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DE L'IMPRIME A INTERNET
MARIE LEBERT
Editions 00h00, Paris, 1999 & NEF, University of Toronto, 2001
Copyright © 1999 Marie Lebert
Comment le monde de l’imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d’information et de communication qu’est Internet? De quelle manière Internet prend-il en compte les différents secteurs de l’imprimé? Une étude datée de mars 1999 et basée sur de nombreux entretiens. Avec une version anglaise (différente): From the Print Media to the Internet. Les versions originales sont disponibles sur le NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/print.htm
TABLE
1. Présentation
2. Internet
3. Les cyberlibrairies
4. Les éditeurs sur le Web
5. La presse en ligne
6. Les bibliothèques sur le Web
7. Les cyberbibliothèques
8. Les catalogues en ligne
9. Perspectives
10. Glossaire
11. Sélection de documents imprimés
12. Sélection de sites web
13. Index des sites et pages web
14. Index des personnes citées
1. PRESENTATION
Si le monde de l'imprimé couvre plus de cinq siècles, celui d'Internet entame seulement sa cinquième année.
1994 est l'année qui marque les véritables débuts d'Internet à l'échelle mondiale, avec une restructuration en profondeur des communications à l'échelon personnel et professionnel, et une restructuration des méthodes de travail à tous les niveaux. Si Internet existe en fait depuis 1969 en tant que réseau mis en place par le Pentagone et si l'invention du World Wide Web, beaucoup plus récente, date de 1989-90, Internet n'a véritablement "explosé" qu'à partir de novembre 1993, suite à la création de Mosaic, le premier logiciel de navigation et l'ancêtre de Netscape.
Le monde de l'imprimé et celui d'Internet sont-ils antagonistes ou complémentaires? Quelle est leur influence l'un sur l'autre? Comment le monde de l'imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d'information et de communication qu'est Internet? De quelle manière Internet prend-il en compte cet outil multicentenaire qu'est l'imprimé? Travaillent-ils de concert? Se font-ils concurrence? Quel est leur avenir commun? Le monde d'Internet va-t-il complètement avaler l'univers de l'imprimé, ou l'imprimé va-t-il au contraire domestiquer Internet en tant qu'outil de communication supplémentaire? Sans compter toutes les interconnexions et transformations dont nous n'avons pas encore idée puisqu'on nous assure régulièrement qu'Internet est en train de révolutionner le monde au même titre que l'écriture ou l'imprimerie en d'autres temps.
Par ailleurs, quelles sont les implications pour tous les professionnels de l'imprimé: auteurs, bibliothécaires, éditeurs, imprimeurs, journalistes, libraires, traducteurs, etc.? Comment voient-ils la déferlante qui s'abat sur eux et l'ouragan qu'amène dans leur vie professionnelle la conquête du monde de l'imprimé par Internet? Telles sont les questions qui seront abordées dans les pages qui suivent.
De plus en plus d'ouvrages ont à la fois une édition électronique et une édition papier pouvant toutes deux être commandées en ligne. Les cyberbibliothèques permettent de consulter de nombreux textes à l'écran. On a toujours loisir d'acheter ensuite la version imprimée si on préfère lire cinq cents pages au coin du feu plutôt que sur son ordinateur. Certains textes ou magazines ne sont désormais disponibles qu'en version électronique, et les livres électroniques sont pour bientôt.
De plus en plus de journaux et magazines ont maintenant leur site sur lequel on trouve le texte intégral ou des extraits du dernier numéro, les archives des numéros précédents, des dossiers, etc. De plus en plus de catalogues de bibliothèques sont consultables en ligne. Et pratiquement tous les sites proposent des liens avec d'autres sites ayant les mêmes centres d'intérêt. En bref, Internet est devenu indispensable pour se documenter, avoir accès aux documents et élargir ses connaissances.
On ne traitera pas ici des publications pour la jeunesse qui, ayant connu un grand essor depuis les années soixante, forment un monde bien spécifique aussi bien sur papier que sur Internet, et qui mériteraient une étude à part.
Après avoir situé Internet dans un contexte à la fois international, européen et francophone, on étudiera son interaction avec l'imprimé dans les domaines suivants: librairies, éditeurs, presse, bibliothèques, cyberbibliothèques et catalogues. On incluera aussi les réponses des professionnels qui ont participé à une enquête menée en juin et juillet 1998. Cette enquête portait sur trois questions: 1) Quel est l'historique de votre site web? 2) Dans quelle mesure Internet a-t-il changé votre vie professionnelle? 3) Comment voyez-vous votre avenir professionnel avec Internet?
On exposera ensuite les perspectives concernant la propriété intellectuelle et le droit du cyberespace, l'édition électronique, la convergence multimédia et la société de l'information.
L'univers du Web se développe et se transforme à une telle vitesse que certaines des informations présentes dans ces pages risquent d'être rapidement obsolètes. Tant pis, ou plutôt tant mieux. Le monde d'Internet est rapide. Cela n'empêche pas un point de la situation à un moment donné, même si ce point devient très rapidement historique et passe dans les archives. Datant de mars 1999, cette étude est la version actualisée d'une thèse de doctorat de l'Ecole pratique des hautes études (Université de la Sorbonne, Paris) soutenue en janvier 1999.
[Après avoir été documentaliste sous contrat dans plusieurs pays pour monter des services documentaires et informatiser des catalogues, l'auteure participe maintenant à la préparation de publications (rédaction, traduction, correction ou indexation). Depuis 1996, elle travaille essentiellement pour le Bureau international du Travail (BIT, Genève). Passionnée par les langues, elle s'intéresse également au multilinguisme sur le Web, objet d'une autre étude.]
2. INTERNET
[Dans ce chapitre:]
[2.1. Chiffres et éléments techniques / 2.2. Concepts de base / 2.3. "Info-riches" et "info-pauvres" / 2.4. Internet francophone, anglophone et multilingue]
2.1. Chiffres et éléments techniques
Depuis trois ans environ, Internet fait partie intégrante de notre vie quotidienne. Fin 1997, le nombre des cybernautes était estimé à 100 millions, avec un million de nouveaux utilisateurs chaque mois. D'après le Computer Industry Almanach, document de référence sur l'évolution du cyberespace, les cybernautes seront plus de 300 millions en l'an 2000.
La France a été raccordée à Internet très exactement le 28 juillet 1988. Dix ans après, le nombre de cybernautes français est estimé à 3 millions. D'après le Computer Industry Almanach, il sera de 12,6 millions à la fin de l'an 2000.
Après avoir été un phénomène expérimental qui a enthousiasmé quelques "branchés", Internet a envahi le monde. Les signes cabalistiques des adresses Internet fleurissent sur les livres, les magazines, les affiches et les publicités, sans parler de tous les produits qu'on achète au supermarché. On nous promet bientôt Internet dans tous les foyers. On parle de mariage de l'ordinateur et de la télévision avec écrans interchangeables ou intégrés, et d'accès à Internet par le même biais que la télévision câblée. Depuis le 1er janvier 1998, pour un abonnement de 260 FF par mois tout compris, les Parisiens peuvent accéder au réseau Internet par leur prise de câble dans certains arrondissements, et plusieurs villes de province (Annecy, Nice, Strasbourg, etc.) disposent des mêmes facilités depuis 1997.
Une autre preuve tangible de l'invasion d'Internet dans notre vie quotidienne est que sa majuscule tend petit à petit à s'estomper. Internet - qui était encore une planète à part voici peu de temps - est peu à peu remplacé par internet, avec un "i" minuscule. Internet deviendra sans doute un nom commun, au même titre que: téléphone, ordinateur ou télécopieur. En français, on écrit aussi bien Internet, sans article, que l'Internet, avec article. Dans les pages qui suivent, on a choisi d'utiliser la forme la plus répandue dans le grand public, à savoir Internet avec une majuscule et sans article.
En ce qui concerne le vocabulaire d'Internet, on a également choisi autant que possible l'équivalent français d'un terme anglais quand celui-ci existe. Mais - que les défenseurs inconditionnels de la langue française nous pardonnent - on utilise aussi quelques termes résolument anglophones parce que tout simplement intraduisibles si on veut que le texte reste compréhensible. On a également tenté d'éviter le ridicule. Par exemple, CD-Rom reste CD-Rom - orthographe utilisée entre autres par Libération, Le Monde et Télérama - et non cédérom, comme le préconise l'Académie française. CD-Rom étant l'acronyme de "compact disc-read only memory", il n'y a aucune raison de le franciser. De même, on parle par exemple de courrier électronique et non de Mél. (abrégé de: messagerie électronique), un terme à l'orthographe résolument francophone, mais beaucoup moins utilisé.
Les paragraphes qui suivent ne se veulent en aucune manière une présentation complète d'Internet. Les ouvrages abondent dans ce domaine, et on en trouvera une sélection dans la bibliographie. Le but est seulement de "situer" Internet pour une meilleure compréhension du sujet. De même, on utilise les termes techniques uniquement quand c'est indispensable, et ceux-ci sont systématiquement expliqués dans le corps du texte et dans le glossaire. Etant assez critique à l'égard des informaticiens employant un language hermétique compris d'eux seuls alors qu'ils sont censés se faire comprendre du grand public, on a tenté d'éviter de tomber dans les mêmes travers.
Internet est défini comme un ensemble de réseaux commerciaux, réseaux publics, réseaux privés, réseaux d'enseignement, réseaux de services, etc., qui opèrent à l'échelle planétaire. De par ses facilités de connexion d'une part et de par sa diversité d'autre part, Internet offre d'énormes ressources en information et en communication, et ces ressources augmentent régulièrement et de façon spectaculaire.
C'est le World Wide Web qui a rendu Internet très populaire et qui a permis sa gigantesque progression. Directeur de l'Internet Activities Board (IAB), Christian Huitema explique que le World Wide Web "repose sur trois idées principales, la navigation par 'hypertexte' [ensemble de liens permettant l'accès à d'autres documents], le support du multimédia, et l'intégration des services préexistants."
Plus communément appelé Web, ou encore WWW ou W3, le World Wide Web a été créé par Tim Berners-Lee en 1989-1990 au CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) à Genève, et il a révolutionné la consultation d'Internet en permettant la publication de documents au moyen du système hypertexte, à savoir un ensemble de liens hypertextes permettant de passer d'un document textuel ou visuel à un autre au moyen d'un simple clic de souris. Devenue véritablement interactive, l'information devenait soudain beaucoup plus attractive.
Le Web est donc très postérieur à Internet, réseau informatique global connectant gouvernements, sociétés, universités, etc., depuis bientôt trente ans. Et, même si, improprement, on les considère souvent comme synonymes, le Web n'est qu'un des aspects d'Internet, qui englobe plusieurs autres services: courrier électronique, forums de discussion, visioconférence, gopher, FTP (file transfer protocol), IRC (Internet relay chat), Telnet (terminal network protocol), etc.
Le Web a logiquement bénéficié de l'infrastructure d'Internet, particulièrement aux Etats-Unis. C'est la raison pour laquelle ce pays a quelques longueurs d'avance sur le reste du monde. On se plaint souvent de l'hégémonie américaine alors que il s'agit surtout d'une avance technique. Comme on le verra plus loin, malgré tous les efforts des "dynosaures" politiques et commerciaux, il est difficile à quelque pays ou à quelque communauté que ce soit de "mettre la main" sur le Web, c'est ce qui fait sa force.
Développé par le National Center for Supercomputing Applications (NSCA) à l'Université d'Illinois (USA) et distribué gratuitement à partir de novembre 1993, Mosaic fut le premier navigateur sur le Web et il contribua grandement à son développement rapide. Début 1994, une partie de l'équipe de Mosaic émigra dans la Netscape Communications Corporation pour commercialiser son logiciel sous le nom de Nescape Navigator. A ce jour, il est le navigateur le plus utilisé au monde avec 70% du marché mondial.
En 1995, pour concurrencer Netscape Navigator, Microsoft créa Internet Explorer, distribué gratuitement dans le pack accompagnant Windows 95 - qui équipe 90% des ordinateurs dans le monde - ce qui provoqua un véritable tollé. Les concurrents de Microsoft accusaient la société de vouloir créer une situation de quasi-monopole, mettant ainsi en péril la libre concurrence alors qu'il existe une législation anti-trust dans le domaine de la haute technologie. Depuis plusieurs mois, les médias couvrent abondamment les démêlés de Bill Gates, patron de Microsoft, avec le ministère américain de la Justice sur la commercialisation d'Internet Explorer avec ou sans Windows 98 - qui succède à Windows 95.
Chaque serveur web est accessible au moyen d'une adresse qui lui est propre, plus précisément appelée URL (uniform resource locator). De par leur complexité, un grand nombre d'adresses Internet sont difficiles à retenir, si bien que les navigateurs proposent des favoris, également appelés signets. Ces favoris permettent à chacun de constituer son propre répertoire de sites web sans devoir relancer une recherche ou bien retaper complètement une adresse pour chaque consultation.
Un site web est le plus souvent formé d'un ensemble de pages-écran reliées entre elles par des liens hypertextes, qui sont en général soulignés et d'une couleur différente de celle du texte. Grâce à un simple clic, l'utilisateur est renvoyé soit à une autre partie du document, soit à un autre document du site, soit à un autre site. Plus récemment, cette interactivité a encore été accrue par la possibilité de liens hypermédias permettant la connexion de textes et d'images avec des graphiques, vidéos ou bandes sonores.
La recherche sur le Web est facilitée par des annuaires et des moteurs de recherche.
Appelés également répertoires par les francophones, les annuaires recensent tous les sites web et les classent par thèmes afin d'aider l'utilisateur à trouver l'information qu'il cherche. Ces annuaires permettent aussi bien de trouver l'adresse d'un site dont on connaît déjà le nom que de faire une recherche par sujet.
L'annuaire le plus utilisé sur le Web est Yahoo!, acronyme de: Yet Another Hierarchical Officious Oracle! Créé en 1994 par des étudiants de l'Université de Stanford (Californie, USA) pour recenser et classer par thèmes les sites web, Yahoo! est devenu une institution. Le travail est effectué par le cerveau humain, contrairement aux moteurs de recherche comme AltaVista où tout est automatisé. Divisé en 63 grandes catégories, Yahoo! comprend notamment des secteurs sur les bibliothèques, les cyberbibliothèques, les textes électroniques, etc. Consultable en anglais, allemand, coréen, français, japonais, norvégien et suédois, Yahoo! travaille de concert avec AltaVista. Quand une recherche ne donne pas de résultat dans l'un, elle est automatiquement aiguillée sur l'autre. Depuis la fin décembre 1998, le site de Yahoo! France permet à chaque utilisateur de créer son propre guide de recherche avec Mon Yahoo!
Les moteurs de recherche sont de gigantesques bases de données dans lesquelles le recensement des sites est entièrement automatisé. Le plus utilisé, AltaVista, est disponible en quatorze langues, dont le français. Il permet aussi la recherche d'images, et la recherche par sujets grâce à AltaVista Subject Search. Depuis décembre 1997, il propose AltaVista Translation, un service de traduction automatisée de l'anglais vers les langues suivantes: allemand, espagnol, français, italien et portugais, et vice versa. Bien qu'ayant ses limites: traduction de trois pages maximum, texte traduit très approximatif, etc., ce service a été immédiatement très apprécié des cybernautes non anglophones.
D'autres instruments de recherche ont été créés à destination du public francophone, par exemple Nomade ou Ecila.
Le seul véritable point faible du Web, ce sont les connexions parfois difficiles et les délais d'attente imprévisibles nécessaires pour se connecter à un fournisseur d'accès à Internet par le biais du réseau téléphonique. Ces délais mettent les nerfs du cybernaute pressé à rude épreuve et devraient être résolus à plus ou moins long terme. Pour le moment, le plus souvent, un particulier se connecte à Internet par le biais d'un modem branché sur sa ligne téléphonique, appelé un réseau à bande étroite (fils de cuivre). Les réseaux à bande étroite seront progressivement remplacés par des réseaux à bande moyenne (RNIS et ADSL) et des réseaux à large bande (fibres optiques), qui éviteront les délais de connexion et permettront un déchargement rapide des images. D'ores et déjà, la carte RNIS (réseau numérique à intégration de services) permet une transmission rapide des données par câble téléphonique, parallèlement à la transmission des services de téléphonie et de télécopie.
Le procédé ADSL (asymmetric digital subscriber line) permet d'augmenter considérablement la vitesse de transmission des données par les lignes téléphoniques classiques tout en préservant lui aussi la circulation de la voix et de la télécopie. Depuis octobre 1997, France Télécom et Alcatel ont lancé Turbo Wanadoo, avec une première plate-forme expérimentale à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis, dans la région parisienne), suivie d'une deuxième plate-forme à Rennes (Bretagne) au printemps 1998. L'abonnement est de 422 FF par mois.
Aux traditionnels câbles métalliques succèdent les câbles à fibres optiques, de bien plus gros débit. Ces câbles utilisent la technologie ATM (asnychronous tranfer mode), un protocole pouvant transmettre tout type d'information, y compris la voix et la vidéo, par l'acheminement indépendant de cette information fragmentée en de multiples paquets et reconstituée à l'arrivée pour recomposer l'information initiale, le tout dans un délai donné.
Dans Cyberplanète : notre vie en temps virtuel, passionnant ouvrage de Philip Wade et Didier Falkand (Paris, éditions Autrement, 1998), il est indiqué que les Etats-Unis installent 6.000 kilomètres de fibre optique par jour. A ce rythme, il leur faudra 890 ans et 700 milliards de dollars d'investissement pour remplacer tous les fils de cuivre du téléphone. Pour une opération similaire, le Japon aurait besoin de quinze ans et 500 milliards de dollars.
Afin d'accélérer les échanges de données sur le réseau, on envisage donc maintenant d'installer des satellites en orbite basse d'ici l'an 2002. Situés à moins de 2.000 km d'altitude, ces satellites auront un temps de réponse de vingt millisecondes, correspondant à celui d'un câble à fibre optique. Plusieurs programmes ont été mis en place pour travailler à ce projet, dont le programme européen Skybridge et ceux de ses concurrents américains Celestru et Teledesic.
Techniquement parlant, on s'interroge souvent sur la place de l'Europe dans le développement d'Internet. A la question posée en décembre 1997 par Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève: "Pourquoi l'Europe a-t-elle accumulé un tel retard sur les Etats-Unis en matière de présence et de développement sur l'Internet? Et peut-elle rattraper ce retard?", Tim Berners-Lee, président du World Wide Web Consortium, répondait en expliquant l'avance des Etats-Unis par les importants investissements faits par l'Etat. Il insistait aussi sur l'avance technologique de l'Europe sur les Etats-Unis dans plusieurs domaines: Minitel, cartes à puce, téléphones cellulaires, etc.
Il est vrai que la France fut un pays pilote avec l'utilisation intensive du Minitel par un quart de sa population. Développé par France Télécom, le Minitel est un terminal permettant la consultation de serveurs à domicile, consultation qui fut fortement encouragée par l'Etat français puisqu'il distribua gratuitement des millions de terminaux. L'opération Minitel fut un succès, contrairement à des opérations similaires menées dans d'autres pays (Prestel en Angleterre, BX en Allemagne ou Alex au Canada) qui, elles, ne remportèrent pas le succès escompté. Même s'il est technologiquement limité, le Minitel est "tout ce qu'Internet doit encore devenir", expliquait Bruno Guissani dans le quotidien Libération du 5 décembre 1997. "Le coût de l'équipement est proche de zéro. Le système permet des transactions sûres et légalement fiables. Il garantit un bon degré de protection personnelle (privacy). Il est simple à utiliser. Et il génère des revenus tant pour ses opérateurs que pour les marchands qui s'y aventurent."
La plupart des serveurs disponibles sur Minitel le sont maintenant également sur le Web, avec les avantages qu'offrent une consultation meilleur marché (le prix d'une communication téléphonique locale), la facilité de navigation et les possibilités du multimédia.
Dans les foyers, la consultation du Minitel va bientôt être rempacée par celle d'Internet. Alcatel, firme française qui fut l'une des bénéficiaires du succès du Minitel, compte mettre le successeur du Minitel sur le marché en 1999. Muni d'un écran couleur et fonctionnant en langage Java, ce téléphone permettra de naviguer en direct sur Internet. Il sera équipé d'un modem de 33,6K (kilobits par seconde) ou d'une carte RNIS (réseau numérique à intégration de services), ainsi que d'un lecteur de carte bancaire permettant les paiements sécurisés. Cet équipement coûtera environ 3.000 FF.
2.2. Concepts de base
Sur le site de l'Internet Society, organisme professionnel international coordonnant et promouvant le développement d'Internet, The Brief History of Internet propose d'Internet une triple définition. Internet est : 1) un instrument de diffusion internationale, 2) un mécanisme de diffusion de l'information, 3) un moyen de collaboration et d'interaction entre les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.
Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone, radio ou ordinateur), Internet a révolutionné de fond en comble le monde des communications. Il représente un des exemples les plus réussis d'interaction entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement de l'infrastructure de l'information, qui ont été l'objet d'un réel partenariat entre les gouvernements, les industries et les universités.
C'est le 24 octobre 1995 que le Federal Networking Council (FNC) accepte une résolution visant à proposer une définition développée en consultation avec les membres des communautés d'Internet et ceux des organismes défendant la propriété intellectuelle. Internet est donc défini comme un système d'information globale obéissant aux trois caractéristiques suivantes: 1) des adresses d'un type unique basées sur le protocope IP (Internet protocol) ou ses extensions, 2) des communications utilisant le TCP/IP (transmission control protocol / Internet protocol), ses extensions ou des protocoles compatibles, 3) la mise à disposition de services publics ou privés à partir de ces infrastructures.
Sur le site du World Wide Web Consortium, consortium industriel international établissant les protocoles communs nécessaires au Web, Bruce Sterling décrit le développement spectaculaire d'Internet dans Short History of the Internet. Internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires ou les télécopieurs. En 1996, sa croissance était de 20% par mois. Le nombre des machines ayant une connexion directe TCP/IP avait doublé depuis 1988. D'abord présent dans l'armée et dans les instituts de recherche, Internet a déferlé comme un raz-de-marée dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et il a également été pris d'assaut par le secteur commercial.
Bruce Sterling s'intéresse aussi aux raisons pour lesquelles on se connecte à Internet. Une des raisons essentielles lui semble être la liberté. Internet est un exemple d'"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n'y a pas de société Internet. Il n'y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de comité de direction ou d'actionnaires. Toute personne peut parler d'égale à égale avec une autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des procotoles qui ne sont pas sociaux ou politiques mais strictement techniques.
Internet est aussi une bonne affaire commerciale. Contrairement à la téléphonie traditionnelle, il n'y a pas de frais longue distance. Et, contrairement aux réseaux informatiques commerciaux, il n'y pas de frais d'accès. En fait, Internet, qui n'existe même pas officiellement en tant qu'entité, n'a pas de facturation propre. Chaque groupe de personnes ayant accès à Internet est responsable de ses propres machines et de ses propres connexions.
Plusieurs organismes internationaux travaillent au développement d'Internet. En voici trois.
Créée en 1992 par Vinton Cerf, souvent appelé le père d'Internet parce qu'il est l'inventeur du protocole TCP/IP (à la base de tout échange de données), l'Internet Society (ISOC) est un organisme professionnel international non gouvernemental regroupant des secteurs ayant des intérêts divers afin d'élaborer des solutions permettant de promouvoir le développement d'Internet.
Le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel international fondé en 1994 pour développer les protocoles communs nécessaires à la croissance du Web et guider ainsi cette croissance en en définissant les standards. Etabli à Boston dans le MIT Laboratory for Computer Science (MIT: Massachussets Institute of Technology, USA) et dirigé par Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web en 1989-1990, il réunit les entreprises qui comptent dans le monde d'Internet.
L'Electronic Frontier Foundation (EFF) est un organisme à but non lucratif de défense des libertés civiles, qui oeuvre dans l'intérêt public pour protéger le respect de la vie privée, la liberté d'expression, l'accès en ligne de l'information publique et la responsabilité civile dans les nouveaux médias.
Internet est-il un concurrent direct de la télévision et de la lecture? En 1996, un cybernaute sur deux passait moins de temps devant la télévision. 18% des cybernautes lisaient moins de livres, 5% en lisaient plus. 15% lisaient moins de quotidiens et magazines, 12% en lisaient plus.
Au Québec, où 30,7% de la population est connectée à Internet, un sondage réalisé en mars 1998 par l'institut Som pour le compte du magazine Branchez-vous! montre que 28,8% des Québécois connectés regardent moins la télévision qu'avant. Par contre, seuls 12,1% lisent moins, ce qui, d'après le cyberquotidien Multimédium, est "plutôt encourageant pour le ministère de la Culture et des Communications qui a la double tâche de favoriser l'essor de l'inforoute et celui… de la lecture!"
Lors d'un entretien avec Annick Rivoire publié dans Libération du 16 janvier 1998, Pierre Lévy, philosophe, expliquait qu'Internet va contribuer à la fin des monopoles:
"Le réseau désenclave, donne plus de chance aux petits. On crie 'ah! le monopole de Microsoft', mais on oublie de dire que l'Internet sonne la fin du monopole de la presse, de la radio et de la télévision et de tous les intermédiaires."
Fondateur de l'Internet Society (ISOC), Vinton Cerf insiste régulièrement sur le fait qu'Internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des idées. Il explique aussi:
"Le réseau fait deux choses […]: comme les livres, il permet d'accumuler de la connaissance. Mais surtout, il la présente dans une forme qui la met en relation avec d'autres informations. Alors que dans un livre, l'information est maintenue isolée."
C'est ce que Pierre Lévy définit comme l'intelligence collective:
"Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en complémentarité, en synergie."
Philosophe passionné par le cyberespace, Timothy Leary constate dans Chaos et cyberculture (Paris, éditions du Lézard, 1997):
"Jamais l'individu n'a eu à sa portée un tel pouvoir. Mais, à l'âge de l'information, il faut saisir les signaux. Populariser signifie 'rendre accessible au peuple'. Aujourd'hui, le rôle du philosophe est de personnaliser, de populariser et d'humaniser les concepts informatiques, de façon à ce que personne ne se sente exclu."
Lors d'une entrevue accordée en automne 1997 à François Lemelin, rédacteur en chef de L'Album, publication officielle du Club Macintosh de Québec, Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, expliquait:
"Je crois que le médium (Internet, ndlr) va continuer de s'imposer, puis donner lieu à des services originaux, précis, spécifiques, quand on aura trouvé un modèle économique de viabilité. Que ce soit pour les cybermédias d'information comme les Chroniques de Cybérie, ou pour les info-services, les services communautaires et publics en ligne, le commerce électronique, l'éducation à distance, la politique post-moderne qui va changer les rapports élus/commettants (élus/administrés, ndlr), en fait, tout ça s'en vient (tout cela est pour bientôt, ndlr). (…) Pour ce qui est des rapports avec les autres médias, je crois qu'il faut regarder en arrière. Contrairement aux dires des alarmistes de toutes les époques, la radio n'a pas tué l'industrie de la musique ou du spectacle, pas plus que le cinéma. La télé n'a pas tué la radio, ni le cinéma. Le vidéo à domicile non plus. Quand un nouveau médium arrive, il se fait une place, les autres s'ajustent, il y a une période de transition, puis une 'convergence'.
Ce qui est différent, avec Internet, c'est la dimension interactive du médium et son impact possible. C'est la donnée sur laquelle on réfléchit encore, on observe. Aussi, comme médium, le Net fait émerger de nouveaux concepts sur le plan de la communication, et sur le plan humain, et ce même pour les non branchés. Je me souviens (eh oui, j'ai cet âge) quand McLuhan est arrivé, fin des années soixante, avec son concept de 'village global' en se basant sur la télévision, le téléphone, et qu'il prévoyait les échanges de données entre ordinateurs. Eh bien il y a eu des gens, en Afrique, sans télévision et sans téléphone, qui ont lu et qui ont compris McLuhan. Et McLuhan a changé des choses dans leur conception de voir le monde. L'Internet a ce même effet. Il provoque une réflexion sur la communication, la vie privée, la liberté d'expression, les valeurs auxquelles on tient, celles dont on est prêt à se débarrasser, et c'est ça qui en fait un médium si puissant, si important."
2.3. "Info-riches" et "info-pauvres"
Les enjeux économiques de la société de l'information sont considérables. "Un chiffre très supérieur aux exportations mondiales de produits agricoles, et une croissance la plus rapide de toutes les industries avec un taux moyen de 15% par an depuis 1990 pour l'informatique et de 10% pour les télécommunications. Leur contribution au PIB (produit intérieur brut) mondial devrait dépasser 10% d'ici à l'an 2000 et poursuivre son expansion au-delà", précisent Philip Wade et Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (Paris, éditions Autrement, 1998).
Il existe évidemment une corrélation directe entre le développement économique et social et l'accès aux télécommunications. L'accès aux nouvelles technologies de communication progresse beaucoup plus rapidement dans les nations situées au nord de la planète que dans celles situées au sud, et on trouve beaucoup plus de serveurs web en Amérique du Nord et en Europe que sur les autres continents. Deux tiers des cybernautes habitent les Etats-Unis, pays dans lequel 40% des foyers sont équipés d'un ordinateur, pourcentage que l'on retrouve aussi au Danemark, en Suisse et aux Pays-Bas. Le pourcentage est de 30% en Allemagne, 25% au Royaume-Uni, et 20% dans la plupart des pays industrialisés.
Disponibles dans le Computer Industry Almanach, document de référence sur l'évolution du cyberespace, les statistiques du 19 mars 1998 sur le pourcentage des connexions par nombre d'habitants montrent que la Finlande est le pays le plus "branché" du monde avec 25% de cybernautes, suivi par la Norvège (23%) et l'Islande (22,7%). Les Etats-Unis se trouvent au quatrième rang avec 20% de cybernautes. Onze pays dans le monde ont une proportion d'usagers d'Internet dépassant les 10%, et la Suisse est le onzième avec 10,7%.
En ce qui concerne le pourcentage global, les statistiques de fin 1997 du Computer Industry Almanach - qui tiennent compte des branchements à domicile, au bureau et dans les établissements d'enseignement - montrent que les Etats-Unis sont encore largement en tête avec 54,68% du total mondial, suivis par le Japon (7,97%), la Grande-Bretagne (5,83%) et le Canada (4,33%). Les chiffres montrent aussi que la place des Etats-Unis ne cesse de diminuer: 80% en 1991, moins de 65% en 1994, moins de 50% courant 1998 et une prévision de moins de 40% en l'an 2000. La France (1,18%) et la Suisse (0,77%) font également partie des quinze pays les plus "branchés".
A l'échelle mondiale, l'accès universel aux autoroutes de l'information est loin d'être assuré. En ce qui concerne la téléphonie de base, la télédensité varie de plus de 60 lignes téléphoniques pour 100 habitants dans les pays riches (par exemple 68 en Suède, 63 aux Etats-Unis, 61 en Suisse et au Danemark) à moins d'une dans les pays pauvres. L'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest disposent de la moitié des lignes téléphoniques dans le monde, alors que la moitié de la population mondiale n'a jamais utilisé un téléphone.
Dans les pays en développement, il est fort peu probable que les connexions à Internet se fassent par le biais des lignes téléphoniques traditionnelles alors qu'il existe maintenant d'autres solutions technologiques. Les pays en développement possèdent un taux d'équipement en lignes numériques comparable à celui des pays industrialisés. En 1995, les statistiques étaient de 77% pour l'Amérique du Nord, 72% pour l'Asie et le Pacifique, 64% pour l'Europe de l'Ouest et l'Amérique latine, et 70% pour le Moyen-Orient et l'Afrique.
Le développement de la téléphonie mobile est également spectaculaire, et l'équipement en téléviseurs est proche de celui des pays industrialisés. Selon Philip Wade et Didier Falkland, le micro-ordinateur pourrait avoir un développement similaire, à condition que la fiscalité et les droits de douane ne soient pas trop élevés. La solution pourrait se trouver dans la radiotéléphonie cellulaire et la connexion par satellite. Par contre, le contrôle des moyens d'information, facile pour la télévision, risque de l'être beaucoup moins pour Internet, même si des pays comme la Chine ou Singapour bloquent pour le moment l'accès à certains serveurs jugés politiquement ou moralement incorrects.
Lors d'un discours prononcé en octobre 1995 à Genève pendant le septième Forum international des télécommunications, Nelson Mandela, président de l'Afrique du Sud, déclarait que "les technologies de communication ne doivent pas être considérées comme un luxe, intervenant après le développement général du pays, mais comme l'une des convictions qui déterminent les capacités des pays en développement à engager la modernisation de leur économie et de leur société".
Les nouveaux réseaux peuvent contribuer au développement économique des pays en développement. Plusieurs programmes ont été lancés dans ce domaine comme infoDev (programme de la Banque mondiale) ou WorldTel et, spécifiquement pour l'Afrique, un programme de l'US Agency for International Development (AID), @frinet (programme du Canada) ou AfriWeb (programme du Québec).
La démarcation entre "info-riches" et "info-pauvres" ne suit cependant pas systématiquement la démarcation entre pays développés et pays en développement. L'accès aux technologies de l'information est lui-même très inégal dans les pays riches. Quelques pays en développement, par exemple la Malaisie ou les pays d'Amérique latine, ont une politique très dynamique en matière de télécommunications. Un document préparatoire de la deuxième Conférence sur le développement des télécommunications dans le monde - qui s'est déroulée du 23 mars au 1er avril 1998 à Valletta (Malte) - montre que plusieurs pays en développement, comme le Botswana, la Chine, le Chili, la Thaïlande, la Hongrie, le Ghana et l'Ile Maurice, ont réussi à étendre la densité et la qualité de leurs services téléphoniques au cours des trois dernières années. Par contre, pour les nations les plus pauvres, la situation s'est encore aggravée.
Président de Nation Printers and Publishers (Kenya) (devenue Nation Media Group le 23 juillet 1998), Wilfred Kiboro déclarait lors du Colloque sur la convergence multimédia des 27-29 janvier 1997 à Genève:
"Le coût de la technologie de l'information doit être ramené à un niveau abordable. Je rêve du jour où les villageois africains pourront accéder à Internet depuis leur village, aujourd'hui privé d'eau et d'électricité." En effet, dans le domaine des médias particulièrement, il existe un gouffre entre les "info-riches" et les "info-pauvres". Dans de nombreux pays africains, le tirage des journaux est extrêmement faible comparé au chiffre de la population, et chaque exemplaire est lu par une vingtaine de personnes au moins. Selon Wilfred Kiboro, les coûts de distribution pourraient fortement baisser avec la mise en service d'un système d'impression par satellite qui éviterait le transport des journaux par camion dans tout le pays.
Un article du quotidien Le Monde du 30 mars 1998 montre que certains pays en développement comptent aussi sur le Web pour redorer leur image, comme la Mauritanie qui, fin mars 1998, présentait son site web officiel au siège de la Banque mondiale. Vitrine du pays à destination des touristes et des investisseurs étrangers, ce site a pour but d'améliorer une image passablement ternie suite au reportage d'une chaîne de télévision sur la persistance de l'esclavage dans ce pays, alors que celui-ci est officiellement aboli depuis des années. A l'intérieur du pays, la consultation d'Internet est fortement réglementée par l'Office des postes et des télécommunications (OPT), qui est l'opérateur national, et rendue plus difficile encore par des coûts de connexion prohibitifs, à savoir trois fois ceux d'une communication téléphonique locale.
La Chine elle aussi est en train de découvrir l'information numérique. Elle dispose d'un Internet national, le China Wide Web, dont le nombre d'abonnés est passé de 100.000 en 1996 à 600.000 en 1997. Mis en place par la China Internet Corporation (CIC), une société établie à Hong Kong, il s'agit d'un réseau d'affaires et d'informations passablement coupé du monde, filtré et surveillé par les autorités chinoises. Le 27 mars 1998, le cyberquotidien Multimédium écrivait:
"Tout cela respire la langue de bois, le totalitarisme et l'opportunisme à plein poumons, bien sûr. Mais qui sait si la logique libertaire du médium ne finira effectivement pas, un jour, par l'emporter sur l'idéologie? Ce fameux jour où la Chine se branchera…"
Le goufre entre "info-riches" et "info-pauvres" n'est pas seulement celui qui sépare les pays développés des pays en développement. C'est aussi, dans n'importe quel pays, celui qui sépare les riches des pauvres, ceux qui ont du travail et ceux qui n'en ont pas, ceux qui ont leur place dans la société et ceux qui en sont exclus. Moyen de communication, Internet peut être une passerelle au-dessus du goufre, comme le montre un encart de la revue Psychologies de mai 1998:
"Aux Etats-Unis, un mouvement voit le jour: la confiance en soi… par Internet! Des milliers de sans-abri ont recours au réseau pour retrouver une place dans la société. Non seulement le Net fournit une adresse à qui n'en a pas et ôte les inhibitions de qui redoute d'être jugé sur son apparence, mais c'est aussi une source d'informations et de contacts incomparable. Bibliothèques et associations d'aide au quart-monde l'ont bien compris: des salles informatiques, avec accès à Internet, animées par des formateurs, sont ouvertes un peu partout et les mairies en publient la liste. A travers le e-mail (courrier électronique), les homeless (sans-abri) obtiennent les adresses des lieux d'accueil, des banques alimentaires et des centres de soins gratuits, ainsi qu'une pléthore de sites pour trouver un emploi. A 50 ans, Matthew B. a passé le quart de sa vie dans la rue et survit, depuis trois ans, d'une maigre subvention. Il hante la bibliothèque de San Francisco, les yeux rivés sur l'écran des ordinateurs. 'C'est la première fois, dit-il, que j'ai le sentiment d'appartenir à une communauté. Il est moins intimidant d'être sur Internet que de rencontrer les gens face à face.'"
2.4. Internet francophone, anglophone et multilingue
Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, Internet l'est encore à plus de 80%, un pourcentage qui s'explique par les trois facteurs suivants : 1) les premières années ont vu la création d'un grand nombre de sites web émanant des Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni, 2) la proportion de cybernautes est encore particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde, 3) l'anglais est la principale langue d'échange internationale.
Comme Internet s'étend progressivement à tous les continents et à de nombreux pays non anglophones, ce pourcentage est à la baisse.
Parallèlement, les sites francophones ont enregistré une forte expansion depuis 1996. Au début de 1998, les Québécois attendaient de pied ferme l'arrivée en masse de sites français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10 février 1998 , lors d'un entretien avec le cyberquotidien Multimédium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications du Québec, déclarait: "J'attendais depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai pas. "A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) proposait plus de sites web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribuait le retard de la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du téléphone et du Minitel, d'autre part les transactions commerciales possibles sur le Minitel depuis plusieurs années, ce qui avait ralenti l'expansion du commerce électronique sur Internet.
"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi par ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français ont tendance à freiner la propagation de leur culture. Cela est très regrettable", lit-on le 7 novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus grand quotidien japonais avec ses dix millions d'exemplaires (cité dans un article de Pierre Perroud, créateur de la cyberbibliothèque Athena). Ce cliché a-t-il jamais été vrai, si ce n'est pendant la Guerre de cent ans?
Plus optimiste, Tim Berners-Lee, créateur du Web, déclarait cependant en décembre 1997 à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève:
"Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d'informations sur le Web? Est-ce qu'ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture française n'a rien à offrir? C'est de la folie, l'offre est évidemment énorme." Ces remarques sont-elles une critique, un encouragement, ou les deux? On aurait pu les comprendre il y a deux ou trois ans, mais il n'est pas sûr qu'elles soient encore de mise aujourd'hui. Il suffit de naviguer sur le Web francophone pour s'en rendre compte.
Un exemple parmi d'autres de la coopération francophone est le beau site de l'Agence de la francophonie. L'Agence, "instrument de coopération multilatérale née d'un idéal, celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix dans le concert des nations, participe aujourd'hui à l'avènement d'un Secrétariat général de la Francophonie". Créée en 1970 pour regrouper 21 états francophones, l'Agence de la francophonie en comptait 47 en 1997.
S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la deuxième langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré la pression anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des francophones veillent à ce que le français, langue officielle de plus de quarante états, ait sa place en Europe et dans le monde, au même titre que les autres grandes langues de communication que sont l'anglais, l'arabe, le chinois et l'espagnol. Là aussi, l'optique est aussi bien la défense d'une langue que le respect du multilinguisme et de la diversité des peuples.
C'est l'Annuaire de l'UREC (UREC: Unité réseaux du CNRS) qui a été le premier annuaire de sites web français. Travail de pionnier, il a permis aux cybernautes francophones d'une part de se familiariser avec le Web sans se noyer dans la masse d'informations mondiale, d'autre part de connaître les sites qui petit à petit fleurissaient en France et ailleurs. Créé au début de 1994, il a d'abord recensé les sites académiques, puis son contenu est devenu plus généraliste.
Comme l'expliquait Claude Gross sur le site à l'automne 1997, la gestion de l'annuaire est ensuite devenue très difficile du fait de l'accroissement constant du nombre de sites web, et notamment de sites commerciaux. Par la suite, d'autres annuaires ont vu le jour, dont certains débutés avec l'aide de l'UREC. En juillet 1997, considérant que la mission qu'elle s'était donnée était accomplie, l'UREC a donc arrêté la mise à jour de cet annuaire généraliste. Il est maintenant remplacé par un annuaire spécialisé consacré à l'enseignement supérieur et à la recherche.
Nombreux sont ceux qui travaillent à une meilleure représentation du français sur le Web, en prônant un Web francophone intégré dans un Web international et multilingue tenant compte de la diversité des langues en Europe et dans le monde.
La Délégation générale à la langue française (DGLF) s'est donnée plusieurs missions : veiller à la promotion et à l'emploi du français en France, favoriser son utilisation comme langue de communication internationale et développer le plurilinguisme, garant de la diversité culturelle. La rubrique: France langue propose trois listes de diffusion consacrées à la langue française: France langue, France langue assistance et France langue technologies. Gérée et modérée par la DGLF, France langue se veut "un lieu convivial d'échanges d'informations et d'idées (manifestations, colloques, publications, etc.), ainsi qu'un lieu de discussion sur les thèmes liés à la langue française, à la diversité linguistique, à la dynamique des langues, à la politique linguistique", et elle accueille toutes les questions d'ordre linguistique (grammaire, orthographe, usage, etc.).
La DGLF a également mené plusieurs actions pour assurer la place du français sur les nouveaux réseaux, notamment l''édition de guides techniques sur l'utilisation dans les logiciels des caractères typographiques et des accents propres à la langue française, ce en liaison avec l'AFNOR (Association française de normalisation), et la traduction des logiciels commercialisés en France.
Le site de la Maison de la Francité, association belge subventionnée depuis 1976 par la Commission communautaire française, souhaite présenter la réalité socio-linguistique de Bruxelles, seconde capitale internationale de langue française après Paris, tout en agissant pour la défense et la promotion de la langue française à Bruxelles et au sein de la Communauté française Wallonie-Bruxelles.
Au Québec, le dynamique Office de la langue française (OLF), organisme gouvernemental chargé d'assurer la promotion du français, veille à l'implantation et au maintien du français dans les milieux de travail et des affaires et dans les services administratifs. Il définit et conduit la politique québécoise en matière de linguistique et de terminologie.
La propagation d'une langue passe aussi par l'étude dynamique de celle-ci. Internet ouvre des horizons sans précédent sur l'utilisation de bases de données linguistiques et les possibilités de recherche textuelle, témoin le site de l'Institut national de la langue française (INaLF), qui présente ses propres recherches, notamment dans le discours littéraire du 14e au 20e siècle (contenu, sémantique, thématique), la langue courante (langue écrite, langue parlée, argot), le discours scientifique et technique et ses ressources terminologiques.
Les instances politiques ont également contribué à favoriser l'accès des autoroutes de l'information aux francophones. En application de la Résolution sur la société de l'information adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement à Cotonou (Bénin) en décembre 1995, la Conférence des ministres francophones chargés des inforoutes s'est déroulée à Montréal (Québec) du 19 au 21 mai 1997. Datée du 21 mai 1997, la Déclaration de Montréal proposait de "développer une aire francophone d'éducation, de formation et de recherche; soutenir la création et la circulation de contenus francophones et contribuer à la sauvegarde et à la valorisation des patrimoines; encourager la promotion de l'aire francophone de développement économique; mettre en place une vigie francophone (veille active); sensibiliser prioritairement la jeunesse ainsi que les utilisateurs, les producteurs et les décideurs; assurer la présence et la concertation des francophones dans les instances spécialisées."
De par sa vocation internationale, Internet doit être multilingue. On dispose enfin d'un instrument qui peut abolir les frontières au lieu d'en créer d'autres. De plus en plus de sites offrent des présentations bilingues ou trilingues, voire multilingues. Le site du quotidien belge Le Soir, par exemple, offre une présentation du journal en six langues: français, allemand, anglais, espagnol, italien et néerlandais. Le Club des poètes, lui, présente son site en anglais, en espagnol et en portugais.
Le multilinguisme est l'affaire de tous, témoin cet Appel du Comité européen pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE) qui, diffusé dans les onze langues officielles de l'Union européenne, défend "une Europe humaniste, plurilingue et riche de sa diversité culturelle". Il propose aux réviseurs du Traité de l'Union européenne douze amendements prenant en compte le respect des cultures et des langues.
"La diversité et le pluralisme linguistiques ne sont pas un obstacle à la circulation des hommes, des idées et des marchandises ou services, comme veulent le faire croire certains, alliés objectifs, conscients ou non, de la culture et de la langue dominantes. C'est l'uniformisation et l'hégémonie qui sont un obstacle au libre épanouissement des individus, des sociétés et de l'économie de l'immatériel, source principale des emplois de demain. Le respect des langues, à l'inverse, est la dernière chance pour l'Europe de se rapprocher des citoyens, objectif toujours affiché, presque jamais mis en pratique. L'Union doit donc renoncer à privilégier la langue d'un seul groupe."
Il n'empêche que, même si on prône le multilinguisme, il est vraiment désagréable de se heurter à des pages web dont le contenu vous intéresse mais dont on ne comprend pas la langue. Depuis décembre 1997, le moteur de recherche AltaVista, utilisé par douze millions d'internautes, propose AltaVista Translation, un service de traduction automatisée de l'anglais vers cinq autres langues (allemand, espagnol, français, italien et portugais), et vice versa. Alimenté par des dictionnaires multilingues contenant plus de 2,5 millions de termes, ce service, gratuit et instantané, a été mis en place par Systran, société pionnière de la traduction automatique. La traduction étant entièrement automatisée, elle est évidemment approximative. Le texte à traduire doit être de trois pages maximum, et la page originale et la traduction apparaissent en vis-à-vis sur l'écran. Cet outil a ses limites, mais il a le mérite d'exister et il préfigure ceux de demain.
Internet est multilingue. Toutes les langues y sont déjà représentées. Tôt ou tard, la répartition des langues sur le Web correspondra à leur répartition sur la planète. Même s'ils donnent encore des résultats surprenants et souvent peu satisfaisants, des logiciels de traduction de pages web sont maintenant disponibles sur le marché, et des recherches sont menées par plusieurs sociétés (Alis Technologies, Globalink, Lernout & Hauspie, Systran, etc.) pour les améliorer.
[Pour des informations plus complètes sur le Web et les langues, merci de vous reporter à une autre étude, Le multilinguisme sur le Web.]
3. LES CYBERLIBRAIRIES
[Dans ce chapitre:]
[3.1. Cyberlibrairies francophones / 3.2. Cyberlibrairies non francophones / 3.3. Librairies de livres anciens / 3.4. Fournisseurs de livres pour bibliothèques / 3.5. L'avenir des cyberlibrairies]
De nombreuses librairies dites "traditionnelles" - avec libraires, locaux, vitrines, livres en pile sur des présentoirs ou alignés sur des rayonnages - ont créé un site sur Internet. D'autres librairies n'ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue. Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s'effectuent par le biais d'Internet. Dans les deux cas, les librairies en ligne sont souvent appelées librairies virtuelles par les francophones. Au terme de librairie virtuelle on préférera ici celui de cyberlibrairie parce que, bien que n'ayant ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue, une cyberlibrairie n'en est pas moins bien réelle.
L'internaute peut consulter le catalogue de la cyberlibrairie sur son écran et rechercher un livre par auteur, par titre ou par sujet. Sur l'écran, il peut également lire le résumé ou des extraits des livres qui l'intéressent, et se tenir informé de l'actualité du livre. Et surtout, qu'il cherche, consulte, lise ou commande, il n'a pas à se déplacer et à faire la queue. Il peut effectuer le paiement de sa commande au moyen de sa carte de crédit puisque les librairies sont maintenant pourvues d'un système de paiement sécurisé. Il peut aussi envoyer son paiement par chèque ou par virement s'il est réfractaire à l'envoi de son numéro de carte de crédit par Internet.
Voici quelques exemples de cyberlibrairies francophones, cyberlibrairies anglophones, librairies de livres anciens et fournisseurs de livres pour bibliothèques. Parallèlement on s'interrogera sur l'avenir des librairies en ligne et de la commercialisation des livres sur Internet.
3.1. Cyberlibrairies francophones
Le site de la FNAC ouvre sur le logo "fnac" blanc sur fond ocre bien connu. Présente en France, en Belgique et en Espagne, la FNAC se veut à la fois défricheur, agitateur culturel et commerçant. Elle définit sa politique commerciale comme "fondée sur l'alliance avec le consommateur, sa vocation culturelle et sa volonté de découvrir les nouvelles technologies". Outre un magazine littéraire en ligne, la FNAC a ouvert un secteur: commerce électronique, qui permet à chacun de commander les livres, disques, vidéos et CD-Rom de son choix. La commande s'effectue par Internet, Minitel ou téléphone. La livraison s'effectue en France comme à l'étranger. Les modes de paiement sont la carte de crédit ou le chèque à la commande. Ce service inclut également la réservation et le paiement de places de spectacles qui sont ensuite envoyées au domicile du client, et la réservation de voyages.
Le Furet du Nord est une chaîne de librairies françaises implantée dans le Nord de la France et dont le siège est à Lille. Son site permet de consulter une base de données répertoriant 250.000 ouvrages en langue française disponibles dans le monde entier et de commander instantanément ces ouvrages. Il propose aussi un suivi permanent de l'actualité littéraire. La vente à distance représente 15 à 20% du chiffre d'affaires total de la librairie, et les meilleurs clients sont les écoles, les universités, les comités d'entreprises et les ambassades.
En région Rhône-Alpes, la chaîne de librairies Decitre offre un site qui est un modèle de clarté. Ses neuf librairies sont particulièrement dynamiques dans le domaine du multimédia, avec un rayon très complet sur Internet et l'informatique. Elles organisent régulièrement des conférences et des initiations à Internet, et des démonstrations de CD-ROM.
Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Muriel Goiran expliquait que le site web, créé en 1996 et revu en décembre 1997, a été remanié à nouveau pour adopter une nouvelle présentation fin juillet 1998:
"C'est pour l'instant juste un moyen de communication de plus (mail) avec nos clients des magasins et nos clients bibliothèques et centres de documentation. Nous avons découvert son importance en organisant DOCForum, le premier forum de la documentation et de l'édition spécialisée, qui s'est tenu à Lyon en novembre 97 (la prochaine édition est fixée en novembre 99). Il nous est apparu clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied dans le Net. Internet est très important pour notre avenir. Nous allons mettre en ligne notre base de 400.000 livres français à partir de fin juillet 98, et elle sera en accès gratuit pour des recherches bibliographiques (l'achat des livres sera payant bien sûr!). Ce ne sera pas une n-ième édition de la base de Planète Livre […], mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur Internet."
Virgin MegaWeb est le magazine électronique de la section française du célèbre mégastore, avec l'actualité de la musique, du livre, de la vidéo et des CD-Rom. Le site du club France Loisirs présente tout le catalogue: CD, vidéos, livres, magazines, tirages et appareils photo, etc. Il permet d'adhérer au club et de passer commande.
Située au coeur de Paris dans la rue Saint-Honoré, la Librairie Itinéraires rassemble tous les ouvrages permettant de préparer, accompagner et prolonger un voyage: guides, cartes, manuels de conversation, reportages, récits de voyage, livres de cuisine, livres d'art et de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de religion et de littérature étrangère, et cela pour plus de 160 pays, soit environ 250 destinations. "Le monde en mémoire", tel est le sous-titre de son site bilingue français-anglais.
Dès 1985, la librairie avait créé une base de données avec classement des ouvrages par pays et par thèmes. Dans son courrier électronique du 11 juin 1998, Hélène Larroche, fondatrice de la librairie, expliquait:
"Il y a un peu plus de trois ans, nous en avons rendu la consultation possible sur Minitel et effectuons aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente à distance. Passer du Minitel à Internet nous semblait intéressant pour atteindre la clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par les livres un contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui 'livre à domicile' et bien sûr les 'surfeurs sur le net', non minitélistes.
La vente à distance est encore trop peu utilisée sur Internet pour avoir modifié notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique sur le Web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. (…) Outre le bénéfice pour l'image de la librairie qu'Internet peut apporter (et dont nous ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle dans notre spécialité - la connaissance des pays étrangers -, atteindre et intéresser les expatriés … et augmenter nos ventes à l'étranger."
Distributeur indépendant, la Société internationale de diffusion et d'édition
(SIDE) est le spécialiste français de l'exportation des livres, périodiques et
CD-ROM. La société regroupe et exporte à travers le monde les livres en langue
française publiés en Europe et traite les abonnements de périodiques français.
Son site bilingue français-anglais offre un plus à son activité.
Québécoise, la Librairie Garnau est la plus grande chaîne de librairies francophones en Amérique du Nord. Avec ses dix-sept points de vente à Montréal, Québec, Sherbrooke, Victoriaville, Saint-Jérôme, Laval, Sainte-Foy, Anjou, Gatineau, Sorel, Saint-Bruno et Chicoutimi, elle est également le plus gros réseau de distribution de livres au Québec.
Fondée en 1844 par le poète Octave Crémazie et son frère Joseph, la Librairie Garneau était un cercle littéraire fréquenté par des écrivains tels que François-Xavier Garneau ou Louis Fréchette. Elle eut aussi des hôtes illustres comme Sir Winston Churchill, Hervé Bazin, André Maurois, René Lévesque ou Lomer Gouin. En 1897, la librairie passa aux mains de Samuel Chaperon qui s'associa avec Pierre Garneau. Elle changea de propriétaires plusieurs fois pour être finalement rachetée en 1993 par Sogides, premier groupe d'édition, de diffusion et de distribution au Québec. Le 8 avril 1998, elle lance une cyberlibrairie de 250.000 titres basée sur la technologie IBM et le protocole SecurNat de la Banque nationale du Québec.
Les librairies spécialisées sont elles aussi présentes sur le Web, comme Le Monde en Tique qui offre un catalogue de 37.000 titres français et étrangers sur l'informatique, les nouvelles technologies, le multimédia et Internet, ou encore la Librairie Interférences, spécialisée en ouvrages scientifiques et étrangers, qui fut la première librairie française à ouvrir un site sur Internet en 1995. De nombreux autres sites de librairies spécialisées francophones sont accessibles grâce à la liste des librairies en ligne de Livre.net.
Avec l'essor du Web sont apparues les cyberlibrairies qui vendent des livres uniquement par le biais de leur site.
Alapage est une cyberlibrairie francophone qui propose tous les livres, disques et vidéos disponibles sur le marché français, soit 400.000 références, avec paiement sécurisé. Le site est bilingue français-anglais, et la recherche est possible par auteur, titre et éditeur. Le même service est également disponible sur Minitel (3615 Alapage).
Alapage travaille en partenariat avec Novalis, qui assure lui aussi la vente par correspondance de produits culturels: disques, livres, vidéos et multimédia. Les deux cyberlibrairies ont décidé en 1997 de créer le premier prix littéraire francophone sur Internet, non pas pour créer un prix litéraire de plus, mais pour constituer une "première".
Comme il était expliqué sur le site en octobre 1997,
"a) C'est la première fois que l'on utilise le support Internet pour organiser un vote autour d'un prix littéraire.
b) C'est la première fois qu'est constitué un jury littéraire composé d'un potentiel aussi important et diversifié de votants, fidèle reflet de la diffusion de la culture française. Ce vote est en effet ouvert à nos visiteurs de tous horizons, disséminés sur les cinq continents, qui pourront émettre leur avis sur l'ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littéraires de fin d'année.
c) C'est la première fois qu'est imaginé un instrument de mesure de la satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas seulement un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il."
Un vote a donc été organisé du 20 octobre au 9 novembre 1997 auprès de tous les cybernautes. Afin d'éviter les votes multiples, chaque voix n'a été validée que si la fiche de vote était scrupuleusement remplie. Toute fiche double a été annulée. Ce premier Prix littéraire des internautes fut remporté par Marc Trillard pour son roman Coup de lame, paru aux éditions Phébus.
Chapitre.com est une cyberlibrairie de 350.000 titres, complétée par une bouquinerie, un choix d'éditeurs, des liens avec 1.000 sites littéraires et culturels, et une revue des littératures intitulée Tête de chapitre. Livre en ligne est une autre cyberlibrairie disposant d'un catalogue de 300.000 titres.
3.2. Cyberlibrairies non francophones
Basée au Royaume-Uni, Internet Bookshop, très connue aussi sous son sigle iBS, est la plus grande cyberlibrairie européenne avec 1,4 million de titres.
IBS a développé un nouveau système de partenariat sur le Web. Tout possesseur d'un site web peut devenir partenaire d'iBS en sélectionnant sur son propre site un certain nombre de titres présents dans le catalogue de la cyberlibrairie. IBS prend en charge toute la partie commerciale, à savoir les commandes, les envois et les factures. Le cybernaute partenaire reçoit 10% du prix des ventes. Suivie par Amazon.com, la grande cyberlibrairie américaine, Internet Bookshop a été la première librairie en ligne à proposer une part aux bénéfices exclusivement à travers le Web, ce qui a d'ailleurs démontré la nécessité d'une nouvelle réglementation dans ce domaine.
En octobre 1997, Internet Bookshop a débuté la vente de livres anglais avec des remises allant jusqu'à 45%, prenant le risque d'une guerre des prix et des droits avec les éditeurs anglais. Parallèlement, elle attendait la réaction des mêmes éditeurs à sa décision de vendre des livres provenant des Etats-Unis, vente débutée en septembre 1997 et pratiquée aussi par d'autres libraires spécialisés.
A la même époque, Waterstone's songeait également à introduire des titres américains dans son catalogue à partir de début 1998. De son côté, The Publishers Association, organisme représentant les éditeurs du Royaume-Uni, étudiait les propositions d'interdiction de vente de livres américains à des clients britanniques par des cyberlibrairies basées aux Etats-Unis.
Sur le site, la rubrique iBS News permet de suivre le match engagé par les librairies en ligne contre les associations d'éditeurs ou contre les libraires traditionnels, afin de permettre la suppression des frontières dans la vente des livres.
Ailleurs en Europe, on peut citer par exemple les librairies en ligne allemandes Buch +Medien Online ou Lehmanns Online Bookshop, ou encore Alice.it, qui est la grande cyberlibrairie italienne.
Aux Etats-Unis, Amazon.com, créé en 1994, se présente comme la plus grande cyberlibrairie du monde avec ses 3 millions de livres, CD, DVD, jeux informatiques, etc., soit quatorze fois plus que les plus grandes chaînes de supermarchés, et ses 3 millions de clients dans 160 pays. Son catalogue permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. Très attractif, le contenu éditorial du site change quotidiennement et forme un véritable magazine littéraire qui offre des extraits de livres, des entretiens avec des auteurs, des commentaires de lecteurs et des conseils de lecture.
Sur les traces d'Internet Bookshop, Amazon.com offre une part des bénéfices à ses associés en ligne. Depuis le printemps 1997, tous les possesseurs d'un site web peuvent vendre des livres appartenant au catalogue d'Amazon.com et toucher un pourcentage de 15% sur les ventes. Ces associés effectuent une sélection dans les titres du catalogue et rédigent leurs propres résumés. Amazon.com prend les commandes, expédie les livres, rédige les factures et leur envoie un rapport hebdomadaire d'activité. Au printemps 1998, son réseau comprenait plus de 30.000 sites affiliés.
"Introduit à la bourse de New York en mai 1997, Amazon.com a attiré 54 millions de dollars en ne cédant que 13% de son capital, une véritable performance pour une société dont le chiffre d'affaires était alors de 32 millions de dollars", expliquent Philip Wade et Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (Paris, Editions Autrement, 1998). Avec plus d'un million et demi de clients et une très bonne image de marque, elle est un symbole de réussite dans le cybercommerce. Sa cotation boursière est excellente, alors que la librairie est toujours déficitaire après deux ans d'existence. Fondateur et principal actionnaire d'Amazon.com, Jeff Bezos précise: "Nous générons des revenus de plus de 300.000 dollars [1 dollar = 6 FF environ] par an et par employé. Une librairie traditionnelle ne fait que 95.000 dollars par employé."
Les autres géants américains sont notamment Bookpage Online ou encore Buybooks.com avec un catalogue de 1,4 million de titres américains, 500.000 titres allemands, 500.000 titres français, 200.000 titres anglais, 100.000 titres suédois, 80.000 films en vidéo ou sur disque laser, et 10.000 jeux informatiques pour console ou sur CD-ROM. Le plus important libraire "traditionnel" des Etats-Unis, Barnes & Nobles, a également décidé de se lancer dans la vente des livres sur Internet en créant en mai 1997 son site barnesandnoble.com. Il a ainsi déclenché une guerre des prix en faisant directement concurrence à Amazon.com.
3.3. Librairies de livres anciens
Plusieurs libraires de livres anciens ont saisi l'opportunité que représentait
Internet pour faire connaître leurs fonds.
Créé en novembre 1995 par Pascal Chartier, de la Librairie du Bât d'Argent (Lyon), Livre-rare-book est un site quadrilingue en français, anglais, italien et allemand. Il propose à la fois un catalogue de livres anciens regroupant les catalogues de plusieurs librairies de la région et un annuaire électronique international des librairies de livres d'occasion. Pascal Chartier considère que le Web lui a "ouvert une vaste porte", à la fois pour lui et pour ses clients. Comment voit-il son avenir professionnel avec Internet? Comme "peut-être la pire et la meilleure des choses, la pire parce qu'il peut générer un travail constant sans limite et la dépendance totale. Le meilleur parce qu'il peut s'élargir encore et permettre surtout un travail intelligent!", répondait-il dans son courrier électronique du 10 juin 1998.
Classé en plusieurs rubriques (beaux-arts, cartes postales, collections, ésotérisme, femmes, histoire, jeux, jouets, littérature, livres anciens, Lyonnais, musique, régionalisme en France, religions, revues, sciences, sports et voyages), le catalogue de livres anciens est commun à la Librairie du Bât d'Argent (Lyon), la Librairie Devaux (Moulins), la Libreria A. Guida (Naples), la Librairie Heurtebise (Dijon), la Librairie Lucas et Vermorel (Lyon), la Librairie Miraglia (Lyon) et la Librairie du Verseau (Lyon).
Spécialiste d'antiquités et de livres anciens, France Antiques héberge plusieurs sites de librairies anciennes. Basé à Amboise (Loire), ce site bilingue français-anglais se veut celui de tous les professionnels du marché de l'art ancien français: antiquaires, libraires, commissaires-priseurs, éditeurs d'art, fournisseurs et artisans d'art, etc. Mis à jour quotidiennement, le site informe également des ventes publiques, expositions, salons et manifestations diverses. France Antiques comprend douze catalogues de librairies anciennes. Le site propose aussi un annuaire des libraires, une liste des librairies complétée par un classement géographique, et un index par spécialités (autographes, manuscrits - beaux-arts, architecture, arts décoratifs - bibliographie, histoire du livre - etc.).
Dans les sites non francophones consacrés aux livres anciens, le site Paulus Swaen Old Maps and Prints propose des enchères sur Internet de cartes anciennes du monde entier, gravures, imprimés, atlas, globes et manuscrits médiévaux.
Par ailleurs, toujours dans le domaine du livre ancien, comme on le verra plus loin dans les chapitres consacrés aux cyberbibliothèques et aux catalogues, toutes les cyberbibliothèques proposent des oeuvres anciennes en texte intégral. Des catalogues tels que celui de RLIN (Research Libraries Information Network) recensent les fonds anciens de nombreuses bibliothèques dans le monde.
3.4. Fournisseurs de livres pour bibliothèques
Outre les librairies accessibles aux particuliers comme aux collectivités, il existe des fournisseurs en livres et périodiques exclusivement pour les collectivités, par exemple Blackwell et Dawson. Ces fournisseurs centralisent toutes les demandes émises par ces collectivités, ce qui évite à celles-ci le casse-tête engendré par la gestion de bons de commandes et de factures multiples. De plus, les fournisseurs disposent d'un réseau international, c'est-à-dire qu'ils s'engagent à fournir un livre ou un périodique quelle que soit sa provenance. Là aussi, les collectivités n'ont plus à faire face au casse-tête représenté par l'achat de documents hors des frontières d'un pays donné.
Blackwell's Book Services est un fournisseur international de livres, abonnements, bases de données bibliographiques et contrôle d'autorités à destination des bibliothèques universitaires, bibliothèques de recherche et grandes bibliothèques publiques du monde entier. La société, qui a fêté son vingtième anniversaire en 1995, a une histoire intéressante puisque, anglaise à l'origine, elle a conquis le marché américain puis mondial.
A la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, la société de Richard Abel, basée à Portland (Oregon, USA), dominait le marché universitaire américain. Elle vendait des livres aux bibliothèques et proposait un service de catalogage automatisé. Mise en vente en 1974, cette société fut rachetée par la librairie et l'éditeur britanniques B.H. Blackwell et Blackwell Scientific, qui cherchaient à s'étendre en Amérique du Nord et qui s'installèrent à Portland sous le nom de Blackwell North America (BNA). Blackwell était déjà connu à cette époque en tant que fournisseur étranger de livres et de périodiques. Son unique représentant aux Etats-Unis, Jack Walsdorf, entama son travail de prospection dans les universités américaines, et la vente des livres débuta en mars 1975.
En 1979, Blackwell North America débuta à la fois un service bibliographique sur microfiches (standing order microfiche service) et un service de commande électronique (EAOS : easy access order system). Puis furent ajoutés une messagerie électronique ainsi qu'un service de commande électronique beaucoup plus sophistiqué. Le service de contrôle d'autorités fut considérablement développé. 200 millions de notices furent traitées en 20 ans, entre 1975 et 1995, et l'accent fut mis sur l'expansion internationale.
Comme Blackwell, Dawson est spécialiste du traitement de l'information: abonnements, livres et nouvelles technologies, à destination des professionnels de la documentation. De par sa vocation internationale, il propose un site trilingue anglais-français-espagnol.
C'est en 1809 que William Dawson s'établit comme libraire et dépositaire de journaux à Cannon Street, dans Londres, et qu'il créa le premier service de livraison de journaux par diligence hors de Londres, indique le site web.
Aujourd'hui, Dawson Holdings PLC est la plus grande société européenne d'abonnements et le plus grand fournisseur européen de livres pour les entreprises et les universités. La société est également un des grands groupes internationaux en services d'information. Elle procure des services d'acquisition et de gestion aux bibliothèques et centres de recherche du monde entier. En octobre 1997, pour mieux répondre à un marché en voie de mondialisation, Dawson a été réorganisé en deux grands secteurs, l'un gérant les abonnements, l'autre gérant les livres, ce indépendamment de la situation géographique de ses clients.
3.5. L'avenir des cyberlibrairies
Grâce au Web, les amoureux des livres disposent de catalogues en ligne répertoriant tous les titres disponibles. Ils ont la possibilité de passer commande immédiatement en utilisant le réseau Internet. Ils peuvent aussi suivre quotidiennement à l'écran l'actualité du livre. L'avenir des cyberlibrairies est très prometteur.
Chapters, le grand libraire canadien, et The Globe and Mail, quotidien de Toronto, se sont alliés pour créer une nouvelle cyberlibrairie canadienne, Chaptersglobe.com, ouverte à l'automne 1998. Le site comprend des critiques et recensions fournies par le journal, ses archives sur vingt ans, une liste de best-sellers et des forums de discussion.
Le groupe allemand Bertelsmann, qui a acquis au printemps 1998 Random House, la plus grande maison d'édition américaine, compte ouvrir prochainement une gigantesque cyberlibrairie proposant plusieurs millions de titres dans toutes les langues, avec livraison rapide dans le monde entier.
En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les prix, contrairement aux possibilités qu'offre le prix libre du livre au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. En revanche, les libraires sont optimistes sur les perspectives d'un marché francophone. Un nombre significatif de commandes provient de l'étranger. Il représente par exemple un pourcentage de 10% des ventes pour la FNAC. Les clients sont des "Français et membres de la diaspora francophone, étrangers francophiles, universités ou écoles lointaines… soucieux de se procurer les derniers titres de l'édition parisienne ou simplement les livres qu'ils ne peuvent trouver à Kansas City ou à Kyoto", précisait Pierre Briançon dans le quotidien Libération du 14 novembre 1997.
Il faut également replacer le développement des cyberlibrairies françaises dans le contexte plus général du cybercommerce français. En mars 1998, le magazine Stratégies Internet a mené une étude sur le cybercommerce en France "auprès des 60 sites marchands les plus actifs en France, dressant ainsi l'état des lieux et donnant des pistes de réflexion aux entreprises françaises tentées par l'aventure du cybercommerce." La commande en ligne n'était possible qu'auprès d'une centaine de sites seulement. Le cybercommerce français représentait 40 millions de francs en 1997, avec une estimation de 160 millions de francs pour la fin de 1998. Le nombre d'acheteurs sur Internet étaient de 50.000 en mars 1998, avec une estimation de 400.000 pour mars 1999. L'étude indiquait que 25% des sites étaient considérés comme rentables dès 1997, alors que les autres envisageaient plutôt une rentabilité à moyen terme.
Même si la création d'une nouvelle législation s'avère difficile parce que freinée par la librairie "traditionnelle", l'abolition des frontières dans le marché du livre est inévitable, puisqu'elle est liée à fois à la structure même d'Internet, réseau des réseaux par-delà les frontières, et à la mondialisation de l'économie, phénomène économique bien réel. Dans la foulée d'Internet Bookshop, librairie en ligne britannique qui a décidé de vendre des livres publiés aux Etats-Unis, d'autres librairies suivent, et on pense à définir une nouvelle législation.
Les libraires ou les éditeurs vendront-ils bientôt à ceux qui le souhaitent le texte intégral des livres en version électronique? Dans ce cas, l'inévitable délai dû à l'envoi du livre par voie postale disparaîtra. On nous promet pour très bientôt les livres électroniques, ordinateurs de la taille d'un livre sur lesquels on pourra stocker des dizaines puis des centaines de textes électroniques. Si nombre de lecteurs actuels sont nés à l'ère du papier et préfèrent encore lire un roman de trois cents pages en version imprimée, ceci ne sera peut-être plus le cas pour les générations qui auront commencé à utiliser l'ordinateur dès l'âge de trois ans.
4. LES EDITEURS SUR LE WEB
[Dans ce chapitre:]
[4.1. Quelques exemples d'éditeurs / 4.2. Répertoires d'éditeurs / 4.3. Edition traditionnelle et édition électronique / 4.4. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?]
Comme les libraires, les éditeurs sont en train d'investir le Web. Et, comme pour les libraires, certains éditeurs traditionnels considèrent leur site web comme une vitrine permettant de faire connaître leur activité, alors que d'autres sont des cyberéditeurs qui traitent la totalité de leurs affaires sur le Net. L'édition électronique offre de nouvelles perspectives. Elle permettrait entre autres de résoudre la crise affectant les éditions universitaires et de recherche.
4.1. Quelques exemples d'éditeurs
Spécialisées dans les romans policiers, les éditions du Choucas ont été fondées en 1992 par Suzanne et Nicolas Pewny, libraires à Glapigny (Haute-Savoie). Sur leur site web, créé en 1996, ils proposent un chapitre de chaque nouveauté. Publié en septembre 1997, Affaire de coeurs est l'oeuvre de deux Canadiens, Fernand Héroux et Liz Morency, que les éditeurs ont connus grâce au Web. Les échanges ont été effectués par courrier électronique. Réalisée par Joane Michaud, infographiste et affichiste québécoise, l'illustration de la couverture a elle aussi été reçue par le biais d'Internet.
Nicolas Pewny expliquait sa démarche dans son courrier électronique du 8 juin 1998:
"Le site des éditions du Choucas a été créé fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités qu'Internet pouvait nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit problème: nous n'avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai créé ce site moi-même et l'ai fait référencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matière et s'est agrandi, et a commencé à être un peu connu même hors France et Europe.
Le changement qu'Internet a apporté dans notre vie professionnelle est considérable. Nous sommes une petite maison d'édition installée en province. Internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais pas. Même les médias 'classiques' nous ont ouvert un peu leur portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois. Beaucoup de livres se réalisent (corrections, illustrations, envoi des documents à l'imprimeur) par ce moyen. Dès le début du site nous avons reçu des demandes de pays ou nous ne sommes pas (encore) représentés: USA, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre volonté de ne pas devenir un site 'commercial' mais d'information et à 'connotation culturelle'. (Nous n'avons pas de système de paiement sécurisé, etc., nous avons juste référencé sur une page les libraires qui vendent en ligne)."
Comment Nicolas Pewny voit-il son avenir professionnel avec Internet?
"J'aurais tendance à répondre par deux questions: Pouvez vous me dire comment va évoluer Internet? Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu 'commercial' que possible et augmenter l'interactivité et le contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons mis 'en veille'. Mais si l'évolution va dans ce sens, pourrons-nous résister, ou trouver une 'voie moyenne'? Honnêtement, je n'en sais rien."
De plus en plus d'éditeurs sont présents sur le Web, par exemple Gallimard, La Documentation française, Marabout et les éditions Odile Jacob. Le site des Presses universitaires de France (PUF) présente le fonds éditorial des PUF, ainsi que la collection encyclopédique Que sais-je?, avec une recherche par numéro, un historique de la collection, une présentation des titres sur les trois derniers mois, un descriptif détaillé des dernières parutions, et un classement thématique.
Les éditions du Cerf se présentent comme la bibliothèque francophone de sciences humaines et religieuses. Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Hervé Ponsot, webmestre du site, précisait:
"Pour les éditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan Internet, en effet, le site existe en lien avec les éditions, mais marginalement quand même : le serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est géré par une personne extérieure au Cerf, moi-même. Bref, il s'agit plutôt d'un service rendu, dont on ne peut dire qu'il ait bouleversé la maison Cerf. Il reste que, par la grâce de Dieu, de plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes me sont adressées de plus en plus régulièrement, sans que nous les ayons cherchées, puisque le site a été créé en priorité pour rendre service aux chercheurs, et secondairement pour faire de la publicité pour la maison et renouveler son image…
Mais j'ai constaté, et beaucoup de personnes m'ont confirmé, que les sites de service pouvaient se révéler rentables, parfois plus facilement et plus rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les sites de recherche sur Internet. La suite envisagée pour le site Cerf ne devrait pas fondamentalement changer par rapport à ce qui se passe aujourd'hui: rendre service aux chercheurs, faire connaître la maison en lui donnant une image dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible surface financière, d'être leader en ce domaine; les pas seront donc comptés et très prudents."
Lancées en août 1996, les éditions CyLibris vendent leurs livres uniquement sur le Web et ne les impriment qu'à la demande, ce qui leur permet d'éviter le stock et les intermédiaires. Trois mois après, l'éditeur avait signé des contrats avec treize auteurs et vendu cent livres. Le site offre des extraits d'ouvrages et des informations sur de nouveaux auteurs, et il se propose aussi d'être le carrefour de la petite édition.
Le site des éditions 00h00.com (00h00 se prononce: zéro heure) a été ouvert le 18 mai 1998.
"La création de 00h00.com marque la véritable naissance de l'édition en ligne. C'est en effet la première fois au monde que la publication sur Internet de textes au format numérique est envisagée dans le contexte d'un site commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'édition (auteurs et éditeurs) d'ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants-droit. […] Avec l'édition en ligne émerge probablement une première vision de l'édition au 21ème siècle. C'est cette idée d'origine, de nouveau départ qui s'exprime dans le nom de marque, 00h00. […]
Internet est un lieu sans passé, où ce que l'on fait ne s'évalue pas par rapport à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. […] Le succès de l'édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux : il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur l'écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a commencé."
Tous les titres sont disponibles sous la forme d'un exemplaire numérique et d'un exemplaire papier. Les collections sont les suivantes: inédits, théâtre classique français, contes et récits fantastiques, contes et récits philosophiques, souvenirs et mémoires, philosophie classique, réalisme et naturalisme, cyberculture, romans d'enfance, romans d'amour, nouvelles et romans d'aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par genre. Pour chaque oeuvre, on a un descriptif en quelques lignes, un descriptif détaillé, la table des matières et les commentaires des lecteurs. Le paiement est effectué en ligne grâce à un système sécurisé mis en place par 00h00.com et la Banque populaire. Pour ceux que le paiement en ligne rebute, il sera bientôt possible de régler hors ligne par télécopieur, courrier, carte bancaire ou chèque.
Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs eux-mêmes. Sur le site, les cybernautes/lecteurs qui le souhaitent créent leur espace personnel dans lequel ils peuvent rédiger leurs commentaires, recommander des liens vers d'autres sites, exprimer leurs opinions et inviter leurs amis. Ils peuvent participer à des forums ou commenter les oeuvres proposées par l'éditeur. Ils peuvent encore s'abonner à la lettre d'information pour être tenu au courant des nouveautés.
Les éditions 00h00.com sont dirigées par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur
général de Flammarion, et Bruno de Sa Moreira, ancien directeur de Flammarion
Multimédia. Dans son courrier électronique du 31 juillet 1998, Bruno de Sa
Moreira expliquait:
"Le site a ouvert le 18 mai dernier, la gestation du projet: brainstorming, faisabilité, création de la société et montage financier, développement technique du site et informatique éditoriale, mise au point et production des textes et préparation du catalogue à l'ouverture a duré un an."
Dans quelle mesure Internet a-t-il changé sa vie professionnelle?
"Radicalement, puisqu'aujourd'hui mon activité professionnelle est 100% basée sur Internet. Le changement ne s'est pas fait radicalement lui mais progressivement (audiovisuel puis multimédia puis Internet)."
Comment voit-il son avenir professionnel avec Internet? "Difficile de répondre, il s'agit du présent, nous faisons un pari, mais cela me semble un média capable d'une très large popularisation, sans doute grâce à des terminaux plus faciles d'accès que le seul micro-ordinateur."
Outre-Atlantique, des éditeurs ont choisi de mettre en accès libre sur le Web le texte intégral de leurs publications et, loin de baisser, les ventes ont au contraire augmenté. La MIT Press (MIT: Massachussets Institute of Technology, USA) par exemple a vu ses ventes doubler pour les titres disponibles sur Internet.
Autre exemple, celui de la National Academy Press (NAP), qui publie environ 200 livres par an, principalement dans les domaines scientifique, technologique et médical:
"A première vue, cela paraît illogique. Un éditeur de Washington, la National Academy Press, qui a publié sur Internet 1.700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi à tout un chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l'année suivante. Qui a dit que personne n'achèterait la vache si on pouvait avoir le lait gratuitement?"
Dans un article du Courrier international de novembre 1997, Beth Berselli, journaliste au Washington Post, explique que l'éditeur a choisi depuis 1994 de mettre sur Internet le texte intégral d'un certain nombre de livres pour que les lecteurs puissent les "feuilleter", comme ils l'auraient fait dans une librairie, avant de les acheter ensuite s'ils le souhaitent. Si d'autres éditeurs rejettent cette solution du fait des coûts d'installation excessifs, des problèmes liés au droit d'auteur ou d'une concurrence qu'ils estiment nuisible à la vente, la NAP a choisi d'offrir ce service moyennant une dépense allant de 250.000 à 400.000 dollars (1,5 à 2,4 millions de FF) par an.
En ce qui concerne le copyright, ce sont les auteurs eux-mêmes qui, pour des raisons publicitaires, demandent à ce que le livre soit disponible sur le site. Pour l'éditeur, le Web est un nouvel outil de marketing face aux 50.000 ouvrages publiés chaque année aux Etats-Unis. Sur un chiffre d'affaires annuel de 5,5 millions de dollars (33 millions de FF) sur l'exercice 1997 (clos en juin), la somme de 275.000 dollars (1,65 millions de FF), soit 5%, provenait de commandes passées sur Internet. La présence de l'éditeur sur le Web a entraîné également une augmentation des ventes par téléphone. Début janvier 1998, le site disposait de 1.000 livres avec contenu intégral sur le Web. Par ailleurs, une réduction de 20% est accordée pour toute commande effectuée en ligne.
4.2. Répertoires d'éditeurs
Les répertoires d'éditeurs ne manquent pas. Biblio On Line, diffuseur français de l'information culturelle sur Internet, gère un répertoire Editeurs. ClicNet, site culturel et littéraire francophone proposé par l'Université de Swarthmore (Pennsylvanie, USA), recense 2.500 liens à des ressources francophones, y compris des éditeurs.
Editeurs francophones se présente comme le site convivial de tous les éditeurs de langue française:
"Imaginez un espace convivial où vous, lecteurs du monde entier, pourrez faire connaissance avec les maisons d'édition, découvrir un univers où la culture francophone a toute sa place: actualités du livre, dossiers thématiques, rencontres avec des écrivains… de multiples opportunités pour susciter l'intérêt et la curiosité. Bien d'autres domaines encore seront progressivement développés en coopération avec les éditeurs, avec en perspective des échanges passionnants autour des grands sujets culturels pour vous."
Edilib répertorie les éditeurs, libraires et diffuseurs francophones. La gestion de cette liste est assurée par Benoît Thiriou, de la bibliothèque médicale du CHU (centre hospitalier universitaire) de Rouen (Normandie). L'indexation est réalisée à l'aide du répertoire RAMEAU (répertoire d'autorités matières encyclopédique et alphabétique unifié) par Dominique Benoist, de la Bibliothèque universitaire de la Faculté de médecine de Rouen. La recherche est possible par ordre alphabétique ou bien par sujets. Le site propose aussi des liens hypertextes avec d'autres sites ayant trait à l'édition française et internationale.
Financé notamment par le ministère de la Culture, France Edition, organisme de promotion de l'édition française, organise l'espace de l'édition française lors de foires du livre, congrès ou colloques, ainsi que des expositions thématiques, des stages, des missions d'audit et des programmes d'échanges destinés aux libraires. Lors de ces manifestations, un espace multimédia est spécifiquement aménagé pour effectuer des démonstrations de CD-Rom.
France Edition publie le mensuel La Lettre, des études et des dossiers sur différents pays, les partenaires potentiels et l'évolution du marché, des catalogues thématiques, des listes de nouveautés et des annuaires d'éditeurs français par secteur: sciences, techniques, médecine, droit, etc. Par ailleurs, une antenne de France Edition à New York (auparavant appelée Bureau du Livre Français) propose aux éditeurs français les services d'une agence de droits pour la langue anglaise: sélection de titres, prospection des éditeurs locaux, soumission des ouvrages et négociation des contrats.
FrancoAcquiNet est un répertoire d'éditeurs francophones avec liste alphabétique et liste géographique pour les pays suivants : Autriche, Belgique, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Liban, Luxembourg, Pays-Bas et Suisse. Conçu par Julie Filion et Isabelle Bourgey dans le cadre d'un travail de recherche à l'Ecole de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal (Québec), il se veut le complément francophone de l'AcqWeb Directory of Publishers and Vendors, qui est un répertoire international des éditeurs. Il est complété par trois répertoires destinés aux bibliothécaires: associations professionnelles, listes de discussions francophones et périodiques électroniques francophones traitant de bibliothéconomie.
Livre.net propose à ses abonnés, essentiellement des professionnels du livre, une base de données bibliographique contenant plus de 300.000 notices et la consultation de cinq annuaires professionnels (bibliothèques, diffuseurs, distributeurs, éditeurs et librairies). En décembre 1998, Livre.net comprenait plus de 300.000 notices de livres, 5.037 notices d'éditeurs, 2.137 notices de libraires, 435 notices de diffuseurs, 390 notices de distributeurs et 3.120 notices de bibliothèques, le tout étant accessible par le biais d'une recherche à partir de critères diversifiés (titre, auteur, éditeur, date de parution, ISBN, etc.). Un certain nombre d'informations sont également disponibles en libre accès : conseils pour écrire et publier, revues littéraires, concours littéraires, etc.
Plusieurs sites proposent des répertoires d'éditeurs internationaux. En voici trois.
L'AcqWeb's Directory of Publishers and Vendors est un répertoire des éditeurs et vendeurs situé sur le site de la bibliothèque de l'Université de Vanderbilt (Tennessee, USA).
Les Publishers' Catalogues sont gérés par Peter Scott de Northern Lights Internet Solutions, une société située à Saskatoon, dans le Saskatchewan (Canada). A titre d'exemple, voici la liste des éditeurs français répertoriés en décembre 1998: Actes Sud, Anako, Arnette Blackwell, Casterman, Cepadues, Culture d'Oc, CyLibris Editions, Dunod, Editions Complicités, Editions Dalloz-Sirey, Editions du Choucas, Editions Du Juris Classeur, Editions Eyrolles, Editions et Librairie Oberlin, Editions Hermès, Editions Jakin, Editions littéraires et linguistiques de Grenoble, Editions Marshall Cavendish, Editions Massin, Editions Michel Lafon, Editions Milan Presse, Editions Odile Jacob, Editions Phi, EDP sciences, Fata Morgana, Gallimard, Gauthier-Villars, Fabrice Gueho, Masson, Presses Universitaires de France et Telesma Publishing.
Gérée par la WWW Virtual Library, la Publishing Companies Online est une liste d'éditeurs classés selon les catégories suivantes: éditeurs universitaires, éditeurs de livres informatiques, éditeurs scientifiques, techniques et médicaux, éditeurs électroniques, projets d'édition en ligne, et autres éditeurs commerciaux.
4.3. Edition traditionnelle et édition électronique
Depuis trente ans, la chaîne traditionnelle de l'édition est soumise à de nombreux bouleversements.
Dans les années soixante-dix, le marché de l'imprimerie traditionnelle avait d'abord été ébranlé par l'apparition des machines de photocomposition. Le coût de l'impression a ensuite continué de baisser avec les procédés d'impression assistée par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le matériel d'impression numérique. L'impression est maintenant souvent assurée à bas prix par des ateliers de PAO (publication assistée par ordinateur) et des entreprises d'arts graphiques. La numérisation a également accéléré le processus de rédaction, puisque le rédacteur, le concepteur artistique et le personnel chargé de la mise en page peuvent maintenant travailler simultanément sur le même ouvrage.
Au Royaume-Uni, les fonctions de correction d'épreuves et de rédaction s'effectuent désormais à domicile, le plus souvent par des travailleurs qui ont pris le statut d'indépendants par suite de fusions d'entreprises, délocalisations ou licenciements. "Or cette forme d'emploi tient plus du travail précaire que du travail indépendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont généralement tributaires d'une seule maison d'édition", analysait Peter Leisink, professeur associé d'études sociales à l'Université d'Utrecht (Pays-Bas) lors du Colloque sur la convergence multimédia de janvier 1997 à Genève.
Pour la publication d'ouvrages et de périodiques éducatifs et scientifiques, dans lesquels l'information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les réactualisations régulières. Autre exemple, les universités américaines diffusent des manuels "sur mesure" composés d'un choix de chapitres sélectionnés dans une très importante base de données, choix complété par des articles et par les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être effectué à la demande à partir de textes scientifiques transmis par voie électronique à un imprimeur.
Dans L'édition savante à l'ère de la bibliothèque virtuelle: publication d'un livre en SGML sur le World Wide Web, mémoire de maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l'information (MBSI) de l'Université de Montréal (Québec) daté de novembre 1996, Guy Teasdale démontre les avantages de l'édition électronique pour les presses universitaires. Il présente les implications de l'édition électronique sur le Web tout en examinant les rôles et intérêts respectifs du bibliothécaire et de l'éditeur dans l'édification de la bibliothèque numérique. Suite à la crise affectant la publication d'ouvrages spécialisés par les presses universitaires, il voit l'édition électronique sur Internet comme la solution pour alimenter les bibliothèques universitaires et de recherche.
L'avenir de l'édition électronique est également lié à la manière dont pourra être résolu le paiement du droit d'auteur sur le Web. L'Association of American Publishers (AAP) par exemple travaille à un nouveau système d'identification d'un objet numérique, appelé DOI System (DOI: digital object identifier), dont le but est à la fois d'identifier le document soumis au copyright et de relier l'usager aux propriétaires du copyright.
Il est vraissemblable que, pendant plusieurs années, l'édition électronique et l'édition traditionnelle seront complémentaires, comme seront complémentaires les librairies en ligne et les librairies traditionnelles, ou bien les cyberbibliothèques et les bibliothèques traditionnelles. Il reste toujours pratique d'avoir la version papier d'un livre ou d'un magazine pour lire sur son divan, dans son lit, au café, dans une salle d'attente, dans un train ou dans un avion. Par contre, à terme, les fonctions de l'édition traditionnelle devront certainement être redéfinies en profondeur face au développement de l'édition électronique et aux immenses perspectives que celle-ci représente, à commencer par sa rapidité d'accès et son coût.
Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l'Union européenne a été conclu en décembre 1997, et cet accord devrait être suivi d'une convention internationale. Internet est considéré comme une zone de libre-échange, c'est-à-dire sans droits de douane pour les logiciels, les films et les livres électroniques achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres services sont soumis au régime existant, avec perception de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) par exemple sans droits de douane supplémentaires.
4.4. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
Internet a considérablement renforcé les relations entre auteurs et lecteurs. Grâce au Web, ils peuvent faire connaître directement leurs oeuvres, et le courrier électronique leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
Professeur de lettres, poète et peintre, Silvaine Arabo a créé le site Poésie d'hier et d'aujourd'hui, sur lequel elle propose de nombreux poèmes, y compris les siens. Que peut apporter ce nouvel outil qu'est Internet à un poète? Dans son courrier électronique du 9 juin 1998, Silvaine Arabo répondait:
"L'utilisation d'Internet a-t-elle changé quelque chose pour moi en tant que poète? Pour répondre à votre question, disons que la gestion d'un site Internet - si l'on veut qu'il demeure vivant - requiert beaucoup de temps. Mais je fais en sorte que ma création personnelle n'en souffre pas. Par ailleurs, Internet m'a mise en contact avec d'autres poètes, dont certains fort intéressants… Cela rompt le cercle de la solitude et permet d'échanger des idées. On se lance des défis aussi… Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par Internet: tant pour le lecteur que pour le créateur."
Le quotidien Libération du 27 février 1998 donne aussi l'exemple de Barry Beckham, romancier américain qui a inauguré une formule originale pour diffuser son roman You Have a Friend : The Rise and Fall and Rise of the Chase Manhattan Bank, portrait de la grande banque Chase Manhattan sur deux siècles, entre 1793 et 1995. Ce sujet a été inspiré par la vie professionnelle de l'auteur qui fut rédacteur dans le service des relations publiques de cette banque. Moyennant un abonnement de 9,95 dollars (environ 60 FF), le lecteur reçoit un épisode par courrier électronique toutes les deux semaines et pendant six mois. Barry Beckham pense être le premier à adopter cette formule de roman-feuilleton sur le Web, dans la lignée de Dostoïevski, Dumas ou Dickens en d'autres temps. Parlant de lui-même, il déclare:
"Un auteur du 20e siècle utilise la même démarche [la publication de romans par épisodes dans les journaux du 19e] pour atteindre des lecteurs à une époque où l'édition littéraire est dominée par des conglomérats obsédés par des titres ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance intellectuelle."
Esther Dyson est la présidente d'EDventure Holdings, une société spécialisée dans l'étude des nouvelles technologies de l'information au niveau international, et elle fait également partie du comité directeur de l'Electronic Frontier Foundation (EFF). Depuis 1982, elle publie Release 1.0, lettre d'information mensuelle très prisée des spécialistes et souvent appelée la lettre intellectuelle du monde informatique. En 1997, elle publie son premier ouvrage: Release 2.0: A Design for Living in the Digital Age (Londres, Viking, 1997). Organisé en neuf chapitres (communautés, travail, enseignement, administration, propriété intellectuelle, contrôle du contenu, vie privée, anonymat et sécurité), l'ouvrage explore l'impact et les implications du cyberespace : son effet sur la vie quotidienne, les responsabilités liées aux nouveaux pouvoirs qu'il nous donne, et les problèmes de fond posés par Internet. Il expose aussi les conflits fondamentaux liés au développement de la communication numérique: les conflits entre la vie privée et l'ouverture sociale, la sécurité et la liberté, le commerce et la communauté. Parallèlement à la publication simultanée de son ouvrage par plusieurs éditeurs dans le monde, Esther Dyson a ouvert le site Release 2.0 pour dialoguer avec ses lecteurs. Elle compte tirer à profit tous ces échanges dans une nouvelle édition de son livre.
S'il est maintenant fréquent qu'un livre ait son correspondant numérique sur Internet, le cas contraire ne l'est pas, comme l'explique Christian Aubry, rédacteur en chef de Multimédium, dans sa présentation de L'état du cybercommerce 1998-1996, ouvrage lancé le 25 février 1998 lors du Forum québécois sur l'Internet.
"Il est devenu assez banal de numériser un livre afin de le rendre accessible sur le réseau mondial. Mais le contraire - un site Internet transposé dans un livre - est un phénomène suffisamment inusité pour attirer notre attention. Que peut gagner le Web, ce médium virtuel, universel, interactif et instantané, à revenir ainsi en arrière et à se figer dans un simple objet de papier?"
Ecrit par Vallier Lapierre et Yves Leclerc, journalistes associés de Vianet, et co-édité par Fortune 1000 et Communications Vianet, l'ouvrage est un recueil de textes tirés du site CLÉS du commerce électronique, et il recense les tendances et stratégies récentes en matière de commerce électronique et de cyberéconomie.
Pour clore ce chapitre, voici le commentaire de Jean-Paul, internaute amateur de musique et d'écriture, qui déclarait dans son courrier électronique du 21 juin 1998:
"Mon avenir sur la toile est plus personnel que professionnel. L'Internet va me permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de disques, éditeurs, distributeurs… Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tête (et ailleurs) et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est plus verte…"
5. LA PRESSE EN LIGNE
[Dans ce chapitre:]
[5.1. La presse en ligne francophone / 5.2. La presse étrangère / 5.3. La presse électronique / 5.4. L'avenir de la presse en ligne]
Les premières éditions électroniques de journaux ont été disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Puis les éditeurs de ces journaux ont créé des serveurs web. De nombreux journaux et magazines sur papier ont maintenant leur site et proposent sur celui-ci la version intégrale de leur dernier numéro en ligne - qu'il est possible de consulter librement ou moyennant un abonnement gratuit ou payant - ainsi que des dossiers et des archives. D'autres journaux et magazines sont purement électroniques. L'avenir de la presse en ligne est également lié à un débat de fond sur le métier de journaliste.
5.1. La presse en ligne francophone
Comme on le verra dans les lignes qui suivent, plusieurs journaux se disputent la paternité du premier site sur le Web.
Libération a débuté son site web à la fin de l'année 1995, peu après le lancement de la version papier de son Cahier Multimédia, inclus dans l'édition du jeudi. Le site de Libération propose la Une du quotidien, le Cahier Livres complété par Chapitre un (les premiers chapitres de livres récents), et bien d'autres rubriques. Indispensable pour qui veut se tenir au courant de l'actualité d'Internet, la rubrique Multimédia inclut les articles du Cahier Multimédia papier hebdomadaire et les archives des numéros précédents.
Sur le site du Monde, créé en 1996, on trouve des dossiers en ligne, la Une du Monde en version graphique à partir de 13 h, l'intégralité du journal avant 17 h, l'actualité en liaison avec l'AFP (Agence France Presse), et des rubriques sur la bourse, les livres, le multimédia et les sports. L'abonnement au journal complet en ligne est de 5 FF par jour, soit 30% de moins que l'édition papier qui coûte 7,50 FF. S'ils concernent le multimédia, les articles du supplément papier hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite Nouvelles technologies.
Le site du Monde diplomatique permet l'accès à l'ensemble des articles de la revue depuis janvier 1994, par date, sujet et pays. L'intégralité du mensuel en cours est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant sa parution. Un forum permanent de discussion en ligne permet au journal de discuter avec ses lecteurs. Dans son courrier électronique du 17 juin 1998, Philippe Rivière précisait:
"Monté dans le cadre d'un projet expérimental avec l'INA (Institut national de l'audiovisuel), début 1995, le site était le premier site d'un journal français. Depuis il a bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire. [Grâce à Internet,] le travail journalistique s'enrichit de sources faciles d'accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par l'échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement."
En septembre 1996, L'Humanité a été le premier quotidien français à proposer la version intégrale du journal sur le Web. Classés par rubriques, les articles sont disponibles sur le serveur entre 10 h et 11 h du matin, à l'exception de L'Humanité du samedi qui n'est généralement mise en ligne que le lundi. L'archivage est automatique.
Dans son courrier électronique du 23 juillet 1998, Jacques Coubard expliquait:
"Le site de L'Humanité a été lancé en septembre 1996 à l'occasion de la Fête annuelle du journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site, en partenariat, pour la récente Coupe du monde de football, et des données sur la Fête et sur le meeting d'athlétisme, parrainé par L'Humanité. Nous espérons pouvoir développer ce site à l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du quotidien qui devrait intervenir à la fin de l'année ou au début de l'an prochain. Nous espérons également mettre sur site L'Humanité hebdo dans les mêmes délais. Jusqu'à présent on ne peut pas dire que l'arrivée d'Internet ait bouleversé la vie des journalistes faute de moyens et de formation (ce qui va ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s'en servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute encore une 'peur' culturelle à plonger dans l'univers du Net. Normal, en face de l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d'édition électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens financiers."
Le site des Echos présente l'information financière en continu, un moteur de recherche par nom de société, un atlas régional des activités économiques, une sélection de sites, etc. La consultation du quotidien est payante, soit par numéro, soit par abonnement (215 FF par mois). Le site de La Tribune, gratuit, propose La Tribune du jour et les archives du journal, ainsi qu'une sélection d'articles en anglais.
Infos On Line, le service en ligne des publications du Groupe Havas, a vu son ouverture retardée pour des raisons administratives, et le site n'était toujours pas ouvert en décembre 1998. Il devrait diffuser les articles de 01 Informatique Agro-distribution,L'Entreprise, L'Expansion, L'Express, La France agricole, Le Moniteur des travaux publics et du bâtiment,La Revue de l'éleveur laitier, La Revue de l'industrie agro-alimentaire, L'Usine nouvelle, La Vie française et La Vigne, auxquels s'ajouteraient les articles de l'hebdomadaire Le Point et ceux du quotidien Les Echos. 100.000 articles seront accessibles grâce à un moteur de recherche multicritères proposant une liste d'articles, avec titre du périodique et résumé. L'abonnement minimal sera de 50 FF pour 10 articles. Il s'effectuera directement en ligne par carte bancaire ou par abonnement. Les personnes réfractaires au paiement en ligne pourront choisir d'effectuer le règlement par l'intermédiaire de CompuServe, fournisseur d'accès à Internet, et la somme correspondant aux achats d'articles sera ajoutée à la facture mensuelle envoyée par CompuServe.
Co-édité par Havas Interactive et l'Agence JSI depuis le printemps 1998, Infos Graphiques On Line a pour but de diffuser l'information expliquée en images. Disponibles par abonnement, des centaines d'infographies sont regroupées selon les thèmes suivants: culture, économie, France, monde, sciences, social, société, sports, vie quotidienne, clin d'oeil, comment ça marche. La recherche est possible par thème ou par période: jour, semaine, mois, ou archives plus anciennes.
Le Canard Enchaîné, hebdomadaire satirique, n'a malheureusement pas de site officiel sur le Net, mais un site officieux lui est consacré: La Crème de Canard, qui propose chaque semaine une sélection d'articles et de dessins, avec une semaine de retard par rapport à l'hebdomadaire, et des archives remontant à août 1995.
Les journaux régionaux sont également représentés sur le Web, par exemple Le
Républicain lorrain, Le Dauphiné libéré, les Dernières nouvelles d'Alsace ou
Ouest-France.
Outre l'intégrale de l'édition du jour, le site des Dernières nouvelles d'Alsace (DNA) propose des services comme le cours de la bourse et le calcul des impôts, et il offre aussi une édition abrégée en allemand. Dans son courrier électronique du 16 juin 1998, Michel Landaret précisait que DNA, "créé en septembre 1995 [et qui compte] actuellement 5.500 lecteurs par jour [est le] premier journal français a avoir mis son contenu sur le Web".
France-Ouest, site du quotidien Ouest-France, a été créé en juillet 1996. Dans son courrier électronique du 17 juin 1998, Bernard Boudic expliquait:
"[A l'origine, l'objectif était de] présenter et relater les grands événements de l'Ouest en invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de pages consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très vite, nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tournés vers la mise en ligne de dossiers d'actualité, puis d'actualités tout court. Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos : quotidien, hebdo (tendant de plus en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous offrons des services (PA [petites annonces], guide des spectacles, presse-école, boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal électronique total: mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages différentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie de l'information et autorisant la constitution par chacun de son journal personnalisé (critères géographiques croisés avec des critères thématiques).
[Internet a changé ma vie professionnelle] d'abord parce que j'en suis devenu le responsable éditorial… Les retombées sur le travail quotidien des journalistes d'OF [Ouest-France] sont encore minces. Nous commençons seulement à offrir un accès Internet à chacun (rédaction d'OF = 370 journalistes répartis dans soixante rédactions, sur douze départements… pas simple). Certains utilisent Internet pour la messagerie électronique (courrier interne ou externe, réception de textes de correspondants à l'étranger, envoi de fichiers divers) et comme source d'informations. Mais cette pratique demande encore à s'étendre et à se généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons aussi à tout ce qui touche à l'écriture multimédia et à sa rétroaction sur l'écriture imprimée, aux changements d'habitudes de nos lecteurs, etc. […]
[Internet est] à la fois une menace et une chance. Menace sur l'imprimé, très certainement (captation de la pub et des PA [petites annonces], changement de réflexes des lecteurs, perte du goût de l'imprimé, concurrence d'un média gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces défis, de rajeunir la presse imprimée."
Bel exemple de multilinguisme, le site du quotidien belge Le Soir offre une présentation du journal en français, allemand, anglais, espagnol, italien et néerlandais. Le site du Courrier international permet de retrouver les articles de la presse internationale sélectionnés et traduits par le Courrier, et de consulter ses sources au moyen de nombreux liens.
Présent sur le Web depuis le 14 septembre 1995, Webdo, premier journal électronique suisse, est issu de L'Hebdo, magazine d'information publié à Lausanne (Suisse). On y trouve son édition de la semaine et ses archives, ainsi qu'un répertoire quasi-exhaustif de la presse non spécialisée sur le Web.
Le Journal officiel est en ligne depuis début 1998. Le site est accessible soit directement, soit par le biais de Légifrance qui propose plusieurs autres documents officiels: le Code civil, le Code pénal, la Constitution de la Ve République (1958), la Déclaration universelle des droits de l'homme, des textes de lois et des arrêts de jurisprudence. La page d'accueil offre cinq grandes rubriques: la Constitution, la loi, la jurisprudence, le droit européen et l'actualité juridique. Une grande "première" puisque les textes législatifs n'étaient jusque-là accessibles que par Minitel ou par le biais de bases de données à la facturation élevée.
Dans le domaine informatique, l'excellente revue professionnelle Le M@nde informatique est mise à jour tous les vendredis. ZDNet, site du plus grand éditeur mondial de magazines informatiques, propose ZDNet France, un magazine électronique axé sur la micro-informatique. Il contient des articles de la rédaction de ZDNet ou bien publiés dans PC Direct et PC Expert.
Plusieurs répertoires permettent de "naviguer" sur la presse francophone.
Outre la diffusion de l'information mondiale en français, anglais, allemand, espagnol et portuguais, le site de l'Agence France-Presse (AFP) propose des liens hypertextes à la fois avec la presse française (titres nationaux, journaux régionaux, chaînes de télévision, radios et journaux électroniques) et avec la presse francophone des pays suivants : Belgique, Canada, Haïti, Madagascar, Maroc, Réunion (DOM-TOM), Suisse et Tunisie.
Biblio On Line, serveur français d'informations culturelles sur Internet, propose dans BiblioPresse 80.000 références d'articles dans plus de cent titres de la presse française. La recherche est possible par titre d'article, thème, revue et année.
PageFrance présente l'actualité française multimédia, l'actualité française en général avec des liens pour trouver l'information, une sélection de sites web francophones, une recherche de coordonnées en tous genres, et un guide pour acheter en ligne sur Internet.
5.2. La presse étrangère
Voici quelques exemples aussi pour la presse étrangère.
Aux Etats-Unis, le Wall Street Journal possède environ 100.000 abonnés payants en ligne. La version en ligne du New York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualité quotidienne en ligne et une banque de données d'articles, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y lire la presse en ligne et rechercher des articles par date ou par sujet.
Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font Web commun, avec possibilité de créer une édition personnalisée. The Economist, magazine économique anglais qui fait référence, est également disponible en ligne, comme le sont aussi le grand quotidien espagnol El Pais ou les magazines allemands Focus ou Der Spiegel, parmi tant d'autres.
Concernant la presse informatique, on a par exemple le mensuel Wired, créé en 1992 en Californie, une revue culte qui fut le premier magazine consacré à la culture cyber et qui se veut aujourd'hui le journal du futur à l'avant-garde du 21e siècle.
Plusieurs répertoires recensent la presse internationale, à commencer par l'excellent Les journaux sur le Web, tenu à jour par Gérald Verdon sur le site de Webdo. Il recense tous les sites web de quotidiens et magazines non spécialisés du monde entier, ainsi que les magazines électroniques et les chaînes ou les émissions de télévision.
AJR/NewsLink (AJR : American Journalism Review) propose des liens avec un grand nombre de journaux et magazines, associations de journalistes, ressources pour les journalistes, etc. Electronic Newstand offre des liens avec des centaines de magazines et permet aussi la recherche d'articles. Tenu à jour par Oxbridge Communications, MediaFinder gère des annuaires regroupant 90.000 magazines, lettres d'information, catalogues, périodiques, etc., et il est aussi fournisseur d'abonnements ou d'annonces publicitaires.
Plusieurs bibliothèques ont également créé des répertoires exhaustifs de la presse sur le Web, par exemple la section sur l'actualité, les médias et les périodiques créée par la Michigan Electronic Library (MEL).