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ENTRETIENS (1998-2001)
MARIE LEBERT
NEF, University of Toronto, 2001
Copyright © 2001 Marie Lebert
Quelle est leur activité sur l'internet? Quelle est leur opinion sur l'avenir du réseau, l'avenir de l'imprimé, le livre électronique, le droit d'auteur, le multilinguisme, le cyberespace, la société de l'information, etc.? Entretiens avec des bibliothécaires-documentalistes, chercheurs, écrivains, éditeurs, gestionnaires, journalistes, libraires, linguistes, professeurs, traducteurs, etc., francophones et non francophones.
Il existe aussi une version anglaise partielle (avec de nombreux entretiens): Interviews (1998-2001), et une version espagnole partielle (avec quelques entretiens): Entrevistas (1998-2001). Les versions originales sont disponibles sur le NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/index.htm
TABLE
(*) Entretiens traduits de l'anglais ou de l'espagnol.
Nicolas Ancion (Madrid) / Ecrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique
Alex Andrachmes (Europe) / Producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte
Guy Antoine * (New Jersey) / Créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la culture haïtienne
Silvaine Arabo (Poitou-Charentes) / Poète et plasticienne, créatrice de la cyber-revue Poésie d'hier et d'aujourd'hui
Arlette Attali (Paris) / Responsable de l'équipe "Recherche et projets internet" à l'Institut national de la langue française (INaLF)
Isabelle Aveline (Lyon) / Créatrice de Zazieweb, site consacré à l'actualité littéraire
Jean-Pierre Balpe (Paris) / Directeur du département hypermédias de l'Université de Paris 8
Emmanuel Barthe (Paris) / Documentaliste juridique chez Coutrelis & Associés, cabinet d'avocats, et modérateur de la liste de discussion Juriconnexion
Robert Beard * (Pennsylvanie) / Co-fondateur de yourDictionary.com, portail de référence pour les langues
Michael Behrens * (Bielefeld, Allemagne) / Responsable de la bibliothèque numérique de la Bibliothèque universitaire de Bielefeld
Michel Benoît (Montréal) / Ecrivain, utilise l'internet comme outil de recherche, de communication et d'ouverture au monde
Guy Bertrand & Cynthia Delisle (Montréal) / Respectivement directeur scientifique et consultante au Centre d'expertise et de veille inforoutes et langues (CEVEIL)
Olivier Bogros (Lisieux, Normandie) / Créateur de la bibliothèque électronique de Lisieux et directeur de la bibliothèque municipale
Christian Boitet (Grenoble) / Directeur du Groupe d'étude pour la traduction automatique (GETA), qui participe au Universal Networking Language Programme (UNLP)
Bernard Boudic (Rennes) / Responsable éditorial du serveur internet du quotidien
Ouest-France
Bakayoko Bourahima (Abidjan) / Documentaliste à l'Ecole nationale supérieure de statistique et d'économie appliquée (ENSEA)
Marie-Aude Bourson (Lyon) / Créatrice de la Grenouille Bleue et de Gloupsy, sites littéraires destinés aux nouveaux auteurs
Lucie de Boutiny (Paris) / Ecrivain papier et pixel. Auteur de Non, roman multimédia publié en feuilleton sur le web
Anne-Cécile Brandenbourger (Bruxelles) / Auteur de La malédiction du parasol, hyper-roman publié aux éditions 00h00.com
Alain Bron (Paris) / Consultant en systèmes d'information et écrivain.
L'internet est un des personnages de son roman Sanguine sur toile.
Patrice Cailleaud (Paris) / Membre fondateur et directeur de la communication de
HandiCaPZéro
Tyler Chambers * (Boston, Massachusetts) / Créateur de The Human-Languages Page (devenue iLoveLanguages en 2001) et de The Internet Dictionary Project
Pascal Chartier (Lyon) / Créateur de Livre-rare-book, site professionnel de livres d'occasion
Richard Chotin (Paris) / Professeur à l'Ecole supérieure des affaires (ESA) de
Lille
Alain Clavet (Ottawa) / Analyste de politiques au Commissariat aux langues officielles du Canada
Jean-Pierre Cloutier (Montréal) / Auteur des Chroniques de Cybérie, chronique hebdomadaire des actualités de l'internet
Jacques Coubard (Paris) / Responsable du site web du quotidien L'Humanité
Luc Dall'Armellina (Paris) / Co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures hypermédias
Kushal Dave * (Yale) / Etudiant à l'Université de Yale
Emilie Devriendt (Paris) / Elève professeur à l'Ecole normale supérieure de
Paris et doctorante à l'Université de Paris 4-Sorbonne
Bruno Didier (Paris) / Webmestre de la bibliothèque de l'Institut Pasteur
Catherine Domain (Paris) / Créatrice de la librairie Ulysse, la plus ancienne librairie de voyage au monde
Helen Dry * (Michigan) / Modératrice de The Linguist List
Bill Dunlap * (Paris & San Francisco) / Fondateur de Global Reach, société qui favorise le marketing international en ligne
Pierre-Noël Favennec (Paris & Lannion, Bretagne) / Expert à la direction scientifique de France Télécom R&D et directeur de la collection technique et scientifique des télécommunications
Gérard Fourestier (Nice) / Créateur de Rubriques à Bac, bases de données destinées aux étudiants du premier cycle universitaire
Pierre François Gagnon (Montréal) / Créateur d'Editel, pionnier de l'édition littéraire francophone en ligne
Olivier Gainon (Paris) / Fondateur et gérant de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne
Jacques Gauchey (San Francisco) / Spécialiste en industrie des technologies de l'information, "facilitator" entre les Etats-Unis et l'Europe, journaliste
Raymond Godefroy (Valognes, Normandie) / Ecrivain-paysan, publie son recueil
Fables pour les années 2000 sur le web avant de le publier sur papier
Muriel Goiran (Rhône-Alpes) / Libraire à la librairie Decitre
Marcel Grangier (Berne) / Responsable de la section française des services linguistiques centraux de l'Administration fédérale suisse
Barbara Grimes * (Hawaii) / Directrice de publication de l'Ethnologue, une encyclopédie des langues
Michael Hart * (Illinois) / Fondateur du Project Gutenberg, qui est la plus ancienne bibliothèque numérique sur l'internet
Roberto Hernández Montoya (Caracas) / Responsable de la bibliothèque numérique du magazine électronique Venezuela Analítica
Randy Hobler * (Dobbs Ferry, New York) / Consultant en marketing internet, notamment chez Globalink, société spécialisée en produits et services de traduction
Eduard Hovy * (Marina del Rey, Californie) / Directeur du Natural Language Group de l'Université de Californie du Sud
Christiane Jadelot (Nancy) / Ingénieur d'études à l'Institut national de la langue française (INaLF)
Gérard Jean-François (Caen) / Directeur du centre de ressources informatiques de l'Université de Caen
Jean-Paul (Paris) / Webmestre du site hypermédia collectif Des cotres furtifs
Anne-Bénédicte Joly (Antony, région parisienne) / Ecrivain auto-éditant ses oeuvres et utilisant le web pour les faire connaître
Brian King * / Directeur du WorldWide Language Institute, qui est à l'origine de
NetGlos, un glossaire multilingue de la terminologie de l'internet
Geoffrey Kingscott * (Londres) / Co-directeur du magazine en ligne Language
Today
Steven Krauwer * (Utrecht, Pays-Bas) / Coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human Language Technologies)
Gaëlle Lacaze (Paris) / Ethnologue et professeur d'écrit électronique dans un institut universitaire professionnalisé
Hélène Larroche (Paris) / Gérante de la librairie Itinéraires, spécialisée dans les voyages
Pierre Le Loarer (Grenoble) / Directeur du centre de documentation de l'Institut d'études politiques de Grenoble et chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation)
Fabrice Lhomme (Bretagne) / Créateur d'Une Autre Terre, site consacré à la science-fiction
Naomi Lipson (Paris & Tel-Aviv) / Ecrivain multimédia, traductrice et peintre
Philippe Loubière (Paris) / Traducteur littéraire et dramatique, spécialiste de la Roumanie
Pierre Magnenat (Lausanne) / Responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre informatique de l'Université de Lausanne
Xavier Malbreil (Ariège, Midi-Pyrénées) / Auteur multimédia, créateur du site www.01.com, modérateur de la liste e-critures
Alain Marchiset (Paris) / Président du Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM)
Maria Victoria Marinetti (Annecy) / Professeur d'espagnol en entreprise et traductrice
Michael Martin * (Berkeley, Californie) / Créateur de Travlang, un site consacré aux voyages et aux langues
Tim McKenna * (Genève) / Ecrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vérité" dans un monde en mutation constante
Emmanuel Ménard (Paris) / Directeur des publications de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne
Yoshi Mikami * (Fujisawa, Japon) / Créateur de The Languages of the World by
Computers and the Internet, et co-auteur de Pour un web multilingue
Jacky Minier (Orléans) / Créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et littéraires
Jean-Philippe Mouton (Paris) / Fondateur et gérant de la société d'ingénierie
Isayas
John Mark Ockerbloom * (Pennsylvanie) / Fondateur de The On-Line Books Page, répertoire de livres en ligne disponibles gratuitement
Caoimhín Ó Donnaíle * (Ile de Skye, Ecosse) / Webmestre du principal site d'information en gaélique écossais, avec une section sur les langues européennes minoritaires
Jacques Pataillot (Paris) / Conseiller en management chez Cap Gemini Ernst &
Young
Nicolas Pewny (Annecy) / Créateur des éditions du Choucas
Hervé Ponsot (Toulouse) / Webmestre du site web des éditions du Cerf, spécialisées en théologie
Olivier Pujol (Paris) / PDG de la société Cytale et promoteur du Cybook, livre électronique
Anissa Rachef (Londres) / Bibliothécaire et professeur de français langue étrangère à l'Institut français de Londres
Peter Raggett * (Paris) / Directeur du centre de documentation et d'information
(CDI) de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
Patrick Rebollar (Tokyo) / Professeur de littérature française, créateur d'un site web de recherches et activités littéraires, modérateur de la liste de diffusion LITOR (littérature et ordinateur)
Jean-Baptiste Rey (Aquitaine) / Webmestre et rédacteur de Biblio On Line, un site web destiné aux bibliothèques
Philippe Rivière (Paris) / Rédacteur au Monde diplomatique et responsable du site web
Blaise Rosnay (Paris) / Webmestre du site du Club des Poètes
Jean-Paul Rousset Saint Auguste (Paris) / Journaliste spécialisé dans l'histoire des techniques
Bruno de Sa Moreira (Paris) / Co-fondateur des éditions 00h00.com, spécialisées dans l'édition numérique
Pierre Schweitzer (Strasbourg) / Architecte designer, concepteur d'@folio (support de lecture nomade) et de Mot@mot (passerelle vers les bibliothèques numériques)
Henri Slettenhaar * (Genève) / Professeur en technologies de communication à la
Webster University
Murray Suid * (Palo Alto, Californie) / Ecrivain, travaille pour EDVantage
Software, société internet de logiciels éducatifs
June Thompson * (Hull, Royaume-Uni) / Directeur du C&IT (Communications &
Information Technology) Centre, basé à l'Université de Hull
Jacques Trahand (Grenoble) / Vice-président de l'Université Pierre Mendès France, chargé de l'enseignement à distance et des TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation)
Paul Treanor * (Pays-Bas) / Gère sur son site personnel une section consacrée à l'avenir des langues en Europe
Zina Tucsnak (Nancy) / Ingénieur d'études en informatique à l'ATILF (Analyses et traitements informatiques du lexique français)
François Vadrot (Paris) / Fondateur et PDG de FTPress (French Touch Press), société de cyberpresse
Christian Vandendorpe (Ottawa) / Professeur à l'Université d'Ottawa et spécialiste des théories de la lecture
Robert Ware * (Colorado) / Créateur de Onelook Dictionaries, un moteur permettant une recherche rapide dans 650 dictionnaires
Russon Wooldridge (Toronto) / Professeur au département d'études françaises de l'Université de Toronto et créateur de ressources littéraires librement accessibles en ligne
Denis Zwirn (Paris) / Co-fondateur et PDG de Numilog, librairie en ligne de livres numériques
Index des entretiens par profession
Bilan, par Marie Lebert
NICOLAS ANCION (Madrid)
#Ecrivain et responsable éditorial de Luc Pire électronique
Lancé en février 2001, Luc Pire électronique est le département d'édition numérique des éditions Luc Pire, créées à l'automne 1994 et basées à Bruxelles et à Liège. Le catalogue de Luc Pire électronique, en cours de constitution, comprendra les versions numériques des livres déjà publiés par les éditions Luc Pire (300 titres au catalogue papier en juin 2001) et de nouveaux titres, soit en version numérique seulement, soit en deux versions, numérique et imprimée.
*Entretien du 24 avril 2001
= Pouvez-vous vous présenter?
Je suis écrivain et, depuis 1997, je tente d'utiliser internet comme outil de communication et de création. Depuis l'année 2000, je collabore également au développement électronique des éditions Luc Pire, en tant que responsable éditorial.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Ma fonction est d'une double nature: d'une part, imaginer des contenus pour l'édition numérique de demain et, d'autre part, trouver des sources de financement pour les développer. En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
En tant qu'auteur, je publie des textes en ligne, soit de manière exclusive (j'ai publié un polar uniquement en ligne et je publie depuis février deux romans-feuilletons écrits spécialement pour ce support), soit de manière complémentaire (mes textes de poésie sont publiés sur papier et en ligne). Je dialogue avec les lecteurs et les enseignants à travers mon site web.
En tant que responsable éditorial au sein de Luc Pire électronique, je supervise le contenu du site de la maison d'édition et je conçois les prochaines générations de textes publiés numériquement (mais pas exclusivement sur internet).
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je pense que l'édition numérique n'en est encore qu'à ses balbutiements. Nous sommes en pleine phase de recherche. Mais l'essentiel est déjà acquis: de nouveaux supports sont en train de voir le jour et cette apparition entraîne une redéfinition du métier d'éditeur. Auparavant, un éditeur pouvait se contenter d'imprimer des livres et de les distribuer. Même s'il s'en défendait parfois, il fabriquait avant tout des objets matériels (des livres). Désormais, le rôle de l'éditeur consiste à imaginer et mettre en forme des contenus, en collaboration avec des auteurs. Il ne fabrique plus des objets matériels, mais des contenus dématérialisés. Ces contenus sont ensuite "matérialisés" sous différentes formes: livres papier, livres numériques, sites web, bases de données, brochures, CD-Rom, bornes interactives. Le département de "production" d'un éditeur deviendrait plutôt un département d'"exploitation" des ressources. Le métier d'éditeur se révèle ainsi beaucoup plus riche et plus large. Il peut amener le livre et son contenu vers de nouveaux lieux, de nouveaux publics. C'est un véritable défi qui demande avant tout de l'imagination et de la souplesse.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Je suis un télétravailleur. J'habite Madrid et les éditions Luc Pire sont à Bruxelles et Liège, en Belgique. En huit mois, j'ai reçu deux plis postaux relatifs à mon travail et je suis resté plus de six mois sans imprimante. En dehors des contrats, tout se passe sur l'écran. Pour mon travail, c'est donc très clair, 99% de l'information passe par des fichiers informatiques sans gaspiller de papier.
En tant qu'auteur, je continue à rédiger majoritairement à la main, au stylo sur papier. Je ne tape le texte que dans une seconde étape sur mon ordinateur. En réalité, même si je publie sur le web depuis 1998, je continue à travailler comme au 19e siècle pour mon écriture. Tout à la main dans des petits cahiers d'écolier. Sauf pour mes deux romans-feuilletons, précisément. J'ai décidé de changer mon mode d'écriture pour ces deux textes et je les écris directement à l'écran, comme ils seront lus, semaine après semaine. C'est un défi, une contrainte que je me suis posée volontairement. Pour voir si ça change quelque chose et pour répondre en détail à cette question souvent posée aux auteurs: est-ce que vous écrivez à la main ou à la machine?
En tant que lecteur, bien que je lise presque exclusivement les journaux en ligne, de même que les critiques littéraires et cinématographiques, je ne peux pour autant me passer de la littérature imprimée. J'ai toujours de bon vieux romans jaunis sur ma table de nuit et dans mon sac, où que j'aille. Dans le train, le métro, je lis. De laids bouquins de poche, dont le papier ne sent pas bon et dont les couvertures sont écornées, mais qui sont légers, résistants et fourrables dans n'importe quel bagage.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Je crois qu'il est fort imbécile de penser que l'arrivée du numérique va tuer le papier. Comme si l'arrivée de la radio avait tué la presse écrite, ou la télévision le cinéma. C'est une opinion tellement stupide que beaucoup de gens la partagent. Pour ma part, je crois que l'arrivée du numérique grand public offre une panoplie de nouveaux supports pour les contenus. Qu'elle ouvre de nombreuses possibilités pour imaginer de nouveaux types de créations et de produits culturels.
J'aime beaucoup le papier, j'adore les livres: ils m'accompagnent depuis toujours, que ce soient des bandes dessinées, des romans, des dictionnaires. Je pense qu'ils continueront à être présents pendant très longtemps. Mais qu'à leurs côtés apparaîtront de nouveaux formats. Le roman, tel que nous le connaissons, correspond très précisément à des contraintes techniques d'impression et de reliure; si l'on change les supports, on provoque l'apparition de nouvelles formes. La plupart des musiciens ont dû réinventer la composition de leurs albums suite à l'arrivée du CD qui ajoute vingt minutes au format 33 tours. Je me réjouis de lire ce qu'il y aura à lire dans dix ans. Mais j'aurai toujours un Dumas ou un Michaux sur ma table de nuit.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Ces appareils ne me paraissent pas porteurs d'avenir dans le grand public tant qu'ils restent monotâches (ou presque). Un médecin ou un avocat pourront adopter ces plate-formes pour remplacer une bibliothèque entière, je suis prêt à le croire. Mais pour convaincre le grand public de lire sur un écran, il faut que cet écran soit celui du téléphone mobile, du PDA (personal digital assistant) ou de la télévision. D'autre part, je crois qu'en cherchant à limiter les fournisseurs de contenus pour leurs appareils (plusieurs types de e-books ne lisent que les fichiers fournis par la bibliothèque du fabricant), les constructeurs tuent leur machine. L'avenir de ces appareils, comme de tous les autres appareils technologiques, c'est leur ouverture et leur souplesse. S'ils n'ont qu'une fonction et qu'un seul fournisseur, ils n'intéresseront personne. Par contre, si à l'achat de son téléphone portable, on reçoit une bibliothèque de vingt bouquins gratuits à lire sur le téléphone et la possibilité d'en charger d'autres, alors on risque de convaincre beaucoup de monde. Et de couper l'herbe sous le pied des "serpent", "memory" et autres jeux qu'on joue sans plaisir pour tuer le temps dans les aéroports.
= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?
Je ne vois pas de débat. Le droit d'auteur est un droit, il n'y a pas à revenir là-dessus. La question intéressante est de savoir comment appliquer ce droit inaliénable à la nouvelle réalité de diffusion des oeuvres.
Mon point de vue est très simple: l'auteur doit être rémunéré pour son travail. Mais il reste maître de son oeuvre et peut aussi décider lui-même de céder ses droits gratuitement (par exemple pour l'encodage en alphabet braille à destination des malvoyants) ou de diffuser certains de ses textes gratuitement (ce que je fais sur internet). Je tiens beaucoup au respect du droit de paternité de l'auteur, mais je ne pense pas que tout échange sur cette planète doive être monnayé. Je suis très heureux d'offrir des textes gratuitement. Mais je ne tolère ni le vol ni la piraterie. Si quelqu'un vole un texte et le diffuse sous un autre nom, il commet un délit grave, bien entendu.
= Comment définissez-vous la société de l'information?
Pour moi, la société de l'information est l'arrivée d'un nouveau clivage sur la planète: distinction entre ceux qui ont accès au savoir, le comprennent et l'utilisent, et ceux qui n'y ont pas accès pour de nombreuses raisons. Il ne s'agit cependant pas d'une nouvelle forme de société du tout car le pouvoir de l'information n'est lié à aucun pouvoir réel (financier, territorial, etc.). Connaître la vérité ne nourrit personne. Par contre, l'argent permet de très facilement propager des rumeurs ou des mensonges. La société de l'information est simplement une version avancée (plus rapide, plus dure, plus impitoyable) de la société industrielle. Il y a ceux qui possèdent et jouissent, ceux qui subissent et ceux dont on ne parle jamais: ceux qui comprennent et ne peuvent pas changer les choses. Au 19e siècle, certains artistes et certains intellectuels se retrouvaient dans cette position inconfortable. Grâce à la société de l'information, beaucoup de gens ont rejoint cette catégorie assise entre deux chaises. Qui possède des biens matériels et a peur de les perdre mais considère pourtant que les choses ne vont pas dans la bonne direction.
Mon opinion personnelle, par rapport à tout ça, c'est que ce n'est pas l'information qui sauve. C'est la volonté. Pour changer le monde, commençons par lever notre cul de notre chaise et retrousser nos manches.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Plusieurs fois, les réactions de lecteurs, notamment des adolescents qui réagissent très spontanément et s'expriment sans détour, m'ont fait pleurer devant mon écran. On passe sa vie à écrire des histoires pour donner des émotions aux lecteurs et voilà que ce sont eux qui nous en renvoient de plus fortes! Je n'ai jamais eu cet effet-là qu'avec des messages électroniques. En face à face ou par courrier postal, l'émotion est bridée par les formules de politesse et les circonlocutions en tous genres.
= Et votre pire souvenir?
A une époque où j'étais entre deux déménagements, que je n'avais plus ni adresse fixe ni téléphone, je me connectais dans les bibliothèques. J'avais participé à un concours sur internet pour être reporter radio pendant deux jours et gagner un téléphone portable, ce qui m'aurait été bien utile. J'avais laissé les coordonnées de mes parents. J'ai gagné, on a téléphoné pour me prévenir mais ma mère a mal compris le message et n'a pas jugé bon de me mettre au courant. Quand j'ai finalement appris ce qui était arrivé, il était trop tard. Internet va vite, les possibilités sont fantastiques, mais il faut aussi que le reste de la planète suive le mouvement, sinon on fabrique du vent. C'est une bonne morale.
ALEX ANDRACHMES (Europe)
#Producteur audiovisuel, écrivain et explorateur d'hypertexte
L'auteur a choisi de participer à ces entretiens sous le pseudonyme d'@
Andrachmes (Alex Andrachmes).
*Entretien du 16 décembre 2000
= Pouvez-vous vous présenter?
La bio classique, un peu promotionnelle, rien de tel: né en 1959, ma découverte du monde de la musique en 1980 passe par des productions audiovisuelles underground, cold wave, new wave, ou world music… Sans sombrer, ni traîner dans les pubs, c'est au cinéma que je consacre ensuite mon énergie, dans une officine de coproduction soutenant des projets alternatifs qui rencontrent pourtant un retentissement mondial, primés à Cannes, à Venise, aux Césars, nommés aux Oscars… C'est au sein d'une télévision périphérique francophone, diffusée en hertzien, par câble et satellite, que je renoue avec le monde de la musique, en créant des structures qui permettent encore aujourd'hui de capter des concerts live pour diverses chaînes, des plus connus des artistes, aux plus pointus. Je propose aussi la mise en place de magazines en tout genre, information en prime-time, sciences, modes de vie, nature sauvage, entretiens littéraires, ou cybers… Pratiquement tout ce qui ne se fait plus ailleurs parce que l'audience ne suivrait pas, je le défends. Et parfois ça marche, d'autres fois… Et on me consulte de toute l'Europe, conseil en scénario, en production, productions exécutives… Ce n'est pas pour autant que je néglige l'écriture: pièces de théâtre, créations collectives, co-scénarisation, romans et nouvelles, je me suis essayé à de nombreuses formes, depuis 1977.
= Avez-vous un site web?
De site personnel, point. Mais j'anime www.superfever.com, site d'un personnage de fiction, Sadie Nassau, producteur au sein d'une société de divertissements (STARTOP) produisant pour diverses chaînes francophones périphériques, pour le net, et pour la convergence entre les deux, domaine que je connais bien, comme vous vous en doutez… Nostalgie? En tant qu'auteur, @Andrachmes pourrait avoir un parcours parallèle à celui de son personnage. Pourrait, car il est plutôt à l'opposé. Voyez à cet égard la bio reprise sur le site superfever.com. Personnage de fiction, donc, que j'anime au sein d'une expérience toute neuve: www.thewebsoap.net. Lancé à titre expérimental le 22 septembre 2000, il est officiellement en ligne depuis le 17 novembre 2000.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Elle me semble assez bien décrite dans ma bio… Comme j'écris sous un pseudonyme d'auteur, ça dépersonnalise un peu. Curieuse sensation… Ceci dit, je pourrais vous parler des nombreux sites web des émissions dont je m'occupe, mais ce serait me dévoiler un peu trop.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
L'écriture. L'écriture de mail, même, principalement des mails fictifs…. Puisque le websoap a comme particularité d'utiliser exclusivement les moyens du web pour raconter les récits, il se donne comme objectif de mettre en place. Le défi que lance à ses auteurs notre réalisateur/intégrateur Olivier Lefèvre est de taille. En effet, habituellement, l'écriture, qu'elle soit de roman, de scénario ou de théâtre, implique des descriptions, des indications de mise en scène (ou des didascalies pour le théâtre). Ici, rien de tout ça. Tout doit se dire sous forme d'adresse à un autre personnage. Il faut ensuite rebondir sur la ou les réponses, et s'arranger pour que le nécessaire soit dit. De plus, logiquement, une adresse à un tiers est le plus souvent succinte, pleine de référence et de sous-entendus, entre le ton parlé, un ton un peu littéraire, un ton un peu dépersonnalisé par rapport à la parole, mais proche quand même de son interlocuteur. On est plus proche du roman "épistolaire" du 19e (siècle, pas l'arrondissement qui n'a rien à voir), que d'une continuité dialoguée… Donc, exercice difficile pour tout "tchatcheur", être court, mais tout dire, tout en restant léger… Heureusement, de temps à autre nous sommes aidés par un concept qui nous vient droit du jeu de rôle (d'autres auteurs du websoap nous viennent de ce secteur): le PNJ, le personnage non joué. Des adresses à ce personnage, proche du second rôle d'une fiction classique, mais non joué par un des "joueurs-auteurs", permet de préparer LE mail décisif à un autre personnage principal, en mettant en place la situation. Attention tout de même: il faut rester dans la cohérence du récit et assurer stabilité et visibilité! En fait, un peu comme dans la dramaturgie cinématographique ou théâtrale, où l'importance du hors champ n'est plus à inventer, le sens saute d'un mail à l'autre. Plus clairement, un mail qui a un sens très positif en tant que tel, peut en prendre un tout autre, lorsqu'il est complété par une information distillée par un autre mail. Dans cette nouvelle forme d'écriture, tout s'invente en temps réel. Et c'est ce qui est passionnant…
= Les possibilités offertes par l'hypertexte ont-elles changé votre mode d'écriture?
On le voit, les possibilités de l'écriture spécifiques à l'internet sont multiples (si pas infinies, on est en tout cas loin d'en avoir fait le tour). L'hypertexte en est une, bien entendu. En effet, j'ai jusqu'ici beaucoup parlé du mail. Si des renvois référentiels sont souvent fait d'un mail à l'autre, ils ne sont renforcés d'un véritable lien que quand le sens du récit l'impose, ce n'est pas la principale utilisation ici de l'hypertexte. Je ne vous ai pas encore parlé de l'écriture spécifique du site web des personnages. Là aussi, une idée originale très intéressante de notre réalisateur/intégrateur, c'est de caractériser le personnage par son site web. Car qu'y a-t-il de commun, vous le verrez si vous explorez la galaxie des sites du websoap, entre le site de Mona (le soleil de la galaxie!), celui de Sadie Nassau (le trou noir, sans doute, de cette galaxie, qui entraîne dans sa chute tout les autres…) et, à l'autre extrême, celui d'Antonin, l'observateur patenté de cette galaxie. Pour ne parler que de celui de mon personnage, le site se veut clinquant, vendeur, imitant (jusqu'à la perfection?) ce qui se fait de pire dans le secteur du "webtertainment", terme nouveau que je viens d'inventer. Pour cela, pas besoin de chercher beaucoup, toutes les sociétés d'entertainment, des plus grosses chaînes TV commerciales au plus petite start-up (STARTOP?), cherchent de nos jours à décrocher le jackpot en attirant les "hits" de "prospects"… Je me suis inspiré (!) au passage de tout ce qui fait la trash TV de nos jours, la télé voyeuse où on enferme des quidams dans un lieu clos pour étudier leurs réactions, concepts européens qui cartonnent dans le monde entier. Pas si loin d'ailleurs de l'entomologie du site "Insectalia" animé par Mona Bliss, un des personnages principaux du websoap. Pour la petite histoire, dans le nord de l'Europe, les sites de ces émissions de trash TV changent complètement la donne en matière de web, en faisant exploser le nombre de connexions, sur les réseaux qui les accueillent (jusqu'à 700.000 pour le site big brother en Belgique…). Pour revenir à l'hypertexte, dans de nombreux mails, je (le personnage) renvoie à mon (son) site. Au fur et à mesure de la mise en ligne des éléments, Sadie Nassau annonce triomphalement ses succès par mail, avec un lien vers la page concernée du site… Mais lorsque la mécanique s'enraye, les renvois vers ce site (effectués automatiquement par le serveur de sa société STARTOP) prennent un tout autre sens. Et lorsque d'autres personnages découvrent la vérité cachée du personnage de Sadie Nassau, et le lui signalent, ou préviennent d'autres personnages de ne pas frayer avec lui, là aussi, les liens prennent encore un autre sens… Inutile de vous préciser que je joue le rôle du mauvais…
= Comment voyez-vous l'avenir?
Comme vous avez pu le lire, je m'y intéresse de très près, puisque toutes les activités que développe mon personnage ne parlent que de ça. L'ensemble du websoap s'apparente d'ailleurs à une mise en abîme des tendances qui traversent le net de nos jours. Le déchirent même. Alors l'avenir… Quand on observe, et même qu'on joue, des personnages qui représentent des tendances à la manière d'un soap, connaître le vainqueur à l'avance n'est pas simple. Selon le personnage que j'anime, la réponse est différente. Et il y a des pièges. Dont le principal me semble être celui-ci: si, à force de travail, c'est mon personnage principal qui plaît au public, et non ses opposants, la réponse à votre question pourrait être inquiétante… Je préférerais vous en donner une autre, celle que je développe dans une autre oeuvre, Neiges d'anges (incluse dans Les yeux du labyrinthe). J'y raconte le réseau projeté dans une vingtaine d'années, aux mains de personnages comme ce Sadie Nassau qui tiennent le haut du pavé. Et sous ces pavés, quelle plage? C'est toute la question.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, c'est un des questionnements de l'équipe du websoap. A l'heure actuelle, il semble que l'internet soit encore considéré majoritairement comme un outil de travail, ou au mieux, comme un outil de consultation de documentation, d'infos en ligne, ou de services (réservations, prix, achats en ligne). Pas encore de loisir proprement dit, à part pour une minorité d'addicts de jeux, de free TV, de téléchargements musicaux ou de … sexe virtuel… La principale raison à cet état de fait est technique. La majorité des équipements se trouve dans les bureaux, et les connexions permanentes (câble, ADSL…) sont loin d'être majoritaires. Ce détour pour constater que le meilleur outil de lecture reste le livre, qu'on peut emporter n'importe où. Dans ma pratique professionnelle, et celle de la plupart de mes correspondants dans les médias, toute la création de documents (projets, scénarios, contrats, devis…) passe par l'ordinateur, les textes circulent par e-mail et attachements, mais leur lecture et/ou analyse passe par les tirages papier. Rares sont ceux qui échangent directement les infos sans ce passage obligé. Il faut une tournure d'esprit particulière pour arriver à envisager globalement un document, l'analyser, le corriger, sans l'imprimer. Par mon activité web, je m'y exerce, et ce n'est au fond pas désagréable du tout.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Il n'est pas impossible que, si on assiste à une véritable généralisation de l'e-book, ou à travers les Psion, Palm, Wap, UMTS (universal mobile telecommunications system)… qui sait, le papier finisse par être détrôné. Mais dans l'état actuel, le papier ne me paraît pas mort. Les premiers qui auront à souffrir, me semble-t-il, ce sont les journaux. Puisque la fonction info et service est déjà très répandue sur le net, via les sites des journaux eux-mêmes. Les grands médias sont en train de s'embarquer dans ce train-là, voir les sites de TF1, Canal+, etc… Les autres (l'édition principalement) passeront encore longtemps par l'étape tirage papier… Mais il se passe quelque chose via les sites de webtertainment dont je parlais plus haut, des habitudes se prennent, surtout chez les jeunes. Et là, une initiative comme la nôtre pourrait participer à un changement de la donne. En effet, l'activité proprement mail est un phénomène sociologique incontestable qui s'explique par une certaine dépersonnalisation des contacts permettant aux jeunes d'oser dire plus facilement ce qu'ils ont à dire. Paradoxalement, le texte qu'ils ont écrit leur paraît être une personnalisation de leur discours, puisqu'il existe sous forme écrite. Enfin, les fonctions envoi et retour confirment l'existence de leur discours, puisqu'il est lu, et qu'on y répond. Dans ces échanges là, le papier a déjà complètement disparu. L'exploration de ces formes de discours par nos personnages est donc en pointe. Et leur communication à un large public un réel enjeu.
Enfin, je pense surtout que c'est l'arrivée du fameux "papier électrique" qui changera la donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui consiste à charger électriquement une fine couche de "papier" - dont je ne connais pas la formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de nouveaux textes, par modification de cette charge électrique. Un e-book sur papier, en somme, ce que le monde de l'édition peut attendre de mieux.
= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?
Question épineuse s'il en est. Si c'est pour enrichir encore de grosses sociétés multinationales et surtout leurs actionnaires (les fonds de pensions américains que Beigbedder touche du doigt), de nombreux internautes dont je suis se rebellent face au "copyright". Par contre, si c'est pour permettre à des créateurs, des artistes ou des musiciens de vivre de leurs passions, le droit d'auteur au sens noble me paraît légitime. Le débat est le même que celui de l'exception culturelle face au GATS (General Agreement on Trade in Services). Copyright contre droit d'auteur! Mais il règne dans le domaine une confusion soigneusement entretenue, ou les deux sont amalgamés. "On" fait monter au créneau des artistes pour défendre une liberté qui pourrait ne profiter finalement qu'aux multinationales. Firmes qui s'empresseront d'étouffer ces petits soldats de la liberté, si on leur en laisse le pouvoir, sur le net. Et oui, contrairement aux droits d'auteurs qui sont incessibles, le système de "copyright" permet à ses "propriétaires" de modifier les conditions contractuelles aux moments qui les arrangent. On a vu plus d'un artiste parvenir à la vice-présidence de l'une ou l'autre de ces firmes grâce à ses ventes faramineuses, puis perdre jusqu'à leur nom dès que ces ventes ne suivent plus! Il me semble qu'il faut surveiller de très près le fameux accord entre BMG et Napster, par lequel, contre un abonnement assez minime somme toute, n'importe qui pourra charger des fichiers en toute légalité. Certes BMG est une multinationale, certes Napster est en passe de perdre son procès contre les autres multinationales de la musique; mais ce système de forfait peut amener à des solutions originales d'équilibre entre la liberté de l'internaute et la rémunération légitime des artistes. Tenant compte de toutes ces contradictions, valider un modèle économique, puisque c'est le dernier concept à la mode dans le domaine du net, n'est pas des plus évidents…
= Quelles sont vos suggestions pour un véritable multilinguisme sur le web?
J'attends les fameuses traductions simultanées en direct-live… On nous les annonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on nous les annonçait déjà pour cette génération-ci de processeurs. Alors, le genre: vous/réservé/avion/de le/november 17-2000… Non merci. Plus tard peut-être.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Je suis assez proche géographiquement de la société Lernout & Hauspie, qui est tombée en faillite. C'était le leader en matière de reconnaissance vocale… Donc, je ne suis pas très optimiste dans ce secteur non plus, pas avant de plus larges bandes passantes et/ou les processeurs ultra-puissants qu'on nous annonce donc pour très bientôt.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Lequel? Celui des Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke, utopies scientifiques pas toujours traitées comme elles devraient l'être? Ou celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des… J6M-Canal/Universal…
Tout ce qu'on peut dire à l'heure actuelle, c'est que ce qu'on peut encore appeler le cyberspace est multiforme, et qu'on ne sait pas qui le domptera. Ni s'il faut le dompter d'ailleurs… En tout cas, les créateurs, artistes, musiciens, les sites scientifiques, les petites "start-up" créatives, voire les millions de pages perso, les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa matière propre ne pourra être ignoré par les grands mangeurs de toile. Sans eux, ils perdraient leurs futurs "abonnés". Ce paradoxe a son petit côté subversif qui me plaît assez.
= Et la société de l'information?
Dans l'idéal, un lieu d'échange, le fameuse agora du village global. Mais l'idéal… Tant que le débat existe entre les fous du net, et les VRP de la VPC, il y a de l'espoir. Le jour où les grands portails se refermeront sur la liberté d'échanger des infos en ligne, ça risque plutôt d'être la société de la désinformation. Ici aussi, des confusions sont soigneusement entretenues. Quelle information, celles du 20 heures à relayer telles quelles sur le net? Celles contenues sur ces fabuleux CD, CD-Rom, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou toutes les connaissances contenues dans les milliards de pages non répertoriées par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de plus en plus tendance à mettre en avant les sites les plus visités, qui le sont dès lors de plus en plus. Là, on ne parle même plus de désinformation, de complot de puissances occultes (financières, politiques ou autres…), mais de surinformation, donc de lassitude, de non-information, et finalement d'uniformisation de la pensée. Sans avoir de définition précise, je vois qu'une société de l'information qui serait figée atteindrait le contraire de sa définition de base. Du mouvement donc…
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Incontestablement quand apparaissent mes propositions de mails ou de design de site sur le web. Quand je revois les préparatifs, les brouillons, et que je vois ce que ça donne, c'est comme un flash. Au fond, c'est le même plaisir lorsque sur des Napster ou Gnutella, on trouve enfin LE morceau introuvable qu'on avait perdu d'ouïe depuis dix ans, on le charge, on attend, 1%>50%>99%>file complete, on le lance. Raaaah…
= Et votre pire souvenir?
C'était au tout début, une de mes premières utilisations du médium. Je recherchais dans le cadre d'un projet des sites un peu rebelles, anarchisants, des trucs comme ça. Je tape "cyberpunk" dans Yahoo!, s'affiche la classique liste de sites. "Anarchy on the net, cyberpunk rock the web", ce genre… J'essaye d'en ouvrir quelques uns… Surprise! Un banner "NetNanny" m'interdit l'accès aux sites. Emanation d'un groupuscule de la "majorité morale" américaine, ce "NetNanny" s'autorisait à interdire les sites qui ne lui plaisent pas… Je ne l'ai plus jamais rencontré depuis, mais quelle saleté, ce truc. Enfin, à l'autre extrémité, il y a bien le procédé dit de "l'exit console" où, au moment de sortir d'un site, on vous "propose" une autre page, puis une autre, puis une autre, impossible de sortir. Ça, je n'en ai pas fait l'expérience, mais ça doit être hard. C'est d'ailleurs un procédé de site hard, ai-je lu quelque part…
*Entretien du 25 janvier 2001
La totalité de cet entretien est consacrée à l'e-book.
= Quel est votre sentiment sur l'e-book?
E-book, e-book, ai-je l'air d'utiliser un e-book, avec ses grands yeux qui me regarderaient dans la nuit? En voilà une accroche, isn't it? ("n'est-ce pas" pour les non-polyglottes…). Pour répondre à toute question à propos d'e-book, je n'ai qu'une seule envie, me laisser aller, j'écris sous pseudonyme… D'accord, pas me laisser aller au point de cette intro, un peu, disons, légère…, mais me laisser aller à un exercice auquel j'ai pris goût il y a peu, genre "j'ai testé pour vous…". Encore faut-il pour cela disposer de l'appareil dont on parle. Dites-moi donc, oui, vous aussi, là, ceux qui me lisez: qui possède un e-book? A part peut-être les quelques journalistes qui ont pu bénéficier des différents modèles quelque temps, au moment de leur sortie. Vous voyez… Donc, rabattons-nous sur ce qu'on en dit sur internet (quelques pages en français au hasard, ici, cette page assez bien faite, qui reprend tous les intervenants du secteur, Olympio.com, CyLibris.com et bien sûr 00h00.com). Examinons ce que j'en sais, et ce que je déduis des deux premiers, avec quelques raccourcis, pas la peine d'allonger la sauce. Puis, mais soyons un peu créateur, laissons-nous aller à quelques intuitions… Evidemment, cela va donner une série d'impressions sans doute pas très scientifiques, ni très documentées. Mais faute de grive, pour rester dans une comparaison avicole… Pourtant, cela fait plus d'un an qu'il est sorti, non, l'e-book? Il a fait la vedette du salon de Paris (oui, du livre, pas de l'automobile, qui s'appelle, lui, le mondial), il s'est invité à la foire du livre de Bruxelles (une foire…), il a été un peu éclipsé à celle de Francfort lors du rachat par Spielberg de l'idée du bouquin de Marc Lévy Et si c'était vrai, paru chez Laffont. On attend le film… ou l'e-book. A voir ce qui se vend sur le net, aux USA et en France, il doit y en avoir des e-books, à moins que ce ne soit l'effet Nasdaq d'avant la chute, des investissements en valorisation boursière, sur le futur, paraît-il. Qui pourrait nous dire si ça se vend? La Fnac annonce pour 2000 un excellent chiffre pour les e-books, Franklin aussi. Mais à voir les forums qui y sont consacrés (notamment celui de 00h00), ce secteur n'a pas l'air de décoller franchement…
= Quelle est la problématique?
L'e-book, en fait, pose tout simplement la problématique du terminal dédié… Sans être vraiment nouvelle, elle a été assez peu abordée pendant des années. Pour le terminal de lecture, quelques lignes dans un bouquin de SF de 1977 (La Stratégie Ender, de Orson Scott Card, prix Hugo 1986), sous forme d'ardoise "magique" pour élève studieux, l'auteur appelait cet objet "bureau"… On vient de loin. Pas la peine de faire de grandes recherches, le sujet a été assez peu mis en scène, quoi qu'on en dise. On le rencontre dans les Star Trek et autres Alien 4 où on montre des variantes de l'e-book, au milieu des années 90. Il faut dire que le formidable développement de la micro (merci messieurs Jobs, Allen, Gates et consorts) semblait avoir relégué la problématique du terminal dédié à la période jurassique du développement technologique. A quoi bon inventer le moindre de ces objets utiles à une seule application, alors que tout ce qu'il peut contenir ne représente que le quart du tiers de ce qu'un micro peut faire. Une seule application s'est imposée, liée à l'écran TV, c'est celle "dite" des jeux vidéo qui, elle, s'est largement répandue. De toute façon, les réseaux ne permettaient pas de charger de contenu… Et précisément, la problématique est une question de contenu, mais pas encore. D'ailleurs, pendant des années, le seul débouché des auteurs dans ce secteur a été… l'écriture de jeux vidéo! Depuis dix ans au moins, la micro plafonne. Quelques renouvellements d'appareils, toujours aussi peu pratiques sur les applications pointues puisqu'elles doivent tenir compte de l'ensemble de leurs applications. L'équipement des ménages s'essouffle, ceux qui se sont équipés le sont. Pour les autres, on pénètre le marché, beaucoup plus lentement. Et voici que se gonfle la bulle financière du Nasdaq… L'aubaine, les connexions permettent le contenu! En plus, la com(.com) éclate, processeurs hyperboostés, modems à bande de plus en plus large, start-up, téléphones portables… Tiens, le voilà enfin, le premier terminal dédié qui a éclaté, dépassant même le succès des jeux vidéo! La bulle financière, enfin, ce qu'il en reste, continue à l'exploiter jusqu'à la corde son téléphone portable. Et il donne à réfléchir aux autres secteurs. Organisateurs personnels, e-books, et autres lecteurs MP3 s'engouffrent dans la brêche. Même les jeux vidéo se chargent par internet, de nos jours. Le Nasdaq attend maintenant la langue pendante qu'on valide ces modèles économiques, qui ont déjà englouti des tombereaux de capitaux. Je crains que si en juin, on ne sent pas un sensible frémissement dans ces secteurs, ça ne chauffe sérieusement dans les start-up. Or, sans contenu, pas de marché, c'est le serpent monétaire qui se mord la queue. Tout le monde sait que le contenu met du temps à s'imposer. Qu'il faut tester des idées, prendre des risques, et s'attendre à ne pas s'attendre à celles qui s'imposeront. Qui avait prévu le boum du "texto" (SMS en Belgique), à l'arrivée des téléphones portables? 2 millions de ces petits messages qu'on envoie d'un téléphone portable à l'autre, ou depuis internet, circulent chaque jour en Belgique. Un véritable phénomène de société! Alors, qui va investir dans le contenu, ne fut-ce que pour tenter de reproduire ce hit? La voilà la question du contenu… Mais d'abord, quelles applications permettent de fréquenter des contenus sur les terminaux les plus adaptés? Cette question a un petit parfum de dernière chance. C'est qu'il ne faut pas espérer attirer Billancourt avec un soft inadapté. Je crois que voilà l'heure de mon fameux "j'ai testé pour vous".
= Quels sont les logiciels?
Quels logiciels donc? L'Open eBook, bien sûr, le logiciel qui est censé avoir mis d'accord la plupart des constructeurs, au début. Une manière de dérivé du langage HTML (et XTML) principal langage d'internet (et des Waps et autres UMTS pour l'autre, le x). Ce n'est pas trop la peine de développer, tous ceux qui me lisent ici savent (sûrement mieux que moi) de quoi je parle. Petite remarque fondamentale tout de même sur l'HTML. Pour une lecture classique, il y a une particularité intrinsèque à ce langage. Il s'affiche page par page. Jusque-là, ma foi… Un livre aussi, il n'y a qu'à la tourner, cette page. Seulement, imaginez un livre où, pour tourner la page, il vous faut vous lever, aller chercher la page suivante à la bibliothèque, vous rasseoir, et ne commencer à lire cette page qu'après toutes ces manipulations… Ereintant, non? C'est la démarche qu'effectue pour vous l'HTML. Et parfois, sur internet, c'est long, long… Donc, solution, on allonge la page un maximum, vous permettant de faire du "scrolling" par la barre de droite, ou directement par la souris (ah l'intellimouse, quelle invention…). Autre solution, on crée des raccourcis genre page suivante, qui a intérêt à ne pas être trop lourde à charger. Et enfin, en droite ligne de ce qui précède, on crée les hyperliens, créant de ce fait l'hypertexte. Drôle de détour, pour éviter de se déplacer de son fauteuil virtuel à la bibliothèque tout aussi virtuelle, on invente un nouveau langage qui révolutionne la pensée contemporaine. A quoi ça tient, tout de même, un peu de paresse, un paradoxe, et voilà… Petite remarque complémentaire, comme ça, en passant. Vu l'habitude des Américains de breveter les algorythmes, il semble que BT (British Telecom) ait l'intention de breveter l'hypertexte qu'il aurait inventé, ce qui provoquerait des situations inextricables. Une affaire à suivre assurément! Les premières rencontres que j'ai eues avec l'HTML m'ont un peu dérouté, il y a longtemps déjà. Pour la consultation, soit, mais pour la lecture, la l-e-c-t-u-r-e! Puis, je suis tombé sur le site Anacoluthe.com, celui où Olivier Lefèvre a mis en scène les fameuses Apparitions Inquiétantes d'Anne-Cécile Brandenbourger. Réconciliation immédiate avec l'HTML. Enfin quelque chose à faire avec la matière littéraire qui s'entassait depuis des années dans mon ordinateur complètement autiste. On frise l'approche du contenu, là…
= Et à part l'Open eBook et l'HTML?
Je ne vous ai pas encore parlé de Bill (hi Bill), un comble lorsqu'on aborde une problématique de logiciel, quelle qu'elle soit… Il n'y a rien à faire, il ne peut pas s'empêcher, dès qu'il y a un nouveau logiciel à mettre au point, Microsoft se lance. Incorrigible… Et voici, mesdames et messieurs, "le" logiciel de lecture sensé effacer tout les autres: j'ai nommé Microsoft Reader! C'est quasi comme ça qu'il se présente, comme d'hab. Et comme d'hab, c'est top cool ;-)… C'est qu'ils en ont des dollars, à Seattle. Téléchargez-le et testez, vous verrez, en plus c'est gratuit. Vous aurez même droit à un (tout petit) document de présentation. J'attends tout de même de voir tourner le truc en réel, avec un bon gros bouquin bien lourd, plein de sens… Adobe, l'acrobate, ex-Glassbook, qui, soit dit en passant, va changer de nom d'ici peu, lui, ça fait longtemps qu'il officie dans les réseaux (le PDF, grand classique du genre). C'est un assez bon format de chargement, d'impression, et de lecture. Il est gratuit aussi, chez Barnes & Noble par exemple, qui diversifie ses sources, en 2001. Pas comme Amazon.com qui reste Microsoft Reader pur et dur. Encore qu'ils annonçaient pour janvier la possibilité de commander les eBookman de Franklin. Ils y sont,mais il faut les trouver: rubrique "Electronics", et browser le nom de l'objet. La référence e-book livre du Microsoft Reader, cqfd. Mais tous ces logiciels manquent un peu de fantaisie, et de liberté de choix. Plutôt le format page que le format plan ou normal, ce sont eux qui choisissent pour vous. Or moi, j'aime choisir, varier selon ce que je lis, l'endroit où je suis… Tiens, le Cytale me donne en prime le choix des caractères… Tandis que l'Adobe m'offre un "rotating system", pour lecture sur "notebook computer". Parce que les autres pas? Non, je n'ose l'imaginer. Et si, la plupart des systèmes proposent du format "à la française", plutôt que celui "à l'italienne"; il paraît qu'on le préfère depuis les Egyptiens… Un seul document classique aurait été publié "à l'italienne", en largeur donc, dans l'histoire de l'édition. Mais pourquoi ne pas profiter de la nouveauté pour donner le choix? Surtout si l'on pense aux nombreuses éditions autres que les livres classiques. Livres d'architecture, plans, livres d'art, BD, livres pour enfants, et toute autre application possible. Tiens, un exemple, comment fait-on pour avoir le fameux "tube" éditorial 2000 en e-book: La terre vue du ciel? Il est bien disponible en écran de veille à l'adresse Photoservice.com. Ce manque d'ouverture risque de bloquer un certain nombre de possibilités. Ne dit-on pas que le premier marché visé est celui des applications professionnelles, éducatives ou de documentation? C'est justement dans ces domaines que des demandes particulières peuvent surgir inopinément. Autant le prévoir. Allons bon, nous voilà revenus aux ardoises magiques…
= Le e-book est-il une ardoise magique ou un soft?
Quand on fréquente tous ces softs, on s'aperçoit d'une confusion qui me semble soigneusement entretenue. Qu'entend-on exactement par e-book? Personne n'est capable de répondre à cette question toute simple. Personnellement, et j'ai ouvert ma réflexion par ça, je voyais le petit objet portable sur lequel on lit des livres numérisés. Sur le site Microsoft et celui d'Adobe c'est plutôt le soft qui permet de lire ces livres, tandis que sur ceux d'Amazon.com, de Barnes & Noble, et des autres vendeurs de "contenu" en ligne, l'e-book, c'est tout simplement les livres qu'on vend. Et encore, Amazon.com ne vend son "contenu" qu'en Microsoft Reader, et si chez d'autres le choix est plus grand, ces "contenus" paraissent un peu "prétextes commerciaux". Chez 00h00, on ne vend que du Rocket eBook, hormis bien sûr, le PDF dont ils sont les pionniers. Par contre, chez PeanutPress.com, vendeurs d'ouvrages du commerce on a même droit au… Peanut Reader! Et d'autres initiatives voient le jour, genre édition à compte d'auteur chez Publibook.com, qui permet pour un forfait modique d'être vendu sur le site en format papier et en format Palm Pilot et Rocket eBook. Certes, ils allouent à l'auteur entre 18 et 36% des ventes, mais au milieu d'un catalogue qui pourrait aller jusqu'à 6 millions d'auteurs, sans critères, sans références, n'est-ce pas un peu une manière "d'arnaque classique" du compte d'auteur adaptée au net? A voir. Initiative peut-être plus riche, celle d'Olympio.com, initiée par Françoise Bourdin, qui suit un peu mieux les auteurs qu'ils publient, mais dont le Reader Olympio (était-ce bien utile?) ne marche pas si bien, dit-on. Quelle importance, me direz-vous? Tout d'abord, on constate que des plus gros vendeurs aux initiatives marginales, tous ne s'intéressent qu'assez peu à l'objet e-book. Ils ont l'air de se contenter de "vendre" du soft et les livres qui vont avec… Certes les softs sont gratuits, mais est-ce encore la tendance actuelle du Nasdaq? Dans la réalité actuelle du marché, cela revient majoritairement à charger le livre choisi sur son ordinateur fixe. Or qui va lire un livre pendu à son ordinateur fixe, à moins de l'imprimer, pendant un temps plus ou moins long, selon le type d'installation et d'imprimante? Moi quand je lis, j'aime lire n'importe où, dans n'importe quelle position, dans l'escalier, dans le métro, aux… Partout quoi. Donc, pour vraiment démarrer, les e-books devraient impérativement être portables. Et bien, figurez-vous que ces portables ont chacun leurs softs (tous dérivés de l'Open eBook semble-t-il). On ne choisit pas son application. Pour peu qu'elles soient trop rigides, et on regrette son achat. Le seul fait de penser qu'on risque de regretter son achat n'est pas très bon pour les chiffres de ventes… D'où l'importance de la fluidité du soft. Et de sa compatibilité! On a l'air parti vers le terminal dédié non seulement à la lecture exclusivement, mais à la lecture via un soft dédié à l'appareil exclusivement. Donc, celui qui maîtrise le contenu sur le soft qui se vendra le mieux (hi Bill)… On tourne en rond, voilà pourquoi je pense la confusion soigneusement entretenue. Celui qui possède le plus grand nombre de livres en "droits numériques" vendra le plus de soft, de books, et d'appareils… La concurrence va bientôt faire rage dans le domaine des achats de droits, si elle ne le fait pas déjà. Et le Rocket eBook de Gemstar, il n'était pas sensé avoir rejoint l'Open eBook? Parce que la première pub, ici, c'est "no scrolling!"… Or, sur 00h00, ceux qui ont essayé le Rocket eBook expliquent comme il est agréable de faire défiler les pages du livre qu'ils lisent. Ce mode "tourner la page", ressemble à une fonction hypertexte déguisée en "la" fonction "livre" la plus classique. En fait, comme les autres, cet e-book a son propre système de lecture (le RCA REB 1100) inclus dans la machine. Moi, on l'a vu, je suis plutôt "scrolling"… Chez Microsoft (j'écris en Word, et oui, personne n'est parfait…), je choisis plutôt la "view" normale plutôt que celle à la "page", et je "scrolle", je "scrolle". Très souvent, en HTML, plutôt que de cliquer l'hyperlien pour le chapitre suivant, je scrolle… Peut-être est-ce que je trouve plus important de réserver les hyperliens à des fonctions plus évoluées? Ou cela me permet-il de survoler le texte et d'accrocher des mots au passage, comme une première familiarisation avec les propositions de l'auteur? Je ne sais pas très bien. Evidemment si le texte nous fait des centaines de pages… Tandis que dans tous ces logiciels, les hyperliens nous sont présentés comme outils de navigation. Chapitres suivants, mots-clés, notes de bas de page, même les signets en sont. Bien, très bien même, pratique, ça roule, rien à dire. Mais un peu autiste, non? Dans les démos téléchargeables, on finit très vite par tourner en rond. Chez Open eBook, outre la navigation, chapitre, etc…, les liens sont présentés en plus comme des références à des publications en ligne. Simplement, quand on lit sur un e-book portable, on est censé être hors ligne, donc ces liens donnent sur… le vide! Impressionnant! Un peu schizophrène aussi. Quelques systèmes plus intelligents, comme le Franklin Reader, proposent des versions pour… Palm Pilot. Version qui dans ce cas précis risque de concurrencer son propre eBookMan, dont le nom est assez bien choisi, remember walkman, discman… Il est censé sortir en février, mais les informations diffèrent selon les sources. Il est en tout cas en précommande (voir Amazon.com). Quoiqu'il en soit, le gros avantage de charger une version e-book sur son organisateur, c'est que dans un avenir très proche, avec l'UMTS, il sera relié à un réseau fiable en permanence. Déjà, au Japon, la génération actuelle de téléphone portable relié au réseau permet la lecture (par i-mode l'intermédiaire entre le Wap et l'UMTS), et c'est un des "top succès 2000": 15 millions de Japonais l'utilisent. Par contre, nulle part ces hyperliens ne sont présentés comme vecteurs de sens. Sans doute est-il trop tôt… Et oui, c'est du contenu…
= Parlons maintenant du contenu.
Bon, ça va, on va en parler du contenu, je sens que vous insistez. Dans l'état actuel des choses surtout telles qu'amorcées plus haut, le contenu, c'est "la" killer application à trouver! C'est l'eldorado du 3è millénaire, dont on est sûr qu'il durera mille ans, lui: c'est "le" millénaire du siècle! Tous ceux qui s'occupent de contenu se regardent en chien de fusil, dans l'attente de la fin de ce misérable "effet Bush" qui freine le Nasdaq. Et chacun d'être sûr qu'il la détient, cette killer application. La concurrence! Les yeux braqués sur l'immédiat, y en a-t-il un qui se penchera sur les véritables trésors entassés depuis des millénaires dans les bibliothèques du savoir? Et qui cherchera à le diffuser dans les réseaux? A voir les millions de pages non référencées par les moteurs de recherche les plus courants, dont je parlais dans mon précédent entretien, ça m'étonnerait. Quoique… Tous ce qui se dit dans les sites, forums et actes de colloques autour du livre numérique depuis 1998, à l'initiative de différents pouvoirs publics (ministère de la culture, mission interministérielle), et de référents en la matière (00h00, Cytale…), tous jurent la main sur le coeur avoir cette perspective comme but ultime. Et en effet, il semble que la numérisation du domaine public soit en bonne voie. Mais pour ceux qui cherchent à télécharger gratuitement ce type d'oeuvre, où sont les références? Qui aura le courage d'inventer "le Napster, le Gnutella" de la pensée? Et ce, en toutes les langues? Qu'on ne se laisse pas paralyser par les actions d'une justice qui a montré ses limites en se choisissant souverainement son dirigeant suprême, le procès Napster est bien celui de puissantes multinationales et non celui de pauvres auteurs spoliés. Elles détiennent la musique, le cinéma, mais pas la pensée… Les bibliothèques publiques peuvent encore avoir leur mot à dire. Seulement, ils font peur ces quelques commerçants défendant leur beefsteak - littéralement, leur morceau de boeuf - ici, leur part de marché. Elle n'est pas si négligeable, si elle permet aux artistes actuels de vivre de leur talent. Mais ça s'arrête là. Leurs actions deviennent écoeurantes lorsqu'elles se mêlent de breveter le vivant. Les grands penseurs du passé doivent pouvoir rester vivants. Il est donc hors de question de les nourrir de leur propre chair, sous forme de farine littéraire, si vous voyez ce que je veux dire… Surfez donc sur les sites de vendeurs de contenu: tous proposent de télécharger gratuitement des "oeuvres", et quelles oeuvres! Si on aime les petites nouvelles genre Reader's Digest, ou les vieux Sherlock Holmes à deux sous… Bref, on devrait pouvoir se connecter pour capter ce que l'on veut des grandes oeuvres de toujours. Dans ce cas, je ne vois pas ce qu'il y aurait de rébarbatif à acheter les derniers trucs à la mode, ceux qui sont présentés dans toutes ces libraires amazoniaques en ligne. Ces quelques envolées lyriques pour signaler à qui de droit que l'ardoise magique peut toujours permettre d'éduquer les masses, comme à l'époque glorieuse de la 3è (république, pas internationale, ni millénaire d'ailleurs, ce serait "le"…). Qui aura le courage (financier) de mettre en place une structure simple de contact entre ces applications e-book, et ce contenu encore totalement libre de droit que constituent les millions de pages littéraires, scientifiques, philosophiques disponible sur le net à qui voudrait aller les chercher. Franchement, il faudrait les déboguer, ces pages, c'est peut-être là qu'il se cache, le "bug" de l'an 2000, dont on a tous oublié jusqu'à l'existence… Terra incognita, on parlait d'Eldorado, tout à l'heure… C'est de ce genre de truc que je parle, quand je parle de killer application. En ce sens, l'objet e-book aurait plutôt intérêt à bénéficier d'un disque dur solide, sur le modèle du Juke Box Nomad MP3 de Creative, qui bénéficie d'un disque dur de 6 giga, permettant de charger en MP3 environ 100 heures de musique (70 CD!), une aubaine pour les adeptes du "peer to peer"; musical. Je ne sais pas si les jeunes vont adorer, mais le genre "laisse tomber l'ordinateur de papa, et grâce à ton ardoise magique, prépare ton cours par téléchargement direct", ça devrait le faire… Question de communication intelligente. De toute façon, si personne ne le fait, ça se fera tout seul, via le "peer to peer", ce procédé mis au point justement par les "Napster" et autres "Gnutella". Et ce sera pire pour les détenteurs de droits, tant pis pour eux… Que fait la mission interministérielle? Si ce n'est pas de l'exception culturelle, ça…
= Comment sécuriser le contenu?
En matière de multilinguisme sur le net, ce sont surtout les traductions d'un code d'identification à l'autre qui règnent. C'est à dire des trucs du genre ISAN (international standard audiovisual number), UMID (unique material identification) et surtout DOI (digital object identifier), qui a certainement son utilité d'identification lorsqu'on charge le dernier truc à la mode. Ce type de vente en ligne est censé faire fonctionner le bazar, on est bien obligé de le constater, mais le côté policier de son identification devrait s'arrêter en même temps que la notoriété du "tube littéraire". Question de choix de société. Texte qui devrait être ensuite échangeable sous d'autres modalités financières, avant d'entrer dans un domaine public plus ouvert. Les modalités proposées aujourd'hui impliquent un vecteur de transmission de la culture qui identifie un peu trop son consommateur. Ce qui représente un danger, quand on pense à l'utilisation qui pourrait en être faite. C'est contraire à la Convention de Genève en matière de droit de l'homme, et même à celle de Berne, en matière de droit d'auteur. Si le droit d'auteur est un droit de l'homme comme le proclame la fondation Beaumarchais de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques, ndlr), ou plus simplement le salaire de l'auteur comme le disent les sociétés de droits d'auteurs musicaux, il ne faudrait pas qu'il devienne un intégrisme trop capitaliste. Comme le disait Patrick Altman dans Libération (du 6 avril 2000, ndlr), ce système de mise au net totalement exclusive représenterait "la première fois depuis la tradition orale, [qu']un vecteur de transmission de la culture permet[trait] de donner sans être dessaisi de son don". Triste constatation, non? La validation du modèle économique vaut-elle tous les renoncements? Peut-on viser l'équilibre budgétaire sans vendre son âme? Que ne ferait-on dire à Faust… Qu'il préfère Big Brother à Don Quichotte? Toujours est-il que le principal reproche qu'on peut faire au système de téléchargement d'e-book (qu'importe le logiciel), c'est qu'il faut s'identifier pour avoir accès à la culture. Et qui pourra nous dire qui en sont les propriétaires, de ce système, et qui en sera propriétaire demain? Celui qui utilisera de telles bases de données à des fins commerciales ou politiques sera le "king" du siècle, et plus s'il est assez puissant. C'est le 3è millénaire qui doit durer mille ans, pas un autre 3è plus hypothétique, mais plus effrayant (dans ce domaine, ce n'est pas vraiment ce que le 20è a inventé de mieux)… C'est, si on veut, un retour à des pratiques obscurantistes plutôt sectaires que d'aucuns refuseraient de cautionner. Quoique si on observe ce qu'il se passe dans les chats, jeux de rôles, ou plus simplement identifications dans diverses applications, le pseudo est roi! L'anonymat finit par supplanter l'identité, avec le cortège de conséquence que cette formule charrie à tous niveaux… S'il est le plus souvent possible de retrouver le demandeur, ce n'est pas sûr à 100%. Certains pourraient craindre que cette faculté d'anonymat et de pseudonymes se développe et se répande, annihilant ainsi les possibilités de traçabilité des oeuvres. Raison de plus pour limiter ces facultés de traçabilité aux "oeuvres" qui en ont un réel besoin économique, et d'empêcher que les autres ne soient captées par cette logique. On peut s'en passer. D'ailleurs, le "peer to peer" (P2P), encore lui, sera très bientôt trop compliqué à contrôler et il s'échangera très bientôt toute oeuvre à la portée du premier utilisateur venu. Un des fondateurs de Gnutella, Gen Kan, 24 ans, l'a déclaré récemment en mettant en route sa nouvelle start-up de mécanique logicielle en vue du "peer to peer", Gonesilent.com, qui sortirait du domaine musical. Pour lui, il faut s'attendre à voir circuler les oeuvres, les citoyens le demandent. C'est aux détenteurs de droits de s'adapter aux techniques de plus en plus pointues. Quant à savoir si ce contact direct entre explorateurs d'hypertexte représente une plaie, un "forward" ou un "save"…
= Qu'allez-vous lire sur votre e-book?
Bien, admettons donc que l'idéal se soit réalisé: via un forfait basique, j'ai accès aux oeuvres de référence que je veux, j'ai parcouru ce dont j'avais besoin, j'ai commandé les trois ou quatre bouquins dont au sujet duquel tout le monde cause, ça balance pas mal à Paris, merci. Je les ai payés, puis les ai lus dans toutes les positions du kamasutra, certains, missionnaires (!), d'autres, dans le métro, dans l'ascenseur, sur le bureau. Dans un lit, même! Et quid? Je m'ennuie à nouveau. L'application classique de l'e-book m'a permis d'acheter le dernier Brett Easton Ellis, le dernier Beigbedder, le dernier Houellebecq (quoiqu'il soit meilleur à réciter ses poèmes sur fond trip hop en MP3 en ce moment, chez Tricatel.com), de trouver enfin le bouquin de William Gibson (Neuromancien, 1986, ndlr) avec la fameuse formule impérissable sur le cyberspace, j'y ai ajouté le 3001 de Clarke et quelques bons vieux Norman Spinrad et Philip K. Dick pour faire bonne mesure… Et ce, sans les éternels atermoiements: le "libraire de grande surface", débordé, qui doit le commander à l'éditeur, qui en réfère plus haut avant d'envoyer le communiqué laconique: produit épuisé… Ou le libraire.com qui envoie une réduction pour la prochaine commande parce qu'il n'est pas sûr d'honorer celle-ci dans les dix jours, aveu implicite qu'il ne comprend même pas de quoi on lui parle… Malheureusement ces quelques caricatures représentent la majorité des cas, rien ne remplacera le conseil d'un libraire érudit, mais il en reste si peu… En reste-t-il? (Don't they, pour les non-polyglottes). S'il en restait, ils m'orienteraient vers la recherche des grands classiques, il paraît qu'ils sont libres de droit, si on en croit ma killer application (plutôt publique). Mais tout ça va-t-il faire acheter Billancourt? L'e-book se situe dans une économie technique qui ne survit que par l'écoulement de ses produits. A l'inverse de son contenu, qui lui n'existe que dans une économie de prototype créatif qui ne répond qu'à la loi des rendements décroissants. Fameux paradoxe, explosif… Et dire que c'est sur cette pierre que certains fondent l'économie du prochain millénaire. Tant mieux. La société de l'information a du bon finalement. Elle doit être informée, et les informateurs, les créateurs, en sont la pierre angulaire. C'est sur les outils de navigation que ça accroche. Non seulement, ils sont aux mains d'on ne sait trop qui, voir plus haut, mais en plus, intrinsèquement, ils ont le pouvoir culturel de fausser la pensée. Pas moins. C'est la faute à l'hypertexte, qui ne fait pas que des bêtises, à vouloir être breveté, il en fait lire aussi, comme dirait l'autre. Surtout lorsqu'il ne sert qu'à la recherche factuelle. Imaginez un e-book d'enfer, "tout ce que tu aurais voulu savoir sur…" (de chez Marabook), on n'entre dans les différents chapitres que par les liens du sommaire, et "l'oeuvre" est tellement volumineuse que personne ne lit l'ensemble. Ce qui ne dérange pas grand monde, au fond. Mais la voilà, la killer application, l'édition "tout ce que tu aurais voulu savoir sur…"! Sauf que notre chef de collection à la tête de l'équipe de rédacteurs (où est l'auteur?), n'a voulu choquer personne. Et il a un peu mixé les concepts. Avec une qualité de titre qui en étonnera plus d'un, il aura mis en place une idée sous un titre, et son contraire sous un autre. Sans aucun point de vue. Toute la culture du monde sur le même pied. Ca se vend, c'est donc excellent. Un peu comme si un site aussi prestigieux que Yahoo se permettait de vendre, au milieu d'antiquités communistes de l'ère de l'URSS, des objets de nostalgie nazie. Impensable au 21è siècle? A voir ce que l'on voit en matière d'information sur les médias internationaux… Quelle que soit la qualité des intervenants, un charnier à 10.000 morts dont on connaît les responsables (quand ils sont avérés), est sur le même pied que le dernier battement de cil de la starlette du mois (du jour, de la semaine, pas du siècle et encore moins du millénaire). C'est l'effet zapping. S'il faut en passer par là, on peut le faire avec un peu plus de panache. Voyez les mix que propose le MP3. Certes, c'est de la musique, et les DJ sont à la mode… Mais au fond, que font-ils d'autre que ce qui est décrit plus haut. Ils compilent des oeuvres, en font une bibliothèque (musicale), qu'ils distillent à leur gré selon leur humeur, selon la demande de ceux qui ravent avec eux, selon l'inspiration. C'est plus engageant que la culture "Marabook", non? Demandez à votre libraire…
= Que pensez-vous du Cybook de Cytale?
Dans le genre, Cytale, au demeurant un projet très sympathique, a fait très fort. La petite BD qui présente la journée d'un e-book addict est tordante! Que va-t-il lire comme journal numérique du matin, le client qui a téléchargé le Cytale? Le communiqué AFP à peine relifté par un journaliste stagiaire? Non merci, il a déjà RTL. Par contre, peut-être si, à la manière d'Europe 1 grande époque, on lui offrait un décodage de l'info façon "Pas vu à la télé", soit quelques commentaires acides des communiqués de presse qu'il entend en direct live, peut-être prendrait-il le temps, le soir, de se brancher pour charger ça. Un peu comme Europe 2 qui diffusait les Guignols de l'info de Canal+ (version grande époque aussi) le lendemain matin, à l'heure de l'info… Un truc qu'on attend… Attention, objectivité journalistique: à la moindre citation, on met le lien, et on diffuse! Le fameux communiqué AFP est accessible par un simple click sur le titre. Qu'on voie ce que le type de la radio en a fait… Ca ferait peut-être rire, et acheter… Petite killer application gratuite, bien plus réjouissante que celles qui précèdent… A d'autres moments décrits dans la journée d'un "cytalien", le besoin de l'apport de notre libraire pourrait se faire sentir. Tiens, j'ai envie de l'appeler e-libraire, ou mieux, E-bJ (l'équivalent au sein d'une rédaction e-book d'un disc-jockey, un E-book Jockey, en somme [prononcez I-bjay au lieu de Di-Jay]). Cytale nous dit: "Midi : une petite nouvelle, le temps de la pause déjeuner, ou un poème au soleil." Ils sont trop cool chez Cytale, qui a le temps de télécharger quoi que ce soit comme poème, la veille (même le dimanche)? Quant à la petite nouvelle, si c'est celle qui est disponible gratuitement sur Amazon.com, j'hésite… Je corrigerais la phrase en, au moins: "Midi : mon e-libraire, ou Eb-J, que m'a-t-il envoyé comme petite nouvelle ou comme poème à lire au soleil, le temps de la pause déjeuner?" J'espère qu'il en tient de bonnes, ce libraire érudit du 3è millénaire… Et c'est reparti dans toutes les positions du kamasutra (certaines, missionnaires (!), d'autres, dans le métro, dans l'ascenseur, sur le bureau. Dans un lit, même!) On s'ennuie déjà beaucoup moins, non? Savez-vous que les nouveaux e-books proposent des lecteurs MP3? C'était pour la lecture aux aveugles de leurs oeuvres préférées, au départ, et c'est tant mieux, merci à eux. C'est peut-être par là qu'on diffusera cet eBookman de chez Franklin, malgré ses mémoires un peu faibles. Bref: "écouter le dernier Red Hot (Chilli Peppers pour les non-polyglottes) téléchargé en P2P en étudiant le cours téléchargé de la même manière, tout ça dans le métro; puis, dès la matière maîtrisée, passer plutôt à la lecture du texte des Guignols de ce matin, et pourquoi pas, à la vision de l'extrait en vidéo, et là, qu'est-ce qu'on rigole!" ressemble plus à l'avenir de l'e-book comme outil éducatif que tout discours marketing. Et nous voilà reparti vers un terminal multi-fonctions… C'est terrible, l'informatique, la vérité absolue d'un paragraphe est démentie dans le paragraphe suivant…
= En bref, on peut passer d'un clic de Shakespeare à l'hypertexte.
En tout cas, à travers ce type de comportement, il est à parier que Shakespeare soit définitivement aussi accessible que Britney Spears, entre deux "chat" rappelant à ses connaissances où on est, dans le métro donc… Qu'on se méfie quand même. L'expérience du "peer to peer" montre que le rôle du médiateur tend à disparaître, ne devenant qu'une branche des métiers du marketing. Le "consommateur" chargeant en majorité ce qui est le plus souvent référencé, qui l'est donc de plus en plus. Adieu notre libraire, et revoici la ronde infernale de l'oeuf du serpent qui se mord la queue…
Shakespeare, c'est le type qui a mis en scène Gwyneth dans Shakespeare in love. A moins que ce soit celui qui ait inspiré Léonardo (Di Caprio) dans son Romeo & Juliet, avant qu'il ne sombre dans une mer d'indifférence, noyé par une fiction plus forte que lui. Titanic, on connaissait la fin, et il y avait même un orchestre… Parce que dans son métro, là, notre Gwyneth du troisième millénaire (celle des Red Hot), et son voisin, genre Billancourt post 2000 qui lit Paris-Turf sur son e-book, ils utilisent l'e-book de la manière la plus basique, et c'est ce qui devrait faire son succès, s'il doit être au rendez-vous. Zapping, Deejaying, c'est la fast culture, si possible interactive et reliée au réseau, en téléchargement permanent. J'en connais qui grimpent au plafond, au simple énoncé de ces "mots" inexistants dans un vocabulaire normalement constitué (même Microsoft ne les a pas dans son dico de correction). On oublie trop souvent que notre ami Shakespeare justement a enrichi la langue anglaise de nombreux mots nommant les techniques et innovations de son temps. Le plus souvent, à part le latin et le grec, il s'est inspiré du français, une des langues les plus vivantes du moment. C'était vers la fin des années 1500, il est temps de renouveler, non? Alors n'y a-t-il pas autre chose à proposer? Vous ai-je parlé de l'hypertexte? Normalement, là, on l'a bien préparé, notre cobaye de Billancourt, il clique, il surfe, il lit. Si on ne veut pas qu'il ne charge que ce qu'il connaît déjà, c'est le moment de lui présenter de nouvelles dimensions. Si notre abonné suit le feuilleton, il finira bien par chercher autre chose. Même ses mails l'ennuient, il en reçoit trop… Et s'il lisait ceux des autres… Petite référence au bluemailer du websoap auquel j'ai participé, qui n'échappera pas au lecteur attentif de notre précédent entretien. C'est à mon sens ce type d'application, qui permettra bientôt d'anticiper en matière de développement e-book et apparentés. Ce type d'outil de publication permettra d'organiser les liens de ce qui sortira jour après jour sur un tel réseau: des infos référencées, archivées, avec liens de l'une à l'autre, des choix de textes choisis, liés à d'éventuels titres MP3 lancés dans l'application, liens à des connexions permettant le téléchargement d'oeuvres dans le domaine public, liens à d'éventuels extraits vidéos… Bref un e-book qui serait devenu plutôt "UMTS" et enfin devenu un média à part entière. Notre animateur de réseau pourra à ce moment-là penser à charger une fiction interactive qui contiendrait des liens hypertextes, du type de ceux qui ont été mis en place dans le websoap. Ainsi, le lecteur ou la lectrice, un(e) be(au)(lle) captif(ve), tournera dans le labyrinthe d'une fiction organisée par un auteur ou une équipe d'auteur avec un sentiment de liberté inconnu jusqu'ici. Pas mal de possibilités de ce type de fiction ont été explorées dans le websoap, j'en parle plus longuement dans mon précédent entretien. Je ne citerai ici que les abonnements aux mails des personnages, permettant de suivre ceux qu'on préfère dans la fiction présentée. Liaisons qui prendraient tout naturellement place dans le dispositif e-book plus "UMTS" tel que je le décris plus haut. Si le domaine de la fiction suit le mouvement de la convergence, on peut même imaginer des relais entre les médias… Un websoap écrit en ligne repris sur cet e-book "UMTS", raconté en télé d'une manière… télé, repris en MP3 pour sa partie musicale… Chaque média complétant selon sa spécificité le puzzle de la fiction présentée sur un même support. Il y a un travail passionnant d'exploration à faire, et personne ne semble le faire. Je parlais dans mon dernier entretien d'un projet intitulé Neiges d'Anges, qui est maintenant en ligne dans Les yeux du labyrinthe. Il est lié par hypertexte à d'autres projets. Dans l'un d'eux, Elégance, une griffe de félin, le héros est confronté à un bug de son papier électronique à encre numérique qu'un pirate s'amuse à configurer de manière absurde… S'il s'agit bien là de science-fiction, le papier et l'encre électronique sont déjà sur le marché, de manière un peu rudimentaire. C'est la prochaine étape qui voit déjà le jour, l'après e-book. Décidément l'inventivité s'accélère de plus en plus, doit-on vraiment le regretter?
GUY ANTOINE (New Jersey)
#Créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la culture haïtienne
*Entretien du 22 novembre 1999 (entretien original en anglais)
= Pouvez-vous décrire Windows on Haiti?
A la fin d'avril 1998, j'ai créé un site internet dont le concept est simple mais dont le but est ambitieux: d'une part être une source d'information majeure sur la culture haïtienne, d'autre part contrer les images continuellement négatives que les médias traditionnels donnent d'Haïti. Je voulais aussi montrer la diversité de la culture haïtienne dans des domaines tels que l'art, l'histoire, la cuisine, la musique, la littérature et les souvenirs de la vie traditionnelle. Le site dispose d'un livre d'or regroupant les témoignages personnels des visiteurs sur leurs liens avec Haïti. Pour résumer, il ouvre de nouvelles "fenêtres" sur la culture haïtienne.
= Quelle est exactement votre activité?
Depuis vingt ans, mon activité professionnelle a trait à l'informatique: conception de systèmes, programmation, gestion de réseaux, localisation de pannes, assemblage de PC et conception de sites web. De plus, depuis que j'ai ouvert mon site, il est devenu du jour au lendemain un lieu de rassemblement de divers groupes et individus intéressés par la culture haïtienne, ce qui m'amène à effectuer des tâches quasi-professionnelles consistant à regrouper les informations, écrire des commentaires, rédiger des textes et diffuser la culture haïtienne.
= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé cette activité?
L'internet a considérablement changé à la fois mon activité professionnelle et ma vie personnelle. Etant donné le flux constant d'informations, je dors beaucoup moins qu'avant. Le principal changement réside dans la multiplicité de mes contacts avec les milieux culturels, universitaires et journalistiques, et avec des gens de toutes origines dans le monde entier. Grâce à quoi je suis maintenant bien plus au fait des ressources professionnelles existant de par le monde dans ce domaine, et du réel engouement suscité à l'échelon international par Haïti, sa culture, sa religion, sa politique et sa littérature. A titre personnel, j'ai également davantage d'amis du fait de mes activités liées à l'internet.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je vois mon avenir professionnel dans le prolongement de ce que je fais à l'heure actuelle: utiliser la technologie pour accroître les échanges interculturels. J'espère m'associer avec les bonnes personnes pour, au-delà de Haïti, avancer vers un idéal de fraternité dans notre monde. Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Ce sera un débat sans fin, parce que l'information devient plus omniprésente que l'air et plus fluide que l'eau. On peut maintenant acheter la vidéo d'un film sorti la semaine précédente. Bientôt on pourra regarder sur le net, et à leur insu, des scènes de la vie privée des gens. Il est consternant de voir qu'il existe tant de personnes disposées à faire ces vidéos bénévolement, comme s'il agissait d'un rite d'initiation. Cet état d'esprit continuera de peser de plus en plus lourdement sur les questions de copyright et de propriété intellectuelle.
Les auteurs devront être beaucoup plus inventifs sur les moyens de contrôler la diffusion de leurs oeuvres et d'en tirer des gains. Le mieux à faire dès à présent est de développer les normes de base du professionnalisme, et d'insister sur la nécessité impérative de mentionner pour toute oeuvre citée au minimum sa provenance et ses auteurs. La technologie devra évoluer pour appuyer un processus permettant de respecter le droit d'auteur.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Très positivement. Pour des raisons pratiques, l'anglais continuera à dominer le web. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose, en dépit des sentiments régionalistes qui s'y opposent, parce que nous avons besoin d'une langue commune permettant de favoriser les communications à l'échelon international. Ceci dit, je ne partage pas l'idée pessimiste selon laquelle les autres langues n'ont plus qu'à se soumettre à la langue dominante. Au contraire. Tout d'abord l'internet peut héberger des informations utiles sur les langues minoritaires, qui seraient autrement amenées à disparaître sans laisser de trace. De plus, à mon avis, l'internet incite les gens à apprendre les langues associées aux cultures qui les intéressent. Ces personnes réalisent rapidement que la langue d'un peuple est un élément fondamental de sa culture.
De ce fait, je n'ai pas grande confiance dans les outils de traduction automatique qui, s'ils traduisent les mots et les expressions, ne peuvent guère traduire l'âme d'un peuple. Que sont les Haïtiens, par exemple, sans le kreyòl (créole pour les non initiés), une langue qui s'est développée et qui a permis de souder entre elles diverses tribus africaines transplantées à Haïti pendant la période de l'esclavage? Cette langue représente de manière la plus palpable l'unité de notre peuple. Elle est toutefois principalement une langue parlée et non écrite. A mon avis, le web va changer cet état de fait plus qu'aucun autre moyen traditionnel de diffusion d'une langue.
Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on y trouve tout aussi bien un forum de discussion animé conduit en kreyòl. Il existe aussi des documents sur Haïti en français et dans l'ancien créole colonial, et je suis prêt à publier d'autres documents en espagnol et dans diverses langues. Je ne propose pas de traductions, mais le multilinguisme est effectif sur ce site, et je pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur le web.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Certaines personnes. Le web est un réseau de serveurs et d'ordinateurs personnels reliés les uns aux autres. Derrière chaque clavier se trouve une personne, un individu. L'internet m'a donné l'occasion de tester mes idées et d'en développer d'autres. Le plus important pour moi a été de forger des amitiés personnelles avec des gens éloignés géographiquement et ensuite de les rencontrer.
= Et votre pire souvenir?
Certaines personnes. Je ne souhaite pas m'étendre sur ce sujet, mais certains ont vraiment le don de vous énerver.
*Entretien du 29 juin 2001 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Depuis notre dernier entretien, j'ai été nommé directeur des communications et des relations stratégiques de Mason Integrated Technologies, une société qui a pour principal objectif de créer des outils permettant la communication et l'accessibilité des documents créés dans des langues minoritaires. Etant donné l'expérience de l'équipe en la matière, nous travaillons d'abord sur le créole haïtien (kreyòl), qui est la seule langue nationale d'Haïti, et l'une des deux langues officielles, l'autre étant le français. Cette langue ne peut guère être considérée comme une langue minoritaire dans les Caraïbes puisqu'elle est parlée par huit à dix millions de personnes.
Outre ces responsabilités, j'ai fait de la promotion du kreyòl une cause personnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous les Haïtiens, malgré l'attitude dédaigneuse d'une petite élite haïtienne - à l'influence disproportionnée - vis-à-vis de l'adoption de normes pour l'écriture du kreyòl et le soutien de la publication de livres et d'informations officielles dans cette langue. A titre d'exemple, il y avait récemment dans la capitale d'Haïti un salon du livre de deux semaines, à qui on avait donné le nom de "Livres en folie". Sur les 500 livres d'auteurs haïtiens qui étaient présentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyòl, ceci dans le cadre de la campagne insistante que mène la France pour célébrer la francophonie dans ses anciennes colonies. A Haïti cela se passe relativement bien, mais au détriment direct de la créolophonie.
En réponse à l'attitude de cette minorité haïtienne, j'ai créé sur mon site web Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyòl. Le premier forum regroupe des discussions générales sur toutes sortes de sujets, mais en fait ces discussions concernent principalement les problèmes socio-politiques qui agitent Haïti. Le deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur les normes d'écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés et une certain nombre d'experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel de ces forums est qu'ils ne sont pas académiques. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs sur l'internet un échange aussi spontané et aussi libre entre des experts et le grand public pour débattre dans une langue donnée des mérites et des normes de la même langue.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Aussi peu que possible, mais cela représente encore beaucoup de papier. Si je vois un document que je souhaite conserver en tant que document de référence, je l'imprime systématiquement et je le catalogue. Il peut ne pas être disponible quand je suis en déplacement. Mais quand je suis dans mon bureau à la maison, j'aime savoir que je peux y avoir accès d'une manière physique, sans devoir me fier seulement à une sauvegarde électronique, au bon fonctionnement du système d'exploitation, et à mon fournisseur d'accès internet. De ce fait, pour ce que je considère utile de conserver, les documents sont souvent en double exemplaire, imprimé et numérique. Le papier joue donc encore un rôle important dans ma vie.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Désolé, je ne l'ai pas encore utilisé. Pour le moment, il m'apparaît comme un instrument très étrange, rendu possible grâce à la technologie, mais pour lequel il n'y aura pas de demande importante, hormis peut-être pour les textes de référence classiques. Cette technologie pourrait être utile pour les manuels des lycées et collèges, grâce à quoi les cartables seraient beaucoup plus légers. Mais pour le simple plaisir de la lecture, j'imagine difficilement qu'il soit possible de passer un moment agréable avec un bon livre électronique.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est au sens propre une nouvelle frontière pour l'humanité, un endroit où chacun peut avoir sa place, assez facilement et avec peu de ressources financières, avant que les règlements inter-gouvernementaux et les impôts ne l'investissent. Suite à quoi une nouvelle technologie lui succédera.
SILVAINE ARABO (Poitou-Charentes)
#Poète et plasticienne, créatrice de la cyber-revue Poésie d'hier et d'aujourd'hui
Silvaine Arabo est écrivain (à ce jour quinze recueils de poèmes publiés ainsi que plusieurs recueils d'aphorismes et deux essais) et plasticienne (elle expose à Paris et en province). En mai 1997, elle crée la cyber-revue Poésie d'hier et d'aujourd'hui pour "diffuser la poésie auprès d'un maximum de personnes et lui donner un coup de jeune dans l'esprit des gens, pour qui elle évoque souvent des souvenirs scolaires - pas toujours agréables - ou qui en ont une image stéréotypée et/ou ringarde." Quatre ans après, en mars 2001, elle crée une deuxième revue, cette fois sur support papier, Saraswati: revue de poésie, d'art et de réflexion.
*Entretien du 8 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Je suis poète, peintre et professeur de lettres (treize recueils de poèmes publiés, ainsi que deux recueils d'aphorismes et un essai sur le thème "poésie et transcendance"; quant à la peinture, j'ai exposé mes toiles à Paris - deux fois - et en province). Pour ce qui est d'internet, je suis autodidacte (je n'ai reçu aucune formation informatique quelle qu'elle soit). J'ai eu l'an passé l'idée de construire un site littéraire centré sur la poésie: internet me semble un moyen privilégié pour faire circuler des idées, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, très empiriquement, et ai finalement abouti à ce site sur lequel j'essaye de mettre en valeur des poètes contemporains de talent, sans oublier la nécessaire prise de recul ("Réflexions sur la poésie") sur l'objet considéré.
= Quel est l'apport de l'internet pour vous en tant que poète?
Disons que la gestion d'un site internet - si l'on veut qu'il demeure vivant - requiert beaucoup de temps. Mais je fais en sorte que ma création personnelle n'en souffre pas. Par ailleurs, internet m'a mise en contact avec d'autres poètes, dont certains fort intéressants… Cela rompt le cercle de la solitude et permet d'échanger des idées. On se lance des défis aussi… Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur que pour le créateur.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Ma vie professionnelle (en tant que professeur de lettres) n'en a pas été bouleversée puisqu'elle est indépendante de cette création sur internet. Disons que très récemment, dans le cadre de mon activité professionnelle, j'ai fait avec mes élèves quelques ateliers de poésie et que, devant la pertinence de leurs productions, j'ai décidé de leur consacrer une page sur mon site (rubrique "Le jardin des jeunes poètes"). Je fais également un "appel du pied" aux professeurs de lettres francophones pour qu'ils m'adressent des poèmes - qu'ils estiment réussis - de leurs élèves. Disons que ce site pourrait servir, entre autres, de motivation - donc de moteur - à la créativité des jeunes enfants ou des adolescents.
*Entretien du 9 août 1999
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Mon site s'enrichit sans cesse de nouvelles rubriques, de nouveaux intervenants, etc. Les mises à jour sont fréquentes et le site est dynamique. Bonnes statistiques de visites. Par ailleurs, ce site a reçu plusieurs récompenses et il a été salué par divers journaux francophones, dont Sud-Ouest, le magazine Lire, La Quinzaine Littéraire, le magazine informatique Pagina, le journal belge Park-e-Mail, etc.; par diverses personnalités aussi: l'écrivain et éditeur Michel Camus, le physicien des particules élémentaires Basarab Nicolescu, qui est maître de recherches au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), bien d'autres encore…
Il a également été sélectionné par Interneto (Le meilleur du net); sélectionné par le journal L'officiel du net, qui lui a attribué 4 étoiles; sélectionné par diverses universités francophones (Louvain, Toronto, etc.) qui lui ont attribué de nombreuses étoiles. Ce site a en outre été répertorié par la Bibliothèque nationale de France (signets informatiques).
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Je pense qu'il est important qu'une législation se mette en place de toute urgence… Au travail, les juristes!
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Il faudrait des équipes de traducteurs… mais comment mettre cela en place? Il y a là une vraie question.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Les ami(e)s que ce mode de communication m'a permis de rencontrer dans la francophonie ainsi que tous ceux et celles qui m'ont dit avoir, grâce à moi, découvert ou redécouvert la poésie et avoir compris qu'il s'agissait là d'un mode de fonctionnement majeur de l'esprit humain.
= Et votre pire souvenir?
Certaines mesquineries de webmasters, parfois un esprit de compétition et d'arrivisme… On retrouve sur internet la société telle qu'en elle-même, ni plus, ni moins.
= Vos citations préférées?
"Quand l'élève est prêt arrive le maître." (proverbe bouddhiste)
"Les hommes discutent, la nature agit." (Voltaire)
"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil." (René Char)
*Entretien du 19 juin 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
La création de la cyber-revue Poésie d'Hier et d'Aujourd'hui m'a poussée par la suite à créer en mars 2001 une revue sur support papier, Saraswati: revue de poésie, d'art et de réflexion (BP 41 - 17102 Saintes cedex). Les deux créations se complètent et sont vraiment à placer en regard l'une de l'autre.
= Que signifie "Saraswati"?
Saraswati est, dans la mythologie hindoue, la déesse de la connaissance, de la sagesse, de la musique et des arts. Elle est souvent représentée avec une vina (instrument à cordes), un bouton de lotus, un livre, un tambour…et elle chevauche un cygne. Elle est l'épouse de Brahma, le dieu créateur, premier de la trilogie Brahma/Vishnu (celui qui maintient les structures)/ Shiva (le dieu qui détruit…pour reconstruire).
ARLETTE ATTALI (Paris)
#Responsable de l'équipe "Recherche et projets internet" à l'INALF (Institut national de la langue française)
Laboratoire du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), l'INaLF a pour mission de développer des programmes de recherche sur la langue française, tout particulièrement son lexique. Les données, traitées par des systèmes informatiques spécifiques et originaux, constamment enrichies et renouvelées, portent sur tous les registres du français: langue littéraire (du 14e au 20e siècle), langue courante (écrite, parlée), langue scientifique et technique (terminologies), et régionalismes. Ces données, qui constituent un matériau d'étude considérable, sont progressivement mises à la disposition de tous ceux que la langue française intéresse (enseignants et chercheurs, mais aussi industriels, secteur tertiaire et grand public), soit par des publications, soit par la consultation de banques et bases de données.
Frantext est une des meilleures bases textuelles en langue française disponibles sur l'internet. Elle rassemble un corpus de textes français du 16e au 20e siècle numérisés (3.000 textes environ) et un logiciel d'interrogation (Stella) conçu en vue de recherches littéraires, linguistiques, lexicographiques, stylistiques… Rénovée courant 1998, elle présente notamment une interface plus conviviale, une aide en ligne systématisée et surtout des outils informatiques plus performants. Deux versions de Frantext sont proposées. L'une comporte l'ensemble des textes de la base, l'autre une sous-partie composée de 400 romans des 19e et 20e siècles qui ont fait l'objet d'un codage grammatical. Cette sous-base est expérimentale.
*Entretien du 11 juin 1998
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Etant moi-même plus spécialement affectée au développement des bases textuelles à l'INaLF, j'ai été amenée à explorer les sites du web qui proposaient des textes électroniques et à les "tester". Je me suis donc transformée en "touriste textuelle" avec les bons et mauvais côtés de la chose. La tendance au zapping et au survol étant un danger permanent, il faut bien cibler ce que l'on cherche si l'on ne veut pas perdre son temps. La pratique du web a totalement changé ma façon de travailler. Mes recherches ne sont plus seulement livresques et donc d'accès limité, mais elles s'enrichissent de l'apport des textes électroniques accessibles sur l'internet.
= Quels sont vos projets pour l'avenir?
A l'avenir, je pense contribuer à développer des outils linguistiques associés à la base Frantext et à les faire connaître auprès des enseignants, des chercheurs, des étudiants et aussi des lycéens.
*Entretien du 17 janvier 2000
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Mon activité professionnelle a deux volets: d'une part recherche et projets internet, d'autre part valorisation des ressources textuelles.
= Quels sont vos nouveaux projets?
- Le Catalogue critique des ressources textuelles sur internet (CCRTI), mis en ligne en octobre 1999;
- Terminalf - Ressources terminologiques de la langue française, en cours de réalisation.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Comme tous les débats, il s'agit d'un débat confus et sans issue.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Les Européens font quelques efforts pour adopter au moins le bilinguisme. Et les
Américains?
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La découverte de bons sites littéraires. Par exemple Zvi Har'El's Jules Verne Collection, consacré à Jules Verne, ou le Théâtre de la foire à Paris (au 17e siècle).
ISABELLE AVELINE (Lyon)
#Créatrice de Zazieweb, site consacré à l'actualité littéraire
"Zazieweb est un site libre et indépendant qui offre des espaces d'interactivité à ses lecteurs actifs et communicants ! C'est aussi (depuis 1996!) un annuaire des sites littéraires découverts avec passion sur le web et chroniqués, une information littéraire au quotidien: Au fil du net: l'actualité du meilleur du web littéraire; Agenda: toutes les manifestations en rapport avec le livre et la littérature; TV/Radio: une sélection des émissions littéraires sur les deux semaines à venir; Ebook: des informations et des dossiers sur le livre numérique, les nouveaux objets de lecture…; et des choix de lectures "Zazieweb" dans la rubrique Kestulizaz?
Né en 1996 sous la forme d'une page perso, Zazieweb est devenu en cinq ans un site littéraire communautaire offrant à la fois des espaces d'échanges et d'expression (les lectures des e-lecteurs, l'espace communautaire, les forums) et un portail littéraire. Zazieweb, c'est aujourd'hui une association qui a pour vocation la promotion et mise en avant des "petits éditeurs", la diffusion de la littérature contemporaine indépendante, la mise en relation sur le mode interactif du web des lecteurs/auteurs/éditeurs via les espaces persos… et pleins d'autres choses en devenir!" (extrait du site web)
* Entretien du 8 juin 1998
= Quel est l'historique de Zazieweb?
Zazieweb est né il y a deux ans environ, en juin 1996. C'était à l'époque un projet personnel qui entrait dans le cadre d'un master multimédia et que j'ai essayé de "vendre" aux éditeurs.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Découvrir internet a ouvert d'autres possibilités et surtout maintenant je ne conçois pas de ne pas travailler "on the Web".
= Comment voyez-vous l'avenir?
Grâce à internet, les choses sont plus souples, on peut très facilement passer d'une société à une autre (la concurrence!), le télétravail pointe le bout de son nez (en France c'est encore un peu tabou…), il n'y a plus forcément de grande séparation entre espace pro et personnel.
*Entretien du 3 septembre 1999
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Aujourd'hui je cherche à développer une viabilité financière pour Zazieweb: échange de bandeaux, partenariat, vente d'espace publicitaire ciblé, affiliation à un programme de vente de livres.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Mon premier surf.
= Et votre pire souvenir?
Ma première connexion.
JEAN-PIERRE BALPE (Paris)