faire valoir mon travail que j'en montre ici les difficultés ; ce n'est pas non plus pour me jetter aux pieds de mes lecteurs, on ne doit pas se montrer en suppliant pour donner du plaisir. Je veux seulement démontrer à des gens frivoles qui croient que tout est facile, que rien en effet n'est plus aisé que ce genre ; mais qu'il s'agissait de le trouver. On conviendra sans peine que parmi les découvertes dont ce siècle s'honore, celle ci n'est pas la moins utile, puisqu'elle tend à dérider le front de ces gens austères qui semblent avoir fait vœu de ne jamais rire ; et je dis que l'homme qui rit est plus disposé à la bienveillance, que celui qui garde un sérieux glacé.[1]
[1] Ce qu'on croira difficilement c'est qu'un ouvrier, un simple ouvrier soit l'auteur d'une découverte aussi précieuse. Je ne suis pas comme M. Grimod de la Reynière le fils d'un fermier général administrateur des postes, dont les richesses étaient considérables ; je n'ai donc pas pu inventer l'Almanach des gourmands ; les mets que j'offre à mes lecteurs, pour être plus simples n'en sont pas moins savoureux ; tout dépend de l'habitude du palais.
On sera peut-être étonné de l'art employé dans ce poëme : il est tel qu'on peut en commencer la lecture par le dernier chant comme par le premier ; je dis même qu'on peut le prendre au point où l'on veut sans que l'intérêt en souffre ; on peut commencer par le dernier vers et finir par le premier ; on y trouvera le même plaisir, et ce n'est pas une petite chose que de s'amuser et de s'instruire sans fatiguer son esprit.
J'espère que cet ouvrage occupera un rang distingué dans les bibliothèques où il pourra trouver place auprès du Biévriana, des Bigarrures du Sr Des accords, etc., etc. et qu'un jour il sera payé au poids de l'or par les bibliomanes qui le feront magnifiquement relier en maroquin et dorer comme un calice ; je me transporte en idée dans ces tems reculés, et je jouis par anticipation des hommages qui me seront rendus par la postérité.
ANAGRAMMEANA
POËME.
CHANT PREMIER.
Lecteur, il sied que je vous dise
Que le sbire fera la brise,
Que le dupeur est sans pudeur ;
Qu'on peut maculer sans clameur ;
Qu'il est certain que par la crainte
Et de la fiente et de la feinte,
Et par le prisme du mépris,
Le souil ira couvrir Louis.
Mais si le remord veut vous mordre,
A dorer vous aurez de l'ordre ;
Par nérite! on est érinté
Par le béton de la bonté.
Dans Achem on mange la mache,
Ce qui fait qu'à cacher on crache ;
Le dragon mange du gardon
Et sa portion de potiron.
Parce que nous avons la carpe
Faut-il échaper à l'écharpe?
De tabagie à l'abigeat
Il fait un galet d'un légat.
Son agrie en devint plus aigre
Quoiqu'en galère il fut alègre ;
L'homme brusque il faisait busquer
Et puis calquer, même claquer.
S'il conserve une sœur converse
C'est pour porter la serpe en Perse,
Lorsque le trois sera sorti,
Le faible ilot sera loti.
Pour dévier à la dérive,
Il transformat la vie en ive ;
En prenant le brout d'un butor,
D'un roc il se faisait un cor.
Il a choisi le beau de l'aube
Pour faire l'orbe d'une robe ;
Et dans ce siècle ciselé,
Il fera cloué de coulé.
Les récolets font les récoltes,
Comme les volets font les voltes.
Voulez-vous un saint de satin?
Prenez le carmin de Macrin?
La bête asine a la sanie
Comme Almadie a maladie.
J'admis un jour le roi Midas
A manger salep et lépas ;
La surcase de sa cassure
A suer en devint plus sure.
Le chérif tint la terre en friche
Lorsque l'échin lui fit la niche.
Vous amusez-vous d'un hicard?
Prenez-garde qu'il soit chiard.
Sa chiasse est sur la chassie,
Et même celui de Lucie,
Pour chicoter un ricochet
Prenait le châtel d'un châlet.
Sur son échasse elle est chassée,
De sa causée elle est saucée.
Pline remplit tout son pénil
D'un dur lichen dans un chenil ;
Sa césure en fut plus sucrée,
Et son échiffre mieux chiffrée.
Cherchant un ranchier au charnier,
Il chiera tout plein son cahier ;
Pour chier il fait une chrie,
Et lorsqu'il a la ripe il prie.
Citer d'un écrit le récit
Le fit coti dans son coït.
Il mettrait sa proie à la poire
Et momerie en sa mémoire ;
S'il veut établir un blatier,
Qu'il lui donne son tablier.
L'époux est épris d'une prise
Dont la prisée était éprise.
C'est en marchant qu'il est charmant
Et tané comme le néant.
En voulant prendre notre trône,
Il s'en fut pour noper au prône ;
Le lanture est au naturel
Ce que le plane est au napel.
Un jour voulant damer le drame,
Je passai la mare à la rame ;
Là je vis le diacre Dacier
Se faisant cirer pour crier
Par une femme courtelette
Qui mangeait une croutelette ;
Il fut repic, même crépi,
Il a pâti, puis s'est tapi.
Le coude lève à femme douce
Comme la coupe de son pouce.
La bruche va dans le bucher,
Pour charmer elle veut marcher.
Chaque langue aura sa lagune
Pour butiner à la tribune ;
Les poires donneront l'espoir
D'aller voir les rois sur le soir ;
Le calque sera fait de lacque,
Notre barque ira comme un braque.
CHANT DEUXIÈME.
Lorsqu'un Priape de papier
Dérive avant de dévier,
Il fait l'éloge de géole,
Et se voile d'une viole ;
Il veut verser pour se sevrer,
Trouer la roture et l'outrer ;
Il met ses veines dans Venise,
Sa salive dans sa valise,
La plus jeune dans son enjeu,
Et la plus neuve à son neveu :
Aussi sa grive est-elle givre
Dans un cuvier tout plein de cuivre.
Jusqu'en son verre il veut rêver,
Et dans son verger se gréver ;
Il recule en voyant l'ulcère.
Privée et pris par sa vipère,
Il unit les époux la nuit
Et trop mutin il les munit
D'un alfier qui vole et qui flaire
Pour égaler une galère.
C'est un agent comme un géant ;
Il est ganté comme un étang.
Il veut huer avec sa hure,
A puer elle devient pure ;
De tendre elle ferait denter,
Trop brute elle ferait buter.
L'ilote prendra de la toile
Avec une olive de voile,
S'il rencontre un algérien ;
Il le fera galérien.
De l'alezan la voix nazale
Des faciles fera fiscale ;
Il ira chercher l'alevin
Pour lui tenir lieu de levain.
Le gardien prendra la gradine
Pour aller dans l'Inde où l'on dine ;
S'il fait un diné d'un déni
Par le nitre il sera terni.
Dans Ternate il verra Tarente
Et dans tenter il mettra trente,
La tarte le fera tâter
Et tarer le fera rater.
Mettez une clape à sa place
Le ressac donnera la crasse
Par la ponte ayez le peton
Et par le potin le piton,
Il s'est perdu pour une prude
Dont la mine était dure et rude
Prenant le platré d'un prélat,
D'un lacet vous verrez l'éclat ;
A tarder vous aurez la dartre,
Mais pour tramer prenez la martre.
L'hymne vous donnera l'hymen
Pour chanter l'ange dans Agen.
Avec l'armet on suit la trame
Dans la mare on verra la rame ;
Pour noter avec un tenor
Il lui donne la corne encore.
La brue aura l'habit de bure,
La sueur viendra de l'usure ;
Lorsqu'on est sure un peut suer
Et si l'on ruse il faut user.
Lorsque du porche on sera proche
Le cocher buveur ira croche ;
Caduque puise à l'aqueduc
Pour y trouver le cul de Luc ;
S'il en voit la couleur vermeille,
Il crie : ah! c'est une merveille!
Ici le brave doit baver,
Pour veler il faut se lever,
Car de Minerve la vermine
De saine deviendrait asine :
Si dans le Mein tu vois le mien,
Dans ton sein tu verras le sien.
Lorsque dans la Meuse une truite
Se repait avec la turite ;
Le fiacre aura soin du cafier
D'Hipocrate pot à chier.
Si tu mets la tortue en tourte,
Ne fais pas la croute trop courte ;
La souris puera le roussi,
Le crime nous criera merci.
Si l'on voulait ambrer du marbre
D'une barre on ferait un arbre.
Quoique le lac vous fasse un cal,
Soyez malingre en germinal.
La cigale abonde en Galice,
Avec la cive on a le vice :
Mon dessein est de le claquer
Parce qu'il veut toujours calquer.
Lorsque les ânes sont dans l'anse,
Le nacre peut devenir rance ;
L'ingrat mangera le gratin,
La graine fournit le regain.
Le créateur, la créature ;
Et le graveur et la gravure,
Font que les grains sont bien garnis,
Que par le supin je punis.
Certaine drogue est une gourde
Qu'on veut souder lorsqu'elle est sourde.
Nicodème est comédien
Lorsqu'on veut nier on n'a rien.
Si mon ménage est un manége,
Mon génie ira dans la neige.
Si vous voyez pauvre paveur
Garantissez-lui la vapeur.
Avec de l'encre on fait le cerne
Lorsque l'on entre l'on est terne.
Le bétail est bien établi
Lorsque son poil est bien poli.
Je vous accorde une cocarde,
Prenez-donc le grade du garde.
Pour admirer un madrier,
J'admire le jeu du damier.
L'épicerie et l'épicière
Font un recueil de la culière.
Au carmel on verra Marcel,
Prendre les, pronom, pour du sel.
L'émigré fuit notre régime,
C'est sa manie, elle l'anime.
Un haricot comme un chariot
Porte un trope comme un Perot.
Il est digne d'aller à Gnide,
D'en passer la digue sans guide.
On a beau curer un recru,
Duper la prude, il est perdu.
A ce singe faites-vous signe?
Le linge sera sur la ligne ;
Si le frêne chauffe l'enfer,
Le cancre ira vers le cancer.
CHANT TROISIÈME.
La limace a de la malice,
La Sicile offre la silice ;
Avec l'étron on peut noter,
Avec de l'argent se ganter.
Si Laerte nous rend alerte,
Prête nous donnera la perte.
Avec le nitre il faut tenir,
Par le rubis on doit subir ;
Et si la lèpre est une perle,
Mêler nous offrira le merle.
Avec Minos nous aurons moins,
Les girons donneront des groins,
Délier fera le délire,
Avec ride l'on pourra dire
Que les arts donneront des rats,
Et les granits rendront ingrats.
Les nitrates font des tartines,
Nîmes fera faire des Mines ;
Avec ars nous serons bien ras,
Dans le sac on mettra le cas.
Les gantiers feront des ingrates
Les âtres rôtiront des rates ;
L'iman nous donnera la main,
Le Nil fera croître le lin.
Avec argile on aura glaire,
Architecture, charcutière ;
Si nous voulons nous délasser,
Nous boirons pour nous dessaler,
Avec la blate on tiendra table,
Avec bale nous aurons l'able ;
Le lecteur peut dire ouf! le fou ;
Moi d'une tour je ferai trou.
L'acier donnera la carie,
Nime nous offrira l'amie ;
Les Maures iront s'amuser,
Un sbire les fera biser.
Un cadeau donne de l'audace,
L'acre nous donnera la race ;
Le cadran peut faire un canard ;
Le tracé donnera l'écart ;
Et pour écarter un cratère,
Ecorche une porte cochère ;
Pour prier avant de riper
Parle, alors tu pourras laper.
Le panier porte la rapine,
Le Mein vous donnera la mine ;
On peut plaire sur un palier,
Mais aussi rien peut le nier.
Si vous faites la nique au quine,