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LE LIVRE 010101, TOME 1 (1993-1998)
MARIE LEBERT
NEF, University of Toronto, 2003
Copyright © 2003 Marie Lebert
LE LIVRE 010101 - daté de septembre 2003 - est une synthèse sur tous les acteurs de l'édition numérique et l'apport des technologies numériques dans le monde du livre. L'internet et les technologies numériques sont en train de bouleverser le monde du livre. Imprimé sous de multiples formes depuis plus de cinq siècles, le livre se convertit. Si le livre imprimé a toujours sa place, et pour longtemps encore, d'autres supports se développent, et les habitudes de travail changent. Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre? Quelles sont les perspectives pour les prochaines années?
TOME 1. 1993-1998. Entre 1993 et 1998, les changements affectant le monde du livre sont essentiellement la mise en ligne de très nombreux sites web, la large diffusion de textes électroniques, la création de librairies en ligne, l'apparition d'éditeurs électroniques, la numérisation à grande échelle de documents imprimés, la constitution de bibliothèques numériques et enfin le développement de catalogues en ligne. La version originale est disponible sur le NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/010101/
TABLE
# Sommaire
# Introduction
1. Les débuts de l’internet
2. L’internet dans la Francophonie
3. Des livres à vendre sur le web
4. Les éditeurs sur le réseau
5. La presse se met en ligne
6. Les bibliothèques et l'aventure internet
7. La bibliothèque numérique démarre
8. Une société de l’information?
# Conclusion
# Personnes citées
# Sites et pages web
# SOMMAIRE
L’internet et les technologies numériques sont en train de bouleverser le monde du livre. Imprimé sous de multiples formes depuis plus de cinq siècles, le livre se convertit. Si le livre imprimé a toujours sa place, et pour longtemps encore, d’autres supports se développent, et les habitudes de travail changent. Entre 1993 et 1998, ces changements sont essentiellement la mise en ligne de très nombreux sites web, la large diffusion de textes électroniques, la création de librairies en ligne, l’apparition d’éditeurs électroniques, la numérisation à grande échelle de documents imprimés, la constitution de bibliothèques numériques et enfin le développement de catalogues en ligne. Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre (écrivains, journalistes, éditeurs, libraires, bibliothécaires-documentalistes, professeurs, chercheurs, traducteurs, etc.)? Quelles sont les perspectives pour les prochaines années? Basé sur le suivi de l’actualité et sur de nombreux entretiens, Le Livre 010101 (1993-1998) tente de faire le tour de la question. Il est complété par un glossaire, une sélection de sites web et une série de signets.
= L’auteure
Adepte de l’internet, du télétravail et du zéro papier, Marie Lebert est traductrice-éditrice auprès d’une agence des Nations Unies, pour gagner sa vie. A titre personnel, elle est également chercheuse, écrivain et journaliste. Elle s’intéresse entre autres aux bouleversements apportés dans le monde du livre par l’internet et les technologies numériques. Elle prône aussi la diffusion libre du savoir et la création de nouvelles structures éditoriales s’affranchissant des modèles traditionnels.
= L'éditeur
Le Livre 010101 (1993-1998) est publié en ligne sur le Net des études françaises (NEF). Créé en mai 2000 par Russon Wooldridge, professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, le NEF se veut d’une part "un filet trouvé qui ne capte que des morceaux choisis du monde des études françaises, tout en tissant des liens entre eux", d’autre part un réseau dont les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans le champ des études françaises et partageant librement leur savoir et leurs produits avec autrui", deux belles définitions qui s’appliquent aussi au Livre 010101. Un deuxième volume, Le Livre 010101 (1998-2003), couvre la période suivante.
= Remerciements
Le Livre 010101 (1993-1998) doit beaucoup aux professionnels du livre et de la presse qui ont accepté de répondre par courriel à mes questions en juin et juillet 1998. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés. Ces entretiens se sont poursuivis ensuite, entre 1999 et 2003. La quasi-totalité des entretiens est publiée en ligne sur le Net des études françaises (NEF). [Voir le livre: Entretiens (1998-2001).]
# INTRODUCTION
L’internet et les technologies numériques sont en train de bouleverser le monde du livre. Imprimé sous de multiples formes depuis plus de cinq siècles, le livre se convertit. Si le livre imprimé a toujours sa place, et pour longtemps encore, d’autres supports se développent, et les habitudes de travail changent. Comment le monde de l’imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d’information qu’est l’internet? De quelle manière l’internet intègre-t-il les différents secteurs de l’imprimé? Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre (écrivains, journalistes, éditeurs, libraires, bibliothécaires-documentalistes, professeurs, chercheurs, traducteurs, etc.)? Quelles sont les perspectives pour les prochaines années?
En 1998, si l’imprimé a déjà plus de cinq siècles, l’internet entame seulement sa cinquième année. Les véritables débuts de l’internet à l’échelle mondiale datent du milieu des années 1990, avec une restructuration en profondeur des communications à l’échelon personnel et professionnel, et une restructuration des méthodes de travail à tous les niveaux. En effet, si l’internet existe depuis 1974, et si l’invention du World Wide Web, beaucoup plus récente, date de 1990, l’internet ne débute vraiment sa progression qu’à partir de novembre 1993, suite à la création de Mosaic, le premier logiciel de navigation et l’ancêtre de Netscape.
Le monde de l’imprimé et celui de l’internet sont-ils antagonistes ou complémentaires? Quelle est leur influence l’un sur l’autre? Comment le monde de l’imprimé accepte-t-il ce nouvel outil qu’est l’internet? De quelle manière l’internet prend-il en compte cet outil pluricentenaire qu’est l’imprimé? Travaillent-ils de concert? Se font-ils concurrence? Quel est leur avenir commun? Le monde de l’internet va-t-il complètement avaler l’univers de l’imprimé, ou l’imprimé va-t-il au contraire domestiquer l’internet en tant qu’outil supplémentaire? Comment les professionnels du livre voient-ils la déferlante qui s’abat sur leur vie professionnelle, relativement stable jusque-là? Sans compter toutes les interconnexions et transformations dont nous n’avons pas encore idée, puisqu’on nous assure régulièrement que l’internet est en train de révolutionner le monde au même titre que l’écriture et l’imprimerie en d’autres temps.
En 1998, de plus en plus d’oeuvres du domaine public sont disponibles en version électronique sur le web. On a toujours loisir d’acheter ensuite la version imprimée si on préfère lire cinq cents pages dans son lit plutôt que sur son ordinateur. Certains textes ne sont désormais disponibles qu’en version électronique, et les livres numériques / électroniques sont pour bientôt. De plus en plus de libraires et d’éditeurs créent un site web. Certains libraires et éditeurs en ligne naissent directement sur le web. De plus en plus de journaux et magazines ont eux aussi un site web, sur lequel on trouve le texte intégral ou des extraits du dernier numéro, les archives des numéros précédents, des dossiers, etc. En bref, l’internet devient indispensable pour se documenter, avoir accès aux documents et élargir ses connaissances. L’internet amène aussi son lot de questions à résoudre. Qu’en est-il par exemple du droit du cyberespace et du respect de la propriété intellectuelle? Qu’en est-il du chômage, des contrats précaires et du stress entraînés par la convergence multimédia?
Ce livre ne prend malheureusement pas en compte - ou si peu - les vastes domaines que sont les manuels d’enseignement et les livres pour enfants. Ses quelque 150 pages n’y suffiraient pas, et chaque domaine mériterait des mois de recherche et une étude à part.
Le monde de l’internet se développe et se transforme à une telle vitesse que certaines des informations présentes dans ces pages risquent d'être rapidement obsolètes. Tant pis, ou plutôt tant mieux. Le monde de l’internet est rapide. Ceci n’empêche pas un point de la situation à un moment donné, même si ce point devient très rapidement historique et passe dans les archives.
Une première version de ce livre est publiée en 1999 par les éditions 00h00, sous le titre De l’imprimé à internet (disponible entre avril 1999 et décembre 2002 au format PDF et en version imprimée). En 2003, ce livre est entièrement remanié et devient Le Livre 010101 (1993-1998).
Pourquoi ce titre Le Livre 010101? Pour regrouper sous une expression commune tous les changements apportés par l’internet et les technologies numériques dans le monde du livre. Entre 1993 et 1998, ces changements sont essentiellement la mise en ligne de très nombreux sites web, la large diffusion de textes électroniques, la création de librairies en ligne, l’apparition d’éditeurs électroniques, la numérisation à grande échelle de documents imprimés, la constitution de bibliothèques numériques et enfin le développement de catalogues en ligne. Ces changements se poursuivent les années suivantes et sont recensés dans un deuxième ouvrage, Le Livre 010101 (1998-2003). Pourquoi le nombre 010101 plutôt qu’un autre? Parce que, en numération binaire, 010101 donne 21, un nombre qui, s’il est symbolique, n’est pas très élevé, et montre qu’il reste beaucoup à faire.
1. LES DEBUTS DE L'INTERNET
[1.1. Chiffres et éléments techniques / 1.2. Un outil de diffusion / 1.3. Info-riches et info-pauvres]
En 1998, l’internet fait désormais partie de notre vie quotidienne, grâce au développement rapide du web suite à l’apparition du premier logiciel de navigation en novembre 1993. D’après le Computer Industry Almanach, document de référence sur l'évolution du cyberespace, le nombre d’usagers se chiffre à 100 millions à la fin de 1997, avec un million de nouveaux utilisateurs chaque mois. Ce nombre devrait rapidement être multiplié par trois, pour atteindre 300 millions d’internautes en l'an 2000.
1.1. Chiffres et éléments techniques
= L’internet
Apparu en 1974 et en fort développement depuis 1983, l’internet est défini comme un ensemble de réseaux commerciaux, réseaux publics, réseaux privés, réseaux d’enseignement, réseaux de services, etc., qui opèrent à l’échelle planétaire. Outre le World Wide Web, plus communément appelé web, l’internet inclut de nombreux services: courrier électronique, forums de discussion, IRC (internet relay chat), visioconférence, etc. L’internet offre des ressources sans précédent dans les domaines de l’information, de la communication et de la diffusion, et ces ressources augmentent de manière spectaculaire d'une année sur l'autre.
Après avoir été un phénomène expérimental enthousiasmant quelques branchés, l’internet envahit le monde au milieu des années 1990. Les signes cabalistiques des adresses web fleurissent peu à peu sur les livres, les magazines, les affiches et les publicités, sans parler de tous les produits qu’on achète au supermarché. En 1999, on nous promet pour bientôt l’internet dans tous les foyers. On parle de mariage de l’ordinateur et de la télévision avec écrans interchangeables ou intégrés, et d'accès à l’internet par le même biais que la télévision câblée.
Une autre preuve tangible de l’invasion de l’internet dans notre vie quotidienne est que sa majuscule d’origine tend peu à peu à s’estomper. Internet - qui était encore une planète à part voici peu de temps - est peu à peu remplacé par l’internet, avec un "i" minuscule. De nom propre il devient nom commun, au même titre que l’ordinateur, le téléphone ou le fax. La même remarque vaut pour le World Wide Web, qui devient tout simplement le web.
Les paragraphes qui suivent ne se veulent en aucune manière une présentation complète de l’internet. Les ouvrages abondent dans ce domaine. On en trouvera une sélection dans la liste de documents imprimés située à la fin de ce livre. Le but de ces quelques pages de présentation est seulement de situer l’internet pour une meilleure compréhension du sujet, à savoir les changements apportés par ce nouveau médium dans le monde du livre. De même, on utilise les termes techniques uniquement quand c’est indispensable, et ceux-ci sont systématiquement expliqués dans le corps du texte et dans le glossaire. Etant assez critique à l’égard des informaticiens employant un langage hermétique compris d’eux seuls alors qu’ils sont censés se faire comprendre du grand public, on a tenté d’éviter de tomber dans les mêmes travers.
En ce qui concerne le vocabulaire de l’internet, on a choisi autant que possible l’équivalent français d’un terme anglais quand celui-ci existe. Mais - que les défenseurs inconditionnels de la langue française nous pardonnent - on utilise aussi quelques termes résolument anglophones parce que tout simplement intraduisibles si on veut que le texte reste compréhensible. On a également tenté d’éviter le ridicule. Par exemple, CD-Rom reste CD-Rom - orthographe utilisée entre autres par Libération et Le Monde - et non cédérom, comme le préconise l’Académie française. CD-Rom étant l’acronyme de: compact disc – read only memory, il n’y a aucune raison de le franciser.
= Le web
C’est le World Wide Web qui rend l’internet très populaire et qui permet sa progression rapide. Plus communément appelé web, ou encore WWW ou W3, le World Wide Web est conçu par Tim Berners-Lee en 1989 au CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) à Genève. Mis au point en 1990, le web devient opérationnel en 1991. Il révolutionne la consultation de l’internet en permettant la publication de documents utilisant le système hypertexte, à savoir un ensemble de liens hypertextes reliant les documents textuels et visuels entre eux au moyen d’un simple clic de souris. Désormais interactive, l’information devient beaucoup plus attractive.
Le web est très postérieur à l’internet, réseau informatique global créé en 1974 et connectant gouvernements, sociétés, universités, etc., depuis 1983. Même si, improprement, on les considère souvent comme synonymes, le web n’est qu’un des secteurs de l’internet, qui englobe de nombreux autres services: courrier électronique, forums de discussion, visioconférence, FTP (file transfer protocol), IRC (internet relay chat), Telnet (terminal network protocol), etc.
Le web bénéficie logiquement de l’infrastructure de l’internet, en commençant par les Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle ce pays a quelques longueurs d’avance sur le reste du monde. On se plaint souvent de l’hégémonie américaine alors qu’il s’agit surtout d’une avance technique. Comme on le verra plus loin, malgré tous les efforts des dinosaures politiques et commerciaux, il est difficile à quelque organisme que ce soit de mettre la main sur le web. C’est ce qui fait sa force.
Un site web est souvent constitué d’un ensemble de pages se déroulant à l’écran et reliées entre elles par des liens hypertextes, en général soulignés et d’une couleur différente de celle du texte. Grâce à un simple clic, l’utilisateur est renvoyé soit à une autre partie de la page web, soit à une autre page du même site, soit à un autre site. Cette interactivité s’accroît encore grâce à la possibilité de liens hypermédias permettant de relier des textes et des images avec des graphiques, des vidéos ou des bandes sonores.
A la question de Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève: "Sept ans plus tard, êtes-vous satisfait de la façon dont le web a évolué?", Tim Berners-Lee, son créateur, répond en décembre 1997 que, s’il est heureux de la richesse et de la variété de l’information disponible, le web n’a pas encore la puissance prévue dans sa conception d’origine. Il aimerait "que le web soit plus interactif, que les gens puissent créer de l’information ensemble", et pas seulement consommer celle qui leur est proposée. Le web doit devenir un véritable "média de collaboration, un monde de connaissance que nous partageons".
Si le web doit devenir plus créatif, la solidarité entre internautes est déjà effective. Christiane Jadelot, ingénieure d'études à l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française), relate en juin 1998: "J'ai commencé à utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s'appelait Mosaic. J'ai alors découvert un outil précieux pour progresser dans ses connaissances en informatique et linguistique, littérature… Tous les domaines sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur averti, il faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai surtout apprécié les logiciels de courrier, de transfert de fichiers, de connexion à distance. J'avais à cette époque des problèmes avec un logiciel qui s'appelait Paradox et des polices de caractères inadaptées à ce que je voulais faire. J'ai tenté ma chance et posé la question dans un groupe de News approprié. J'ai reçu des réponses du monde entier, comme si chacun était soucieux de trouver une solution à mon problème!"
= Les navigateurs
Si le web est opérationnel dès 1991, il ne se popularise vraiment qu’à partir de novembre 1993, suite à l’apparition du premier navigateur, Mosaic, développé par une équipe du National Center for Supercomputing Applications (NSCA, Etats-Unis) et distribué gratuitement sur le réseau.
Début 1994, une partie de l’équipe de Mosaic crée la Netscape Communications Corporation pour commercialiser un nouveau logiciel sous le nom de Netscape Navigator. Il est suivi en 1995 d'un deuxième navigateur, l’Internet Explorer de Microsoft. Lancé en 1996, un troisième logiciel de navigation, Opera, combine les avantages des deux grands navigateurs du marché tout en étant beaucoup plus léger, stable et rapide.
De par leur complexité, les adresses web sont souvent difficiles à retenir. Les navigateurs intègrent donc une fonction permettant la gestion de favoris, également appelés signets. Ces favoris permettent à chacun de constituer son propre répertoire de sites web sans devoir relancer une recherche ou bien retaper entièrement l’adresse pour chaque consultation.
= Annuaires et moteurs de recherche
Le web se développant rapidement, un système de classement devient vite indispensable. On assiste à l’apparition d’annuaires, avec classement des sites par le cerveau humain, et de moteurs de recherche, avec gestion totalement informatisée.
L’annuaire le plus utilisé est Yahoo!, acronyme de: Yet Another Hierarchical Officious Oracle! Créé en 1994 par deux étudiants de l’Université de Stanford (Californie) pour recenser les sites web et les classer par thèmes, Yahoo! devient rapidement une institution. Divisé en 63 grandes catégories, il comprend notamment des secteurs sur les bibliothèques, les bibliothèques numériques, les textes électroniques, etc. Consultable en anglais, allemand, coréen, français, japonais, norvégien et suédois, Yahoo! travaille de concert avec le moteur de recherche AltaVista. Quand une recherche ne donne pas de résultat sur l’un, elle est automatiquement aiguillée sur l’autre. De plus, depuis la fin 1998, l’utilisateur peut personnaliser sa page d’accueil en utilisant Mon Yahoo!
Les moteurs de recherche permettent de lancer une requête dans de gigantesques bases de données entièrement automatisées. Le moteur de recherche le plus utilisé, AltaVista, est disponible dans quatorze langues, dont le français. La recherche par sujets est possible dans AltaVista Subject Search, une fonction qui sera plus tard intégrée dans la page d’accueil.
= La connexion au réseau
En 1998, le seul véritable point faible du web, ce sont les délais d’attente imprévisibles nécessaires pour se connecter à son fournisseur d’accès à l’internet (FAI). Ces délais mettent les nerfs de l’internaute pressé à rude épreuve et devraient être résolus à plus ou moins long terme. Après avoir été un véritable périple initiatique, se connecter pour la première fois au réseau devient plus facile que par le passé (avec l’iMac par exemple), les constructeurs prenant enfin en considération le fait que les usagers ne sont pas tous des professionnels de l’informatique. Une fois qu’on est connecté, naviguer sur le web demande également de la patience, le chargement rapide des pages web étant encore du domaine de l’avenir, surtout pour les sites comportant des images. L’usager peut toutefois être confiant, puisque ces quelques problèmes devraient disparaître dans les prochaines années. "Il a fallu inventer la hache de pierre avant de construire la Tour Eiffel", écrit à juste titre Jean-Paul, internaute convaincu, en juin 1998.
Pour le moment, le plus souvent, un particulier se connecte à l’internet par le biais d’un modem branché sur sa ligne de téléphone. Ce modem permet de transformer les données numériques de l’ordinateur en données analogiques pouvant être transmises par les fils de cuivre de la ligne téléphonique, et inversement. La ligne de téléphone constitue une bande passante étroite, le débit ne dépassant pas 33,6 puis 56 Kbps (kilobits par seconde).
A la bande passante étroite succéderont la bande passante moyenne (comme le RNIS) puis la bande passante large (comme l’ADSL), qui éviteront les délais de connexion et permettront un chargement rapide des images. D’ores et déjà, la carte RNIS (réseau numérique à intégration de services) autorise une transmission rapide des données par le câble du téléphone, parallèlement à la transmission de la voix et du fax. Le procédé ADSL (asymmetric digital subscriber line) utilise également le câble du téléphone, avec une technologie différente et un débit de transmission supérieur au RNIS.
Aux traditionnels câbles métalliques succèdent les câbles en fibres optiques, qui permettent la transmission des données à très haut débit. Ces câbles utilisent la technologie ATM (asynchronous tranfer mode), un protocole pouvant transmettre tout type d’information, y compris la voix et la vidéo, par l’acheminement indépendant de cette information fragmentée en de multiples paquets et reconstituée à l’arrivée pour recomposer l’information initiale, le tout dans un délai infime.
Dans leur livre Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (paru en 1998 aux éditions Autrement), Philip Wade et Didier Falkand indiquent que les Etats-Unis installent 6.000 kilomètres de câbles en fibres optiques par jour. La tâche est telle que, à ce rythme, il leur faudra 890 ans et 700 milliards de dollars d'investissement pour remplacer toutes les lignes de téléphone classiques. Pour une opération similaire, le Japon aura besoin de quinze ans et 500 milliards de dollars.
Pour permettre des échanges de données rapides sans câblage, on envisage d’installer des satellites en orbite basse d’ici 2005. Situés à moins de 2.000 km d'altitude, ces satellites auront un temps de réponse de vingt millisecondes, correspondant à celui d’un câble en fibres optiques. En 1998, plusieurs programmes de recherche sont en cours, dont le programme européen Skybridge et les programmes américains Celestru et Teledesic.
Techniquement parlant, on s’interroge souvent sur le retard de l’Europe par rapport aux Etats-Unis. Qu’en pense Tim Berners-Lee, le créateur du web? Interviewé en décembre 1997 par Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève, il répond en expliquant l’avance des Etats-Unis par les gros investissements faits par le gouvernement. Il insiste aussi sur l’avance technologique de l’Europe dans d’autres domaines connexes, par exemple le minitel, les cartes à puce et les téléphones cellulaires.
1.2. Un outil de diffusion
= Le développement de l’internet
Sur le site de l’Internet Society (ISOC), organisme professionnel international coordonnant le développement du réseau, le document A Brief History of the Internet propose de l’internet une triple définition. L’internet est: a) un instrument de diffusion internationale, b) un mécanisme de diffusion de l’information, c) un moyen de collaboration et d’interaction entre les individus et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.
Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone, radio ou ordinateur), l’internet révolutionne de fond en comble le monde des communications. Il représente un des exemples les plus réussis d’interaction entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement d’une infrastructure de l’information, tous deux l’objet d’un réel partenariat entre les gouvernements, les industries et les universités.
Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), Bruce Sterling décrit pour sa part le développement spectaculaire de l’internet dans Short History of the Internet. L’internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires ou les télécopieurs. En 1996, sa croissance est de 20% par mois. Le nombre des machines ayant une connexion directe TCP/IP (transmission control protocol / internet protocol) a doublé depuis 1988. D’abord présent dans l’armée et dans les instituts de recherche, l’internet déferle dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et il est également pris d’assaut par le secteur commercial.
Bruce Sterling s’intéresse aussi aux raisons pour lesquelles on se connecte à l’internet. Une des raisons essentielles lui semble être la liberté. L’internet est un exemple d’"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n’y a pas de société régissant l’internet. Il n’y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de comités de direction ou d’actionnaires. Toute personne peut parler d’égale à égale avec une autre, du moment qu’elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des protocoles qui ne sont pas sociaux ou politiques mais strictement techniques.
L’internet est aussi une bonne affaire commerciale. Contrairement à la téléphonie traditionnelle, il n’existe pas de frais longue distance. Et, contrairement aux réseaux informatiques commerciaux, il n’existe pas de frais d’accès, excepté l’abonnement pour se connecter. En fait, l’internet, qui n’existe même pas officiellement en tant qu’entité, n’a pas de facturation propre. Chaque fournisseur d’accès internet (FAI) est responsable de ses propres machines et de ses propres connexions.
Les internautes constituent toutefois une véritable communauté représentée par
plusieurs organismes internationaux, par exemple l’Electronic Frontier
Foundation (EFF), l’Internet Society (ISOC) et le World Wide Web Consortium
(W3C).
Fondée en 1990, l’Electronic Frontier Foundation (EFF) est un organisme de défense des libertés civiles qui oeuvre dans l'intérêt public pour protéger le respect de la vie privée, la liberté d’expression, l’accès en ligne de l’information publique et la responsabilité civile dans les nouveaux médias.
Fondée en 1992, l’Internet Society (ISOC) est un organisme professionnel international non gouvernemental qui rassemble divers groupes d'intérêt afin de coordonner et promouvoir le développement du réseau. L’ISOC est dirigée par Vinton Cerf, souvent appelé le père de l’internet parce qu’il est l’inventeur du protocole TCP/IP, à la base de tout échange de données.
Fondé en 1994, le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel international qui développe les protocoles communs nécessaires à la croissance du web. Dirigé par Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web, il réunit les entreprises qui comptent dans le monde de l’internet.
= L’internet et les autres médias
L’internet est-il un concurrent direct de la télévision et de la lecture? Au Québec, un sondage réalisé en mars 1998 par l’institut Som pour le compte du magazine Branchez-vous! 30,7% de la population est connectée à l’internet. 28,8% des Québécois connectés regardent moins la télévision qu’avant. Par contre, seuls 12,1% lisent moins, ce qui, d'après le cybermag Multimédium, est "plutôt encourageant pour le ministère de la Culture et des Communications qui a la double tâche de favoriser l'essor de l'inforoute et celui… de la lecture!"
Lors d'un entretien en janvier 1998 avec Annick Rivoire, journaliste à Libération, Pierre Lévy, philosophe, explique que l’internet va contribuer à la fin des monopoles: "Le réseau désenclave, donne plus de chance aux petits. On crie "ah! le monopole de Microsoft", mais on oublie de dire que l'internet sonne la fin du monopole de la presse, de la radio et de la télévision et de tous les intermédiaires."
Fondateur de l'Internet Society (ISOC), Vinton Cerf insiste régulièrement sur le fait que l’internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des idées. Il explique aussi: "Le réseau fait deux choses (…): comme les livres, il permet d'accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation avec d'autres informations. Alors que, dans un livre, l'information est maintenue isolée."
C’est ce que Pierre Lévy définit comme l’intelligence collective: "Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en complémentarité, en synergie."
D'après Timothy Leary, autre philosophe adepte du cyberespace, le 21e siècle verra l’émergence d’un nouvel humanisme, dont les idées-force seront la contestation de l’autorité, la liberté de pensée et la créativité personnelle, le tout soutenu et encouragé par la vulgarisation de l’ordinateur et des technologies de la communication. Dans son livre Chaos et cyberculture (publié en 1997 aux éditions du Lézard), il écrit: "Jamais l’individu n’a eu à sa portée un tel pouvoir. Mais, à l’âge de l’information, il faut saisir les signaux. Populariser signifie 'rendre accessible au peuple'. Aujourd’hui, le rôle du philosophe est de personnaliser, de populariser et d’humaniser les concepts informatiques, de façon à ce que personne ne se sente exclu."
Lors d'une entrevue accordée en automne 1997 à François Lemelin, rédacteur en chef de L'Album (qui est la publication officielle du Club Macintosh de Québec), Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, explique: "Je crois que le médium (l’internet, ndlr) va continuer de s'imposer, puis donner lieu à des services originaux, précis, spécifiques, quand on aura trouvé un modèle économique de viabilité. (…) Quand un nouveau médium arrive, il se fait une place, les autres s'ajustent, il y a une période de transition, puis une 'convergence'. Ce qui est différent, avec internet, c'est la dimension interactive du médium et son impact possible. C'est la donnée sur laquelle on réfléchit encore, on observe. Aussi, comme médium, le net fait émerger de nouveaux concepts sur le plan de la communication, et sur le plan humain, et ce même pour les non branchés. Je me souviens (…) quand McLuhan est arrivé, fin des années soixante, avec son concept de 'village global' en se basant sur la télévision, le téléphone, et qu'il prévoyait les échanges de données entre ordinateurs. Eh bien il y a eu des gens, en Afrique, sans télévision et sans téléphone, qui ont lu et qui ont compris McLuhan. Et McLuhan a changé des choses dans leur conception de voir le monde. Internet a ce même effet. Il provoque une réflexion sur la communication, la vie privée, la liberté d'expression, les valeurs auxquelles on tient, celles dont on est prêt à se débarrasser, et c'est ça qui en fait un médium si puissant, si important."
= Un réseau qui devient multilingue
A tort ou à raison, on se plaint souvent de l'hégémonie de l'anglais sur l'internet. Celle-ci était inévitable au début, puisque le réseau se développe d'abord en Amérique du Nord. En 1998, si l’internet est encore anglophone à 80%, de nombreuses autres langues y sont présentes. Il reste aux différentes communautés linguistiques à poursuivre le travail entrepris.
Initiative peu courante en 1997, la société de traduction Logos décide de mettre tous ses outils professionnels en accès libre sur le web.
Logos est créé en 1979 à Modène (Italie) par Rodrigo Vergara, un réfugié politique chilien. Etudiant en agronomie, celui-ci vient d’émigrer en Italie pour échapper à la dictature du général Pinochet. En 1997, à 45 ans, il dirige une entreprise de traduction offrant des services dans plus de 35 langues, avec un réseau de 300 traducteurs dans le monde et un chiffre d'affaires de 60 millions de FF (9,2 millions d’euros). Dans un entretien accordé en décembre 1997 à Annie Kahn, journaliste au Monde, il relate: "Nous voulions que nos traducteurs aient tous accès aux mêmes outils de traduction. Nous les avons donc mis à leur disposition sur internet, et tant qu'à faire nous avons ouvert le site au public. Cela nous a rendus très populaires, nous a fait beaucoup de publicité. L'opération a drainé vers nous de nombreux clients, mais aussi nous a permis d'étoffer notre réseau de traducteurs grâce aux contacts établis à la suite de cette initiative."
Ces outils de traduction comprennent un dictionnaire multilingue de 7,5 millions d’entrées (Logos Dictionary), une base de données de 553 glossaires (Linguistic Resources), des tables de conjugaison en 17 langues (Conjugation of Verbs), et enfin la Wordtheque, une base de données multilingue de 328 millions de termes issus de nombreux textes traduits, essentiellement des romans et des documents techniques. La recherche dans la Wordtheque est possible par langue, par mot, par auteur et par titre. Une fonction complémentaire permet l’accès au texte intégral des oeuvres littéraires du domaine public disponibles sur le web.
Le multilinguisme est l’affaire de tous, témoin cet Appel du Comité européen pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE). Publié sur le web en 1997 et traduit dans les onze langues officielles de l'Union européenne, il défend "une Europe humaniste, plurilingue et riche de sa diversité culturelle". Il propose aux réviseurs du Traité de l’Union européenne douze amendements prenant en compte le respect des cultures et des langues. "La diversité et le pluralisme linguistiques ne sont pas un obstacle à la circulation des hommes, des idées et des marchandises ou services, comme veulent le faire croire certains, alliés objectifs, conscients ou non, de la culture et de la langue dominantes (sous-entendu l’anglais, ndlr). C'est l'uniformisation et l'hégémonie qui sont un obstacle au libre épanouissement des individus, des sociétés et de l'économie de l'immatériel, source principale des emplois de demain. Le respect des langues, à l'inverse, est la dernière chance pour l'Europe de se rapprocher des citoyens, objectif toujours affiché, presque jamais mis en pratique. L'Union doit donc renoncer à privilégier la langue d'un seul groupe."
Il n’empêche que, même si on prône le multilinguisme, il est vraiment désagréable de se heurter à des pages web dont le contenu nous intéresse mais dont on ne comprend pas la langue. En décembre 1997, le moteur de recherche AltaVista lance Babel Fish Translation, un logiciel de traduction automatique de l’anglais vers cinq autres langues (allemand, espagnol, français, italien et portugais), et vice versa. Alimenté par un dictionnaire multilingue de 2,5 millions de mots, ce service, gratuit et instantané, est l’œuvre de Systran, société pionnière en traitement automatique des langues. Le texte à traduire doit être de trois pages maximum. La page originale et la traduction apparaissent en vis-à-vis sur l’écran. La traduction étant entièrement automatisée, elle est évidemment approximative. Si cet outil a ses limites, il a le mérite d’exister et il préfigure ceux de demain (qui seront développés entre autres par Systran, Alis Technologies, Globalink et Lernout & Hauspie).
1.3. Info-riches et info-pauvres
= Les pays développés
Les enjeux économiques de la société de l’information sont considérables. D’après Philip Wade et Didier Falkand, auteurs du livre Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (paru en 1998 aux éditions Autrement), cette industrie de l’information représente "un chiffre très supérieur aux exportations mondiales de produits agricoles, et une croissance la plus rapide de toutes les industries avec un taux moyen de 15% par an depuis 1990 pour l’informatique et de 10% pour les télécommunications. Leur contribution au PIB (produit intérieur brut) mondial devrait dépasser 10% d’ici à l’an 2000 et poursuivre son expansion au-delà."
Il existe évidemment une corrélation directe entre le développement de la société de l’information et l’accès aux télécommunications. L’accès aux technologies de la communication progresse beaucoup plus rapidement dans les nations situées au nord de la planète que dans celles situées au sud, et on trouve beaucoup plus de serveurs web en Amérique du Nord et en Europe que sur les autres continents. Deux tiers des internautes habitent les Etats-Unis, pays dans lequel 40% des foyers sont équipés d’un ordinateur, pourcentage que l’on retrouve aussi au Danemark, en Suisse et aux Pays-Bas. Le pourcentage est de 30% en Allemagne, 25% au Royaume-Uni et 20% dans la plupart des autres pays industrialisés.
Disponibles dans le Computer Industry Almanach, document de référence sur l’évolution du cyberespace, les statistiques du 19 mars 1998 sur le pourcentage des connexions par nombre d’habitants montrent que la Finlande est le pays le plus branché avec 25% d’usagers, suivi par la Norvège (23%) et l’Islande (22,7%). Les Etats-Unis se trouvent au quatrième rang avec 20% d’utilisateurs. Onze pays ont une proportion d’internautes dépassant les 10%. La Suisse est le onzième pays avec 10,7%. En ce qui concerne la répartition des usagers à l’échelon mondial, les Etats-Unis sont largement en tête avec 54,68% des internautes, suivis par le Japon (7,97%), la Grande-Bretagne (5,83%) et le Canada (4,33%). Les chiffres montrent aussi que la place des Etats-Unis ne cesse de diminuer: 80% en 1991, moins de 65% en 1994, moins de 50% courant 1998 et une prévision de moins de 40% en l'an 2000. La France (1,18%) et la Suisse (0,77%) font partie des quinze pays les plus branchés.
Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, l’internet est encore anglophone à plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s'explique par trois facteurs : a) les premières années voient la création d’un grand nombre de sites web émanant des Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni; b) la proportion des usagers est encore particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde; c) l’anglais est la principale langue d’échange internationale.
A la suite des Etats-Unis et du Canada, le Royaume-Uni débute un important programme d’investissement sur cinq ans (1998-2002) dans le secteur des technologies de l’information. En dévoilant ce programme, Tony Blair, premier ministre, déclare le 16 avril 1998: "Nous sommes au coeur de la révolution de l’information. Il est vital que la Grande-Bretagne ouvre la voie afin que nous soyons les pionniers de l’Europe dans ce qu’on appelle l’âge de l’information." La moitié du budget de 600 millions de livres (920 millions d’euros) est consacrée à l’achat de matériel, et l’autre moitié à la formation. Le budget attribué à l’achat de matériel doit permettre le câblage des écoles britanniques, l’achat de 10.000 ordinateurs portables pour les professeurs, la mise en ligne des bibliothèques et la connexion à l'internet de tous les établissements de santé. Le budget attribué à la formation doit permettre de financer 40.000 équipements dans des établissements d’enseignement, et financer aussi des cours d’informatique pour les étudiants, les professeurs, les bibliothécaires et 200.000 salariés.
= Les pays en développement
A l’échelon mondial, l’accès universel aux autoroutes de l’information est loin d’être assuré. La télédensité varie de plus de 60 lignes téléphoniques pour 100 habitants dans les pays riches (par exemple 68 en Suède, 63 aux Etats-Unis, 61 en Suisse et au Danemark) à moins d’une ligne téléphonique pour 100 habitants dans les pays pauvres. L’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest disposent de la moitié des lignes téléphoniques dans le monde, alors que la moitié de la population mondiale n’a jamais utilisé un téléphone.
Lors d’un discours prononcé en octobre 1995 lors du septième Forum international des télécommunications à Genève, Nelson Mandela, président de l’Afrique du Sud, déclare que "les technologies de communication ne doivent pas être considérées comme un luxe, intervenant après le développement général du pays, mais comme l’une des convictions qui déterminent les capacités des pays en développement à engager la modernisation de leur économie et de leur société".
Dans les pays en développement, il est fort peu probable que les connexions à l’internet se fassent par le biais de lignes téléphoniques traditionnelles (à fils de cuivre) alors qu’il existera d’autres solutions technologiques dans quelques années, par exemple la radiotéléphonie cellulaire et la connexion par satellite. Les pays en développement possèdent un taux d’équipement en lignes numériques comparable à celui des pays industrialisés. La même remarque vaut pour le taux d’équipement en téléviseurs et en téléphones portables. Selon Philip Wade et Didier Falkland, le taux d’équipement en micro-ordinateurs pourrait suivre le même chemin si la fiscalité et les droits de douane ne sont pas trop élevés.
De l’avis de certains organismes, les nouveaux réseaux peuvent contribuer au développement économique des pays en développement. Plusieurs programmes sont lancés dans ce but, par exemple les programmes WorldTel et infoDev (abrégé de: The Information for Development Program) de la Banque mondiale. D’autres programmes concernent spécifiquement l’Afrique, par exemple @frinet (programme du Canada), AfriWeb (programme du Québec) ou encore un programme mis sur pied par les Etats-Unis au sein de l’USAID (U.S. Agency for International Development).
La démarcation entre info-riches et info-pauvres ne suit cependant pas systématiquement la démarcation entre pays développés et pays en développement. Quelques pays en développement, par exemple la Malaisie ou les pays d’Amérique latine, ont une politique très dynamique en matière de télécommunications. Un document préparatoire (Issues in Telecommunication Development) de la deuxième Conférence sur le développement des télécommunications dans le monde (Malte, 23 mars – 1er avril 1998) montre que plusieurs pays en développement, par exemple le Botswana, la Chine, le Chili, la Thaïlande, la Hongrie, le Ghana et l'Ile Maurice, réussissent à étendre la densité et la qualité de leurs services téléphoniques entre 1994 et 1997.
Président d’un groupement kenyan d’éditeurs et d’imprimeurs (Nation Printers and Publishers, devenu Nation Media Group en juillet 1998), Wilfred Kiboro déclare lors d'un colloque sur la convergence multimédia organisé par le Bureau international du travail (BIT, Genève, 27-29 janvier 1997): "Le coût de la technologie de l’information doit être ramené à un niveau abordable. Je rêve du jour où les villageois africains pourront accéder à internet depuis leur village, aujourd’hui privé d’eau et d’électricité." Il rappelle aussi que, dans de nombreux pays africains, le tirage des journaux est extrêmement faible comparé au chiffre de la population. Chaque exemplaire est lu par une vingtaine de personnes au moins. Les coûts de distribution pourraient fortement baisser avec la mise en service d’un système d’impression par satellite qui éviterait le transport des journaux par camion dans tout le pays.
Par ailleurs, en ce qui concerne les médias, les moyens d’impression et de radiotélédiffusion sont dans les mains de quelques grands groupes occidentaux. Les problèmes économiques sont doublés de problèmes culturels. Paradoxalement, les informations concernant l’Afrique à destination des Africains ne viennent pas du continent lui-même. Elles sont diffusées par des Occidentaux qui transmettent leur propre vision de l’Afrique, souvent sans réelle perception des véritables problèmes politiques, économiques et sociaux.
S’il est relativement facile pour la radio et la télévision, le contrôle de l’information risque d’être nettement plus difficile pour l’internet, même si des pays comme la Chine bloquent pour le moment l’accès à certains serveurs jugés politiquement ou moralement incorrects. La Chine dispose d’un internet national, le China Wide Web, dont le nombre d’abonnés passe de 100.000 en 1996 à 600.000 en 1997. Mis en place par la China Internet Corporation (CIC), société établie à Hong Kong, ce réseau d’affaires et d’informations est filtré et surveillé par les autorités chinoises. Comme l’écrit le cybermag Multimédium le 27 mars 1998, "tout cela respire la langue de bois, le totalitarisme et l'opportunisme à plein poumons, bien sûr. Mais qui sait si la logique libertaire du médium ne finira effectivement pas, un jour, par l'emporter sur l'idéologie? Ce fameux jour où la Chine se branchera…"
= L’internet comme passerelle
Le goufre entre info-riches et info-pauvres n’est pas seulement celui qui sépare les pays développés des pays en développement. C’est aussi, dans n’importe quel pays, celui qui sépare les riches des pauvres, ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas, ceux qui ont leur place dans la société et ceux qui en sont exclus. Outil de communication, l’internet peut être une passerelle au-dessus du goufre, comme le montre un encart de la revue Psychologies de mai 1998: "Aux Etats-Unis, un mouvement voit le jour: la confiance en soi… par internet! Des milliers de sans-abri ont recours au réseau pour retrouver une place dans la société. Non seulement le net fournit une adresse à qui n’en a pas et ôte les inhibitions de qui redoute d’être jugé sur son apparence, mais c’est aussi une source d’informations et de contacts incomparable. Bibliothèques et associations d’aide au quart-monde l’ont bien compris: des salles informatiques, avec accès à internet, animées par des formateurs, sont ouvertes un peu partout et les mairies en publient la liste. A travers le e-mail (courrier électronique), les homeless (sans-abri) obtiennent les adresses des lieux d’accueil, des banques alimentaires et des centres de soins gratuits, ainsi qu’une pléthore de sites pour trouver un emploi. A 50 ans, Matthew B. a passé le quart de sa vie dans la rue et survit, depuis trois ans, d’une maigre subvention. Il hante la bibliothèque de San Francisco, les yeux rivés sur l’écran des ordinateurs. "C’est la première fois, dit-il, que j’ai le sentiment d’appartenir à une communauté. Il est moins intimidant d’être sur internet que de rencontrer les gens face à face."
2. L’INTERNET DANS LA FRANCOPHONIE
[2.1. Le développement du web francophone / 2.2. Un exemple: la toile littéraire francophone]
En décembre 1997, Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web, déclare à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève: "Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d’informations sur le web? Est-ce qu’ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture française n’a rien à offrir? C’est de la folie, l’offre est évidemment énorme." C’est chose faite l'année suivante. De nombreux sites français, belges et suisses viennent se juxtaposer aux sites québécois déjà présents.
2.1. Le développement du web francophone
= Le Québec est pionnier
Les Québécois sont présents sur le web dès ses débuts, contrairement aux Français, qui tardent à se manifester. En 1998, les Québécois attendent de pied ferme l’arrivée en masse de sites français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10 février 1998, lors d’une entrevue accordée au cybermag Multimédium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications au Québec, déclare: "J'attendais depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai pas." A cette date, le Québec (6 millions d’habitants) propose plus de sites web que la France (60 millions d’habitants). La ministre attribue le retard de la France à deux facteurs: d’une part les tarifs élevés du téléphone et du minitel, d’autre part les transactions commerciales possibles depuis plusieurs années sur le minitel, ce qui freine les débuts du commerce électronique sur l’internet.
= Le minitel français
Poncif maintes fois répété, les débuts de l’internet en France sont freinés par le minitel, réalisation pilote en son temps, avec utilisation intensive par un quart de la population.
Lancé par France Télécom en 1982, le minitel est un terminal permettant la consultation de serveurs à domicile moyennant rétribution, grâce à un accès par Télétel, le réseau vidéotex français. Cette consultation est fortement encouragée par l’Etat français, qui distribue gratuitement des millions de terminaux. L’opération minitel est un succès, contrairement à des opérations similaires menées dans d’autres pays (Prestel en Angleterre, BX en Allemagne et Alex au Canada) qui, elles, ne remportent pas le succès escompté.
Même s’il est technologiquement limité, le minitel est "tout ce qu’internet doit encore devenir", explique Bruno Guissani dans le quotidien Libération du 5 décembre 1997. "Le coût de l'équipement est proche de zéro. Le système permet des transactions sûres et légalement fiables. Il garantit un bon degré de protection personnelle (privacy). Il est simple à utiliser. Et il génère des revenus tant pour ses opérateurs que pour les marchands qui s'y aventurent."
En 1998, de plus en plus de serveurs disponibles sur minitel le sont également sur le web, avec les avantages qu’offrent une consultation meilleur marché (le prix d’une communication téléphonique locale), une plus grande facilité de navigation et l’ajout de fonctions multimédias.
La société Alcatel, qui fut l’une des bénéficiaires du succès du minitel, compte mettre son successeur sur le marché courant 1999. Muni d’un téléphone et d’un écran couleur, cet appareil permettrait de naviguer en direct sur le web en utilisant le langage Java. Il serait équipé d’un modem de 33,6 Kbps (kilobits par seconde), d’une carte RNIS (réseau numérique à intégration de services) et d’un lecteur de carte bancaire permettant les paiements sécurisés. Cet équipement coûterait environ 3.000 FF (457 euros).
= La France rattrape son retard
La France est raccordée à l’internet très exactement le 28 juillet 1988. Dix ans après, en 1998, le nombre d’usagers est estimé à 3 millions, avec une prévision de 12,6 millions d’internautes pour la fin 2000.
La grande majorité des usagers se connecte par le biais de la ligne de téléphone au moyen d’un modem 33,6 ou 56 Kbps (bits par seconde). Certains utilisent déjà une ligne RNIS (réseau numérique à intégration de services) ou ADSL (asymmetric digital subscriber line), procédés permettant d’augmenter considérablement la vitesse de transmission des données par la ligne de téléphone tout en préservant la circulation de la voix et du fax.
En octobre 1997, France Télécom et Alcatel lancent le service ADSL Turbo Wanadoo, avec une première plate-forme expérimentale à Noisy-le-Grand (région parisienne), suivie d’une deuxième plate-forme à Rennes (Bretagne) au printemps 1998. L’abonnement est de 422 FF (64 euros) par mois.
En janvier 1998, pour un abonnement de 260 FF (40 euros) par mois tout compris, les Parisiens peuvent également accéder au réseau internet par le câble dans certains arrondissements. Plusieurs villes de province (Annecy, Nice, Strasbourg, etc.) disposent des mêmes facilités depuis 1997.
En janvier 1998, La Poste lance le projet Cyberposte en choisissant la région du Vercors, l’inauguration ayant lieu dans le bureau de poste d’Autrans (Isère). Cette inauguration marque la première étape d'un projet national visant à proposer une connexion internet dans 1.000 bureaux de poste d’ici la fin 1998. Dans tous les bureaux de poste du Vercors, l’internet est désormais à la disposition du public au moyen d’une carte à puce à glisser dans une borne informatique - la carte coûtant 90 FF (14 euros) pour trois heures de connexion - et d’une adresse électronique gratuite pour tous. Le projet Cyberposte a pour but de familiariser le public avec les nouvelles technologies et, à long terme, de lui permettre d’effectuer des téléprocédures.
En février 1998, France Télécom annonce à son tour un plan national d’ouverture d’espaces multimédias ouverts à tous, avec priorité pour les étudiants et les enseignants. En partenariat avec les collectivités locales, l’ouverture d’une centaine d’espaces multimédias est prévue sur trois ans, avec une vingtaine d’espaces opérationnels dès la fin 1998.
En avril 1998, le gouvernement lance trois appels à projets multimédias pour faciliter l'acquisition de matériel multimédia par les PME (petites et moyennes entreprises) des régions rurales et des zones en reconversion industrielle et par les bibliothèques, ainsi que par les établissements scolaires des petites communes. Un budget de 22 millions de FF (3,4 millions d’euros) est destiné aux initiatives sélectionnées, avec la répartition suivante: 5 millions de FF (76.000 euros) pour les PME, 5 millions de FF (76.000 euros) pour les bibliothèques et 12 millions de FF (1,8 millions d’euros) pour les écoles. Le projet incite notamment les bibliothèques des villes de moins de 5.000 habitants à s’équiper en ordinateurs et en connexions internet. Les villes intéressées doivent déposer leurs dossiers avant le 30 juin 1998. Une centaine d’espaces culture multimédia est prévue dans les bibliothèques et centres culturels d’ici la fin 1998.
L’objectif de ce programme est un souci d’équité territoriale pour faire face aux inégalités géographiques. Le but est que tout citoyen puisse accéder à l’internet quel que soit son lieu de résidence. A cette occasion, Catherine Trautman, ministre de la Culture, annonce que, "après le monde universitaire, le monde des entreprises, c'est le monde de la culture qui s'empare de l'internet". 1998 est "l’année de lancement de l’internet culturel". La ministre précise aussi que "cette politique ne vise pas seulement à améliorer notre position dans la compétition économique, mais aussi, fondamentalement, à garantir une nouvelle liberté d'expression et de communication pour nos concitoyens."
Toutefois, un certain nombre d'entreprises hésitent encore à connecter les postes de travail de leurs salariés à l’internet, par crainte que ceux-ci ne se ruent sur des sites n’ayant rien à voir avec leur activité professionnelle. On trouve heureusement plus souvent la tendance inverse.
Ingénieure d'études à l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française), Christiane Jadelot écrit en juin 1998: "Je pense qu'il faut équiper de plus en plus les laboratoires avec du matériel de pointe, qui permette d'utiliser tous ces médias. Nous avons des projets en direction des lycées et des chercheurs. Le ministère de l'Education nationale a promis de câbler tous les établissements, c'est plus qu'une nécessité nationale. J'ai vu à la télévision une petite école dans un village faisant l'expérience de l'internet. Les élèves correspondaient avec des écoles de tous les pays, ceci ne peut être qu'une expérience enrichissante."
= Des organismes actifs
Le premier annuaire internet français est lancé par l’UREC (Unité réseaux du CNRS - Centre national de la recherche scientifique). Créé dès janvier 1994, cet annuaire recense d’abord les sites académiques, puis son contenu devient plus généraliste. Il permet aux usagers francophones de se familiariser avec le web sans se noyer dans la masse d’informations mondiale. Il permet aussi de faire connaître les sites web qui fleurissent petit à petit en France et ailleurs. Trois ans après, la gestion de l’annuaire devient difficile du fait de l’accroissement constant du nombre de sites web, notamment de sites commerciaux. De plus, d’autres annuaires ont vu le jour, dont certains débutés avec l’aide de l’UREC. En juillet 1997, considérant que sa mission est accomplie, l’UREC arrête la mise à jour de cet annuaire généraliste. Après une pause de quelques mois, l’annuaire retourne à sa vocation première, à savoir un annuaire spécialisé consacré à l'enseignement supérieur et à la recherche.
La Délégation générale à la langue française (DGLF) se donne plusieurs missions: veiller à la promotion de la langue française, favoriser l’utilisation du français comme langue de communication internationale et développer le plurilinguisme, garant de la diversité culturelle. Sur son site web, la rubrique "France langue" propose trois listes de diffusion consacrées à la langue française (France langue, France langue assistance et France langue technologies). Ouvertes à toute question d'ordre linguistique (grammaire, orthographe, usage, etc.), ces trois listes de diffusion se veulent "un lieu convivial d'échanges d'informations et d'idées (manifestations, colloques, publications, etc.), ainsi qu'un lieu de discussion sur les thèmes liés à la langue française, à la diversité linguistique, à la dynamique des langues et à la politique linguistique". La DGLF mène aussi d’autres actions pour renforcer la place du français sur le réseau, notamment l’édition de guides techniques relatifs à la conception de logiciels en français (avec prise en compte des accents), en liaison avec l’AFNOR (Association française de normalisation), ou alors la traduction de logiciels étrangers commercialisés en France.
En Belgique, la Maison de la Francité agit pour la défense et la promotion de la langue française à Bruxelles, seconde capitale internationale de langue française après Paris, et dans la Communauté française Wallonie-Bruxelles.
Au Québec, le dynamique Office de la langue française (OLF) (devenu ensuite l’Office québécois de la langue française - OQLF) est un organisme gouvernemental chargé d’assurer la promotion de la langue française. Il définit et conduit la politique québécoise en matière de linguistique et de terminologie. Il veille aussi à l'implantation et au maintien du français dans les milieux de travail et des affaires et dans les services administratifs.
= La Francophonie
Parlé dans près de cinquante pays, le français est le ciment d'une communauté linguistique vivante, comme en témoigne l’activité de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), une institution fondée sur le partage d'une langue et de valeurs communes, avec 47 états membres en 1997.
Une des tâches des instances politiques est de favoriser l’accès aux autoroutes de l’information. En application de la Résolution sur la société de l'information adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement à Cotonou (Bénin) en décembre 1995, une Conférence des ministres francophones chargés des inforoutes se déroule à Montréal (Québec) du 19 au 21 mai 1997. Datée du 21 mai 1997, la Déclaration de Montréal propose de "développer une aire francophone d'éducation, de formation et de recherche"; soutenir la création et la circulation de contenus francophones et contribuer à la sauvegarde et à la valorisation des patrimoines"; encourager la promotion de l'aire francophone de développement économique; mettre en place une vigie francophone (veille active); sensibiliser prioritairement la jeunesse ainsi que les utilisateurs, les producteurs et les décideurs; assurer la présence et la concertation des francophones dans les instances spécialisées."
S’il est le ciment de la communauté francophone, le français est aussi la deuxième langue officielle utilisée dans les organisations internationales, la première étant l'anglais. Malgré la pression anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des francophones veillent à ce que le français ait sa place en Europe et dans le monde, au même titre que les autres grandes langues de communication que sont l’anglais, l’espagnol, l’arabe et le chinois. Là aussi, l’optique est aussi bien la défense d’une langue que le respect du multilinguisme et de la diversité des peuples.
2.2. Un exemple: la toile littéraire francophone
Même s’il reste beaucoup à faire, le web francophone se porte déjà fort bien en 1998, comme le montre la toile littéraire francophone, tissée d’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre. Les amoureux de littérature peuvent désormais passer des journées entières à aller d’une oeuvre à l’autre et d’un site à l’autre, soit pour contribuer eux-mêmes au tissage de cette toile, soit pour en savourer les richesses par-delà les frontières. Frantext et l’ARTFL
Lancée par l’INaLF (Institut national de la langue française, France) en 1995, la base Frantext, en accès payant, comprend 180 millions de mots-occurrences émanant de 3.500 oeuvres des 16e-20e siècles dans le domaine des arts, des sciences et des techniques. Responsable du développement des bases textuelles à l’INaLF, Arlette Attali relate sa démarche en juin 1998: "J'ai été amenée à explorer les sites du web qui proposaient des textes électroniques et à les 'tester'. Je me suis donc transformée en 'touriste textuelle' avec les bons et mauvais côtés de la chose. La tendance au zapping et au survol étant un danger permanent, il faut bien cibler ce que l'on cherche si l'on ne veut pas perdre son temps. La pratique du web a totalement changé ma façon de travailler: mes recherches ne sont plus seulement livresques et donc d'accès limité, mais elles s'enrichissent de l'apport des textes électroniques accessibles sur internet. A l'avenir, je pense contribuer à développer des outils linguistiques associés à la base Frantext et à les faire connaître auprès des enseignants, des chercheurs, des étudiants et aussi des lycéens."
L’ARTFL Project (ARTFL: American and French Research on the Treasury of the French Language) est un projet commun du CNRS (Centre national de la recherche scientifique, France) et de l’Université de Chicago (Illinois, Etats-Unis).
L’ARTFL prépare une version en ligne exhaustive de la première édition (1751-1772) de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des métiers et des arts de Diderot et d’Alembert. 72.000 articles écrits par plus de 140 collaborateurs (dont Voltaire, Rousseau, Marmontel, d’Holbach, Turgot, etc.) font de cette encyclopédie un monumental ouvrage de référence, avec 17 volumes de texte, 11 volumes de planches, 18.000 pages imprimées et 20.736.912 mots. Destinée à rassembler puis divulguer les connaissances de l’époque, elle porte la marque des courants intellectuels et sociaux du 18e siècle. C’est grâce à elle que se propagent les idées du Siècle des Lumières.
En 1998, la base de données correspondant au premier volume est accessible sur le web en démonstration libre, à titre expérimental. La recherche peut être effectuée par mot, portion de texte, auteur ou catégorie, ou par la combinaison de ces critères entre eux. On dispose de renvois d’un article à l’autre, et de liens qui permettent d’aller d’une planche au texte, ou du texte au fac-similé des pages originales. Il reste encore à corriger les erreurs typographiques et les erreurs d’identification dues à l’automatisation complète des procédures de saisie. Il reste aussi à compléter la recherche textuelle par la recherche d’images par mot, portion de texte ou catégorie.
A la même date, l’ARTFL travaille aussi à d’autres projets du même ordre pour le Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935), l’édition illustrée du Dictionnaire historique et critique (1740) de Philippe Bayle, le Thresor de la langue française de Jean Nicot (1606), un projet multilingue sur la Bible débutant par La Bible française de Louis Segond (1910), etc. Chronologie littéraire et signets
Professeur de français et d'informatique dans des universités japonaises, Patrick Rebollar, basé à Tokyo, utilise l’ordinateur dès 1987 pour ses activités d'enseignement et de recherche. En 1994, il voit apparaître l’internet "dans le champ culturel et linguistique francophone". En 1996, il débute un site web de recherches et d’activités littéraires. Son site inclut une Chronologie littéraire 1848-1914, organisée par année. Une série de liens mène au texte intégral des oeuvres publiées cette année-là, avec des notes historiques, politiques et sociales, des informations scientifiques, techniques et médicales, et des renseignements sur le monde littéraire de l’époque.
Patrick Rebollar relate en juillet 1998: "Pour la Chronologie littéraire, cela a commencé dans les premières semaines de 1997, en préparant un cours sur le roman fin de siècle (19e). Je rassemblai alors de la documentation et m'aperçus d'une part que les diverses chronologies trouvées apportaient des informations complémentaires les unes des autres, et d'autre part que les quelques documents littéraires alors présents sur le web n'étaient pas présentés de façon chronologique, mais toujours alphabétique. Je fis donc un document unique qui contenait toutes les années de 1848 à 1914, et l'augmentais progressivement. Jusqu'à une taille gênante pour le chargement, et je décidai alors, fin 1997, de le scinder en faisant un document pour chaque année. Dès le début, je l'ai utilisé avec mes étudiants, sur papier ou sur écran. Je sais qu'ils continuent de s'en servir, bien qu'ils ne suivent plus mon cours. J'ai reçu pas mal de courrier pour saluer mon entreprise, plus de courrier que pour les autres activités web que j'ai développées."
Une autre activité web de Patrick Rebollar est la gestion de ses Signets, un répertoire très complet des sites francophones littéraires: littérature et recherche (normes et règles, bibliothèques et éditeurs, bibliographies), revues littéraires, linguistique, dictionnaires, lexiques, recherche littéraire, documents littéraires par thème et par auteur (Malraux, Sarraute, Camus, Gracq, Robbe-Grillet, etc.), oeuvres littéraires, poésie, bandes dessinées, etc. "Animant des formations d'enseignants à l'Institut franco-japonais de Tokyo, je voyais d'un mauvais oeil d'imprimer régulièrement des adresses pour demander aux gens de les recopier, écrit-il à la même date. J'ai donc commencé par des petits documents rassemblant les quelques adresses web à utiliser dans chaque cours (avec Word), puis me suis dit que cela simplifierait tout si je mettais en ligne mes propres signets, vers la fin 1996. Quelques mois plus tard, je décidai de créer les sections finales de nouveaux signets afin de visualiser des adresses qui sinon étaient fondues dans les catégories. Cahin-caha, je renouvelle chaque mois."
= Des sites de poésie
Les poètes sont très actifs sur le web. Sur son site Poésie d’hier et d’aujourd’hui, Silvaine Arabo propose de nombreux poèmes, y compris les siens. En juin 1998, elle raconte: "Je suis poète, peintre et professeure de lettres (13 recueils de poèmes publiés, ainsi que deux recueils d'aphorismes et un essai sur le thème: poésie et transcendance ; quant à la peinture, j'ai exposé mes toiles à Paris - deux fois - et en province). (…) Pour ce qui est d'internet, je suis 'autodidacte' (je n'ai reçu aucune formation informatique quelle qu'elle soit); j'ai eu l'an passé l'idée de construire un site littéraire centré sur la poésie: internet me semble un moyen privilégié pour faire circuler des idées, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, très empiriquement, et ai finalement abouti à ce site (…) sur lequel j'essaye de mettre en valeur des poètes contemporains de talent, sans oublier la nécessaire prise de recul (rubrique: Réflexions sur la poésie) sur l'objet considéré.
Ma vie professionnelle n'en a pas été bouleversée puisqu'elle est indépendante de cette création sur internet. Disons que très récemment, dans le cadre de mon activité professionnelle, j'ai fait avec mes élèves quelques ateliers de poésie et que, devant la pertinence de leurs productions, j'ai décidé de leur consacrer une page sur mon site (rubrique 'Le jardin des jeunes poètes'). Je fais également un 'appel du pied' aux professeurs de lettres francophones pour qu'ils m'adressent des poèmes - qu'ils estiment réussis - de leurs élèves. Disons que ce site pourrait servir, entre autres, de motivation - donc de moteur - à la créativité des jeunes enfants ou des adolescents."
Le Club des poètes est un site de poésie francophone qui souhaite la "bienvenue en territoire de poésie de la France au Chili, de Villon jusqu'à de jeunes poètes contemporains, en passant par toutes les grandes voix de la poésie de tous les temps et de tous les pays". Son webmestre, Blaise Rosnay, relate les débuts du site en juin 1998: "Le site du Club des Poètes a été créé en 1996, il s'est enrichi de nombreuses rubriques au cours des années et il est mis à jour deux fois par semaine. L'internet nous permet de communiquer rapidement avec les poètes du monde entier, de nous transmettre des articles et poèmes pour notre revue, ainsi que de garder un contact constant avec les adhérents de notre association. Par ailleurs, nous avons organisé des travaux en commun, en particulier dans le domaine de la traduction. Nos projets pour notre site sont d’y mettre encore et toujours plus de poésie. Ajouter encore des enregistrements sonores de poésie dite, ainsi que des vidéos de spectacles."
Poésie française propose pour sa part un choix de poèmes allant de la Renaissance au début du 20e siècle. Claire Le Parco, de la société Webnet, raconte à la même date: "Nous avons créé ce site lors de la création de notre société, spécialisée dans la réalisation de sites internet et intranet. Nous sommes des informaticiens qui aimons la poésie, et nous avions envie de montrer que poésie et internet pouvaient faire bon ménage!"
= Une Autre Terre
Une Autre Terre, site de science-fiction, est mis en ligne en novembre 1996. Fabrice Lhomme, son créateur, retrace les débuts du site en juin 1998: "J'ai commencé en présentant quelques bibliographies très incomplètes à l'époque et quelques critiques. Rapidement, j'ai mis en place les forums à l'aide d'un logiciel 'maison' qui sert également sur d'autres actuellement. (…) Ensuite, le phénomène le plus marquant que je puisse noter, c'est la participation de plusieurs personnes au développement du serveur alors que jusque-là j'avais tout fait par moi-même. Le graphisme a été refait par un généreux contributeur et je reçois régulièrement des critiques réalisées par d'autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles, la rubrique a eu du mal à démarrer mais une fois qu'il y en a eu un certain nombre, j'ai commencé à en recevoir régulièrement (effet d'entraînement). Actuellement, j'ai toutes les raisons d'être satisfait car mon site reçoit plus de 2.000 visiteurs différents chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne audience. Le forum des visiteurs est très actif, ce qui me ravit. Concernant les perspectives d'avenir, j'envisage pour très bientôt d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres d'occasion à vendre avec l'ambition de proposer un gros catalogue. Eventuellement, j'ouvrirai aussi une rubrique présentant des biographies car je reçois pas mal de demandes des visiteurs en ce sens. (…) Si l'activité de vente de livres d'occasion se montre prometteuse, il est possible que j'en fasse une activité professionnelle sous la forme d'une micro-entreprise."
= Le roman interactif
On assiste aussi à l’apparition de la littérature interactive, à savoir des oeuvres de fiction auxquelles participent les internautes. La première est "lancée par le grand écrivain américain John Updike, qui, l'an dernier, balança sur le web le premier chapitre d'un roman que les internautes étaient censés poursuivre", raconte Emmanuèle Peyret, journaliste, dans le quotidien Libération du 27 février 1998. Cette première expérience de littérature interactive est réalisée à l'initiative de la grande librairie en ligne Amazon.com.
En France, lors de la fête de l’internet des 20 et 21 mars 1998, ATOS et France Loisirs lancent à leur tour le premier roman interactif francophone. Le thème est le suivant: "Une femme, condamnée à mort aux Etats-Unis, bénéficie d'un sursis de trente jours accordé par le gouverneur, avant son exécution. Que va-t-elle faire de ce répit? A quoi pense-t-elle et quel message va-t-elle laisser aux partisans et aux opposants de la peine de mort?" Signé par le romancier Yann Queffélec, le premier chapitre est disponible sur le site de France Loisirs le 20 mars 1998, premier jour de la fête de l’internet. Les internautes disposent de deux semaines pour proposer un deuxième chapitre. Le jury du club sélectionne le meilleur chapitre, qui devient la suite officielle du roman, et ainsi de suite jusqu’au 27 juillet. Yann Queffélec prend à nouveau la plume pour rédiger le huitième et dernier chapitre. France Loisirs publie le roman en septembre 1998.
= Zazieweb
Depuis 1996, toute l’actualité littéraire est présentée avec punch et humour par Zazieweb. Revue en ligne conçue et réalisée par Isabelle Aveline, avec un graphisme d’Oliver Cornu, Zazieweb comprend un édito, une rubrique d’actualité, un agenda, une revue de presse, un annuaire des sites et un self-service multimédia. En juin 1998, Isabelle Aveline écrit: "Zazieweb est né il y a deux ans environ: juin 1996. C'était à l'époque un projet personnel qui entrait dans le cadre d'un master multimédia et que j'ai essayé de 'vendre' aux éditeurs. (…) Découvrir internet m'a ouvert d'autres possibilités et surtout maintenant je ne conçois pas de ne pas travailler 'on the web'!"
Sur le site, elle explique: "Zazieweb est un site World Wide Web professionnel et grand public indépendant, spécifiquement dédié aux libraires, éditeurs… et grand public de culture 'livre'. Conçu comme une librairie virtuelle, un espace de documentation, d'orientation et de ressources pour un public de culture 'papier' s'intéressant à internet, il se situe aux frontières de l'écrit et de l'édition électronique. L'originalité du traitement des rubriques par rapport à un média papier étant évidemment de 'mailler' l'information avec un site sur internet. C'est donc un site 'passerelle' vers internet pour un public curieux et désorienté, avide de connaître ce qui se passe 'de l'autre côté de l'écran'."
3. DES LIVRES A VENDRE SUR LE WEB
[3.1. Librairies traditionnelles / 3.2. Premières librairies en ligne / 3.3. L’avenir des librairies en ligne]
De nombreuses librairies "en dur" - avec locaux, vitrine sur la rue, rayonnages et piles de livres – créent un site web pour disposer d’une deuxième vitrine sur le monde. D’autres librairies n’ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue. Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s’effectuent sur le réseau. L’internaute peut consulter le catalogue à l’écran, lire le résumé ou des extraits des livres sur le web et passer sa commande en ligne.
3.1. Librairies traditionnelles
= Chaînes de librairies
Les chaînes de librairies traditionnelles s’installent rapidement sur l’internet. C’est le cas par exemple de la Fnac, du Furet du Nord et de Decitre.
Le site de la Fnac ouvre sur le logo "fnac" blanc et ocre bien connu. Présente en France, en Belgique et en Espagne, la Fnac, qui se veut à la fois défricheur, agitateur culturel et commerçant, se définit elle-même par "une politique commerciale fondée sur l’alliance avec le consommateur, sa vocation culturelle et sa volonté de découvrir les nouvelles technologies". La Fnac crée un magazine littéraire en ligne et ouvre un secteur "commerce électronique" permettant de commander livres, disques, vidéos et CD-Rom. La commande est passée par internet, minitel ou téléphone. La livraison est possible en France comme à l’étranger. Les modes de paiement sont la carte de crédit ou le chèque à la commande.
Le Furet du Nord est une chaîne de librairies implantée dans le Nord de la France et dont le siège est à Lille. Son site permet de consulter une base de données de 250.000 livres et de les commander en ligne. Il propose aussi un suivi permanent de l'actualité littéraire. La vente à distance représente 15 à 20% du chiffre d’affaires total de l'entreprise. Les meilleurs clients sont les écoles, les universités, les comités d’entreprise et les ambassades.
La chaîne de librairies Decitre officie dans la région Rhône-Alpes. Ses neuf librairies sont particulièrement dynamiques dans le domaine de l’informatique, du multimédia et de l’internet. Elles proposent régulièrement des démonstrations de CD-Rom et des initiations à l’internet. Créé en 1996, le site est remanié en décembre 1997. "Notre site est pour l'instant juste un moyen de communication de plus (par le biais du mail) avec nos clients des magasins et nos clients bibliothèques et centres de documentation", explique en juin 1998 Muriel Goiran, libraire. "Nous avons découvert son importance en organisant DocForum, le premier forum de la documentation et de l'édition spécialisée, qui s'est tenu à Lyon en novembre 1997 (avec une prochaine édition fixée en novembre 1999). Il nous est apparu clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied dans le net. Internet est très important pour notre avenir. Nous allons mettre en ligne notre base de 400.000 livres français à partir de fin juillet 1998, et elle sera en accès gratuit pour des recherches bibliographiques. Ce ne sera pas une n-ième édition de la base de Planète Livre, mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur internet."
= Librairies spécialisées
Située au coeur de Paris, dans la rue Saint-Honoré, la librairie Itinéraires est spécialisée dans les voyages. Elle propose guides, cartes, manuels de conversation, reportages, récits de voyage, livres de cuisine, livres d’art et de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de religion et de littérature étrangère, et cela pour 160 pays et 250 destinations. "Le monde en mémoire", tel est le sous-titre de son site bilingue français-anglais.
Dès 1985, date de sa création, la librairie crée une base de données avec classement des livres par pays et par thèmes. Hélène Larroche, sa fondatrice, explique en juin 1998: "Il y a un peu plus de trois ans, nous avons rendu la consultation de notre base de données possible sur minitel et effectuons aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente à distance. Passer du minitel à internet nous semblait intéressant pour atteindre la clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par les livres un contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui 'livre à domicile' et bien sûr les 'surfeurs sur le net', non minitélistes.
La vente à distance est encore trop peu utilisée sur internet pour avoir modifié notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. (…) Outre le bénéfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle dans notre spécialité - la connaissance des pays étrangers -, atteindre et intéresser les expatriés… et augmenter nos ventes à l'étranger."
De nombreuses librairies spécialisées sont présentes sur le web, par exemple Le Monde en Tique, avec un catalogue de 37.000 titres sur l’informatique, les nouvelles technologies, le multimédia et l’internet, ou encore la librairie Interférences, spécialisée dans les ouvrages scientifiques, qui serait la première librairie française à avoir créé un site web, dès 1995. Les sites de librairies spécialisées sont recensés dans Livre.net (devenu ensuite Lalibrairie.com).
= Librairies de livres anciens
L'internet est aussi un formidable vecteur pour les libraires d'ancien, qui peuvent ainsi considérablement agir leur champ d’action.
En novembre 1995, Pascal Chartier, gérant de la Librairie du Bât d’Argent (Lyon), crée Livre-rare-book, un site quadrilingue en français, anglais, italien et allemand. Un catalogue en ligne regroupe les catalogues de plusieurs librairies de la région (situées à Lyon, Moulins, Dijon et Naples). Il est complété par un annuaire international des librairies d’occasion. Pascal Chartier considère le web comme "une vaste porte", à la fois pour lui et pour ses clients. L’internet est "peut-être la pire et la meilleure des choses. La pire parce qu’il peut générer un travail constant sans limite et la dépendance totale. La meilleure parce qu’il peut s’élargir encore et permettre surtout un travail intelligent!", écrit-il en juin 1998.
Basé à Amboise (Loire), France Antiques est un site bilingue français-anglais qui se veut celui de tous les professionnels du marché de l'art ancien français : antiquaires, libraires, éditeurs d'art, etc. Le site propose douze catalogues de librairies d'ancien, un annuaire de libraires, une liste de librairies complétée par un classement géographique, et un index par spécialités (autographes, manuscrits; beaux-arts, architecture, arts décoratifs; bibliographie, histoire du livre; etc.).
3.2. Premières librairies en ligne
Avec l’essor du web apparaissent des librairies d’un genre nouveau, qui vendent des livres uniquement sur l’internet. Ces librairies n’ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue. Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s’effectuent sur le réseau. En France
Fondée en 1996 par Patrice Magnard, la librairie en ligne Alapage vend tous les livres, disques et vidéos disponibles sur le marché français, soit 400.000 articles, avec paiement sécurisé. Sur le site bilingue français-anglais, la recherche est possible par auteur, titre et éditeur. Le même service est disponible sur minitel (3615 Alapage).
Alapage travaille en partenariat avec la librairie en ligne Novalis (intégrée plus tard à Alapage), qui assure elle aussi la vente par correspondance de produits culturels: disques, livres, vidéos et multimédia. En octobre 1997, les deux librairies décident de créer le premier prix littéraire francophone sur l’internet, non pas pour créer un prix littéraire de plus, mais pour constituer une "première".
Comme indiqué à la même date sur le site, "1) c’est la première fois que l'on utilise le support internet pour organiser un vote autour d'un prix littéraire. 2) C’est la première fois qu'est constitué un jury littéraire composé d'un potentiel aussi important et diversifié de votants, fidèle reflet de la diffusion de la culture française. Ce vote est en effet ouvert à nos visiteurs de tous horizons, disséminés sur les cinq continents, qui pourront émettre leur avis sur l'ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littéraires de fin d'année. 3) C'est la première fois qu'est imaginé un instrument de mesure de la satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas seulement un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il."
Un vote est organisé entre le 20 octobre et le 9 novembre 1997 auprès de l'ensemble des internautes. Afin d’éviter les votes multiples, chaque voix n’est validée que si la fiche de vote est scrupuleusement remplie. Toute fiche double est annulée. Ce premier prix littéraire des internautes est remporté par Marc Trillard pour son roman Coup de lame, paru aux éditions Phébus.
A Alapage et Novalis vient se joindre une troisième librairie en ligne, Chapitre.com, créée en 1997 par Juan Pirlot de Corbion. Son catalogue de 350.000 titres est complété par une bouquinerie, un choix d’éditeurs, des liens avec 1.000 sites littéraires et culturels, et une revue des littératures intitulée Tête de chapitre.
= Au Royaume-Uni
Basée au Royaume-Uni, The Internet Bookshop (iBS) est la plus grande librairie européenne, avec 1,4 million de titres.
Initiative originale (et reprise ensuite par Amazon.com), la librairie développe un nouveau système de partenariat sur le web. Tout possesseur d’un site web peut devenir partenaire de The Internet Bookshop en sélectionnant sur son propre site un certain nombre de titres présents dans le catalogue de la librairie. Celle-ci prend en charge toute la partie commerciale, à savoir les commandes, les envois et les factures. L’internaute partenaire reçoit 10% du prix des ventes. C’est la première fois qu’une librairie en ligne propose une part aux bénéfices par le biais du web, entraînant à terme la nécessité d’une nouvelle réglementation dans ce domaine.
Autre initiative originale, en octobre 1997 The Internet Bookshop débute une politique de grosses remises, chose inconnue jusque-là. La librairie propose des remises allant jusqu’à 45%, prenant le risque d’une guerre des prix et des droits avec les libraires et les éditeurs traditionnels. Parallèlement, la librairie attend la réaction de ces derniers à sa décision de vendre des livres provenant des Etats-Unis, une vente débutée un mois auparavant, en septembre 1997. La librairie en ligne Waterstone’s (rachetée ensuite par Amazon.com) songe elle aussi à introduire des titres américains dans son catalogue, à partir de janvier 1998.
The Publishers Association, organisme représentant les éditeurs du Royaume-Uni, a fort à faire pour étudier leurs doléances, jointes à celles des libraires traditionnels, qui souhaiteraient non seulement faire interdire la vente de titres américains par des librairies en ligne britanniques, mais aussi faire interdire l’activité des librairies en ligne américaines au Royaume-Uni (sous-entendu: qu’elles ne puissent pas vendre des livres à des clients britanniques). Sur le site web, en 1997 et 1998, la rubrique iBS News (iBS: Internet Bookshop) permet de suivre pas à pas le combat engagé par les libraires en ligne contre les associations d’éditeurs et de libraires traditionnels, afin d’obtenir la suppression totale des frontières pour la vente des livres.
= Aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, la librairie en ligne Amazon.com est fondée en juillet 1995 par Jeff Bezos. Trois ans après, elle est la plus grande librairie au monde avec ses 3 millions de livres, CD, DVD, jeux informatiques, etc., à savoir un stock quatorze fois supérieur à celui des plus grands hypermarchés. Le catalogue en ligne permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. Très attractif, le contenu éditorial du site change quotidiennement et forme un véritable magazine littéraire avec des extraits de livres, des entretiens avec des auteurs et des conseils de lecture.
Sur les traces de The Internet Bookshop, Amazon.com offre une part des bénéfices à ses associés en ligne. Depuis le printemps 1997, tous les possesseurs d’un site web peuvent vendre des livres appartenant au catalogue de la librairie et toucher un pourcentage de 15% sur les ventes. Ces associés effectuent une sélection dans les titres du catalogue et rédigent leurs propres résumés. Amazon.com reçoit les commandes par leur intermédiaire, expédie les livres et rédige les factures. Les associés reçoivent un rapport hebdomadaire d’activité. Au printemps 1998, le libraire en ligne compte plus de 30.000 sites affiliés.
"Introduit à la bourse de New York en mai 1997, Amazon.com a attiré 54 millions de dollars en ne cédant que 13% de son capital, une véritable performance pour une société dont le chiffre d’affaires était alors de 32 millions de dollars", relatent Philip Wade et Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (paru en 1998 aux éditions Autrement). Avec 1,5 million de clients dans 160 pays et une très bonne image de marque, Amazon.com est régulièrement cité comme un symbole de réussite dans le cybercommerce. Si la librairie en ligne est toujours déficitaire après deux ans d’existence, sa cotation boursière est excellente. Satisfait, Jeff Bezos, son fondateur et principal actionnaire, précise: "Nous générons des revenus de plus de 300.000 dollars par an et par employé. Une librairie traditionnelle ne fait que 95.000 dollars par employé."
Une autre grande librairie en ligne est Buybooks.com, avec un catalogue de 1,4 million de titres américains, 500.000 titres allemands, 500.000 titres français, 200.000 titres anglais, 100.000 titres suédois, 80.000 films en vidéo et sur DVD, et 10.000 jeux informatiques pour console ou sur CD-Rom. Principale chaîne de librairies traditionnelles avec 480 librairies réparties dans tout le pays, Barnes & Noble décide de se lancer dans la vente sur l'internet en créant en mai 1997 son site barnesandnoble.com. Il devient rapidement le principal concurrent d’Amazon.com et déclenche ainsi une guerre des prix - puisque le prix du livre est libre aux Etats-Unis - à la grande satisfaction des internautes, qui, sur l’un ou l’autre site, se voient parfois offrir des réductions allant jusqu’à 50% pour certains titres.
3.3. L’avenir des librairies en ligne
A la suite des pionniers que sont Amazon.com, The Internet Bookshop et quelques autres, l’avenir de la librairie en ligne est très prometteur.
Chapters, grand libraire traditionnel canadien, et The Globe and Mail, quotidien de Toronto, unissent leurs forces pour créer la librairie en ligne Chaptersglobe.com, ouverte à l’automne 1998 (et remplacée ensuite par chapters.indigo.ca). Le site comprend des critiques et recensions fournies par le journal, ses archives sur vingt ans, une liste de best-sellers et des forums de discussion.
Le groupe allemand Bertelsmann acquiert au printemps 1998 le grand éditeur américain Random House. Bertelsmann compte aussi ouvrir une librairie en ligne proposant plusieurs millions de titres dans toutes les langues, avec livraison rapide dans le monde entier. (En effet, quelques mois plus tard est créé BOL.com, BOL signifiant: Bertelsmann on line.)
En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les prix, contrairement à la souplesse qu’offre le prix libre du livre au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. En revanche, les libraires français sont optimistes sur les perspectives d’un marché francophone international. Dès 1997, un nombre significatif de commandes provient de l'étranger, par exemple 10% des commandes pour la Fnac. Ces clients sont des "Français et membres de la diaspora francophone, étrangers francophiles, universités ou écoles lointaines… soucieux de se procurer les derniers titres de l'édition parisienne ou simplement les livres qu'ils ne peuvent trouver à Kansas City ou à Kyoto", précise Pierre Briançon, journaliste, dans le quotidien Libération du 14 novembre 1997.
Le développement des librairies en ligne doit également être replacé dans le contexte plus général du cybercommerce. En mars 1998, le magazine Stratégies internet mène une étude "auprès des 60 sites marchands les plus actifs en France, dressant ainsi l'état des lieux et donnant des pistes de réflexion aux entreprises françaises tentées par l'aventure du cybercommerce". A cette date, la commande en ligne n’est possible qu’auprès d’une centaine de sites seulement. Le cybercommerce représente 40 millions de FF (6,1 millions d’euros) en 1997, avec une estimation de 160 millions de FF (24,4 millions d’euros) pour la fin 1998. Le nombre d’acheteurs sur l’internet est de 50.000 en mars 1998, avec une estimation de 400.000 acheteurs pour mars 1999. L’étude indique que 25% des sites considèrent leur activité comme rentable dès 1997, alors que les autres envisagent plutôt une rentabilité à moyen terme.
Même si la création d’une nouvelle législation s’avère difficile parce que freinée par les libraires et les éditeurs traditionnels, l’abolition des frontières dans le marché du livre est inévitable, puisqu’elle est liée à fois à la structure même de l’internet et à la mondialisation de l’économie. Les libraires en ligne ne tardent pas à suivre l’exemple de The Internet Bookshop, première librairie britannique à vendre sur son site des livres publiés aux Etats-Unis.
Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l’Union européenne est conclu en décembre 1997. L’internet est considéré comme une zone de libre-échange, c’est-à-dire sans droits de douane, pour les logiciels, les films et les livres achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres services sont soumis au régime existant dans les pays concernés, avec perception de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) sans frais de douane supplémentaires. Cet accord-cadre devrait être suivi d’une convention internationale.
Les libraires en ligne vendront-ils bientôt le texte intégral des livres en version numérique? Dans ce cas, l’inévitable délai dû à l’envoi postal disparaîtra, puisque les fichiers électroniques pourront parvenir au lecteur en un temps infime via l'internet. Si nombre de nos contemporains sont nés à l’ère du papier et préfèrent lire un roman de trois cents pages en version imprimée, ceci ne sera peut-être plus le cas pour les générations qui auront commencé à utiliser l’ordinateur dès l’âge de trois ans.
4. LES EDITEURS SUR LE RESEAU
[4.1. Editeurs traditionnels / 4.2. L’édition électronique / 4.3. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?]
Tout comme les libraires, les éditeurs sont en train d’investir l’internet. Certains créent un site web et l’utilisent comme une vitrine pour faire connaître leur activité. D’autres sont des éditeurs électroniques dont toute l’activité s’effectue sur le réseau: découverte des oeuvres, publication, promotion et diffusion. Encore balbutiante, l’édition électronique offre de réelles perspectives. Elle permettrait entre autres de résoudre la crise affectant l’édition universitaire et spécialisée.
4.1. Editeurs traditionnels
= Un exemple: Le Choucas
Spécialisées dans les romans policiers, les éditions du Choucas sont fondées en 1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, libraires à Glapigny, en Haute-Savoie. En juin 1998, Nicolas Pewny raconte: "Le site des éditions du Choucas a été créé fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités qu’internet pouvait nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit problème: nous n’avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d’un grand nombre de nuits sans sommeil, j’ai créé ce site moi-même et l’ai fait référencer (ce n’est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matière et s’est agrandi, et a commencé à être un peu connu même hors France et Europe.
Le changement qu’internet a apporté dans notre vie professionnelle est considérable. Nous sommes une petite maison d’édition installée en province. Internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais pas. Même les médias 'classiques' nous ont ouvert un peu leur portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois (Fernand Héroux et Liz Morency, Affaire de coeurs, publié en septembre 1997, ndlr). Beaucoup de livres se réalisent (corrections, illustrations, envoi des documents à l’imprimeur) par ce moyen (par exemple la couverture d’Affaire de cœurs, réalisée par Joane Michaud, infographiste et affichiste québécoise, ndlr). Dès le début du site nous avons reçu des demandes de pays où nous ne sommes pas (encore) représentés: Etats-Unis, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre volonté de ne pas devenir un site 'commercial' mais d’information et à 'connotation culturelle'. (Nous n’avons pas de système de paiement sécurisé, nous avons juste référencé sur une page les libraires qui vendent en ligne)."
En ce qui concerne l’avenir, "j’aurais tendance à répondre par deux questions: Pouvez vous me dire comment va évoluer internet? Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu 'commercial' que possible et augmenter l’interactivité et le contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons mis 'en veille'. Mais si l’évolution va dans ce sens, pourrons-nous résister, ou trouver une 'voie moyenne'? Honnêtement, je n’en sais rien."
= Un autre exemple: Le Cerf
Les éditions du Cerf se présentent comme la bibliothèque francophone des sciences humaines et religieuses. En juin 1998, Hervé Ponsot, leur webmestre, précise: "Pour les éditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan internet, en effet, le site existe en lien avec les éditions, mais marginalement quand même: le serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est géré par une personne extérieure au Cerf, moi-même. Bref, il s'agit plutôt d'un service rendu, dont on ne peut dire qu'il ait bouleversé la maison Cerf. Il reste que, par la grâce de Dieu, de plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes me sont adressées de plus en plus régulièrement, sans que nous les ayons cherchées, puisque le site a été créé en priorité pour rendre service aux chercheurs, et secondairement pour faire de la publicité pour la maison et renouveler son image…
Mais j'ai constaté, et beaucoup de personnes m'ont confirmé, que les sites de service pouvaient se révéler rentables, parfois plus facilement et plus rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les sites de recherche sur internet. La suite envisagée pour le site Cerf ne devrait pas fondamentalement changer par rapport à ce qui se passe aujourd'hui: rendre service aux chercheurs, faire connaître la maison en lui donnant une image dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible surface financière, d'être leader en ce domaine; les pas seront donc comptés et très prudents."
= Editeurs sur le web
De plus en plus d’éditeurs sont présents sur le web, par exemple Gallimard, La Documentation française, Marabout ou les éditions Odile Jacob. Le site des Presses universitaires de France (PUF) présente le fonds éditorial des PUF, ainsi que la collection encyclopédique Que sais-je?, avec un historique de la collection, la liste des nouveautés des trois derniers mois, un descriptif détaillé des dernières parutions, une recherche par numéro et un classement thématique.
Les répertoires d'éditeurs ne manquent pas, par exemple Edilib, Livre.net et
Publishers’ Catalogues.
Edilib répertorie les éditeurs, libraires et diffuseurs francophones. La gestion de cette liste est assurée par Benoît Thiriou, de la bibliothèque médicale du CHU (centre hospitalier universitaire) de Rouen (Normandie). L’indexation est réalisée par Dominique Benoist, de la Bibliothèque universitaire de la Faculté de médecine de Rouen, selon la classification RAMEAU (répertoire d’autorités matières encyclopédique et alphabétique unifié). La recherche est possible par ordre alphabétique ou par sujet. Le site signale aussi d’autres répertoires de l’édition française et internationale.
Livre.net (devenu ensuite Lalibrairie.com) met à la disposition des adhérents cinq annuaires professionnels (bibliothèques, diffuseurs, distributeurs, éditeurs et librairies). Le 1er décembre 1998, Livre.net comprend 5.037 notices d’éditeurs, 2.137 notices de libraires, 435 notices de diffuseurs, 390 notices de distributeurs et 3.120 notices de bibliothèques, avec divers critères de recherche (titre, auteur, éditeur, date de parution, ISBN, etc.). Plusieurs rubriques sont en accès libre: conseils pour écrire et publier, revues littéraires, concours littéraires, etc.
Proposé par Northern Lights Internet Solutions, une société située à Saskatoon,
dans le Saskatchewan (Canada), le répertoire Publishers’ Catalogues est géré par
Peter Scott. A titre anecdotique, voici la liste alphabétique des éditeurs
français répertoriés en décembre 1998: "Actes Sud, Anako, Arnette Blackwell,
Casterman, Cepadues, Culture d'Oc, CyLibris éditions, Dunod, éditions
Complicités, éditions Dalloz-Sirey, éditions du Choucas, éditions du Juris
Classeur, éditions Eyrolles, éditions et librairie Oberlin, éditions Hermès,
éditions Jakin, éditions littéraires et linguistiques de Grenoble, éditions
Marshall Cavendish, éditions Massin, éditions Michel Lafon, éditions Milan
Presse, éditions Odile Jacob, éditions Phi, EDP Sciences, Fata Morgana,
Gallimard, Gauthier-Villars, Fabrice Gueho, Masson, Presses universitaires de
France et Telesma Publishing."
= La National Academy Press
"A première vue, cela paraît illogique", écrit Beth Berselli, journaliste au Washington Post, dans un article paru dans le Courrier international de novembre 1997. "Un éditeur de Washington, la National Academy Press (NAP), qui a publié sur internet 700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi à tout un chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l’année suivante. Qui a dit que personne n’achèterait la vache si on pouvait avoir le lait gratuitement?"
Une politique à la fois atypique et dynamique porte donc ses fruits. Editeur universitaire américain, la National Academy Press (NAP) (devenue ensuite: National Academies Press) publie environ 200 livres par an, essentiellement des livres scientifiques et techniques et des ouvrages médicaux. Dès 1994, l'éditeur choisit de mettre en accès libre sur le web le texte intégral de plusieurs centaines de livres, afin que les lecteurs puissent les "feuilleter" à l’écran, comme ils l’auraient fait dans une librairie, avant de les acheter ensuite s’ils le souhaitent. La NAP est le premier éditeur à se lancer dans un tel pari, une initiative saluée par les autres maisons d’édition, qui hésitent cependant à tenter l’aventure, ce pour trois raisons: le coût excessif qu’entraîne la mise en ligne de milliers de pages, les problèmes liés au droit d’auteur, et enfin une concurrence qu’ils estiment nuisible à la vente.
En ce qui concerne le copyright, ce sont les auteurs de la NAP eux-mêmes qui, pour des raisons publicitaires, demandent à ce que leur livre soit mis en ligne sur le site. Pour l'éditeur, le web est un nouvel outil de marketing face aux 50.000 ouvrages publiés chaque année aux Etats-Unis. Une réduction de 20% est accordée pour toute commande effectuée en ligne. La présence de ces livres sur le web entraîne une augmentation des ventes par téléphone. Le mouvement va en s’amplifiant puisque, en 1998, le site de la NAP propose le texte intégral d’un millier de titres. La solution choisie par la NAP est également adoptée par la MIT Press (MIT: Massachusetts Institute of Technology), qui voit rapidement ses ventes doubler pour les livres en version intégrale sur le web.
4.2. L’édition électronique
= Deux pionniers, CyLibris et 00h00
Fondé en août 1996 à Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris, livre) est le pionnier francophone de l’édition électronique commerciale. CyLibris est en effet la première maison d’édition à utiliser l’internet et le numérique pour publier de nouveaux auteurs littéraires. Vendus uniquement sur le web, les livres sont imprimés à la commande et envoyés directement au client, ce qui permet d’éviter le stock et les intermédiaires. Pendant son premier trimestre d’activité, l’éditeur signe des contrats avec treize auteurs. Le site propose en téléchargement libre des extraits de livres au format texte. Il donne aussi des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit à un éditeur, ce que doit comporter un contrat d’édition, comment protéger son manuscrit, comment tenter sa chance dans des revues ou concours littéraires, etc. En bref, le site de CyLibris se propose d'être le carrefour de la petite édition.
Pionnier de l’édition en ligne commerciale, les éditions 00h00 (prononcer: zéro heure) font leur apparition sur le réseau en mai 1998. Elles sont co-fondées par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur général de Flammarion, et Bruno de Sa Moreira, ancien directeur de Flammarion Multimédia, qui explique en juillet 1998: "Aujourd'hui mon activité professionnelle est 100% basée sur internet. Le changement ne s'est pas fait radicalement, lui, mais progressivement (audiovisuel puis multimédia puis internet). (…) La gestation du projet a duré un an: brainstorming, faisabilité, création de la société et montage financier, développement technique du site et informatique éditoriale, mise au point et production des textes et préparation du catalogue à l'ouverture. (…) Nous faisons un pari, mais l’internet me semble un média capable d'une très large popularisation, sans doute grâce à des terminaux plus faciles d'accès que le seul micro-ordinateur."
La création de 00h00 marque la véritable naissance de l'édition en ligne, lit-on sur le site. "C'est en effet la première fois au monde que la publication sur internet de textes au format numérique est envisagée dans le contexte d'un site commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'édition (auteurs et éditeurs) d'ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants droit. (…) Avec l'édition en ligne émerge probablement une première vision de l'édition au 21e siècle. C'est cette idée d'origine, de nouveau départ qui s'exprime dans le nom de marque, 00h00. (…) Internet est un lieu sans passé, où ce que l'on fait ne s'évalue pas par rapport à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. (…) Le succès de l'édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux: il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur l'écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a commencé."
Tous les titres sont disponibles sous la forme d’un exemplaire numérique (au format PDF) et d’un exemplaire papier. Les collections sont très diverses: inédits, théâtre classique français, contes et récits fantastiques, contes et récits philosophiques, souvenirs et mémoires, philosophie classique, réalisme et naturalisme, cyberculture, romans d’enfance, romans d’amour, nouvelles et romans d’aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par genre. Pour chaque livre, on a un descriptif court, un descriptif détaillé, la table des matières et une courte présentation de l’auteur. S’ajoutent ensuite les commentaires des lecteurs. Le paiement est effectué en ligne grâce à un système sécurisé mis en place par la Banque populaire. Ceux que le paiement en ligne rebute peuvent régler leur commande par fax, par courrier, par carte bancaire ou par chèque.
Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs qui le souhaitent peuvent créer leur espace personnel pour y rédiger leurs commentaires, participer à des forums ou recommander des liens vers d’autres sites. Ils peuvent encore s’abonner à la lettre d’information pour être tenus au courant des nouveautés.
= La diffusion en ligne
Pour les livres et périodiques scientifiques et techniques, dans lesquels l’information la plus récente est primordiale, la numérisation conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les actualisations régulières.
Les tirages papier restent toujours possibles à titre ponctuel. Des universités diffusent désormais des manuels "sur mesure" composés d’un choix de chapitres et d'articles sélectionnés dans une base de données, auxquels s'ajoutent les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut être effectué à la demande à partir de documents transmis par voie électronique à un imprimeur.
Pour la lecture de loisir, il reste toujours pratique d’avoir un livre ou un magazine imprimé pour lire sur son divan, dans son lit, au café, dans une salle d’attente, dans un train ou dans un avion. Mais, à terme, l’édition électronique se développera peut-être aussi dans ce domaine, en complément, à cause d’atouts spécifiques comme sa rapidité d’accès et son coût.
4.3. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
De l’avis général, l’internet renforce considérablement les relations entre les auteurs et les lecteurs. Grâce au web, les auteurs peuvent faire connaître directement leurs oeuvres, et le courrier électronique leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?
Professeure de lettres, poète et peintre, Silvaine Arabo crée en mai 1997 le site Poésie d’hier et d’aujourd’hui. En juin 1998, elle relate: "Internet m'a mise en contact avec d'autres poètes, dont certains fort intéressants… Cela rompt le cercle de la solitude et permet d'échanger des idées. On se lance des défis aussi… Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur que pour le créateur." Son site devient rapidement une cyber-revue.
Ceci est tout aussi vrai pour les romans. Le quotidien Libération du 27 février 1998 donne l'exemple de Barry Beckham, romancier américain qui lance une formule originale pour diffuser son nouveau roman You Have a Friend: The Rise and Fall and Rise of the Chase Manhattan Bank. Ce roman a pour décor la grande banque Chase Manhattan, et ceci sur deux siècles, entre 1793 et 1995. Le sujet est inspiré par la vie professionnelle de l’auteur, qui est rédacteur dans le service des relations publiques de cette banque. Moyennant un abonnement de 9,95 dollars, le lecteur reçoit un épisode par courrier électronique tous les quinze jours pendant six mois. Barry Beckham inaugure ainsi la formule du roman-feuilleton sur le web, dans la lignée de Dostoïevski, Dumas et Dickens en d’autres temps. Sur son site (disparu depuis), Barry Beckham dit s’être inspiré de la démarche des feuilletonnistes du 19e siècle "pour atteindre des lecteurs à une époque où l'édition littéraire est dominée par des conglomérats obsédés par des titres ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance intellectuelle".
Pour les auteurs de documentaires également, l’apport de l’internet est réel, comme en témoigne l’expérience d’Esther Dyson. Présidente d'EDventure Holdings, société spécialisée dans l’étude des technologies de l’information, elle fait partie du comité directeur de l’ Electronic Frontier Foundation (EFF). Depuis 1982, elle publie Release 1.0, lettre d’information mensuelle très prisée des spécialistes et souvent appelée la lettre intellectuelle du monde informatique. En 1997, elle publie aussi un livre: Release 2.0: A Design for Living in the Digital Age. Parallèlement à la publication simultanée de son livre par plusieurs éditeurs dans le monde (notamment Viking à Londres), Esther Dyson ouvre le site Release 2.0 (disparu depuis) pour dialoguer avec ses lecteurs et tirer parti de tous ces échanges dans une nouvelle édition de son livre. Dans ce cas précis, le site web se trouve être une étape intermédiaire entre deux publications imprimées.
Si un livre a de plus en plus fréquemment un correspondant numérique sur le web, le cas contraire ne l’est pas, comme l’explique Christian Aubry, rédacteur en chef du cybermag Multimédium, lorsqu’il présente L'état du cybercommerce 1998-1996, copublié par Fortune 1000 et Communications Vianet, qui paraît le 25 février 1998 lors du Forum québécois sur l’internet. "Il est devenu assez banal de numériser un livre afin de le rendre accessible sur le réseau mondial. Mais le contraire - un site internet transposé dans un livre - est un phénomène suffisamment inusité pour attirer notre attention. Que peut gagner le web, ce médium virtuel, universel, interactif et instantané, à revenir ainsi en arrière et à se figer dans un simple objet de papier?" Signé par deux journalistes, Vallier Lapierre et Yves Leclerc, le livre est un recueil de textes tirés du site CLÉS du commerce électronique. Il recense les tendances et stratégies récentes en matière de commerce électronique et de cyber-économie.
Les éditeurs auront-ils encore raison d'être dans quelques années? Oui, vraisemblablement. Jean-Paul, écrivain et musicien, écrit en juin 1998: "L'internet va me permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de disques, éditeurs, distributeurs… Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la tête (et ailleurs) et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est plus verte…"
5. LA PRESSE SE MET EN LIGNE
[5.1. La presse traditionnelle / 5.2. Les débuts de la presse électronique / 5.3. Le développement de la presse en ligne]
Même si cette étude est essentiellement consacrée au livre, ce chapitre fait un rapide survol du sujet connexe qu'est la presse en ligne. Nombreux sont les journaux et magazines imprimés qui ouvrent un site web avec articles, dossiers et archives en ligne. D’autres journaux et magazines sont purement électroniques. L’avenir de la presse en ligne est également lié à un débat de fond sur le métier de journaliste.
5.1. La presse traditionnelle
= Les débuts
Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est le premier site d’un périodique imprimé français. Monté dans le cadre d’un projet expérimental avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA), ce site est inauguré lors du forum des images Imagina. Il donne accès à l’ensemble des articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L’intégralité du mensuel en cours est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant sa parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses lecteurs.
En juin 1998, Philippe Rivière, responsable du site, précise que, trois ans après sa mise en ligne, le site a "bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire". Grâce à l’internet, "le travail journalistique s'enrichit de sources faciles d'accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par l'échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement."
Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web, peu après le lancement du Cahier Multimédia, un cahier imprimé hebdomadaire inclus dans l'édition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimédia, qui regroupe les articles du Cahier Multimédia et les archives des cahiers précédents, le Cahier Livres complété par Chapitre Un (les premiers chapitres des nouveautés), et bien d'autres rubriques. (La rubrique Multimédia est ensuite rebaptisée Numériques.)
Sur le site du Monde, lancé en 1996, on trouve des dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 h, l’intégralité du journal avant 17 h, l’actualité en liaison avec l’AFP (Agence France-Presse), et des rubriques sur la bourse, les livres, le multimédia et les sports. En 1998, le journal complet en ligne coûte 5 FF (0,76 euros) alors que l’édition papier coûte 7,50 FF (1,15 euros). S'ils concernent le multimédia, les articles du supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia (rebaptisée ensuite Nouvelles technologies).
L’Humanité est le premier quotidien français à proposer la version intégrale du journal en accès libre sur le web. Classés par rubriques, les articles sont disponibles entre 10 h et 11 h du matin, à l’exception de L’Humanité du samedi, disponible en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivés sur le site. En juillet 1998, Jacques Coubard, responsable du site, explique: "Le site de L’Humanité a été lancé en septembre 1996 à l'occasion de la Fête annuelle du journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site consacré à la récente Coupe du monde de football (avec d’autres partenaires), et des données sur la Fête et sur le meeting d'athlétisme, parrainé par L'Humanité. Nous espérons pouvoir développer ce site à l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du quotidien qui devrait intervenir à la fin de l'année ou au début de l'an prochain. Nous espérons également mettre sur le web L'Humanité Hebdo, dans les mêmes délais. Jusqu'à présent on ne peut pas dire que l'arrivée d'internet ait bouleversé la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s'en servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute encore une 'peur' culturelle à plonger dans l'univers du net. Normal, en face de l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d'édition électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens financiers."
= La presse régionale
La presse régionale est elle aussi rapidement présente sur le web, par exemple les Dernières nouvelles d’Alsace et Ouest-France.
Lancé en septembre 1995, le site des Dernières nouvelles d’Alsace propose l’intégrale de l’édition du jour et des informations pratiques (cours de la bourse, calcul des impôts, etc.). Il offre aussi une édition abrégée en allemand. Michel Landaret, responsable du site, précise en juin 1998 que celui-ci "compte actuellement 5.500 lecteurs par jour".
Le quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996. D’abord appelé France-Ouest, le site est ensuite renommé Ouest-France, du nom du journal. En juin 1998, Bernard Boudic, son responsable éditorial, explique: "A l’origine, l’objectif était de présenter et relater les grands événements de l'Ouest en invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de pages consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très vite, nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tournés vers la mise en ligne de dossiers d'actualité, puis d'actualités tout court. Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos: quotidien, hebdo (tendant de plus en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous offrons des services (petites annonces, guide des spectacles, presse-école, boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal électronique total: mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages différentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie de l'information et autorisant la constitution par chacun de son journal personnalisé (critères géographiques croisés avec des critères thématiques)."
Quels sont les retombées de l'internet pour les journalistes? "Elles sont encore minces. Nous commençons seulement à offrir un accès internet à chacun (rédaction d’Ouest-France: 370 journalistes répartis dans soixante rédactions, sur douze départements… pas simple). Certains utilisent internet pour la messagerie électronique (courrier interne ou externe, réception de textes de correspondants à l'étranger, envoi de fichiers divers) et comme source d'informations. Mais cette pratique demande encore à s'étendre et à se généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons aussi à tout ce qui touche à l'écriture multimédia et à sa rétro-action sur l'écriture imprimée, aux changements d'habitudes de nos lecteurs, etc. (…) Internet est à la fois une menace et une chance. Menace sur l'imprimé, très certainement (captation de la pub et des petites annonces, changement de réflexes des lecteurs, perte du goût de l'imprimé, concurrence d'un média gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces défis, de rajeunir la presse imprimée."
= La presse anglophone
Dans le monde anglophone, au début des années 1990, les premières éditions électroniques de journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Les organes de presse créent ensuite leurs propres sites web. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur un site dénommé Times Online, avec possibilité de créer une édition personnalisée. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est payante, avec 100.000 abonnés en 1998. Celle du New York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l’actualité quotidienne en ligne et de nombreux articles archivés, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder (rebaptisé ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y lire la presse en ligne et rechercher des articles par date ou par sujet. La presse informatique est également présente sur le web, à commencer par le mensuel Wired, créé en 1992 en Californie. Premier magazine consacré à la culture cyber, Wired, devenu une revue culte, se présente en 1998 comme le journal du futur à l’avant-garde du 21e siècle.
5.2. Les débuts de la presse électronique
= L'E-zine-list
Les premiers titres purement électroniques sont répertoriés dans l’E-zine-list, créée en été 1993 par John Labovitz. Abrégé de fanzine ou magazine, un e-zine est généralement l’oeuvre d’une personne ou d’un petit groupe. Il est uniquement diffusé par courriel ou sur un site web. Le plus souvent, il ne contient pas de publicité, ne vise pas un profit commercial et n’est pas dirigé vers une audience de masse.
Comment l’E-zine-list débute-t-elle? Sur le site, John Labovitz relate qu’à l’origine son intention est de faire connaître Crash, un zine imprimé pour lequel il souhaite créer une version électronique. A la recherche de répertoires, il ne trouve que le groupe de discussion Alt.zines, et des archives comme le The Well et The Etext Archives. Lui vient alors l’idée d’un répertoire organisé. Il commence avec douze titres classés manuellement dans un traitement de texte. Puis il écrit sa propre base de données. En quatre ans, de 1993 à 1997, les quelques dizaines de e-zines deviennent plusieurs centaines. Pendant la même période, la signification même de e-zine s’élargit pour recouvrir tout type de publication publiée par voie électronique, même s’"il subsiste toujours un groupe original et indépendant désormais minoritaire qui continue de publier suivant son cœur ou de repousser les frontières de ce que nous appelons un e-zine". En été 1998, l’E-zine-list comprend 3.000 titres. (Elle sera poursuivie jusqu’en novembre 2001.)
= La presse électronique francophone
La presse électronique francophone débute en novembre 1994 avec Les Chroniques de Cybérie, suivies par LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) en février 1996 et Multimédium en avril 1996.
Jean-Pierre Cloutier, journaliste québécois, lance en novembre 1994 Les Chroniques de Cybérie, une chronique hebdomadaire des actualités du réseau, en collaboration avec Mychelle Tremblay. Cette chronique est d'abord une lettre envoyée par courriel. En avril 1995, elle est également présente sur le web. Au fil des ans, elle devient une référence dans la communauté francophone, y compris dans le domaine du livre.
Comment les Chroniques ont-elles débuté? En 1994, après avoir été journaliste pendant de nombreuses années, Jean-Pierre Cloutier est à la tête d’une petite société de traduction. "J'ai mis de côté mes activités de traduction pour devenir chroniqueur, relate-t-il en juin 1998. Au début, je le faisais à temps partiel, mais c'est rapidement devenu mon activité principale. C'était pour moi un retour au journalisme, mais de manière manifestement très différente. Au début, les Chroniques traitaient principalement des nouveautés (nouveaux sites, nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage traité des questions de fond du réseau, puis débordé sur certains points d'actualité nationale et internationale dans le social, le politique et l'économique. Dans le premier cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car toutes les ressources (documents officiels, dépêches, commentaires, analyses) sont en ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, étendre l'analyse, pousser des recherches. Pour ce qui est de l'actualité, la sélection des sujets est tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile à dénicher. On se retrouve alors dans la même situation que la radio ou la télé, c'est-à-dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle même importante devient du coup moins attrayante sur le plan du médium."
A la consternation des lecteurs, les Chroniques cessent provisoirement leur parution en octobre 1997, pour des raisons budgétaires. "Au Québec, (…) les annonceurs des secteurs public et privé et les commanditaires ne sont pas au rendez-vous, du moins pour l'instant, pour assurer la viabilité du modèle économique d'une prétendue industrie québécoise du contenu sur les inforoutes", expliquent à la même date Jean-Pierre Cloutier et Mychelle Tremblay. Six mois plus tard, en avril 1998, les Chroniques sont de retour grâce à leur alliance avec le Webdo de Lausanne (Suisse) qui, pendant deux semaines, en détient l'exclusivité sur le site créé à cet effet. Elles sont ensuite archivées sur le site québécois initial, avec moteur de recherche.
Lancé à Paris en février 1996, LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) se présente comme "l’hebdomadaire internet immatériel et francophone", et se veut la référence française pour les technologies de l'information. Sous l’égide de François Vadrot, directeur des systèmes d’information du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), LMB Actu complète Le Micro Bulletin, revue imprimée destinée aux universitaires et aux chercheurs. Diffusé gratuitement par courriel tous les jeudis matin, LMB Actu est ensuite archivé sur le web. (Il est remplacé par Internet Actu en septembre 1999.)
Mis en ligne en avril 1996, le cybermag québécois Multimédium se présente comme le "quotidien des nouvelles technologies de l'information". L'actualité québécoise, francophone et internationale est présentée sous forme d'articles courts renvoyant aux sources (dépêches, sites web, etc.). La rubrique Infos Technos est une sélection de revues informatiques disponibles en ligne.
5.3. Le développement de la presse en ligne
= De plus en plus de titres sur le web
Selon Henri Pigeat, président de l’Institut international des communications, "l’édition électronique représente un axe majeur de développement pour la presse". D'après lui, le web a trois fonctions essentielles: a) il est un outil de promotion pour le journal parce qu’il attire de nouveaux lecteurs, souvent plus jeunes; b) il offre plus de précisions et une vision plus exhaustive qu’un support papier limité par la place; c) il "permet d’occuper le terrain, notamment face à la concurrence de services en ligne nouveaux ou de la télévision".
La vitesse de croisière va-t-elle remplacer la folle expansion observée entre 1994 et 1998? C’est l’avis d'Eric K. Meyer, journaliste indépendant qui publie un article très documenté sur le site de l'AJR/NewsLink (AJR: American Journalism Review). En décembre 1997, le nombre de journaux présents sur le web est de 3.622, un chiffre correspondant à peu près à la prévision de 4.000 titres donnée par le même site en 1994. 471 titres sont mis en ligne entre juin et décembre 1996, 594 titres entre décembre 1996 et mai 1997 et 1.702 titres entre juin et décembre 1997. Sur les 3.622 titres recensés en décembre 1997, on en compte 1.563 basés hors des Etats-Unis, soit un pourcentage de 43%, alors que ce pourcentage était seulement de 29% en décembre 1996. Cette forte augmentation correspond à la mise en ligne de nombreux titres au Canada, au Royaume-Uni, en Norvège, au Brésil et en Allemagne. Fait peu surprenant, les trois pays les plus représentés sont les Etats-Unis (2.099 journaux), le Royaume-Uni (294 journaux) et le Canada (230 journaux). Quelques mois plus tard, en septembre 1998, le nombre de journaux présents sur le web est de 4.925, soit 1.300 de plus que fin 1997.
Fait qui mérite d’être signalé, aux Etats-Unis, de grands groupes de presse traditionnellement concurrents tentent de travailler ensemble. Lancé en février 1997 par le News Century Network, NewsWorks est un site rédactionnel commun à neuf groupes de presse (Advance Publications, Cox Newspapers, The Gannett Company, The Hearst Corporation, Knight-Ridder, The New York Times Company, Times Mirror, The Tribune Company et The Washington Post Company), soit 140 titres. Ce site commun dure 13 mois. La mésentente et le manque de cohésion entre les partenaires ont raison de cette alliance en mars 1998. Même si le partenariat semble difficile, il existe désormais un précédent pouvant ouvrir la voie vers d’autres serveurs d’information nationaux et internationaux.
= L’information exclusive en ligne
Dans le quotidien Libération du 21 mars 1997, Laurent Mauriac, journaliste, insiste sur l’importance de la date du 28 février 1997 dans l’histoire de la presse, du journalisme et de l’internet. A 15 h 15, le Dallas Morning News, l’un des dix grands quotidiens américains, livre en ligne une information exclusive: la reconnaissance de sa culpabilité par Timothy McVeigh, le principal suspect de l'attentat d'Oklahoma City (perpétré le 19 avril 1995 et ayant tué 168 personnes). Pour la première fois, une information exclusive n’est pas livrée par une édition imprimée mais par une édition en ligne. Elle renverse les rapports d’un journal avec son site web. Jusque-là, l’édition en ligne se contentait d’être une copie de l’édition papier.
Moins d’un an après, le mécanisme est au point. Pierre Briançon, lui aussi journaliste à Libération, explique le 30 janvier 1998 que le scandale provoqué par les relations sexuelles de Bill Clinton, président des Etats-Unis, avec Monika Lewinski, stagiaire à la Maison Blanche, est "le premier grand événement politique dont tous les détails sont instantanément reproduits sur le web". Tous les grands médias d'information ont une page web spéciale consacrée au scandale. "Pour la première fois, le web apparaît ainsi comme un concurrent direct et brutal, non seulement des journaux - handicapés par leur périodicité - mais des radios ou télévisions."
L’affaire Clinton-Lewinsky provoque aussi quelques dérapages. Dans un entretien publié en mars 1998 par le magazine allemand Com!, Hermann Meyn, président du Deutscher Journalisten Verband (DJV) (Fédération des journalistes allemands), propose d'établir un code de déontologie professionnelle à l’intention des journalistes de la presse en ligne, afin d'éviter de tels dérapages à l'avenir. Le flux d'informations étant beaucoup plus rapide sur l’internet que dans les médias classiques, les rumeurs et fausses nouvelles sont légion. Un tel code paraît donc indispensable, plutôt que des lois nationales qui s'avéreraient sans doute inefficaces, l'internet étant un réseau à vocation mondiale.
= Presse et convergence multimédia
Dans la Tribune de Genève du 28 février - 1er mars 1998, Antoine Maurice, journaliste, consacre un article aux mutations technologiques affectant le monde de la presse. Suite à la généralisation de l’impression offset et de la photocomposition, la fin des années 1980 voit "des rédactions complètement informatisées et dépourvues de papier - le tout écran -, complètement en réseau et en flux immatériel de production, complètement détachées et détachables des lieux d’impression". Nombre de métiers ont disparu. Les journalistes doivent maintenant compter avec des secrétaires de rédaction qui saisissent les textes puis montent les pages à l’écran, et avec des ingénieurs qui réglementent les modalités du travail. Les techniciens de l’information et ceux qui l’écrivent sont tous deux "journalistes de plein droit, puisque des metteurs en page sur ordinateur sont autant responsables du contenu du journal que des rédacteurs". Les journalistes doivent aussi compter avec la concurrence de l’internet qui « court-circuite en partie le pouvoir d’informer, privilège jusque-là d’un milieu médiatique qui se serait bien passé de cette concurrence".
Lors du Colloque sur la convergence multimédia organisé les 27-29 janvier 1997 à Genève par le Bureau international du travail (OIT), plusieurs interventions sont particulièrement intéressantes.
Bernie Lunzer, secrétaire trésorier de la Newspaper Guild (Etats-Unis), est l’intervenant le plus pessimiste sur la rentabilité de la presse en ligne. D'après lui, les espoirs de rentabilité, fondés à l’origine sur les placards publicitaires, se sont ensuite reportés sur les petites annonces, sans garantie de succès jusque-là. L’instauration de l’abonnement payant semble lui aussi voué à l’échec, parce qu’il prive le site d’une grande partie de son trafic. Bernie Lunzer insiste également sur les batailles juridiques relatives au respect de la propriété intellectuelle sur l’internet. Le but est notamment de contrer l’attitude des directeurs de publication, qui amènent les journalistes indépendants à signer des contrats particulièrement choquants, avec cession de leurs droits d’auteur au journal en échange d’une contrepartie financière ridicule.
De l’avis de Heinz-Uwe Rübenach, du Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger (Association des directeurs de journaux, Allemagne), les services de presse en ligne ne devraient pas sonner le glas des journaux imprimés, au moins dans un proche avenir. Par contre, la presse en ligne concurrence déjà la presse traditionnelle pour les annonces immobilières, les offres d’emploi et l’achat de billets pour des manifestations sportives ou des spectacles. Heinz-Uwe Rübenach insiste aussi sur la nécessité pour les entreprises de presse de gérer et de contrôler l’utilisation sur le web des articles de leurs journalistes.
Plusieurs syndicalistes font part du danger représenté par la pression constante exercée sur les journalistes des salles de rédaction. Alors que leurs articles devaient auparavant être livrés une fois par jour, ils sont maintenant sollicités plusieurs fois par jour. Ces tensions à répétition sont encore aggravées par une journée de travail à l’écran pendant huit à dix heures d’affilée. Le rythme de travail et l’utilisation intensive de l’ordinateur entraînent de préoccupants problèmes de sécurité au travail. Après quelques années à ce régime, des journalistes craquent à l’âge de 35 ou 40 ans.
Président de la Federação nacional dos jornalistas (FENAJ) (Fédération nationale des journalistes, Brésil), Carlos Alberto de Almeida dénonce l’exploitation des journalistes dans son pays. En théorie, les nouvelles technologies devaient leur donner la possibilité de rationaliser leur travail et d’en réduire la durée afin d’avoir plus de temps libre à consacrer à leur culture personnelle et leurs loisirs. En pratique, ils sont obligés d’effectuer un nombre d’heures de travail de plus en plus élevé. La journée légale de 5 heures est en fait une journée de 10 à 12 heures. Les heures supplémentaires ne sont pas payées, comme ne sont pas payées non plus celles effectuées le week-end.
Si elle accélère le processus de production, l’automatisation des méthodes de travail entraîne une diminution de l’intervention humaine et donc un accroissement du chômage. Alors que, par le passé, le personnel de production devait retaper les textes du personnel de rédaction, la mise en page automatique entraîne la combinaison des deux tâches de rédaction et de composition. Dans les services publicitaires aussi, la conception graphique et les tâches commerciales sont maintenant intégrées. Par contre, l’informatique permet à certains professionnels de s’installer à leur compte, une solution choisie par 30% des salariés ayant perdu leur emploi.
= L’internet au secours de la liberté d’expression
Le web permet de lire en ligne des titres difficiles ou impossibles à trouver en kiosque. Un article du Monde daté du 23 mars 1998 donne l'exemple du quotidien algérien El Watan, en ligne depuis octobre 1997. Redha Belkhat, son rédacteur en chef, explique: "Pour la diaspora algérienne, trouver dans un kiosque à Londres, New York ou Ottawa un numéro d’El Watan daté de moins d'une semaine relève de l'exploit. Maintenant, le journal tombe ici à 6 heures du matin, et à midi il est sur internet."
L’internet permet aussi aux journaux interdits d’être publiés malgré tout. C’est le cas de l’hebdomadaire algérien La Nation qui, parce qu'il dénonce les violations des droits de l'homme en Algérie, est contraint de cesser ses activités en décembre 1996. Un an après sa disparition, un numéro spécial de La Nation est disponible sur le site de Reporters sans frontières (RSF). "En mettant La Nation en ligne, notre but était de dire: cela n'a plus de sens de censurer les journaux en Algérie, parce que grâce à internet les gens peuvent récupérer les articles, les imprimer, et les distribuer autour d'eux", indique Malti Djallan, à l'origine de cette initiative.