JOSEPH DAUTREMER
Consul de France,
Chargé de Cours à l’École des Langues Orientales.

L’EMPIRE JAPONAIS
ET
SA VIE ÉCONOMIQUE

LIBRAIRIE ORIENTALE & AMÉRICAINE
E. GUILMOTO, Éditeur
6, Rue de Mézières, PARIS

Le Parc de Hikone.

L’EMPIRE JAPONAIS ET SA VIE ÉCONOMIQUE

CHAPITRE PREMIER

I. L’Empire du Japon. — II. Sa situation géographique ; développement des côtes, superficie, population. — III. Climat. — IV. Humidité atmosphérique. — V. Système orographique, volcans. — VI. Hydrographie, rivières et lacs.

I. — L’Empire du Japon resta inconnu à l’Europe jusqu’au XIIIe siècle, époque à laquelle Rubruquis et Marco Polo en dévoilèrent l’existence ; mais ce n’est guère qu’après l’arrivée dans les îles japonaises des jésuites portugais, c’est-à-dire au XVIe siècle, que ce pays devint un peu plus familier aux Occidentaux. Je n’ai pas à retracer ici l’histoire du Japon ; qu’il me suffise de dire que depuis 1852, époque à laquelle les États-Unis forcèrent ses portes, jusqu’à nos jours, le Japon a subi de telles transformations, il a su si bien secouer sa vieille civilisation chinoise et adopter le mécanisme européen, qu’il est devenu un facteur militaire et économique, surtout militaire, avec lequel il faut compter et qu’on ne saurait négliger. Le fond du caractère japonais, très guerrier et batailleur, portera encore longtemps ce peuple vers les choses de la guerre ; car, depuis l’antiquité, l’éducation du jeune Japonais de bonne famille était principalement une éducation militaire.

II. — Tout en longueur, le Japon est situé au Nord-Ouest de l’Océan Pacifique ; il se compose de quatre grandes îles : Nihon ou Honshu ; Shikoku ; Kiushu ; Yezo ou Hokkaidô ; et d’une foule de petites îles parmi lesquelles les plus considérables sont : Sado, Oki, Awaji, Tsushima. Le petit archipel des Riukiu compte aussi comme partie intégrante de l’Empire, bien qu’en réalité les habitants ne soient pas des Japonais.

En outre, à la suite de la guerre contre la Chine, le Japon a conquis l’île de Formose et les Pescadores ; et à la suite de sa campagne de Mandchourie contre les Russes, il a réussi à se faire rétrocéder la partie sud de l’île Sakhalin ou Karafuto, qu’il avait cédée à la Russie en 1875.

A l’extrême nord de Yezo, le Japon possède les Kouriles ou Chishima ; et, dans le Pacifique, le groupe des Bonin, en japonais Ogasawara.

Tout l’Empire est compris entre le 156° 32′ et le 119° 20′ de longitude Est ; et le 21° 48′ et le 50° 56′ de latitude Nord (méridien de Greenwich). Il est séparé de la Corée, au Nord-Ouest, par la mer du Japon.

Les îles principales Honshu, Shikoku, Kiushu et Yezo (plus connu au Japon sous le nom de Hokkaido), avec les Kouriles, les îles de Sado, Oki, Awaji, Iki, Tsushima, les Riukiu et les îles Bonin ou Ogasawara ont un développement de côtes de 7.000 lieues ; avec Formose et les Pescadores de 7.423 lieues. On n’a pas encore actuellement des renseignements précis pour la partie japonaise de Sakhalin (Karafuto). Comme superficie, tout ensemble, le territoire japonais a 27.126 lieues carrées. La population, en 1906 (41e année de meiji), était de 47.674.471 habitants, dont 24.047.953 hommes et 23.626.518 femmes. Au 20 décembre 1908 elle était de 49.232.822 habitants dont 24.864.385 hommes et 24.368.437 femmes.

III. — Le Japon est très long et très étroit ; le climat se ressent de cette configuration et, tandis qu’au Nord il fait très froid, l’hiver, au Sud, au contraire, la chaleur est excessive, l’été ; en général, cependant, le climat est tempéré, mais excessivement énervant pour les Européens, surtout pour les femmes. Les suicides et la neurasthénie parmi la population blanche sont relativement fréquents.

On pourrait, au point de vue physique, diviser le Japon en trois zones : zone du Nord : l’île de Yezo et le Nord de Honshu jusqu’à la baie de Sendai ; zone du centre depuis la baie de Sendai jusqu’à Yokohama et la baie de Yedo ; zone du Sud depuis la baie de Yedo jusqu’à la pointe extrême de Kiushu. La zone Nord, comme je viens de l’indiquer, est très froide en hiver ; la neige y tombe en abondance et la glace y est permanente. La zone centrale est plus tempérée, mais les saisons n’y sont cependant pas aussi nettement déterminées qu’en Europe centrale ; et il y existe toujours, même l’hiver, une certaine humidité ; les étés y sont très chauds sauf sur les hauteurs ; ainsi dans la plaine de Tokio, le thermomètre monte jusqu’à +35° et +36°[1].

[1] La pression atmosphérique étant réduite au niveau moyen de la mer et corrigée de la variation de pesanteur.

Quant à la zone méridionale, elle est sensiblement moins froide l’hiver et beaucoup plus chaude l’été ; dans sa partie extrême Sud, c’est-à-dire vers Nagasaki et Kagoshima, les chaleurs d’été sont pénibles. Les trois zones sont soumises au régime pluvieux de la mousson de suroît et les mois de juillet et d’août y sont en général aussi humides que sous les tropiques ; les moissons y sont souvent dévastées par les inondations. Aussi la moyenne de l’humidité atmosphérique est-elle considérable : Kagoshima, 76 pour 100 ; Kochi, 75 pour 100 ; Osaka, 73 pour 100 ; Nagasaki, 75 pour 100 ; Shimonoseki, 77 pour 100 ; Sakai, 80 pour 100 ; Tokio, 73 pour 100 ; Kanazawa, 79 pour 100 ; Akita, 78 pour 100 ; Ishinomaki, 80 pour 100 ; Hakodate, 77 pour 100 ; Nemuro, 81 pour 100.

IV. — D’ailleurs, par les tableaux ci-dessous, il est facile de se rendre compte de l’humidité du pays :

Nombre de jours de pluie. Temps clair.
Kagoshima 178 61
Kochi 146 49
Osaka 145 40
Nagasaki 168 36
Shimonoseki 174 34
Sakai 225 23
Tokio 134 54
Kanazawa 235 23
Nagano 176 30
Akita 224 11
Ishinomaki 174 36
Hakodate 203 29
Nemuro 140 46

Ce relevé est celui de l’année 1906[2].

[2] Il n’est pas parlé des jours de neige, gelée, etc.

Il est clair donc que, pour l’Européen, peu habitué à une terre humide, le climat du Japon n’est pas, malgré tout ce que l’on en dit, le climat par excellence, et il est notamment inférieur à celui de la Chine. Les Européens ayant résidé longtemps au Japon et y étant parvenus à la vieillesse sont bien plus rares qu’en Chine. Cependant au point de vue pittoresque, par la beauté de ses paysages verdoyants et fleuris, le Japon l’emporte de beaucoup sur la Chine.

Voici les maxima et minima de température observés en 1906 :

Maximum. Minimum.
Kagoshima 33° 2 −1°
Kochi 35° −5°
Osaka 35° −3°
Nagasaki 33° −2°
Shimonoseki 34° −6°
Sakai 32° −4°
Tokio 32° −4°
Kanazawa 34° −5°
Nagano 33° −16°
Akita 33° −15°
Ishinomaki 30° −11°
Hakodate 28° −19°
Nemuro 28° −21°

V. — Pays essentiellement montagneux, le Japon est coupé du Nord au Sud par un système de chaînes et de pics, dont quelques-uns assez élevés, se ramifiant dans toutes les directions. La chaîne principale part du Nord du Honshu pour se continuer sur Tokio et de là sur Kioto et Shimonoseki, coupant, pour ainsi dire, en deux, la grande île et divisant son régime des eaux en deux versants bien distincts Ouest-Nord, Est-Sud, dans la direction de l’Ouest à l’Est, de Aomori, à la pointe extrême Nord-Est, jusqu’à Akamagaseki à la pointe Sud-Ouest de la province de Chôshû. De cette chaîne principale se détachent des chaînes secondaires qui se dirigent l’une vers la presqu’île d’Idzu au cap Irozaki ; l’autre vers Wakayama au cap Shiwomizaki (Sud de l’île) ; et une troisième vers la presqu’île de Noto, au cap Rokkozaki (sur la mer du Japon).

Les îles du Sud, Shikoku et Kiushu, sont également partagées dans toute leur longueur en deux versants par une chaîne de montagnes qui court, pour Shikoku, du Nord-Est (Tokushima) au Sud-Ouest (cap Ashizurimisaki) ; et pour Kiushu, du Nord (Kokura) au Sud, où elle se divise en deux branches (Nomamisaki à l’Ouest et cap Satamisaki à l’Est).

La grande île d’Yezo n’échappe pas au système montagneux du reste de l’Empire. Mais les chaînes de montagnes qui la traversent ne la partagent pas en deux versants bien nets ; on pourrait dire qu’elles la coupent en quatre versants, en prenant comme point central le sommet du Tokachidaké (3.500 mètres). En effet, du Tokachidaké part une chaîne qui se dirige vers le Nord au cap Soyamisaki (cette chaîne renferme le mont Ishikariyama, la seconde montagne de l’île, 2.350 mètres). Du même point une autre chaîne court vers le Nord-Est où elle se divise en deux branches pour se terminer aux caps Shiretokozaki et Noshafuzaki ; enfin, toujours du Tokachidaké part une troisième chaîne qui se dirige au Sud pour finir au cap Yerimisaki. Vers l’Ouest, entre le Tokachidaké et la ville de Sapporo, une grande dépression forme la plaine de Sapporo, où s’est répandue jusqu’ici la plus grande partie de l’émigration japonaise.

A l’Ouest de Sapporo, au cap Kamoimisaki, le terrain se relève ; et, de ce cap jusqu’à Hakodate, à la pointe extrême Sud de l’île, une autre chaîne de montagnes coupe cette partie de l’île en deux.

Des pics élevés se dressent sur toute l’étendue de ce système orographique, aussi bien au Nord qu’au Sud, et quelques-uns atteignent des hauteurs de 2.000 à 3.000 mètres.

Dans la province du Mutsu (district de Tsugaru), au Nord, nous citerons l’Iwakiyama (1.594 mètres) dit aussi Tsugaru no fuji ou Fuji de Tsugaru à cause de sa ressemblance comme forme avec le Fuji ; il est, d’ailleurs, célèbre dans toute la région ;

l’Iwateyama, province de Rikuchu ;

l’Osoresan (la montagne qui fait peur), volcan en activité, dans la province de Mutsu, district de Kitagori ;

le Chôkai san (1.960 mètres), dans la province d’Ugo, district d’Akumi ;

le Gessan (1.700 mètres), province d’Uzen, district de Tagawa ;

le Jide san (1.200 mètres), chaîne plutôt que pic, qui s’étend sur les provinces de Iwashiro et d’Echigo ;

le Nikkôzan, les montagnes de Nikkô, d’une hauteur d’environ 2.000 mètres, les plus célèbres montagnes du Japon avec le Fuji et l’Asama. Elles sont les plus hautes montagnes de la province de Shimodzuké, et on les appelle aussi Futaharayama ou Kurokamiyama. Elles sont dominées par leur pic principal, le Nantaisan, situées au Nord-Ouest du district de Kami tsuga gori ; au Nord-Est, le Niôhôzan continue la chaîne et, sur le versant oriental qui est presque à pic, se trouvent les sept cascades (nana taki) qui forment la source de l’Inarigawa. Entre ces deux points se trouvent les deux plateaux de Omanago et Komanago. Au Nord de Omanago se dresse isolé le Tarodake et, à l’Est du Niôhôzan, se prolonge la chaîne de l’Akanagi. En s’éloignant de cette chaîne, on aperçoit sur la rive Nord de l’Inarigawa la colline appelée Toyama ; bien qu’elle ne soit pas très élevée, elle est originale, seule et isolée au milieu du massif. A l’Est de cette dernière se trouve le Ogurayama ; le Konosuyama s’élève au Sud de la rivière Daiyagawa, et à l’Ouest de cette rivière on aperçoit le plateau élevé de Nakimushi. Vers le milieu de la chaîne se développent en ligne droite les plateaux du Tsukimi, Matsu taté, Ni no miya.

Un temple est à mi-côte du Futaharayama, et, à quelque trois lieues du pied de cette montagne, se dresse l’ancien temple de Chusenji. Le lac qui se trouve là, très froid et très profond, se nomme la mer du bonheur (Satsu no umi) ; il est fort célèbre et c’est le plus grand lac des environs de Nikkô ; à l’Est du lac l’eau tombe à pic en formant la cascade de Kegon et le torrent qui en découle est précisément le Dai ya gawa. Au Nord-Ouest du Futahara s’élève le Yugatake au pied duquel se trouvent des sources thermales (yu = eaux chaudes).

Tout ce que je viens d’énumérer forme le massif intérieur du groupe de montagnes de Nikkô. A l’extérieur au Nord s’élève le Kôshinzan ; les deux Shirane (Maye = antérieur ; oku = postérieur) qui forment la frontière du Kodzuke et du Shimodzuke au col du Konsei toge. Au Nord-Est de ce col se trouve le Kinunuma yama avec de nombreux lacs et étangs.

Dans ces montagnes, pleines de sites admirables et de splendeurs naturelles, deux Shôgun[3] ont voulu être enterrés. C’est pourquoi on y rencontre aujourd’hui un nombre incalculable de temples et des monastères.

[3] Shôgun, général en chef, lieutenant du Mikado. C’est lui que les Européens appelaient Tai Kun et avec qui ils signèrent leurs premiers traités.

Le Tsukuba san, peu élevé, mais de forme originale, plonge sur les districts de Tsukuba, Niibari et Makabe dans la province de Hitachi ; le Bandai San (1.900 m.) s’élève au Nord du lac d’Inawashiro ; cette montagne, que l’on croyait depuis longtemps être un volcan éteint, s’est remise soudainement en activité le 14 juillet 1888 et a détruit de nombreux villages dont elle a enseveli les habitants[4].

[4] L’effet de l’éruption s’est fait sentir jusqu’à Tokio, où je me trouvais à ce moment, et la ville a été violemment secouée.

Vue du Fujiyama au col de l’Otomi.

Le Fuji san ou Fujiyama a 3.900 ou 4.000 mètres. Cette montagne peut être nommée la montagne sainte du Japon ; d’une forme admirable et régulière (sauf un petit renflement d’un côté) elle a été de tout temps l’objet du culte et de l’adoration de tous les Japonais. Bien qu’actuellement éteint, le Fujiyama a eu dans les époques antérieures plusieurs éruptions, notamment vers 799 de l’ère chrétienne, puis en 863.

La dernière éruption eut lieu dans le cinquième mois de la période Hoyei (1706). C’est de là que le petit renflement signalé plus haut sur un des flancs de la montagne (au Sud-Est), a reçu le nom de Hoyeizan. Le cratère a pris sa forme actuelle à la même date en vomissant des masses considérables de cendres que le vent porta jusqu’à Yedo.

Le Fuji, tous les étés au mois d’août, est un lieu de pèlerinage très fréquenté ; c’est par milliers qu’hommes et femmes, habillés tout de blanc, un bâton à la main, font l’ascension de la montagne.

Du massif du Fuji partent des ramifications assez élevées : les montagnes de Hakone et la chaîne de l’Amagi.

L’Asamayama (2.500 mètres) est le plus célèbre des volcans en activité. Il ne sort plus de son cratère actuellement que d’épaisses fumées et aussi des cendres ; mais il a eu parfois des éruptions terribles, et l’on peut s’attendre à tout moment au retour de ces phénomènes ; en 1783, notamment, l’éruption détruisit quantité de villages et de vies humaines. Au Sud de l’Asama se trouvent le Tateshi yama (2.300 mètres) et le Yatsugadake (2.700 mètres).

L’Ontake san, qui domine les trois provinces de Shinano, Mino et Hida.

Le Tateyama (2.000 mètres), dans la province d’Echu.

Le Hakusan (3.000 mètres), d’où l’on a une vue très étendue sur les provinces de Kaga, Echizen, Mino et Hida.

Le Sanshôgataké, dans la province de Yamato ; c’est le pic le plus élevé de la chaîne de montagnes de Yoshino. Les ramifications vont rejoindre la chaîne de montagnes de Kumano et de Kôya dans la province de Kii.

L’Unsengatake (1.500 mètres), dans la province de Hizen ; volcan en activité ; non loin de là se trouvent des sources d’eaux thermales très fréquentées.

Le Sakurajimagataké, volcan en activité dans l’île de Sakurajima, province d’Osumi.

Dans les temps de formation géologique, l’action volcanique a dû être extrêmement violente, et d’ailleurs cette action a continué à se manifester dans les temps historiques. Des centaines de montagnes, actuellement au repos, étaient autrefois des brasiers enflammés. Les annales du Japon sont remplies de ces terribles crachements de cendres, de feu, de lave vomis par les montagnes au Nord et au Sud, à l’Est et à l’Ouest ; des milliers de vies humaines furent détruites en un instant, des villages engloutis. A l’époque où nous vivons, les Japonais estiment que leur pays compte encore à peu près vingt volcans en activité et une centaine qui dorment mais qui peuvent se réveiller d’un moment à l’autre avec un épouvantable fracas. En 1874 le volcan de Taromai, dans l’île de Yezo, dont le cratère, refroidi depuis longtemps, semblait inoffensif, fit explosion, envoya au loin la croûte qui le fermait et lança des cendres jusque sur le bord de la mer.

L’Asayama yama, jamais tranquille, mais jetant constamment de la vapeur et de la fumée, craquant et tremblant tour à tour, est la terreur des campagnes environnantes. Le Fuji lui-même, la montagne sainte, posé si majestueusement dans la plaine de Subashiri, n’offre aucune sécurité.

Le volcan de Hakuzan, sur la côte Ouest, qui dresse sa crête au-dessus des nuages, à 3.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et renferme dans son cratère un lac aux eaux de la plus grande pureté, entra, lui aussi, un jour en fureur, lança du feu, de la fumée, des rocs, des cendres et de la lave. Que de fois, par les nuits noires, le pêcheur Japonais un peu éloigné des côtes aperçoit les feux des volcans d’Oshima !

En dehors des champs de scories si nombreux et qui attestent le caractère volcanique du sol japonais, des lits de soufre abondent partout comme preuves du feu souterrain. Satsuma, Riukiu, Yezo sont connus pour la quantité de soufre qu’ils produisent. Des flancs du Hakuzan il sort d’énormes blocs de soufre ; des solfatares existent dans presque toutes les provinces ; enfin, dans les provinces de Shinano et d’Echigo, les paysans s’éclairent et cuisent leur riz avec le gaz inflammable qui sort de terre et qu’ils font servir à leurs usages en le captant dans des tubes.

Par suite de la nature volcanique du pays, les tremblements de terre sont nombreux et causent souvent des malheurs terribles. Des villes et des villages ont été et sont encore constamment détruits, des provinces ravagées. Le dernier grand tremblement de terre qui a eu lieu à Yedo en 1855 a été l’un des plus effrayants que l’on ait vus : la ville a été à peu près entièrement détruite et brûlée ; les maisons japonaises étant de bois, le tremblement de terre occasionne à sa suite un incendie qui achève ce qu’il a commencé.

En 1891, au mois d’octobre, un autre tremblement de terre qui fut une vraie catastrophe, désola le pays entre Nagoya et Kioto ; il y eut environ 30.000 victimes.

VI. — Le Japon est arrosé par un assez grand nombre de cours d’eau ; mais, par suite du peu d’étendue de ses vallées, lesquelles sont forcément très resserrées vu le peu de largeur et l’extrême longueur du pays, les fleuves ont un cours fort modeste et ne sont jamais navigables qu’en partie, vers leur embouchure. J’en citerai quelques-uns néanmoins :

Le Fujikawa est formé de trois rivières qui prennent naissance dans la province de Kai. Il se dirige vers le Sud et traverse la province de Suruga, passe au pied du mont Fuji avant de se jeter dans la mer. Le Fujikawa est à proprement parler un torrent qui, aux grandes pluies d’été, est assez souvent l’ennemi du cultivateur et le destructeur des récoltes.

Le Oigawa prend sa source à la limite des provinces de Shinano et de Kai ; il coule vers le Sud, formant la limite des provinces de Suruga et de Totomi.

Le Tenriugawa, un peu plus important que les précédents (60 ri de longueur)[5], prend sa source au lac Suwa. Ce fleuve a son embouchure dans la province de Shinano ; il traverse la province de Totomi en coulant vers le Sud.

[5] Le ri représente 3 kilom. 927 mètres. (Voir [tableau des mesures de longueur], à la fin du volume.)

Le Shinanogawa prend sa source dans la province du même nom sous le nom de Chikuma gawa, il coule au Nord-Ouest puis au Nord, et traverse la province d’Echigo où il prend le nom de Shinano gawa. Ce fleuve se jette dans la mer à Niigata. La longueur de son cours est d’environ 100 ri ; navigable seulement en partie, il offre des rapides qui rendent son utilisation très peu sûre comme voie de transport.

Le Kisogawa prend naissance dans le district de Chikuma, province de Shinano et coule au Sud-Ouest, puis au Sud. Il entre dans la province de Mino, coule vers l’Ouest et reprend ensuite la direction du Sud ; il se divise alors en plusieurs branches qui vont se jeter dans la mer en traversant les provinces d’Owari et d’Ise.

L’Abukumagawa prend naissance dans le district de Shirakawa, province d’Iwaki et, se dirigeant vers le Nord, entre ensuite dans la province d’Iwashiro où il coule vers l’Est. Changeant de direction, il rentre dans la province d’Iwaki, coule vers le Nord jusqu’à la limite de la province de Rikuzen, puis se dirige vers l’Est pour gagner la mer.

Le Kitakamigawa a sa source dans le district d’Iwate, province de Rikuchu ; il coule vers le Sud, traverse la province de Rikuzen et se jette dans la mer au port de Ishinomaki.

Le Mogamigawa part de la montagne de Dainichi, dans le district de Oitama, province d’Uzen ; il traverse les deux districts de Murayama et de Mogami en coulant vers le Nord, et se dirige ensuite vers l’Ouest à la limite de la Province d’Ugo. Il se jette dans la mer à Sakata.

Le Tonegawa (190 ri), le fleuve le plus considérable du Japon, sort du Nakanodake, passe à Numata, puis contourne à l’Ouest la chaîne de l’Akagi pour arriver à la grande ville de Mayebashi (50.000 habitants) ; en aval de cette dernière ville, le fleuve se dirige directement à l’Est jusqu’à la hauteur de Koga (ville d’environ 10.000 habitants), puis vers le Nord et enfin vers l’Est. Il se jette dans l’Océan Pacifique au Nord du cap Inubomisaki. Quoique passant pour un grand fleuve au Japon, le Tonegawa n’a rien des fleuves du continent européen ; il n’égale même pas la Seine, et si quelques jonques à fond plat et quelques petits vapeurs à faible tirant d’eau peuvent y naviguer jusqu’à Numata, son importance comme voie commerciale n’est pas considérable. En outre, à son embouchure, il n’existe pas de bon port ; en dehors d’une barre toujours renouvelée, les vents battent la plage inhospitalière aux navires. Le Tonegawa bifurque à Sekiyado dans la province de Shimosa, et forme la branche nommée Yedogawa, qui tombe dans la baie de Yedo, non loin de Tokio.

Le Sumidagawa (75 ri), plus connu sous le nom d’Arakawa à sa source dans le massif du Kokushidake et aussi dans tout son cours supérieur, se jette à la mer à Tokio après avoir traversé une grande partie de la ville. Il n’est guère navigable, comme toutes les rivières japonaises, que vers son embouchure.

Le Baniugawa, qui a seulement 18 ri de longueur, est un torrent qui sort, sur les pentes Nord-Est du Fujiyama, du lac de Yamanaka. Comme le Fujikawa, il cause souvent des désastres l’été.

Le Yodogawa prend sa source dans le lac Biwa, province d’Omi ; il se dirige vers le Sud, entre dans la province de Yamashiro, puis reprend son cours vers l’Ouest. Ce fleuve qui, à son origine, porte le nom d’Ujigawa, passe à Yodo, d’où son nom ; il coule alors vers le Sud-Ouest et sépare les deux provinces de Kawachi et de Setsu. Il se jette dans la mer en passant par Osaka : il n’a que 20 ri de longueur.

Le Gôgawa est formé par deux rivières dont la première, nommée Mioshigawa, prend naissance dans la province de Bingo, et la seconde, nommée Yoshidagawa, dans la province d’Aki. Le fleuve, formé par la réunion de ces deux rivières, coule vers le Nord-Ouest et passe dans la province d’Iwami. Il prend le nom de Gôgawa à son entrée dans cette province dont il arrose les deux districts d’Ochi et de Naka, en se détournant un peu de son cours ; puis, il retourne vers le Nord-Ouest pour gagner la mer. La longueur de son cours est de 80 ri.

Le Yoshigawa prend sa source dans le district de Tosa, dans la même province, se dirige d’abord vers l’Est, puis incline vers le Nord ; il traverse la province d’Awa, reçoit la rivière Iyogawa et se jette dans la mer par plusieurs embouchures.

Le Chikugo ou Chitosegawa est formé par la réunion de deux cours d’eau, dont l’un vient de la province de Higo et l’autre de la province de Bungo. Ce fleuve coule d’abord vers le Nord-Ouest jusqu’à la limite des provinces de Chikuzen et Chikugo ; il traverse ensuite cette dernière province qu’il sépare de Hizen.

Pays montagneux et volcanique, le Japon renferme un nombre considérable de lacs, au Nord aussi bien qu’au Sud : je me bornerai à citer ici les trois principaux ; d’abord le lac Biwa, non loin de Kioto, dans la province d’Omi ; il a environ 74 lieues de tour, et doit son nom à sa configuration en forme de guitare japonaise (Biwa) ; des bateaux à vapeur font le service du lac dans tous les sens et offrent le confort désirable pour bien visiter les endroits remarquables.

Le lac de Hakone, fort petit, n’a que 5 lieues de tour ; mais il est très connu et très fréquenté par suite de sa situation dans un des sites les plus agréables du Japon.

Le lac de Chiusendji, dans la province de Shimodzuke, est situé au sommet des montagnes de Nikkô ; il a 8 lieues de circonférence ; c’est sur ses bords que les Européens habitant Tokio et Yokohama vont se réfugier pendant les chaleurs de l’été ; et grâce au chemin de fer qui relie Tokio à Nikkô, Chiusendji est devenu la résidence du corps diplomatique pendant les mois de juillet, août et septembre.

CHAPITRE II

I. Aborigènes et conquérants. — II. Infiltration chinoise ; Mongols et Ainos. — III. Le type japonais actuel. — IV. Avant et après la Révolution de 1868 ; aristocratie et peuple. — V. Constitution japonaise ; le gouvernement. — VI. Justice, tribunaux. — VII. Loi de finances, budget. — VIII. Loi électorale. — IX. L’Empereur et le Patriotisme. — X. La Nation ; sa dissimulation et son sourire. Caractère du Japonais. — XI. Religion et superstition. — XII. Les étrangers au Japon.

I. — Par qui le Japon était-il peuplé au début de l’histoire ? c’est là un problème qui n’a pas encore été résolu, et ne le sera, je crois, jamais. Il est fort probable qu’avant l’arrivée des conquérants, (les Japonais actuels), les îles de l’Extrême-Orient étaient peuplées, au Nord d’Aino, de Goldes et de Giliaks, races sibériennes dont on trouve encore des traces aujourd’hui à Yezo, à Sakhalin et dans la province de l’Amour soumise aux Russes ; le Sud semble avoir été la résidence de tribus canaques et négritos comme il en existe encore aux Philippines, aux Bonin, à Nouméa et à Taïti.

Mais à partir de 660 avant J.-C., date assignée au premier empereur japonais, ces différentes races ont été remplacées par un flot malais. Lorsque le chef de guerriers, connu sous le nom de Iwarehiko, vint avec ses bandes aborder dans l’île de Kiushu, il détruisit ou réduisit en esclavage les indigènes et, poussant toujours sa conquête vers le Nord, il atteignit le Honshu (île de Nippon). Proclamé empereur en 660 sous le nom de Jinmu Tennô, il laissa à ses successeurs, qui s’en acquittèrent fort bien, la tâche de continuer l’occupation du territoire. Le malais est donc incontestablement l’élément conquérant et dominateur au Japon.

II. — Il n’en est pas moins vrai qu’il y a eu une infiltration chinoise, par l’intermédiaire de la Corée. L’écriture, les lettres, les arts et les sciences de la Chine furent apportés au Japon par des indigènes du Céleste Empire, et à différentes reprises, les Empereurs du Japon firent venir dans leur pays des hommes et des femmes pour enseigner l’art de travailler les métaux et de tisser la soie. Il y eut donc un mélange mongol, mais il est hors de doute que ce mélange fut peu considérable, et si l’on retrouve aujourd’hui encore quelques Japonais nettement mongoloïdes, le fond du peuple présente le type malais bien prononcé ; on rencontre aussi, mais plus rarement, le type indigène aino, et il m’est arrivé, mais pas souvent il est vrai, de le retrouver chez certains Japonais ayant une abondante chevelure et une grande barbe noire, qui, vêtus à l’européenne, auraient pu à la rigueur, passer pour des Américains du Sud. Par contre, dans le Sud surtout, on découvre quelquefois le type negritos, cheveux crépus, teint noirâtre et lèvres épaisses.

III. — Groupement d’îles séparées du reste du monde, sans relations extérieures, sauf avec la Chine par l’intermédiaire de la Corée (tardivement d’ailleurs), tous ses ports fermés aux Étrangers vers 1617 à la mort de Iyéyasu : le pays vécut dans un isolement absolu. Ceci facilita un mélange, un amalgame de toutes les races qui s’étaient infiltrées sur le sol du Nippon et aujourd’hui le type japonais est bien un type à part : il est, en général, de petite taille, il a un grand torse sur des jambes courtes, et il est plutôt laid ; quelques types féminins font exception, mais on peut dire que, prises en bloc, les Japonaises sont plutôt jolies par leur toilette que par leur physique.

IV. — Avant la révolution de 1868 qui rétablit sur le trône le descendant de Jinmu Tennô et détruisit le pouvoir du Shôgun ou Lieutenant général, véritable empereur depuis plusieurs siècles, le Japon vivait en état de féodalité, et, sous l’autorité du Shôgun, les Daïmios ou princes feudataires détenaient les provinces ; le Shôgun occupant pour son propre compte Yedo (aujourd’hui Tokio) et les provinces environnantes, dont l’ensemble constituait le Kouan tô.

Aujourd’hui, la féodalité est anéantie et le Mikado règne sur un pays uni et centralisé. Mutsu hito, 121e empereur du Japon, est considéré comme l’héritier direct en ligne continue de Jinmu Tennô ; il va sans dire que ce n’est là qu’une fiction. Les empereurs du Japon n’ont, depuis bien longtemps, selon toute vraisemblance, dans les veines aucune goutte de sang de Jinmu ; car avec les empereurs enfants qui se sont succédé sans interruption sous les Fujiwara, les Taira et les Minamoto[6] (800 à 1200 environ ap. J.-C.), avec le système des adoptions qui a été en vigueur de tout temps dans la famille impériale quand il n’y avait pas d’héritier mâle, il est évident que la ligne directe a été interrompue il y a longtemps. Mais les Japonais en conservent la fiction, et leur patriotisme exalté leur fait toujours considérer que leur race impériale descend de la divine Amaterasu, déesse du soleil (Amaterasu O mi Kami).

[6] Familles de Shôgun ou lieutenants généraux.

Les anciens seigneurs féodaux, connus sous le nom de Daïmios, ont tous fait leur soumission à l’Empereur, et forment aujourd’hui une partie de l’aristocratie japonaise ; je dis une partie, car l’aristocratie actuelle, en dehors des vieilles familles, compte dans ses rangs de simples plébéiens anoblis. La noblesse est une noblesse ouverte, comme en Angleterre, et l’Empereur confère les titres de duc, marquis, comte, vicomte ou baron à celui de ses sujets qu’il estime l’avoir bien servi, quelle que soit l’humilité de son origine.

Au-dessous des nobles viennent les Shizoku, anciens soldats et serviteurs des Daïmios et du Shôgun ; le titre seul les distingue du Heimin ou peuple, qui vient après eux ; car à aucun point de vue il n’y a de différence entre eux aujourd’hui.

Grande noblesse ou Kwazoku, petite noblesse ou Shizoku, peuple ou Heimin, tout le monde est égal devant l’Empereur et devant la loi.

Le Japonais est un peuple essentiellement facile à gouverner ; habitué sous l’ancien régime à une discipline extraordinaire, il a conservé son amour de la hiérarchie, de l’autorité, du respect des supérieurs. Un passant demandant son chemin dans la rue à un agent de police s’approchera de ce dernier avec une timidité respectueuse ; l’agent de police est le représentant de l’autorité !

V. — Habitué à obéir aux ordres de l’Empereur et de ses ministres, le peuple japonais ignorait ce qu’était une constitution ; pour moderniser davantage les rouages du gouvernement, le Mikado, sur le conseil de ses ministres, octroya une constitution à son peuple le 11 février 1889, avec Chambre haute et Chambre basse ; cette constitution est calquée sur la constitution de l’empire allemand, les ministres n’étant responsables que devant l’Empereur, et pouvant, par suite, se passer du Parlement lorsqu’ils le jugent à propos.

Les principaux articles de la constitution japonaise peuvent se résumer ainsi :

1. L’Empereur exerce le pouvoir législatif de concert avec les Chambres ; il sanctionne les lois et ordonne leur promulgation. Il convoque les Chambres, les ferme, les proroge et les dissout.

2. Quand les Chambres ne siègent pas, les ordonnances impériales ont force de loi. Il est bien dit que ces ordonnances doivent être soumises à la prochaine session du Parlement, lequel les révoque s’il ne les trouve pas à son gré ; mais qui oserait se prononcer au Parlement contre une ordonnance impériale ?

3. L’Empereur détermine l’organisation des différentes administrations et fixe les salaires des fonctionnaires civils et des officiers.

4. L’Empereur a le commandement suprême de l’armée et de la marine ; il déclare la guerre, fait la paix et conclut les traités.

5. Il confère les titres de noblesse et les honneurs et décorations ; il a le droit de grâce et d’amnistie.

6. En cas de minorité, il est nommé un régent qui remplit tous les devoirs de l’Empereur au nom de ce dernier.

7. Le Parlement impérial comprend deux Chambres : la Chambre des Pairs et la Chambre des Représentants.

La Chambre des Pairs est constituée par les membres de la famille impériale, la noblesse et les personnes que l’Empereur juge dignes d’y être appelées.

La Chambre des Représentants est formée des membres élus par la nation conformément à la loi électorale.

Les deux Chambres votent les projets de loi qui leur sont soumis par le gouvernement, et elles peuvent prendre l’initiative des lois.

Une proposition de loi rejetée par l’une ou l’autre des deux Chambres ne peut plus être représentée pendant la même session.

8. Le Parlement est convoqué tous les ans, pendant trois mois ; en cas de nécessité, l’Empereur peut prolonger la session. En cas de circonstance urgente, l’Empereur peut convoquer le Parlement. Les deux Chambres siègent en même temps, et si la Chambre basse est dissoute, la Chambre haute est ipso facto prorogée.

9. Quand la dissolution est prononcée, de nouvelles élections ont lieu et la nouvelle Chambre est convoquée dans les cinq mois.

10. Aucune décision ne peut être prise si un tiers au moins des membres n’est présent. Toute décision est adoptée à la majorité absolue, la voix du président étant prépondérante en cas d’égalité des votes.

11. Les délibérations sont publiques, mais le Gouvernement et les Chambres peuvent ordonner le huis clos.

Les Chambres peuvent présenter des pétitions à l’Empereur et en recevoir des habitants de l’Empire.

12. Les membres sont inviolables et ne peuvent être arrêtés sans le consentement des Chambres ; sauf dans les cas de flagrant délit, ou de délit connexe à des troubles intérieurs ou à la guerre étrangère.

Tous les ministres siègent de droit dans les deux Chambres.

Avec les Chambres et au-dessus d’elles se trouvent les ministres d’État et le Conseil privé.

Les ministres d’État sont responsables devant l’Empereur, et doivent contresigner toutes lois, ordonnances ou rescrits impériaux de toutes sortes.

Les conseillers privés délibèrent sur les importantes questions d’État quand l’Empereur les consulte. Leurs délibérations sont toujours tenues secrètes et jamais publiées.

Voici la composition du Gouvernement à partir de la tête c’est-à-dire de l’Empereur :

  • Nai Kaku (Cabinet) ;
  • Ministre de la maison impériale (Ku naishô) ;
  • Ministre de l’Intérieur (Nai mu shô) ;
  • Ministre de la Justice (Shi hô shô) ;
  • Ministre des Finances (O kura shô) ;
  • Ministre de l’Agriculture et du Commerce (Nô shô mu shô) ;
  • Ministre de la Guerre (Riku gun shô) ;
  • Ministre de la Marine (Kai gun shô) ;
  • Ministre des Communications (Tei shin shô) ;
  • Ministre de l’Instruction publique (Mom bu shô) ;
  • Ministre des Affaires étrangères (Gai mu shô) ;
  • Conseil privé (Su mitsu in) ;
  • Chambre des pairs (Ka zoku gi in) ;
  • Chambre des représentants (Koku kai gi in).

Comme en Europe, ces différentes administrations sont divisées en directions, sous-directions, bureaux, etc… dont je crois inutile de donner une énumération ici.

Il existait autrefois un ministère des Travaux publics, Kô bu shô, mais il a été supprimé et les divers services qu’il administrait ont été répartis entre le ministère de l’Agriculture et du Commerce et le ministère des Communications.

VI. — De même que dans tous les pays d’Orient, il n’y avait pas autrefois au Japon de distinction entre le pouvoir administratif et le pouvoir judiciaire ; en se mettant au niveau des pays d’Occident, le Japon a déterminé des règlements pour l’établissement de tribunaux, pour le fonctionnement de la « Justice ».

1. Les jugements sont rendus par des cours de justice établies conformément à la loi.

2. Les juges sont pris parmi les sujets de l’empire qui présentent les qualifications requises par la loi. Aucun juge ne peut être relevé de ses fonctions sinon sous le coup d’une sentence criminelle ou d’une punition disciplinaire.

3. Les débats en cour sont publics ; mais, s’il est jugé que la publicité des débats dans une affaire peut être préjudiciable à la paix, à l’ordre ou à la moralité publique, la cour peut déclarer le huis clos.

Toutes les affaires ne relevant pas des tribunaux ordinaires (telles que les crimes ou délits des militaires et marins) sont jugées par des tribunaux spéciaux. De même toutes plaintes contre des mesures illégales ou des abus de l’autorité sont examinées par une cour spéciale des Litiges administratifs.

VII. — La loi de finances, à son tour, a été remaniée ainsi qu’il suit :

1. L’impôt est fixé par la loi. Les emprunts nationaux et toutes dettes contractées au nom du Trésor public doivent recevoir l’assentiment du Parlement.

2. Les recettes et les dépenses de l’État requièrent l’approbation du Parlement par le moyen d’un budget annuel ; toutes dépenses engagées hors du budget, une fois que ce dernier est fixé, doivent recevoir la sanction du Parlement.

3. Le budget est soumis d’abord à la Chambre des Représentants.

4. Les dépenses de l’Empereur et de la maison impériale sont supportées par le Trésor national, mais non soumises à la délibération de la diète, sauf au cas où une augmentation serait demandée. En général tout ce qui touche aux dépenses de l’empereur ou de la maison impériale ne peut subir aucune réduction de la part du Parlement sans le consentement du Gouvernement.

En cas d’urgence le Gouvernement peut prendre telles mesures financières qu’il jugera convenable au moyen d’ordonnances impériales.

Quand le budget n’est pas voté, le Gouvernement applique le budget de l’exercice précédent.

Tous les comptes financiers de recettes et de dépenses de l’État sont vérifiés par la Cour des comptes.

VIII. — Quant à la loi électorale, voici ses dispositions :

Pour pouvoir être électeur, il faut :

Être Japonais, âgé de 25 ans ;

Résider depuis un an ;

Payer 15 yen[7] au moins d’impôt direct.

[7] Le yen vaut 2 fr. 55.

Les électeurs ne sont pas très nombreux, beaucoup ne sachant pas encore ce que c’est qu’une élection et s’en souciant fort peu, s’abstiennent de voter. Dès la première élection, il y eut des gens très au courant déjà des mœurs électorales qui vendaient leurs voix au plus offrant, cela atteignait jusqu’à 25 yen (63 fr. 75).

IX. — Malgré cette ombre de parlementarisme, il est bien évident que l’état politique du Japon ne ressemble en rien à ce que nous appelons le régime constitutionnel. L’État c’est l’Empereur, et sa personne est sacrée ; ses décisions sont respectées comme si elles venaient effectivement du ciel dont il est le descendant supposé ; Fils du ciel, Ten shi sama, ainsi l’appellent les bons sujets du Nippon. Malgré tout cependant, il est incontestable qu’il se présente déjà quelques fissures dans cette « foi du charbonnier » ; et l’Empereur passant dans les rues de Tokio n’est souvent regardé qu’avec indifférence ; on le respecte, mais ce n’est plus l’adoration du passé ; il m’est même arrivé d’entendre des Japonais, attendant à une revue l’arrivée de l’Empereur, s’impatienter et s’exprimer peu poliment sur le compte de « cet empereur qui pourrait être plus exact ».

Il est cependant une chose qui maintiendra encore longtemps intact l’amour du peuple pour l’Empereur : c’est le patriotisme farouche, sauvage même, dont tout Japonais est animé. L’Empereur est l’identification de la patrie, et la patrie japonaise est une chose sacro-sainte. Dès l’école primaire, on enseigne aux enfants de cinq ans qu’il n’y a pas de plus beau pays que le Japon, que c’est le pays des dieux dont l’Empereur est le fils, et qu’il faut mourir pour le pays et l’Empereur. Inculqués à une race batailleuse, excessivement orgueilleuse et guerrière, ces principes en font une nation éminemment combative et courageuse[8].

[8] Une chanson, que l’on trouve dans les livres primaires de lecture, est bien caractéristique :

« Les sabres de l’armée sont comme le givre ;

« Les balles sont comme la grêle ;

« Dans la lutte sur terre

« Les montagnes sont secouées, les rivières frissonnent ;

« Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux.

« Ne rompez pas les rangs ; franchissez montagnes et rivières ;

« Avancez, fixez vos regards sur l’ennemi.

« L’artillerie résonne dans l’air ;

« La torpille frémit dans la mer.

« Dans le combat naval le vent se lève, la vague est furieuse ;

« Les guerriers du Japon sont obéissants et loyaux ;

« Mettez les navires en ligne ; franchissez les flots blancs ;

« Avancez, fixez vos regards sur les bateaux ennemis. »

Autre échantillon de « Chanson d’enfants faisant leurs adieux à leur père » :

« Pour le départ du père pour la guerre, le frère aîné apporte son casque et le jeune frère ses bottes ; ils sont, les deux frères, plus calmes que d’habitude. Ils disent à leur père : « Allez maintenant et rapportez-nous comme cadeaux à la maison des têtes d’ennemis. » Le père fait un assentiment de la tête. »

X. — Au-dessous de l’Empereur on peut dire qu’il n’y a qu’un peuple ; la distinction en classes est, en effet, plus dans les lois que dans les mœurs ; le souverain à part, le Japonais est plutôt démocratique, comme d’ailleurs le Chinois, et en général l’Oriental ; il n’existe pas d’aristocratie, hautaine comme en Angleterre, ou cassante et dure comme en Allemagne.

Par conséquent, au point de vue social, l’égalité existe plus au Japon que partout ailleurs. Le peuple, du reste, j’entends le paysan, l’ouvrier, est infiniment plus poli et mieux éduqué ici que dans n’importe quel pays d’Europe. On est agréablement surpris, quand on voyage dans la campagne japonaise, de trouver des gens excessivement courtois, très hospitaliers et, en général, d’une grande propreté ; sur ce point la comparaison avec certaines de nos provinces ne tournerait pas toujours à notre avantage. Il ne faudrait pas en conclure d’ailleurs, parce qu’ils sont polis et hospitaliers, qu’ils nous aiment, nous, Européens ; non : ils ne nous aiment pas ; ils nous détesteraient plutôt, mais ils ne le font pas voir. Que pouvons-nous demander de plus ?

Là est l’une des grandes forces du caractère japonais : sa dissimulation. Habitué, dès la plus tendre enfance, à ne rien laisser paraître sur son visage de ses chagrins ou de ses joies, le Japonais se compose une physionomie impénétrable, et il est impossible de deviner sa pensée. Toutes ses idées se cachent derrière un sourire immuable que nous voyons partout et en toute circonstance.

Il est intéressant de reproduire ici, sans appréciation ni commentaire, un passage paru dans une correspondance japonaise de l’Avenir du Tonkin sous la signature de « Sujin » :

« Tout récemment sorti de la féodalité, le Japonais est encore soumis à l’autorité de l’opinion, que nul ne songe à braver. De là cette volonté collective dont la puissance a produit cette chose incroyable : une dissimulation nationale sur un mot d’ordre donné à tout un peuple. L’humanité dont on fit montre envers les prisonniers a été une attitude imposée par l’élite de la nation en vue des observateurs occidentaux. Pareillement, la politesse envers les étrangers recouvre habilement la haine qu’ils inspirent.

« L’âme héroïque du vieux Japon, même sans la complication nouvelle de cette dissimulation, est très difficile à expliquer. Elle dissocie des idées qui nous paraissent inséparables et inversement. Ainsi le mépris de la mort, le sacrifice chevaleresque, le loyalisme sont les vertus caractéristiques du samouraï, et pourtant, l’homme qualifié le plus brave et le plus loyal n’hésitera pas à surprendre traîtreusement et à frapper par derrière l’adversaire désarmé qu’il croit devoir haïr. Un patriote se tue pour signer de sang ses idées, mais il assassinerait aussi un ministre qu’il juge faire de mauvaise politique. Des exemples abondent depuis 1869. »

(Avenir du Tonkin, 9 mai 1909.)

Tout cela s’en ira-t-il avec l’introduction des idées modernes ? L’opinion de M. Kawakami Kiyoshi, l’un des principaux sociologues du Japon actuel, est à ce propos intéressante à connaître : « Les principes moraux, et plus spécialement l’esprit chevaleresque qui avaient fourni à la nation japonaise des règles de conduite pour sa vie quotidienne, ont été détruits par les récentes révolutions : la révolution politique et la révolution industrielle. Envie, inimitié, douleur, rage contenue chez les pauvres ; vanité extravagante, luxure et débauche chez les riches, voilà les symptômes du grand conflit social qui certainement surviendra au Japon dans un avenir très rapproché. »

(Avenir du Tonkin, 9 mai 1909.)

XI. — De religion, le Japonais n’en a pas, ou en a peu ; mais par contre, il est très superstitieux. Autrefois, les lettrés suivaient la doctrine confucéiste et le peuple les préceptes de Bouddha, tout en reconnaissant et suivant en même temps le Shintoïsme ou religion des aïeux, ancêtres du Mikado.

Primitivement, à l’aurore de l’Empire, après l’établissement de la monarchie par Jinmu, le Shintoïsme était seul connu : c’était, et c’est encore aujourd’hui, l’adoration des ancêtres impériaux et notamment de la déesse du soleil Amaterasu o mi Kami.

A la nombreuse armée des dieux ou Kami que je n’ai pas à énumérer ici, les Empereurs ajoutèrent les noms de leurs prédécesseurs qu’ils élevaient au rang de Kami, et c’est ainsi que le Shintoïsme est devenu le culte des ancêtres impériaux.

A côté, se sont peu à peu créées des superstitions populaires : celle du renard à qui on dresse des temples et qu’on apaise par des sacrifices et des prières ; celles des dieux du vent, de la pluie, du tonnerre, etc…

Après le Shintoïsme, vient le Bouddhisme qui a supplanté le premier dans le peuple ; le Shintoïsme est resté la religion de l’Empereur ; le peuple la respecte, va au besoin faire des prières au temple shintoïste, mais il a adopté le Bouddhisme, plus à portée de son intelligence, plus palpable dans ses dogmes et ses cérémonies ; c’est par la Corée que le Bouddhisme a été introduit au Japon sous le règne de Kin Mei tennô, en 563 de J.-C. Il eut, pour s’installer, bien des difficultés, mais la protection impériale aidant, il prit vite racine et le Japon devint très rapidement bouddhiste. C’est, à l’heure qu’il est, la religion la plus répandue.

En fait donc, les Japonais ont deux religions : le culte des Kami, vieille religion nationale, et le culte de Bouddha importé de l’Inde par la Chine et la Corée. Il n’est pas rare de voir un Japonais, un jour de fête religieuse, aller prier aux deux temples, l’un après l’autre.

Le Bouddhisme, au Japon, s’est scindé en plusieurs sectes qui toutes ont leur temple principal à Kiôtô. A l’époque de Ota Nobunaga (1553) Kiôtô était une vraie forteresse de bonzes qui se révoltaient fréquemment contre le pouvoir ; ils furent souvent châtiés et Nobunaga en fit un massacre effroyable.

Aujourd’hui la religion compte pour très peu de chose au Japon et seule la superstition y a toujours de profondes racines. Les classes élevées, imbues plus ou moins d’idées européennes, professent le plus souverain mépris pour tout ce qui est culte et ne conservent que l’habitude des rites shintoïstes aux jours de fête ; par contre il m’a été affirmé de bonne source, et je n’ai pas de peine à y croire, que les grands personnages de l’État consultent les sorts tous les matins !

L’État, en dehors du culte de Shinto, ne se mêle en rien de la religion de ses sujets, et il est bien plus tolérant en cela que beaucoup de pays d’Occident : le catholicisme, le protestantisme, l’orthodoxie grecque peuvent s’y développer en toute sécurité, pourvu qu’ils n’aillent pas contre les lois de l’Empire ; il est vrai que l’Empire n’a édicté aucune loi d’exception contre eux, ce qui leur rend facile la tâche de se soumettre aux lois communes. Les anciennes lois contre les chrétiens ont été abrogées.

Au point de vue politique le clergé n’a donc aucune espèce d’influence au Japon. Prêtres de toutes sortes et moines de toutes catégories vivent en paix, ne tracassant personne et n’étant pas tracassés. Les moines mendiants parcourent même encore la rue le matin, récitant des prières devant les portes et recevant les aumônes des fidèles.

Quelques temples bouddhistes sont des monuments remarquables, bien que construits entièrement en bois ; ainsi le voyageur au Japon ne peut aller à Kiôtô sans visiter : Nishi Hongwan ji et Higashi Hongwan ji ; Kio Midzou dera ; Chi on inn. Les deux premiers se trouvent dans la ville même et n’ont pas le grandiose entourage des deux autres. Élevés sur la colline de Hiyézan, ils ont un cadre de verdure et d’arbres remarquablement beau qui rehausse évidemment leur splendeur aux yeux du visiteur. Au mois de mai Kiôtô et ses temples et ses palais attirent des pèlerins de toutes les parties du Japon.

Comme temple shintoïste il faut voir le temple de Gi on ; mais les temples shintoïstes sont de bois blanc, sans peinture aucune, et n’ont comme ornement que le miroir et le sabre, legs fait au premier empereur par la divine Amaterasu. On n’y trouvera donc aucun art, aucun décor ; seul le toit, d’architecture et de forme chinoises, mais moins massif, plus élégant et élancé, est quelquefois une merveille de construction.

XII. — Au commencement de leurs relations avec le Japon, les étrangers vivaient dans les îles en conservant leur statut national. Ils n’avaient, il est vrai, pas le droit d’habiter en dehors des limites fixées par les traités, dans les ports de Tokio, Yokohama, Osaka, Kobe, Nagasaki, Niigata, Hakodate, mais ils ne relevaient pas des lois japonaises et seuls leurs consuls pouvaient les juger et les condamner ; quand ils voyageaient dans l’intérieur, il leur fallait un passeport délivré par les autorités japonaises sur la demande de leur ministre, et ils ne pouvaient s’écarter de l’itinéraire inscrit sur le passeport sous peine d’être reconduits au port ouvert le plus voisin.

Aujourd’hui, après la révision des traités (signés pour la France en 1896), tous les étrangers résidant au Japon sont soumis aux lois et règlements japonais. Ils peuvent, il est vrai, voyager sans passeport dans tout l’intérieur du pays, mais leurs consuls ne peuvent rien pour eux ; ils sont entièrement soumis à la juridiction japonaise. Aussi, lors de l’application des nouveaux traités, beaucoup de vieux résidents européens ont-ils quitté le Japon. Actuellement (au 31 décembre 1906, dernière statistique), il y a au Japon un total de 19.129 étrangers dont 13.000 Chinois et autres asiatiques. Les étrangers vivent dans les îles du Soleil Levant sur le même pied que les Japonais, mais ils n’ont pas le droit de posséder le sol ; ils n’ont droit qu’à des baux emphytéotiques de 99 ans.

Le traité franco-japonais, signé à Paris le 4 août 1896, et qui est entré en vigueur quatre ans après, c’est-à-dire en 1899, garantit aux Français « constante protection pour leurs personnes et leurs propriétés » ; leur donne la faculté de « voyager, résider, et se livrer à l’exercice de leur profession ; acquérir, posséder, et transmettre par succession des biens, valeurs et effets mobiliers de toute sorte » ; leur garantit libre et facile accès auprès des tribunaux de justice ; leur permet de jouir d’une entière liberté de conscience.

En ce qui concerne l’agriculture et le droit de propriété sur les biens immobiliers, il est entendu que les Français jouiront au Japon des mêmes avantages que les sujets de la nation la plus favorisée. Pour le moment cette clause est lettre morte, aucun Européen ne pouvant posséder la terre dans l’Empire du Mikado. La terre est, en effet, supposée appartenir entièrement à l’Empereur et il ne peut l’aliéner. Il ne peut que la prêter.

CHAPITRE III

I. Provinces et districts. — II. Les trois « Shi ». — III. Les quarante-cinq « Kens ». — IV. Administration méticuleuse. — V. Ports principaux.

I. — Au point de vue politique le Japon, jusqu’à l’ère de Mei ji (1868), époque de la restauration impériale, était divisé en provinces (Kuni) au nombre de 86, disposées en neuf groupes : 1o les provinces impériales (Go kinai), au nombre de 5 ; 2o les huit grandes divisions (dô). Ces dernières divisions étaient :

Hokurokudô, Sanindô et Hokkaidô, au Nord ;

Tôkaidô et Tôsandô, à l’Est ;

Sanyôdô et Nankaidô, au Sud ;

Saikaidô, à l’Ouest.

Les noms des provinces ou Kuni ne sont plus politiquement usités ; mais, comme parfois ils sont encore employés, même officiellement, j’en donnerai ici l’énumération :

Les Gokinai ou Provinces impériales comprenaient cinq Provinces : Yamashiro, Yamato, Kawachi, Idzumi, Setsu ;

Le Tôkaidô (circuit du littoral de l’Est) quinze provinces : Iga, Ise, Shima, Owari, Mikawa, Tôtomi, Suruga, Kai, Idzu, Sagamî, Musashi, Awa, Kadzusa, Shimosa, Hitachi ;

Le Tôsandô (circuit des montagnes de l’Est) treize provinces : Omi, Mino, Hida, Shinano, Kodzuke, Shimodzuke, Iwaki, Iwashiro, Rikuzen, Rikuchu, Mutsu, Uzen, Ugo ;

Le Hokurokudo (circuit du continent du Nord) sept provinces : Wakasa, Echizen, Kaga, Noto, Echiu, Echigo, Sado ;

Le Sanindô (petit circuit des montagnes) huit provinces : Tamba, Tango, Tajima, Inaba, Hôki, Idzumo, Iwami, Oki ;

Le San yô dô (grand circuit des montagnes) huit provinces : Harima, Mimasaka, Bizen, Bichu, Bingo, Aki, Suwo, Nagato ;

Le Nan kai dô (circuit du littoral du Sud) six provinces : Kii, Awaji, Awa, Sanuki, Iyo, Tosa ;

Le Saikaidô (circuit du littoral de l’Ouest) douze provinces : Chikuzen, Chikugo, Buzen, Bungo, Hizen, Higo, Hiuga, Osumi, Satsuma, Iki, Tsushima, plus les îles Riu Kiu ;

Le Hokkaido (circuit du littoral du Nord) onze provinces : Oshima, Shiribeshi, Iburi, Ishikari, Hitaka, Tokachi, Teshiwo, Kushiro, Nemuro, Kitami, Chishima (îles Kouriles).

II. — Aujourd’hui le Japon est divisé en 3 Shi ou villes et 45 Ken ou départements.

Les trois Shi sont : Tôkiô, Kiôtô, Osaka. Tôkiô, capitale de l’Empire depuis la Restauration de 1868, autrefois Yedo, capitale de Shôgun ou Lieutenant général, est le siège du gouvernement et la résidence de l’Empereur ; cette ville est divisée en arrondissements (ku) et renferme deux millions d’habitants. Les arrondissements sont : Kojimachi ; Kanda ; Nihombashi ; Kyosbashi ; Shiba ; Azabu ; Akasaka ; Yotsuya ; Ushigome ; Koishikawa ; Hongo ; Shitaya ; Asakusa ; Honjo ; Fukagawa.

Les districts suburbains sont : Ebara gôri ; Higashi tama gôri ; Minami Toshima gôri ; Kita toshima gôri ; Minami Adachi gôri ; Minami katsushika gôri.

Vers le moyen âge, l’emplacement où s’élève aujourd’hui Yedo, n’était qu’une plage de sable ; au XVe siècle, un guerrier nommé Ota Dôkwan prit possession du village de pêcheurs situé à l’estuaire du Sumida et appelé Ye do (bouche du fleuve) ; il y construisit une forteresse en 1456 ; Hideyoshi (Taikosama) s’empara de cette forteresse et ce fut son successeur Iyeyasu qui, en 1603, en fit sa capitale. Elle devint ainsi capitale des Shôgun, tandis que Kiôtô (miyako) restait la capitale des Empereurs. Le mikado actuel, Mutsu hito, vint s’y installer en 1868 et, au mois de septembre, changea le nom de la ville en celui de Tokiô.

A part les monuments officiels tels que les ministères, les casernes, l’état-major, les différentes écoles, etc., Tokiô est construit en bois. Aussi les incendies y font des ravages effroyables et brûlent souvent une partie de la ville, laquelle se trouve, d’ailleurs, reconstruite au bout de quinze jours. Les rues sont larges, uniformes, et elles ont un aspect triste à cause de la couleur grise du bois vieillissant aux intempéries. L’aspect de la ville n’est pas gai du tout. Des tramways électriques parcourent les principales rues, en même temps que les djinrikisha ou voitures à hommes circulent dans toutes les directions.

Les parties intéressantes de la ville sont : les parcs de Shiba où sont enterrés deux Shôgun ; les temples et les jardins qui précèdent et entourent la tombe sont de toute beauté ; au milieu du parc se trouve le koyokwan ou cercle de l’Érable, sorte de club japonais fort élégant, qui donne une idée très nette de la jolie maison nippone ; les parcs d’Uyeno, autre lieu de repos de Shôgun, à côté du lac de Shinobadzu ; la colline d’Atago yama d’où l’on domine toute la ville ; les fossés et les portes de garde de l’ancien château d’Yedo, aujourd’hui encore existant et entourant le palais impérial ; le grand temple d’Asakusa ; la digue de Mukojima. Les quartiers, qui ne sont pas trop européanisés, sont assez pittoresques et amusants.

Les environs de Tokiô sont très recherchés aux jours fériés et aujourd’hui surtout, avec les facilités accordées par les chemins de fer, la population émigre facilement autour de la ville toutes les fois qu’un saint bouddhiste doit être fêté.

Kiôto, l’ancienne capitale (Miyako) des Mikado, la ville sainte du Japon, est située dans la province de Yamashiro, à environ cent trente-deux lieues de Tokio, dans la direction du Sud-Ouest ; et elle n’est éloignée d’Osaka et de Kobé que de trois heures de chemin de fer. La ville est divisée en deux parties : Kami Kio Ku, ou ville haute, et Shimo Kio Ku ou ville basse.

C’est en 784 que la dynastie impériale fixa définitivement sa capitale à Kioto et ce n’est qu’en 1868, lors de la suppression du Shôgunat, que le trône impérial fut transféré à Tokio. Aujourd’hui la ville de Kioto est déchue et elle n’a plus guère d’animation ; elle est un peu considérée comme la capitale religieuse du Japon et certes le voyageur peut y passer facilement un mois à étudier l’architecture bouddhique sous toutes ses formes. Les principales excursions sont : le palais des empereurs ; Higashi Hongwan ji ; Nishi Hon gwan ji ; Chi on In ; Kiomidzu dera ; San ju san guen dô ; Honkoku ji ; la colline de Hieizan ; le lac Biwa ; les rapides d’Arashiyama ou plutôt du Katsuragawa.

Kioto fabrique les broderies, la porcelaine et le bronze.

Le Shi d’Osaka est actuellement le plus important des trois au point de vue des affaires. La ville est située à environ cent quarante-trois lieues de Tokio et quinze lieues de Kiôto. De nombreux canaux la parcourent en tous sens, de sorte que la navigation, pour le transport par eau, pénètre jusqu’au cœur de la ville, qui a aujourd’hui près d’un million d’habitants. L’industrie du Japon s’est pour ainsi dire concentrée dans cette ville, bien située, près de la mer, au centre du Japon. Osaka est le grand marché commercial de l’Empire, et se trouve aujourd’hui relié, par eau et par voie ferrée, à tous les points du Japon. L’industrie y est également très florissante, et la population y est généralement dans l’aisance.

III. — Les Ken ou Départements ont d’abord été au nombre de trente-cinq :

1o Ken de Kanagawa. Il se compose de trois districts : Tsudzuki, Tachibana et Kuroki, et d’une partie du district de Tama, province de Musashi, plus de la province de Sagami. Le chef-lieu est Yokohama, autrefois le port où résidaient le plus d’étrangers. Les villes principales de ce département sont : Odawara, dans la province de Sagami ; Yokosuka dans la même province, non loin de Yokohama, place de guerre et arsenal pour la marine impériale.

2o Ken de Hiogo. Administre cinq districts de la province de Setsu et deux districts de la province de Tamba, plus les trois provinces de Harima, Awaji, Tajima. Le chef-lieu est Kobe, dans la province de Setsu. Ce port, ouvert au commerce extérieur pendant la première année de Meiji (1868) est contigu, du côté de l’Ouest, à celui de Hiogo. Au Sud-Est de Kobe, se trouve la baie d’Osaka et un peu plus loin le détroit de Tomoshima. La ville de Himeji fait également partie de ce Ken ; elle est située dans la province de Harima, à environ quatorze lieues à l’Ouest de Kobé.

3o Ken de Nagasaki. Administre trois provinces : Hizen, Iki et Tsushima. Le chef-lieu est Nagasaki dans la province de Hizen ; cette ville est à environ trois cent quarante lieues de Tokio. Le port de Nagasaki, ouvert depuis longtemps au commerce chinois et au commerce hollandais, ne le fut pour les autres nations que dans la sixième année d’Ansei (1859). Le port de Nagasaki est fermé de trois côtés par des montagnes ; le quatrième, qui est celui de l’entrée, est protégé par plusieurs îles et îlots. Ce port est un des plus sûrs et des plus profonds du Japon. La ville de Saga, dans la province de Hizen, se trouve à environ vingt-huit lieues au Nord-Est de Nagasaki.

4o Ken de Niigata. Administre les provinces d’Echigo (dont un seul district, celui de Tsugawa, fait partie du Ken de Fukushima), et de Sado. Le chef-lieu est Niigata, province d’Echigo, à environ quatre-vingt-neuf lieues de Tokio. Elle est peuplée d’environ cinquante mille habitants. Le port de Niigata fut ouvert au commerce étranger dans la première année de Meiji (1868) ; situé à l’embouchure du Shinanogawa, il est par suite peu profond et mal commode. La ville de Takata, dans la province d’Echigo, se trouve à trente-trois lieues au Sud-Ouest de Niigata.

5o Ken d’Aïchi ; formé de deux provinces : Owari et Mikawa ; le chef-lieu est Nagoya, dans la province d’Owari ; cette ville est à cent quatre-vingt-quatorze lieues de Tokio ; elle est située au milieu d’une plaine ; ses rues sont larges et animées et c’est un des centres les plus importants du Japon ; il y existe un superbe château-fort (shiro), ancienne résidence du Daïmio. La ville d’Okasaki, dans la province de Mikawa, est située à dix lieues au Sud-Est de Nagoya.

6o Ken d’Ishikawa ; formé de trois provinces : Kaga, Noto, Echiu, plus sept districts de la province d’Echizen. Le chef-lieu est Kanazawa, dans la province de Kaga. Cette ville est à cent vingt-sept lieues de Tokio ; traversée au Nord et au Sud par deux rivières, le Saigawa et l’Asanogawa, Kanazawa se trouve à peu près au centre du Hokurokudô. Le commerce n’y est pas très considérable ; villes principales de ce département : Fukui, dans la province d’Echizen, et Toyama dans la province d’Echiu.

7o Ken de Hiroshima ; formé des deux provinces d’Aki et de Bingo. Le chef-lieu est Hiroshima dans la province d’Aki, situé à deux cent trente lieues de Tokio. Le sol des environs est très fertile et la ville est arrosée par plusieurs cours d’eau. La ville importante de Fukuyama, dans la Province de Bingo, se trouve à vingt-six lieues à l’Est de Hiroshima.

8o Ken de Wakayama formé de la province de Kii (quelques villages de cette province, situés à l’Est de la rivière Kumano, font partie du Ken de Miye). Le chef-lieu est Wakayama, à cent soixante-trois lieues de Tokio. Cette ville, dont le côté Ouest est voisin de la mer et le côté Nord est arrosé par le Kinogawa, se trouve à l’entrée de la baie d’Osaka.

Entourée de collines, Wakayama est fort pittoresque.

9o Ken de Sakai, formé de trois provinces : Idzumi, Yamato et Kawachi. Le chef-lieu est Sakai dans la province d’Idzumi ; cette ville est à cent quarante-huit lieues de Tokio. Sakai est situé sur le même littoral que Osaka, au Nord ; elle est arrosée par le Yamato gawa ; on y prend des quantités de poissons. Sakai était autrefois le point de mouillage des navires étrangers.

10o Ken de Miyagi, formé de treize districts de la province de Rikuzen et de trois de la province d’Iwaki. Sendai, dans la province de Rikuzen, en est le chef-lieu ; elle est traversée au Sud-Ouest par le Hirosegawa et elle est contiguë du côté de l’Est à Shiwogama et Matsushima. Les environs de cette dernière ville forment un des plus beaux paysages du Japon. Les productions principales sont le poisson et le sel. Sendai est à 83 lieues au Nord de Tokio.

11o Ken de Kôchi, formé des deux provinces de Tosa et d’Awa. Le chef-lieu est Kôchi dans la province de Tosa ; Kôchi est à deux cent trente-et-une lieues de Tokio. A l’Est se trouve le port de Urato ; au Nord et au Sud coule le Kamigawa ; les productions principales sont le bois et le poisson.

12o Ken de Kumamoto, formé de la province de Higo, chef-lieu Kumamoto, ancienne place forte importante, à trois cent vingt-six lieues de Tokio ; arrosée au Sud par le Shirakawa, elle est bornée au Nord-Ouest par un groupe de montagnes ; c’est une des grandes villes du Sai kai dô.

13o Ken de Shimane, formé de cinq provinces : Idzumo, Hôki, Inaba, Iwami, Oki. Le chef-lieu est Matsuyé dans la province d’Idzumo, à deux cent vingt et une lieues de Tokio.

14o Ken d’Akita, formé d’une partie des provinces d’Ugo et de Rikuchiu ; chef-lieu Akita, dans la province d’Ugo.

15o Ken de Saitama, formé d’une partie des provinces de Musashi et de Shimosa ; chef-lieu Urawa, province de Musashi.

16o Ken de Chiba, formé de parties des provinces de Shimosa, Awa et Kadzousa ; chef-lieu Chiba, à onze lieues de Tokio, dans le golfe.

17o Ken d’Ibaraki, formé de parties des provinces de Hitachi et de Shimosa ; chef-lieu Mito, province de Hitachi, sur l’Océan, à trente et une lieues de Tokio.

18o Ken de Tochigi, formé de la province de Shimotsuké ; chef-lieu Tochigi ; ville principale Utsunomiya d’où partent la route et le chemin de fer se dirigeant sur Nikkô.

19o Ken de Gumma, formé de la province de Kodzuke ; chef-lieu Mayebashi, à vingt-huit lieues de Tokio ; avec les villes de Takasaki et de Tomioka, Mayebashi constitue le centre le plus important du Japon pour le commerce de la soie.

20o Ken de Miye, formé des provinces de Ise, Iga et Shima et une partie de la province de Kii ; chef-lieu Tsu, à cent treize lieues de Tokio.

21o Ken de Shidzuoka, formé des provinces de Suruga, Totomi et Idzu ; chef-lieu Shidzuoka, province de Suruega.

22o Ken de Yamanashi, formé de la province de Kai, chef-lieu Kôfu, à trente-huit lieues de Tokio.

23o Ken de Shiga, formé des provinces de Omi et de Wakasa et une partie de la province d’Echizen ; chef-lieu Otsu, dans la province d’Omi. Hikone, ville célèbre, à quinze lieues au Nord-Ouest d’Otsu.

24o Ken de Gifu, formé des provinces de Mino et Hida ; chef-lieu Gifu, ville renommée pour la fabrication des lanternes.

25o Ken de Nagano, formé de la province de Shinano ; chef-lieu Nagano ou Zenkôji. Temple célèbre, où l’on vient en pèlerinage de toutes les parties du Japon.

26o Ken de Fukushima, formé de la province d’Iwashiro, et d’une partie des provinces d’Iwaki et d’Echigo ; chef-lieu Fukushima ; ville principale Wakamatsu.

27o Ken d’Iwate, formé de parties des provinces de Rikuchu, Rikuzen et Mutsu ; chef-lieu Morioka, province de Rikuchu, à cent quarante lieues de Tokio.

28o Ken d’Awomori, formé de parties de la province de Mutsu ; point extrême du Honshu, Awomori en est la capitale, à cent quatre-vingt-onze lieues de Tokio.

29o Ken de Yamagata, formé de la province d’Uzen et d’une partie de la province d’Ugo ; chef-lieu Yamagata.

30o Ken d’Okayama, formé des provinces de Bizen, Bichu et Mimasaka ; chef-lieu Okayama, province de Bizen.

31o Ken de Yamaguchi, formé des provinces de Suwo et Nagato ; chef-lieu Yamaguchi, province de Suwo, à deux cent soixante-trois lieues de Tokio.

32o Ken de Ehime, formé des provinces de Iyo et Sanuki ; chef-lieu Matsuyama.

33o Ken de Fukuoka, formé des provinces de Chikuzen et Chikugo et d’une partie de la province de Buzen ; chef-lieu Fukuoka, à trois cent deux lieues de Tokio.

34o Ken d’Oita, formé de la province de Bungo et d’une partie de la province de Buzen ; chef-lieu Oita.

35o Ken de Kagoshima, formé des provinces de Satsuma, Osumi et Hiuga ; chef-lieu Kagoshima, point extrême Sud de Kiushiu, à trois cent soixante-dix-huit lieues de Tokio.

Ces trente-cinq Ken ou départements ont été, ainsi qu’on peut le voir, formés avec les anciennes provinces, comme en France les départements. Depuis 1880, dix autres Ken ont été ajoutés à ces trente-cinq dont on a trouvé quelques-uns trop considérables. C’est ainsi que, dans Kiushiu, on a formé deux nouveaux Ken : Saga, chef-lieu Saga, et Miyazaki, chef-lieu Miyazaki.

Dans la grande île, on a coupé en deux le Ken de Shimane pour créer le Ken de Tottori ; à l’Est d’Osaka on a créé le Ken de Nara ; à l’Est du Ken d’Ishikawa qu’on a coupé, s’est formé le Ken de Toyama ; au Sud celui de Fukui ; dans l’île de Shikoku, on a divisé les deux Ken de Ehime et de Kochi pour y adjoindre ceux de Kagawa, chef-lieu Takamatsu et Tokushima, capitale Tokushima.

Enfin les îles Riukiu ont été incorporées à l’Empire sous le nom de Okinawa Ken.

L’île de Yezo forme un Chô ou gouvernement spécial ; le pays est également divisé en départements ; mais l’administration de ce pays, considéré comme une colonie plutôt que comme partie intégrante de l’Empire, est forcément différente de celle des autres parties du Japon.

IV. — L’administration japonaise est méticuleuse et terrible dans les détails. Sa paperasserie pourrait être, à juste titre, rapprochée de la nôtre. Il faut dire que ce n’est pas chose moderne dans le pays du Soleil Levant ; autrefois, sous la féodalité et le gouvernement shôgunal, les fonctionnaires avaient avec eux des espions, les metsuke, chargés de les surveiller ; il s’ensuit que l’habitude de faire rapport sur rapport et d’accumuler les papiers se prit très vite. La recherche de « la petite bête » existe au Japon dans toutes les administrations ; les minuties, les détails insignifiants exaspèrent ceux qui ont affaire aux bureaux japonais ; il faut tâcher d’en avoir besoin le moins possible.

En voyage, dans l’intérieur, il n’est pas de jour où vous ne soyez surveillé par les autorités qui envoient, matin et soir, la police vous demander ce que vous faites, pourquoi vous êtes venu, si vous n’allez pas bientôt vous en aller. C’est une tracasserie de chaque instant ; le tout, d’ailleurs, accompli avec une politesse exquise de la part de tous les agents de l’autorité, mais ce n’en est pas moins quelquefois fort ennuyeux.

Aussi, à part les globe-trotters, les étrangers qui résident au Japon ne s’absentent-ils guère au-delà des environs des ports de commerce où ils habitent généralement.

V. — Actuellement les ports où le commerce européen peut s’installer sont nombreux, mais les résidents des différentes nationalités se concentrent surtout à Yokohama, Kobé et Nagasaki.

Yokohama est situé dans la baie de Tokio, tout près du bourg japonais de Kanagawa ; étalé sur le bord de la mer d’un côté et adossé de l’autre à une colline assez élevée où les Européens ont leurs maisons d’habitation, tandis qu’ils ont leurs maisons d’affaires et leurs magasins sur le quai et dans les rues adjacentes. Le quai est une des jolies promenades de la ville ; le port est peu abrité, quoiqu’il soit aujourd’hui protégé. Quand le vent du Nord-Est souffle violemment, il y a quelquefois de fortes tempêtes ; depuis quelques années on a élevé près de la douane un appontement où peuvent prendre place quatre paquebots, ce qui facilite bien le débarquement et l’embarquement des marchandises et des passagers. Autrefois le port de Yokohama était le grand centre d’affaires des Européens ; aussi y trouvait-on nombreuse société, club et champ de courses ; les dames même avaient fini par s’y installer et de nombreuses familles y étaient nées qui donnaient à la ville une physionomie de petit centre européen. Actuellement Kobé s’est développé un peu au détriment de Yokohama par suite de la proximité d’Osaka où sont les principales manufactures et industries du Japon. Kobé est sous le rapport de la situation géographique beaucoup plus agréable et infiniment plus pittoresque que Yokohama, et les environs en sont délicieux. Quant à Nagasaki, le premier port où les Européens aient été admis (c’est là que les Hollandais trafiquaient à Deshima depuis 1640), il semble plutôt décliner. Peu d’Européens y demeurent et le commerce devient de moins en moins brillant.

Voici les autres ports ouverts au commerce :

Osaka ; les grands bateaux n’y viennent pas, mais restent à Kobé, le port même d’Osaka ne pouvant leur assurer le mouillage. On fait des travaux en vue d’un port, mais ils sont loin d’être terminés. Ainsi que je l’ai déjà dit, cette grande ville est le véritable centre de l’activité industrielle et commerciale du Japon. Situé au milieu des plus riches provinces de l’Empire, en communications rapides, soit par eau, soit par terre, avec les diverses parties du pays, Osaka est rapidement devenu le principal emporium des îles du Soleil Levant. Les grandes cheminées d’usine s’élèvent à côté du gigantesque château-fort en pierres énormes, témoin des âges passés, et offrent un contraste frappant entre les deux époques ;

Niigata, peu important ;

Yebisuminato, dans l’île de Sado, peu important ;

Hakodate, dans l’île de Yeso, ville de 60.000 âmes ; peu important au point de vue du commerce extérieur ;

Kio midzu, province de Suruga ;

Take toyo, province d’Owari ;

Nagoya n’est pas à proprement parler un port : celui-ci se trouve à Miya, et c’est à cet endroit qu’on débarque pour se rendre à la ville. Les gros bâtiments ne peuvent pas, du reste, entrer dans le port de Miya, et c’est surtout par les petits bateaux et par la voie ferrée que s’exécutent les transactions ;

Yokka ichi, province d’Ise ;

Shizaki, province de Bingô ;

Shimonoseki, province de Nagato ; peu important, mais lieu de passage de tous les bateaux qui entrent dans la mer intérieure ou en sortent ;

Môji, province de Buzen ; port important au Nord de l’île de Kiushu, point terminus du chemin de fer venant de Nagasaki ;

Wakamatsu, province de Chikuzen ;

Hakata, province de Chikuzen ;

Karatsu, province de Hizen ;

Sumi no ye, province de Hizen ;

Kuchi no dzu, province de Hizen ;

Miike, province de Chikuzen ;

Tsuruga, province d’Echizen ;

Awomori, province de Mutsu ;

et quelques autres petits ports dont je juge inutile de citer les noms.

Le commerce se fait surtout à Yokohama, Kobe, Osaka et Nagasaki.

Tokio, bien que situé sur la mer, à l’embouchure du Sumidagawa, n’est pas un port praticable : il n’y a aucune profondeur et des bateaux, même de moyen tonnage, ne peuvent y mouiller.

Les quatre grands ports ci-dessus nommés sont pourvus de tout le matériel moderne pour l’embarquement, le débarquement, la mise en docks des marchandises. L’outillage et l’administration des ports de commerce répondent à ce que peuvent désirer les armateurs et les négociants modernes.

De Yokohama partent les lignes de paquebots se dirigeant vers l’Europe et l’Amérique : tous ces bateaux, à service régulier, font escale à Kobé et Nagasaki.

CHAPITRE VI

I. Voies terrestres et maritimes pour se rendre au Japon. — Le chemin de fer sibérien ; les compagnies de navigation qui font le service. — II. Prix des passages. Les côtes japonaises. — III. La mer intérieure jusqu’à Kobé ; de Kobé à Yokohama. — IV. Route d’Amérique et compagnies faisant le service du Pacifique. — V. Aspect triste des villes japonaises pour celui qui débarque.

I. — Pour se rendre au Japon, à l’heure actuelle, le voyageur n’a que l’embarras du choix. Très éloigné d’Europe à des époques qui ne sont pas encore bien lointaines, et où il fallait quarante-cinq jours bien comptés de Marseille à Yokohama, le pays du Soleil Levant, grâce à la voie de terre à travers les steppes de Sibérie, n’est plus qu’à vingt jours de Paris. Voici quelles sont, avec le transsibérien, voie terrestre, les routes maritimes pour se rendre dans les ports japonais :

Voie de Sibérie. — Tous les deux jours un train part de Moscou, par Perm, Ekaterinburg et Tioumen. Cette dernière ville était le dernier point d’arrêt des chemins de fer russes vers l’Asie lorsque le gouvernement russe entreprit l’immense travail de pousser le rail jusqu’à Wladiwostok. De Tioumen, la voie file sur Omsk, Krasnoyarsk et Irkoutsk d’où elle repart, en contournant le Baïkal, sur Tchita, Nertchinsk pour pénétrer en Mandchourie et se diriger sur Kharbine. De ce dernier point, partent deux voies : l’une sur Port-Arthur[9] ; l’autre sur Wladiwostok, point extrême de la voie russe. De ce port un service de bateaux gagne le Japon. Mais le trajet est un peu plus long ; le plus rapide est de quitter le train russe à Kharbine et de se diriger sur Dalny (Talienwan, Tairen), d’où le bateau transporte le voyageur jusqu’à Nagasaki. Les wagons russes sont excessivement confortables, et il est évident qu’ils ne laissent rien à désirer au point de vue du bien-être ; seule la vitesse pourrait être augmentée, mais il faut se dire qu’il n’existe qu’une voie, d’abord, ce qui retarde nécessairement la marche des trains, et, qu’ensuite, la voie est encore toute nouvelle, qu’elle a été construite rapidement et d’une façon hâtive sur certains points par suite des nécessités de la dernière guerre et que, par conséquent, elle n’est pas encore stable partout. Le temps remédiera à ces petits défauts, et, lorsque la deuxième voie sera exécutée, on pourra aller par train rapide en dix jours de Paris à Péking.

[9] Le Sud de cette ligne est aujourd’hui aux mains des Japonais.

Le prix du voyage, actuellement, se rapproche du prix du passage par mer ; il faut compter 2.000 francs pour voyager en première classe de Paris à Nagasaki.

Route de Marseille par l’Océan Indien :

De Marseille partent plusieurs lignes : d’abord les Messageries Maritimes, dont les bateaux quittent le port les dimanches pour Port-Saïd, Suez, Aden (une fois sur deux), Djibouti (une fois sur deux), Colombo, Singapour, Saïgon, Hong-Kong, Shanghaï, Yokohama. Cette Compagnie possédait autrefois une flotte fort belle et des bateaux très confortables et très proprement tenus.

Les étrangers, notamment les Anglais, y venaient en foule et les préféraient de beaucoup aux bateaux anglais ; malheureusement un fait se produisit qui enleva aux Messageries la clientèle étrangère et aussi beaucoup de leur clientèle française : c’est que le Gouvernement français ayant supprimé, pour le transport de ses troupes en Indo-Chine, les grands bâtiments qui avaient été construits et destinés à cet usage exclusif, tels que le Mytho, le Bien hoa, le Shamrock, etc., et ayant conclu avec les Messageries un contrat pour le transport des officiers et des soldats, cette Compagnie se voit obligée par chaque courrier de remplir ses paquebots de troupes. Et c’est pour cela que les étrangers l’ont quittée ; que de nombreux passagers français, payant de leur poche, ont fait de même, et qu’à l’heure actuelle, les bateaux des Messageries ne transportent que des militaires et des fonctionnaires. Le service est, d’ailleurs, bien au-dessous de ce qu’il était autrefois.

La Peninsular and Oriental, Compagnie anglaise, fait également le service de Marseille au Japon par l’Océan Indien et Shanghaï ; mais peu de monde la prend ; elle est presque exclusivement chargée de fonctionnaires et de négociants anglais de l’Inde ; le service y est fort correct ; tout y est très propre ; le confort y est anglais, c’est tout dire ; mais pour la nourriture elle est fort inférieure, et les estomacs non encore habitués à la fâcheuse cuisine anglaise arriveront à Yokohama en bien mauvais état.

Norddeutscher Lloyd. — Tout ce qu’ont perdu les Messageries a été gagné par la Compagnie allemande. Les bateaux ne touchent pas Marseille, il est vrai ; mais comme ce n’est pas sur la clientèle française qu’elle compte, elle n’a que faire de s’arrêter dans un port français ; aussi a-t-elle deux points de relâche au Nord : Anvers et Southampton, et deux au Sud : Gênes et Naples. Le Norddeutscher Lloyd est la Compagnie qui, à l’heure présente, effectue le plus de transports de passagers pour l’Extrême-Orient. Les bateaux sont très confortables, fort bien tenus ; la cuisine y est bonne ; et le personnel très bien dressé ; une seule chose y est atroce : c’est la musique de foire dont on vous fatigue les oreilles pendant les repas, et même après. Trop de musique !

Nippon Yusen Kwaisha. — Cette Compagnie touche à Marseille ; les bateaux sont très beaux et les quelques cabines qu’ils contiennent sont très confortables ; mais ils ne prennent que peu de passagers ; d’ailleurs leur voyage depuis Marseille jusqu’au Japon est fort long par suite de la durée de leur station aux escales, par conséquent ils ne sont guère encombrés ; il leur arrive en effet de rester quatre et cinq jours dans un port, et il n’y a que les personnes peu pressées qui les prennent, par suite du prix bien moindre qu’elles paient pour le voyage.

En dehors des lignes de paquebots que je viens de citer et qui font un service régulier tous les quinze jours, il existe également une ligne autrichienne et une ligne italienne, mais dont les départs et les arrivées ne sont pas très réguliers.

II. — Les prix du passage, sauf en ce qui concerne les Compagnies japonaise, autrichienne et italienne, sont à peu de chose près les mêmes : dix-huit cents francs en première classe et onze cents en seconde ; sur les paquebots français et allemands il y a une troisième classe, mais peu fréquentée ; car il n’y a pas d’émigrants pour les pays d’Orient ; il n’y a que des négociants, lesquels vont en première, et des employés qui vont en seconde. Les bateaux anglais de la Peninsular and Oriental ont aussi premières et secondes, mais pas de troisièmes. Toutes les Compagnies délivrent des billets d’aller et retour, mais les plus longs délais sont donnés par le Norddeutscher Lloyd.

Le premier port japonais touché par les paquebots est le port de Nagasaki. L’entrée en est merveilleuse. Des îlots de verdure y forment plusieurs passes ; devant soi, en contournant tous ces îlots (dont l’un, le Pappenberg, rappelle le martyre de nombreux chrétiens que les Japonais précipitaient du haut des falaises à pic sur les roches battues par les vagues), on aperçoit la colline toute couverte de frondaisons, et de champs descendant jusqu’à la mer. Çà et là, des rochers sombres émergent au-dessus des flots, par endroits la côte est à pic ; de grands cèdres dressent leur tête et au milieu, sous leur ombrage protecteur, on aperçoit de petits temples perchés de côté et d’autre sur les points qui semblent à première vue les plus inaccessibles. De nombreuses barques de pêcheurs sillonnent la rade, et, à mesure qu’on s’avance au fond de la baie, la ville, jusque-là cachée, se découvre. Juste en avant, tout au fond, Deshima, cette petite langue de terre où autrefois les Hollandais étaient parqués, et qu’aujourd’hui rien ne distingue plus du reste de la ville. Derrière Deshima, et de chaque côté, la ville s’étend, aux petites maisons basses, aux rues étroites, et, brusquement, elle s’élève et perche ses constructions sur la colline, autour du grand temple rouge, d’où la vue domine toute la rade.

Un peu en avant de Deshima, sur la droite de la ville Japonaise, s’élèvent les habitations européennes, toutes en terrasses ; les divers consulats ; l’hôtel Bellevue ; les établissements et l’église de la mission catholique, des sœurs, de l’école des frères maristes ; dans le bas de la colline, la rue marchande, avec le nouvel hôtel, juste sur le quai ; les magasins, les banques, les agences d’affaires, les boutiques et tous les general store keepers et ship-chandlers ou magasins généraux d’approvisionnements.

Nagasaki est, pour le japon, un port très important en raison de la sûreté et de la profondeur de sa rade, et de sa situation à l’extrémité Sud de l’Empire, tourné vers les côtes de Chine et de Corée.

En face de Nagasaki, de l’autre côté de la baie, sont installés des fonderies et des ateliers de réparations et de constructions. Nagasaki actuellement renferme une population de près de 180.000 habitants.