LE
LIVRE COMMODE
DES ADRESSES DE PARIS
pour 1692

par
ABRAHAM DU PRADEL
(NICOLAS DE BLEGNY)

Suivi d’appendices,
précédé d’une introduction, et annoté

par
ÉDOUARD FOURNIER

Tome II

PARIS
Paul DAFFIS, ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE
DE LA BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE
7, rue Guénégaud

M DCCC LXXVIII

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.

Histoire de la Butte des Moulins, suivie d’une étude historique sur les demeures de Pierre Corneille à Paris, avec deux vues de la Butte en 1551 et 1652. Beau volume in-18, papier vélin. 3 fr. 50

Le Vieux Neuf. Seconde édition, refondue et considérablement augmentée. 3 vol. gr. in-18. 15 fr.

L’Esprit des autres. 5e édition refondue et considérablement augmentée. 1 vol. in-18. (Sous presse.)

Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
Caractères elzeviriens de la Librairie Daffis.

ÉPICERIES
ET AUTRES DENRÉES DOMESTIQUES.

Pour le Bureau des Epiciers et Droguistes, voyez l’article de la matiere Medecinale[1].

[1] T. I, p. 164.

Messieurs Jourdan rue saint Denis au Cheval blanc[2], Lion rue de la Truanderie[3], Chabouillé rue de la Poterie, Mercier rue de la Verrerie, du Bois rue Quinquempoix, etc., tiennent magasin d’Epiceries domestiques, de Sucre, d’Huiles, etc.

[2] Dans l’édit. précéd., p. 31, il est qualifié « epicier grossier », — c’est-à-dire en gros — et nommé seul, comme faisant « gros commerce d’huiles d’olive et des fruits de Provence ». A la suite, se trouve cet autre article omis ici : « M. Petit, Chef au Chevalier du Guet, fait venir beaucoup de caffé, de cacao, etc. » Chef se prenoit à la cour et dans les grandes hôtelleries avec le sens qu’il a encore. On disoit suivant Richelet : chef de gobelet, chef d’échansonnerie, chef de panneterie, etc.

[3] « Lion, rue Jean de l’Épine, à l’enseigne de la Ville de Tours, tient magasin de fruits secs, d’eaux de vie, et de diverses autres sortes de drogueries. » Édit. 1691, p. 31.

M. Barre rue Quinquempoix[4], tient grand magasin de Sucre, rafinage de Roüen[5].

[4] « Joignant la Chambre des assurances. » Édit. 1691, p. 31. Les assurances, dont la Chambre est indiquée ici, étoient les assurances maritimes, constituées en 1681, et pour lesquelles un édit de mai 1686 avoit autorisé une compagnie.

[5] Le sucre du raffinage de Rouen, fait avec le produit de nos îles d’Amérique, étoit de ceux qui ne payoient pas de droits de sortie. On en consommoit à Paris beaucoup de cette provenance, comme on le verra plus loin. — Le sucre entroit pour une très-grande part dans le commerce des épiciers. Les apothicaires, communauté qui leur touchoit de très-près, le leur avoient, nous l’avons vu (t. I, p. 164), fort longtemps disputé, comme une sorte de monopole, dont ils pouvoient seuls disposer. Ils avoient pour eux le proverbe : « On ne prend pas un apothicaire sans sucre », mais cela ne suffisoit pas. Il falloit un privilége. Ce fut à qui l’auroit des deux corporations. Un arrêt de la Cour, du 27 novembre 1652, attribua aux épiciers le droit exclusif des confitures, sirops « restant des dites confitures », dragées, etc. Ce ne fut pas assez. Ces sucreries n’étoient pas le sucre, auquel prétendoit si ardemment l’épicerie. Il y eut un procès, dont Gui Patin a parlé (anc. édit., t. I, p. 38 ; II, 134). Les épiciers l’emportèrent. Nous trouvons, en effet, dans un arrêt du 1er septembre 1689 : « Défense à autres que marchands épiciers de vendre aucun poivre, sucre, clous de giroffle, savon, huile, muscade, etc., à peine de confiscation, et cinq cents francs d’amende. » La querelle, apaisée à Paris, ne le fut pas en province. Un siècle après, par exemple, nous l’avons dit aussi, t. I, p. 164, elle s’étoit réveillée entre les apothicaires et les épiciers de Chartres. — Les épiciers de Paris faisoient un tel commerce de sucre, pour l’exportation, que le naufrage d’un navire venant de Rouen en fit perdre à l’un d’eux pour 8000 livres, à la fin de 1660. (V. Loret, t. III, p. 295.)

Le Sieur Chambellan rue de Baffroy fauxbourg saint Antoine, vend en gros du plus beau Miel blanc, du Miel commun, etc.

La Manufacture de Savon d’Alicanthe[6] est au même Fauxbourg rue de Charonne.

[6] Ce savon blanc jaspé, fait avec de la soude d’Alicante, passa jusqu’à la fin du dernier siècle pour être le meilleur de tous. En 1655, les fruitiers s’étoient mis à en vendre. Les épiciers firent opérer des saisies. Le 25 avril, on en faisoit une chez Henry Hue, qui a été nommé plus haut, et qui demeuroit rue de la Cossonnerie. Il s’agissoit de « huit pains de savon d’Alicante ».

Le Sieur Moüèvre qui demeure rue Bertin Poirée, fait et vend au cent et au millier des Bouchons de liege[7].

[7] On les faisoit venir des Landes, où ils se fabriquoient au couteau. V. Pomet, Histoire des Drogues, chap. liége. Pomet, historien des drogues, étoit lui-même épicier droguiste.

Pour les Droguistes de parfums, voyez l’article des Gantiers parfumeurs.

Pour les Fruits de Provence, de Portugal, de la Chine, etc., voyez aux Offices de Fruiterie.

Pour les Drogueries, voyez l’article des matieres Medecinales.

On tient à la Halle les Mercredis et Samedis un marché franc pour la Chandelle, où elle n’est vendue en gros que six sols la livre.

Il y a une manufacture de tres belle Chandelle rue Neuve saint Mederic, où elle est vendue huit sols la livre.

Il y a une autre manufacture de Chandelle fauxbourg saint Antoine devant la Halle, où la plus belle Chandelle n’est qu’à sept sols la livre[8].

[8] Cette manufacture de chandelles étoit tenue, en 1676, par un nommé Orléans, qui, ayant voulu joindre à la vente de ses produits celle de l’huile d’olive, absolument interdite aux chandeliers, dut subir, le 14 mars, une saisie, dont nous avons vu le procès-verbal imprimé. — Il se trouvoit, au même faubourg, une autre fabrique de chandelles tenue par les frères Brès. (Correspondance du Contrôleurs généraux, no 1177.)

Le marché au Suif[9] se tient tous les Jeudis dans la vieille place aux Veaux[10].

[9] On savoit déjà l’épurer avec une certaine perfection, et l’on obtenoit ainsi des « chandelles de suif, façon de bougies », pour lesquelles un valet de chambre de Monsieur avoit obtenu privilége en 1669. — Plus tard, à la fin de mars 1728, s’ouvrit, rue Saint-Martin, à l’Hôtel des Quatre Provinces, une fabrique de chandelles d’une épuration plus irréprochable encore. V. un fragment des Nouvelles à la main de cette époque dans le Bullet. des Biblioph. 1846, p. 860.

[10] Elle se trouvoit entre la rue Saint-Jacques-la-Boucherie et la rue Planche-Mibray. La famille des Saint-Yon, qui, au XIVe siècle, y tenoit sa boucherie, lui avoit longtemps donné son nom. On l’appela la Vieille Place aux Veaux à partir de 1646, lorsqu’une nouvelle place eut été créée pour ce marché, sur le quai des Ormes.

Le Grenier à Sel est à l’entrée du quay de la Mégisserie et rue saint Germain l’Auxerrois[11].

[11] Il étoit près de la rue de la Saunerie, qui lui devoit son nom.

Pour les Œufs, Beurre, Fromages et Legumes, voyez l’article de ces denrées.

Les Chantiers où se vendent les Bois à bruler, sont à la porte saint Antoine, à la porte saint Bernard, et à la Grenouillere[12].

[12] Le quai d’Orsay, aujourd’hui. Quand furent bâtis les hôtels de la rue de Lille, les propriétaires se plaignirent de ces chantiers, qui leur masquoient la Seine, et qui étoient, pour eux, un continuel danger d’incendie. Ils ne purent rien obtenir. Les mss. légués par Beffara à l’Hôtel de Ville contenoient à ce sujet de curieuses pièces. Ces chantiers ont existé jusqu’à nos jours. Le palais de la Cour des Comptes a remplacé le dernier, qui étoit immense. C’est dans un autre plus rapproché de la rue de Bourgogne, qu’Adrienne Lecouvreur, à qui l’Église refusoit une sépulture en terre sainte, fut clandestinement enterrée en 1730.

On vend aussi du Bois neuf, des Cottrets et des Fagots sur le quay de l’Ecole[13], sur le quay de la Grève, et au Port saint Paul.

[13] Le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac (acte II, scène 4), a rendu célèbres, nous l’avons déjà dit, les cotrets du quai de l’École. « Granger. Eh ! qu’allois-tu faire à l’École, baudet ? — Corbinelli. Mon maître s’étant souvenu du commandement que vous lui avez fait d’acheter quelque bagatelle qui fût rare à Venise, et de peu de valeur à Paris, pour en régaler son oncle, s’étoit imaginé qu’une douzaine de cotrets n’étant pas chers, et ne s’en trouvant pas par toute l’Europe de mignons comme en cette ville, il en devoit porter là bas : c’est pourquoi nous passions par l’École pour en acheter. »

Le Charbon se vend sur le Port de la Grève.

On trouve quelquefois sur les Ports et dans les Chantiers du Bois de rebut qui se donne à bon marché.

ETOFFES.

Le Bureau des Marchands Drapiers est dans la rue des Déchargeurs[1].

[1] Le portail de cette maison des Drapiers, d’un beau style dorique, dont Piganiol (t. II, p. 176) regrette qu’on eût trop tôt gâté les sculptures « par une couleur à l’huile », avoit été construit, avant 1675, par Jacques Bruant. On l’a conservé, lorsque la maison fut démolie, et il sera rétabli, tel qu’il étoit, dans l’ancien jardin de l’hôtel Carnavalet.

Celuy des Marchands Merciers Grossiers, qui vendent les Etoffes de soyes et autres petites Etoffes, sera indiqué dans l’article de la Mercerie.

Pour les petites Etoffes de l’aport de Paris, voyez l’article des Tapisseries et Marchandises ordinaires.

Entre les Marchands Drapiers qui ont de gros fonds et qui font de grandes fournitures, sont dans la rue saint Honoré[2] :

[2] « Depuis les piliers des Halles, dit Sauval (t. I, p. 142), jusqu’à la rue d’Orléans, ce ne sont que gros marchands merciers. »

Messieurs de Vins au Grand Loüis[3] ; les frères Berny au Château couronné ; Faré et Paris au Grand Monarque, Charon au chateau de Vincenne, Yon au Grand Turc[4], Boucher au Lion d’argent[5], le Large à la Clef d’argent, et Forquin au Croissant d’argent, rue de l’Arbre sec, Messieurs les frères Brochand à la Trinité[6] ; près l’aport de Paris, Messieurs Tourau[7] au Cheval noir, Revelois[8] et Arsan à la Croix de fer, et Caron aux deux Moines rue des Fourreurs, M. Porcher, rue de Bussy, M. Vassal[9], etc.

[3] « Monsieur Devins, au grand Louis, rue Saint-Honoré, fournit des draps pour les personnes royales, dont il fait d’ailleurs grand commerce. » Édit. 1691, p. 63. — On écrivoit aussi De Vins. De 1676 à 1683, un De Vins fut conseiller de ville et échevin. C’étoit sans doute celui-ci. Comme drapier, et faisant par conséquent partie des six corps, il avoit le droit d’arriver à l’échevinage et au titre de juge-consul. — Il existe, au Cabinet des médailles, un jeton des drapiers, avec le nom de J. de Vin, et la date de 1703 à l’exergue.

[4] Cette enseigne du Grand Turc existoit encore, et pour le même commerce, en 1789, rue Saint-Honoré. Buffault, que la protection de Mad. Du Barry fit directeur des octrois de Paris, ce qui lui permit de donner son nom à une rue nouvelle, l’avoit rendue célèbre. (État actuel de Paris, 1789, in-32, Quart. du Louvre, p. 77.)

[5] Au coin de la rue des Prouvaires. La boutique existe toujours avec sa devanture en boiserie du meilleur style. Le Lion d’argent, qui se voyoit encore, il y a quelques années, dans un médaillon au-dessus de la porte, a seul disparu.

[6] « Où sont fournies toutes les étoffes pour les livrées du Roy. » Édit. 1691, p. 63. — Les Brochand étoient très-célèbres dans le commerce de Paris. Plusieurs furent échevins ou juges-consuls. Ils touchoient aux Poquelin de la branche riche, qui n’étoit pas celle à laquelle nous devons Molière. Leur généalogie complète existe aux Mss. de la Biblioth. Nat. Un d’eux, qui avoit été consul, possédoit une magnifique maison à Fontenay-aux-Roses. (V. Piganiol, t. IX, p. 241.)

[7] Lisez Thourou. Nous trouvons son nom ainsi écrit dans un arrêt du Conseil d’État, du 11 oct. 1687, servant de règlement entre les drapiers et les merciers, et dénommant tous ceux de ces derniers qui avoient opté pour la draperie et s’y étoient fait recevoir.

[8] Il est nommé Adrien Revelois dans l’arrêt que nous venons de citer. Celui qui suit ici, et qui sans doute étoit son associé, y est nommé François Hersant.

[9] Louis Vassal.

M. Sauvage[10] rue S. Denis fait encore un grand détail de Draperie.

[10] Pierre Sauvage l’aîné. Il étoit d’une famille de grande considération dans le commerce parisien. On trouve dans l’épitaphier de Saint-Jacques-la-Boucherie, un P. Sauvage qui avoit été échevin, « et l’un des porteurs de la châsse de sainte Geneviève », ce qui n’étoit pas un moindre honneur. — C’est surtout dans la partie de la rue Saint-Denis qui avoisinoit celle d’Aubry-le-Boucher, et, en face, l’église des Saints Innocents, qu’il y avoit aussi de riches drapiers. Dans le Bourgeois gentilhomme, acte III, sc. 12, Mme Jourdain dit que son père et celui de son mari « vendoient du drap auprés de la porte Saint Innocent ».

Enfin les Marchands Drapiers qui ne vendent qu’en gros, sont Messieurs Fayert et Feroüillac[11] rue des mauvaises Paroles, Cadeau[12], Rousseau, de la Mothe le jeune, Mignot et Sellier au Chevalier du Guet[13], Poncet[14] rue des Prouvaires, Bachelier rue Montorgueil, Gaillée rue de la Truanderie, Marchand rue des Déchargeurs, etc.

[11] L’arrêt du Conseil d’État le nomme Ferouillet, mais peut-être — ce qui se rapprocheroit davantage du nom écrit ici — faut-il lire Férouillard. Il y eut, en effet, un fameux marchand de draps qui s’appeloit ainsi, et chez lequel fut commis, pendant la Fronde, un vol considérable. (V. le Journal des Savants, 1854, p. 440.)

[12] Les Cadeau étoient une des plus anciennes familles du commerce de Paris. Il en existe encore, qui connaissent leur origine, et en sont fiers. Un Cadeau, marchand de draps, de la rue Saint-Denis, au Marteau d’or, père sans doute de celui qui est ici, fut un des grands meneurs de la Fronde à ses commencements. Le Parlement dut ordonner prise de corps contre lui. V. aux Mss. de la Biblioth. Nat., Remarques journalières et véritables de ce qui s’est passé dans Paris… durant l’année 1648, p. 10. — Marchands et courtauds de boutique de la rue Saint-Denis avoient, du reste, la réputation d’être tapageurs et même bretteurs : « Bon ! dit M. de Colafon, dans Arlequin Misanthrope, acte II, scène VIII, je suis le premier homme du monde pour escrimer. C’est moi qui ai mis les armes à la main aux trois quarts de la petite gendarmerie de la rue aux Fers et de la rue Saint-Denis. » — Le magasin des Cadeau étoit si célèbre, que le drap qu’ils vendoient n’étoit connu que par leur nom : on disoit « le drap Cadot (sic) ». (Théophraste moderne, 1701, in-12, p. 40.)

[13] François Mignot et François Scellier. C’est ainsi qu’ils sont nommés dans l’arrêt du Conseil d’État de 1687. Ils étoient associés. Mignot épousa la sœur de Scellier, et il naquit de ce mariage un fils, Pierre-François Mignot, qui se maria, le 29 janvier 1709, avec Catherine Arouet, sœur aînée de Voltaire, dont l’abbé Mignot et la fameuse mad. Denis furent les enfants. Jal a retrouvé l’acte de mariage de ce fils du marchand de draps, qui, lui, n’étoit pas dans le commerce, mais conseiller du Roi, correcteur en sa Chambre des Comptes. Il y est dit « fils de deffunt François Mignot et de dame Anne Sellière (sic) ».

[14] Un jeton des drapiers, au Cabinet des Médailles, porte son nom à l’exergue, avec la date de 1701.

Ceux qui ont un grand assortiment d’Etoffes d’été, sont Messieurs Rotisset rue des cinq Diamans, Bergeon[15] rue des Lombars, Picart rue de la vieille Monnoye, etc.

[15] Peut-être faut-il lire Bergeron, comme dans l’arrêt de 1687.

Les Marchands Merciers qui vendent des Toilles peintes et autres Etoffes de la Chine, sont près l’aport de Paris, Messieurs le Brun ainé et cadet, Chauvin[16] et Liettier, et encore au Cloitre sainte Opportune, M. Barroire.

[16] Dans l’édition de 1691, chap. XII, du Commerce des habillements, p. 26, il est seul nommé : « les étoffes de la Chine se vendent chez les marchands tapissiers de la Porte de Paris, entre lesquels M. Chauvin, à l’enseigne du Roy de la Chine, est toujours bien assorti. »

Les Crepes et Crepons se vendent en magasin chez Messieurs le Breton rue des Lavandieres, Gaubas et Solicoffre au cul de sac des Bourdonnois[17].

[17] Jusqu’au règne d’Henri IV, les crêpes et crêpons nous venoient de Bologne. On en dut la fabrication en France à Sully, dit Laffémas, « à la prétieuse manufacture par lui establye dans le château de la ville de Mantes ». Archives curieuses, 1re série, t. XIV, p. 223.

On vend aussi au même lieu les Treillis d’Allemagne, et encore chez M. de la Riviere, rue des Bourdonnois[18].

[18] A la suite, on lit dans l’édit. de 1691, p. 25 : « Au Cheval noir, près la porte de Paris, il y a grand magasin de draperie. » — Les treillis, selon Richelet, étoient « une sorte de grosse toile, dont s’habillent, dit-il, les charretiers, les mariniers et autres gens de cette manière, et dont on fait quelques sacs ».

Les Etoffes de soyes, d’or et d’argent[19], sont[20] commercées par Messieurs Gautier[21] et Regnault, rue des Bourdonnois.

[19] Le milannois Furato avoit, sous Henri IV, importé à Paris, hôtel de la Macque, rue de la Tixeranderie, l’art de faire ces étoffes d’or, ce qui fut pour le royaume une épargne de plus de douze cents mille écus par an, suivant Laffémas. (Loc. citat.)

[20] « Amplement », édit. de 1691, p. 25.

[21] C’étoit le plus en vogue. On se ruinoit surtout chez lui — du moins pour les étoffes — en corbeilles, ou, comme on disoit alors, en « carreaux » de mariage : « l’utile et louable pratique, dit La Bruyère, de perdre en frais de nôces le tiers de la dot qu’une femme apporte ! de commencer par s’appauvrir, de concert, par l’amas et l’entassement de choses superflues, et de prendre déjà sur son fonds de quoi payer Gautier, les meubles et la toilette. » Le marquis de la Femme d’intrigue, de Dancourt, « dont le revenu est en fond de crédit », assure (acte III, sc. X) qu’il se fait des rentes avec ce qu’il achète, pour le revendre, dans cette boutique célèbre : « Il n’y a point d’années, dit-il, … que je ne touche sept à huit cent pistoles chez Gauthier, cela en étoffes. » Les gros gains de Gautier étaient les noces de rois ou de princes, qu’il fournissoit tous. A la fin de 1679 et au commencement de 1680, il eut, par exemple, après le mariage du roi d’Espagne, celui du prince de Conti. Mme de Sévigné écrivit alors à sa fille : « Gautier ne peut plus se plaindre, il aura touché en nôces, cette année, plus d’un million. » Ce dont il se plaignoit peut-être, c’étoit des lenteurs à payer que se permettoit la marquise. Elle et sa fille achetoient beaucoup chez lui, et payoient rarement. Il réclamoit, et il falloit lui écrire le plus honnêtement du monde pour qu’il prît patience. (V. les Lettres de Mme de Sévigné, édit. L. Hachette, t. III, 76 et 88 ; VII, 438.)

Mr du Moütier rue Chanverrie à la ville de Hambourg tient magasin de petites Etoffes fabrique de Paris, et M. Brulé même rue, tient magasin de Taffetas et autres Etoffes de Tours et d’Avignon[22].

[22] Le taffetas d’Avignon, ou demi-armoisin, étoit le plus mince de tous ; celui de Tours, ou « petit gros de Tours », l’était un peu moins.

Pour les Etoffes concernant le Theâtre et le Carnaval, voyez l’article des Passetemps et Menus Plaisirs[23].

[23] T. I, p. 269.

LINGES, POINTS ET DENTELLES
DE FIL.

Messieurs Bourdet rue Troussevache, Moret rue du plat d’Etain, Thuisy rue du Coq[1], Thuiard rue Chanverrerie, Doujat, rue Dauphine à la ville de Bruxelle[2], etc., tiennent magasin de Toilles et de Dentelles.

[1] Il est seul nommé dans l’édit. de 1691, p. 25.

[2] Peut-être faut-il lire Boujat ou Bougeat, nom du marchand de dentelles à qui l’on accusoit Richelet d’avoir dédié son Recueil de lettres, vers ce temps-là. (Sentim. crit. sur les Caract. de La Bruyère, p. 75-76.) Richelet, qui demeuroit rue des Boucheries (v. t. I, p. 259), étoit presque son voisin.

Il y a un grand nombre de magasins pour les Points et Dentelles rue des Bourdonnois et rue saint Denis devant le Sepulcre[3].

[3] Dans l’édit. précédente, « la rue Betizy » est au nombre de celles où « les points et dentelles se vendent en plusieurs boutiques et magasins ». — Il n’y a plus aujourd’hui de cet ancien commerce, dans la rue des Bourdonnois, que des magasins de bonneterie et de toiles.

Il y a aussi plusieurs boutiques de Lingeres qui vendent des Dentelles et Garnitures de tête au Palais[4] sur le quay de Gesvres et sous les galeries des Innocens[5].

[4] Elles étoient les plus en renom. Corneille, dans sa pièce la Galerie du Palais, jouée en 1634, n’a pas oublié les scènes pour la lingère. Ce sont les 12, 13 et 14es du IVe acte. On joua plus tard, à la Comédie italienne, une farce, la Lingère du Palais, où Arlequin, dans une scène d’invectives avec la marchande, lui dit entre autres choses : « Tais-toi, vendeuse de points d’Angleterre faits à Paris. » Leur réputation étoit mauvaise. Sauval, t. I, p. 147, cite des statuts qui les assimilent aux filles.

[5] « Et sous les charniers du cimetière des Innocents. » Édit. de 1691, p. 25. Le reste de l’art. est identique. Deux autres le précèdent, qui manquent ici : « les marchands qui font les garnitures de rubans, ont leurs boutiques dans les cours, salles et galeries du Palais. — Le sieur Le Gras est un des plus renommez, sa boutique est devant l’escalier de la Cour des Monnoyes. » Il s’appeloit Philippe Le Gras, et nous avons vu, t. I, p. 238, qu’il comptoit parmi les marchands les plus renommés de Paris. Après l’édit de mars 1700 sur les objets de luxe, sa boutique, place Dauphine, en face de la Cour des Monnoies, fut minutieusement visitée. (Collect. Delamarre, no 21, 626, p. 70.)

Il y a aux Halles un marché franc pour les Toilles.

Plusieurs Marchands Lingers tiennent magasins de toutes sortes de Toilles à la place aux Chats.

Les Lingeres de la rue de la Lingerie, vendent toutes sortes de vieux linges, de lits, de tables, d’enfans, etc.

Il y a quelques Lingeres sur le Pont neuf qui vendent des Dentelles, et qui ont quelque fois de très bon linge de hazard.

DENTELLES, POINTS, BOUTONS,
ET GALONS D’OR, D’ARGENT ET DE SOYE.

Messieurs Foissin et le Doux rue saint Denis[1], tiennent magasin de Dentelles et de Galons et de Boutons d’or, d’argent et de soye[2].

[1] Dans le curieux pasquil, la Révolte des passements, fait à propos de l’Edit somptuaire du 27 novembre 1660, et que nous avons publié, dans nos Variétés, t. I, p. 223, les Révoltés se rassemblent rue Saint-Denis, au Vase d’or.

[2] Ces boutons de soie et d’autres étoffes, qui se substituoient aux boutons d’argent ou d’or, amenèrent une grosse querelle entre les boutonniers et les rubaniers. A Lyon, cinq cents des premiers adressèrent des plaintes à l’intendant, le 26 avril 1695, contre les seconds « qui font, disoient-ils, des boutons avec des rubans d’étoffe d’or, d’argent et soie ». (Correspondance des Contrôleurs généraux, publiée par M. de Boislisle, t. I, no 1426.) On leur donna raison. V. la Correspondance administrative de Louis XIV, à la même date, t. III.

Les Marchands en boutique qui font commerce de Points, Dentelles et Galons d’or et d’argent, sont pour la plûpart rue saint Honoré, depuis la Croix du Tiroir jusqu’à la rue de la Feronnerie[3].

[3] L’édit. de 1691, p. 25, diffère un peu : « les dentelles et galanz d’or se vendent rue des Bourdonnois et rue Saint-Honoré, entre la place aux Chats et les piliers des Halles. » La place aux Chats fut remplacée par le cul-de-sac des Bourdonnois, qui existe encore.

Messieurs Boucher rue des Bourdonnois, et M. Payot devant l’Hotel de la Monnoye[4], en ont un grand assortiment.

[4] Il étoit alors dans la rue qui en a gardé le nom de rue de la Monnoie.

Les Dentelles, Guipures[5] et Galons de soye, se vendent principalement sur le petit Pont[6] et rue au Fevre, où l’on vend aussi des Galons de livrées.

[5] Ces guipures, qu’il ne faut pas confondre avec celles d’aujourd’hui qui ne sont que d’anciens passements de fil, étoient une sorte de dentelle de soie qui venoit de Flandre ou d’Angleterre, comme on le voit par le tarif du 18 avril 1667. Il en est parlé dans l’École des maris, acte II, sc. 7.

[6] La boutique des trois Croissants étoit la principale de celles des galons d’or et d’argent, « vendus à Petit-Pont », comme on disoit. Auprès étoient de gros marchands d’étoffes, à la Croix d’or, au Bras d’or, à la Tête d’Or, au Saint-Esprit, à l’Annonciation, à l’Enfant Jésus, aux deux Anges. Toutes ces maisons furent brûlées à l’incendie du Petit-Pont en 1718. V. le Mercure, avril 1718, p. 208-209.

Le Sieur Guidot rue des Filles Dieu qui travaille aux Galons d’or et d’argent, entreprend des fournitures et les passe à un mediocre gain[7].

[7] Il le pouvoit d’autant mieux que les ouvriers rubaniers et passementiers, presque tous logés dans le misérable quartier du faubourg Saint-Marceau, étoient de pauvres gens qu’on faisoit travailler pour presque rien. La Reynie lui-même avoit conscience de les mettre à la taxe : « Il n’a été, écrivoit-il à Colbert, le 2 août 1675, signifié aucune taxe à aucun artisan de Paris. J’ai même pris soin, suivant vos ordres, de faire entendre et il y a longtemps, à cette communauté de rubaniers, qui est très-nombreuse et très-pauvre, qu’elle n’avoit qu’à continuer de vivre, comme elle avoit accoutumé. » Cette lettre étoit motivée par un horrible événement : un de ces rubaniers avoit tué quatre de ses enfants, et l’on disoit qu’il y avoit été poussé par les poursuites des collecteurs d’impôts. V., à ce sujet, la Lettre de Mme de Sévigné, du 31 juillet 1675.

Entre les autres Ouvriers de Galons d’or et d’argent qui font beaucoup travailler, sont les Sieurs Mouzé rue de la Truanderie, Anduroy[8] rue Tictonne, Pelletier rue saint Denis près le grand Cerf[9], Merlier père et Merlier fils même rue près la fontaine du Ponceau, etc.

[8] Il faut lire Auduroy, nom qui fut longtemps en crédit dans le commerce de Paris et d’Orléans.

[9] C’étoit une grande hôtellerie dont il sera reparlé, sur l’emplacement de laquelle a été percé le passage du même nom.

MERCERIE ET QUINCAILLERIE.

Le Bureau des Marchands Merciers, Jouailliers, Quincailliers-Grossiers, etc.[1], est dans la rue Quinquempoix.

[1] Cet et cætera n’est pas pour la forme. Les joailliers et les quincailliers n’étoient pas, en effet, les seuls métiers qui fissent, avec les merciers, proprement dits, partie du corps de la Mercerie. Dix-sept autres en dépendoient aussi. Ce n’étoit pas le premier des six corps, mais c’étoit le plus important. Voici, du reste, quel en étoit l’ordre : la Draperie, l’Épicerie, la Mercerie, la Pelleterie, la Bonneterie, l’Orfévrerie. Les libraires et les marchands de vin, qui n’en étoient pas, mais venoient immédiatement après, avoient des priviléges égaux : ils pouvoient être aussi échevins et juges-consuls.

Les Maîtres et Gardes en charge de la Marchandise de Mercerie, Jouaillerie, etc., sont Messieurs Arlot grand Garde rue saint Germain, Perichon rue saint Honoré, l’Evesque rue des Bourdonnois, le Doux, Baroy, Testart et Sautereau rue saint Denis.

Les Marchands de Fer pour le commerce desquels il y aura un article à part, sont néanmoins du même corps.

La Mercerie en gros se fait par un grand nombre de Marchands qui ont des Boutiques et Magasins rue saint Denis, depuis la rue des Lombards jusqu’à la rue du petit Lion[2], entre lesquels Mrs Maillet aux trois Maillets[3], le Bray à la Gibecière, Bioche au Cheval d’or, Choisy à la Lune, Deplanc à la Boëte d’or, Nique au Cheval noir, Regnault aux trois Agneaux, Milochin, Sauvage, Marcadé[4], etc., ont un grand assortiment de Mercerie pour les Détailleurs.

[2] Liger, dans son Voyageur fidèle, p. 359, donne la même indication.

[3] Son article est plus détaillé dans l’édit. de 1691, p. 21 : « les marchandises qui conviennent aux savoyards et colporteurs ambulans, se vendent chez le S. Maillet, rue S. Denis, près le Sépulcre, à l’enseigne des Trois-Maillets. »

[4] « Rue Saint-Denis, à la Rose-Blanche. » Édit. 1691, p. 21. Deux lignes plus loin, il est encore question de lui : « le même M. Marcadé et Messieurs Bellavoine, rue Saint-Denis, et Villaine, rue Bourlabé, envoyent toutes sortes de marchandises de bijouteries dans les pays estrangers. » Marcadé et Bellavoine étoient, comme nous l’avons prouvé dans notre Notice sur lui, des proches parents du poëte Regnard. C’est sans doute avec l’un d’eux qu’il commença ses voyages, dont le premier, qu’il fit de très-bonne heure, ne fut pas moins que jusqu’à Constantinople. Gelée, dont le nom viendra un peu plus loin, et qui, on le verra, faisoit le commerce des marchandises d’Outre-Mer, étoit aussi de sa famille. Monteil possédoit et a souvent cité l’inventaire d’un Bellavoine, sans doute père de celui qui figure ici. L’acte est de 1667.

M. du Moutier rue de la Chanverrie à la Ville d’Hambourg, tient magasin de toutes sortes de Rubans.

Autant en font Mrs le Clerc rue saint Denis aux Balances, et le Roy au Chevalier du Guet.

Il y a un grand magasin d’Evantailles chez M. Lambert derriere saint Leu et saint Gilles, où se fournissent la plus grande part des Détailleurs[5].

[5] « Les magasins d’éventails sont derrière Saint-Leu et Saint-Gilles, au Grand-Navire, et en différents endroits de la rue Saint-Denis et de la rue du Petit-Lion. » Édit. de 1691, p. 26.

M. le Leu rue du petit Lion, fait le même commerce[6].

[6] Les éventaillistes faisoient dans le corps des merciers une communauté à part, de même que les tablettiers, avec lesquels ils eurent même, en juin 1701, un procès assez vif pour une affaire de privilége.

Mrs Gelée au Chevalier du Guet, et Guillery[7] rue de la Tabletterie, tiennent magasin de diverses marchandises d’outremer.

[7] Nous le retrouverons plus loin au chap. des « [Marchandises des gantiers et parfumeurs.] »

Pour les Curiositez et Bijouteries qui sont commercées par divers Marchands du même corps, il faut recourir à l’article de ces sortes de Marchandises.

Les Bijouteries communes pour les Savoyards, Colporteurs[8] et autres, sont commercées par Madame la veuve Lagny au Cloître saint Jean de Latran.

[8] Presque tous étoient du Dauphiné ou de la Savoie. On les y appeloit bizordi, et chez nous bisouart, à cause de leurs habits de grosse étoffe bise.

Les Marchands de Soyes qui vendent en gros et en détail, sont au quartier de la rue saint Denis et de la rue Briboucher[9], par exemple, Mrs Vince[10], du Courroy, etc.

[9] Le peuple prononçoit et prononce encore ainsi le nom de la rue Aubry-le-Boucher.

[10] C’est le même que nous avons vu tout-à-l’heure appelé De Vins au chapitre des [Étoffes].

Le Sieur Avalon qui demeure dans le Temple, tient magasin de petits Miroirs pour les Colporteurs[11].

[11] Le Temple, comme l’enclos de Saint-Jean de Latran, étant lieu de franchise, les magasins où les colporteurs venoient s’y fournir, pouvoient vendre à meilleur compte que partout ailleurs.

Les Coffres et Miroirs d’écaille tortue[12] se fabriquent rue saint Denis joignant le Coq croissant[13].

[12] Lisez « de tortue », correction des plus simples, et que Liger, copiste de ce volume, n’a cependant pas faite pour le sien. A la page 360 du Voyageur fidèle, il répète la faute.

[13] Le commerce des miroirs étoit alors le plus en vogue. Le Sicilien, dont nous avons déjà cité la lettre, nous en donne la raison : « les rubans, dit-il, les miroirs et les dentelles sont trois choses sans lesquelles les françois ne peuvent pas vivre » ; et un peu plus loin : « ceux qui ne sont pas françois ne peuvent souffrir que les hommes se peignent publiquement dans la rue, et que les dames portent toujours un petit miroir à la main. »

Les Joyaux d’Orfeverie au tour, qui se vendent, par les Merciers du Palais, sont très proprement fabriquez par le Sieur Gorin, rue saint Louis de la Cité[14].

[14] « Rue Saint-Louis, quartier du Palais. » Édit. de 1691, p. 22.

Pour les autres ouvrages d’Orfeverie, de Pierreries et de Perles, qui se vendent par les Merciers Jouailliers, voyez l’article qui en traite.

Mademoiselle Richard près l’Echelle du Temple[15], fait et vend des Ecrans d’une beauté singulière.

[15] L’ancienne échelle patibulaire, marque de la haute justice des Templiers. Elle étoit placée au coin des rues du Temple et des Vieilles-Haudriettes. Quelques étourdis de la noblesse du Marais l’avoient brûlée un soir d’hiver, en 1649, ce qui avoit inspiré à Blot une amusante complainte qu’on peut lire dans le Recueil Maurepas, et dont l’air fut long-temps célèbre.

David Laurent et David l’Escuyer qui apportent des Marchandises de Diepe[16], logent à Paris, rue Bourlabé au Lion d’or.

[16] C’est-à-dire toutes sortes d’objets d’ivoire et de corne sculptés, ou faits au tour : « Dieppe, dit Piganiol, est peut-être le lieu du monde où l’on travaille le mieux l’ivoire et la corne. On y fait des ouvrages d’une délicatesse étonnante, et il n’y a guère de gens plus adroits à manier le tour que les Dieppois. » Nouveau Voyage de France, t. II, p. 332.

Les Sieurs Gaudet, le Clerc et du Val rue d’Arnetal[17], vendent en gros les Rubans étroits qu’on nomme nompareilles[18].

[17] Aujourd’hui la rue Grenetat, dont le nom n’est peut-être qu’une altération de celui-ci.

[18] « Sorte de petit ruban fort étroit », dit en effet Richelet. On en bordoit les galons ou galants :

Le beau galant de neige avec sa nompareille

que le Gros René du Dépit amoureux rend à Marinette, s’explique ainsi.

Les Jouailliers forains de saint Claude[19] logent rue Bourlabé au Lion d’argent.

[19] Ces joailliers de Saint-Claude, dans le Jura, venoient vendre à Paris les menus objets de buis fabriqués dans leurs montagnes : « les ouvrages de buis, dit Hesseln, sont le principal commerce de Saint-Claude. On y travaille fort bien en ce genre. » (Dict. univ. de la France, t. VI, p. 45.) — Aujourd’hui la « joaillerie de Saint-Claude » se vend et se fabrique aussi : rue Saint-Martin, rue Folie-Méricourt, rue Turbigo, etc.

Les Jouailleries enfantines pour les Foires[20], se font et se vendent chez les Sieurs Prevost rue saint Martin devant la rue aux Ours, et Favre, rue saint Denis devant les Filles Dieu.

[20] On appeloit ainsi ces petits ménages d’enfants faits d’étain commun ou de plomb, et aussi quelquefois d’argent. On sait combien la petite Françoise d’Aubigné, élevée à la prison de Niort, regardoit avec envie le ménage d’argent de la fille de son geôlier.

La veuve Caré même rue, et la veuve Poisson à la Pierre au lait[21], font commerce de cette sorte de Marchandises, et vendent d’ailleurs toutes les sortes de Boetes d’Allemagne peintes et en blanc, de Caffé et autres.

[21] Elle est seule nommée dans l’édit. précédente, p. 21 : « la veuve Poisson, marchande à la Pierre au Lait, tient magasin de toutes sortes de boëttes d’Allemagne, de sapin et de bois blanc, peintes et non peintes. » On en fait encore de pareilles dans la Forêt-Noire et à Spa.

Il y a un magasin de Jartieres de soye rue d’Arnetal au Signe de la Croix[22].

[22] La renommée des jarretières de Paris étoit encore la même soixante ans après, lorsque Voltaire écrivoit à Madame de Fontaine, le 26 janvier 1758 : « Madame Denis a cru qu’on ne pouvoit avoir une jarretière bien faite sans la faire venir de Paris, à grands frais. »

Les bonnes Epingles et les fines Eguilles se vendent rue de la Huchette à l’Y[23], et près la Croix du Tiroir à la Coupe d’or.

[23] C’est là, en effet, que se vendoient les « aiguilles de Paris », dont Gros René, « avec tant de fanfare », donna un demi-cent à Marinette. Cette maison de l’Y existe encore, avec la fameuse lettre figurée en fer au milieu des balcons du premier étage. C’étoit une enseigne en rébus, comme il y en avoit tant : « les grègues, ou culottes à la grecque, dit Aimé Martin, dans une note sur la Fable 15 du livre III de La Fontaine, s’attachoient avec un nœud de ruban nommé un lie-grègue, qui a longtemps servi d’enseigne aux merciers, avec cette légende-rébus : à l’Y. » Plusieurs marchands avoient pris cette enseigne, entre autres un marchand d’épingles du Petit-Pont, dont la boutique fut brûlée par l’incendie de 1718, mais c’est le mercier de la rue de la Huchette qui la rendit le plus célèbre, il est parlé de sa boutique et de sa marchandise dans l’introuvable petit poëme scarronnesque du chevalier de Loutaud, Plaidoyez d’Ajax et d’Ulysse… 1653, in-12, p. 28 :

J’avois aiguilles de Paris

De l’Y grec dedans la Huchette,

Où j’en fais toujours mon emplette.

V. sur la maison où se trouve cette boutique célèbre l’abbé Le Beuf, édit. Cocheris, t. III, p. 61.

Le Sieur Langlois rue saint Sauveur au Fer à cheval, fait des Buscs et Bois d’Evantails[24] d’une grande propreté[25].

[24] « Les buscs et bois d’éventail curieux. » Édit. de 1691, p. 23.

[25] Les buscs, si nécessaires pour les hauts et roides corsages que les femmes portoient alors, se façonnoient en ivoire ou en bois. Mme de Villedieu en a fait le sujet d’une galanterie assez leste, imprimée à la suite de son poëme le plus rare, le Carousel de Monseigneur le Dauphin. 1672, in-12, p. 14 :

Qu’il est heureux de tous costez

Le joly bois que vous portez, etc.

Les Marchands qui font les Garnitures de Rubans, et qui vendent les Coiffes, Fichus et autres Ajustemens des femmes, ont pour la pluspart leurs boutiques au Palais, et quelques uns devant saint Mederic, rue saint Antoine[26], et ailleurs.

[26] Les broderies du faubourg Saint-Antoine étoient déjà célèbres en 1660. (Variétés hist. et litt., t. I, p. 240.)

Pour les Gands, voyez l’article des Gantiers Parfumeurs.

Pour le Papier, l’Encre, la Cire d’Espagne, les Ecritoires, etc., voyez l’article des Papetiers, Cartonniers, etc.

Pour les Masques et Ornemens de Balets, voyez l’article des Passetemps et Menus-Plaisirs.

Entre les Quincailliers-Grossiers qui fournissent les Détailleurs, sont Mrs Bioche au Cheval d’or, Gabeüil au bon Pasteur, Moreau à la Teste d’or[27], et Menedrieux au saint Esprit rue saint Denis.

[27] « Marceau et Nedrigan, rue Saint-Denis. » Édit. de 1691, p. 23. A la suite, on lit encore : « Il y a aussi un magasin de quincaillerie rue des Deux-Boules, chez un charon. »

Il y a d’ailleurs plusieurs boutiques et magasins bien fournis de Quincailleries[28] à l’entrée du quay de la Mégisserie[29].

[28] « Qui font ensemble le gros et le détail. » Édit. de 1691, p. 23.

[29] Dans la partie qui s’appeloit plus spécialement quai de la Ferraille, non-seulement à cause de ces quincailliers, mais parce qu’il étoit encombré de petits marchands qui, sur le pavé même, y étaloient leurs ferrailles. Ils y restèrent jusqu’à l’époque du premier Empire. Piis résuma dans ce distique l’arrêté de police qui les fit déguerpir :

Enjoignons aux vieux ferailleurs

De vendre leur vieux fer ailleurs.

MARCHANDISES DE PAPETIERS,
CARTIERS ET CARTONNIERS.

Entre les Marchands Papetiers qui font en gros le commerce de Papiers et qui ont de grands magasins, sont, Mrs du Puis rue saint Jacques, Godart et Cousin rue des deux Boules, Melun Cloitre saint Jacques de la Boucherie, Nourry rue des trois Mores[1], etc.

[1] Cette rue peu connue alloit de la rue Trousse-Vache à celle des Lombards. Elle devoit son nom à l’enseigne d’un cabaret où M. de Roquelaure mena un soir Henri IV. (Histor. de Tallemant, édit. P. Paris, t. IV, p. 14 et 16.)

M. Beaumont Cartier du Roy, demeure près la place des Victoires[2], et M. Mathas[3] Cartier de Monsieur, près S. Roch.

[2] « Les sieurs Beaumont, rue Neuve-des-Petits-Champs, et Langlade, rue Platrière, font encore de très-bonnes cartes à jouer. » Édit. de 1691, p. 60. — Sauval, t. I, p. 109, parle de cet Anglade ou Langlade, à propos de la rue du quartier Saint-Roch, à laquelle on croyoit qu’il avoit donné son nom : « Jean Anglade, dit-il, maître cartier à Paris, qui met pour devise sur l’enveloppe de ses cartes :

Jean Anglade je me nomme,

Et vous prie de jouer et n’offenser personne. »

Les fabriques de cartes étoient moins importantes à Paris qu’à Rouen, où toute l’Europe et l’Amérique s’en fournissoient. (Archives curieuses, 2e série, t. XII, p. 230.) A la suite de la révocation de l’Édit, les cartiers rouennais, la plupart protestants, ayant émigré, leur industrie baissa beaucoup. (Segraisiana, p. 40-41.) Il resta ceux de Paris, et ceux de Thiers en Auvergne, célèbres depuis plus d’un siècle. Montaigne, en 1588, visita la fabrique de Palmier, qui l’emportoit sur tous les autres. (V. son Voyage, édition in-12, t. II, p. 598.)

[3] Avant l’art. de Beaumont et Langlade, on trouve dans l’édit. précédente : « le sieur Ouynel, cartier du Roi, demeure près des Bâtons-Royaux. » Ensuite vient Mathan, et non Mathas, comme ici.

M. de la Bourde rue Bourlabé, vend les Cartons dorez pour les Reliquaires, et Mrs Culambourgt rue d’Escosse, Boissiere rue de Versailles[4], la Ruelle rue saint Victor, vendent celuy qui sert aux Relieurs, et d’autres pour differens usages.

[4] L’adresse de ces deux derniers est indiquée dans l’édit. de 1691 : « près le Puits-Certain », qui étoit, en effet, situé à peu de distance de la rue d’Écosse et de la rue de Versailles.

Le même la Ruelle fait grand commerce de Boetes de Carte[5], et d’Estuis de Manchons et de Chapeaux.

[5] C’est ce que nous appelons « cartons de bureau ». La préfecture de police, avant l’incendie de 1871, en possédoit de très-anciens, ceux entre autres qui contenoient les pièces du procès de Cartouche. Ils avoient été vendus par les papetiers des environs du Palais : Picard, à la Vertu ; Gorgeret, à la Grande Vertu. Quand Guyot prit l’enseigne : à la Petite Vertu, ce fut par concurrence à celles-ci, qui n’étoient, au reste, qu’un rébus, comme l’Y de tout-à-l’heure. La Vertu s’y figuroit pour un V voyelle, c’est-à-dire un U, peint en vert.

Les Ecritoires de corne sont fabriquées en gros par les Marchands rue Betizy et rue des deux Boules à l’Empereur, sur le quay neuf à la Renommée, et rue saint Denis au grand Charlemagne[6].

[6] Cet article est différent dans l’édit. de 1691, p. 22 : « les écritoires de corne sont fabriquez par les sieurs Langlois frères, rue Bourlabé. » Ces sortes d’encriers, en usage encore dans notre enfance, servoient surtout aux écoliers. J.-J. Rousseau n’en eut cependant jamais d’autres. L’abbé de Tersan possédoit celui dont il se servoit à la fin de sa vie. Les écritoires à la mode étoient toujours « façon d’ébène », comme du temps de Loret, t. I, p. 244.

Les Dames Futeau, Gamet, Morand, la Bussière et quelques autres[7] qui logent aux environs de saint Hilaire, achetent et vendent toutes sortes de vieux Papiers et Parchemins.

[7] Toutes ces femmes, d’après l’édit. précédente, p. 60, formoient, à ce qu’il paroît, une sorte de Société. Quelques lignes plus loin que leur article s’en trouve un, qui complète celui qui le précède ici. Les mêmes marchands de la rue Bétizy, de la rue des Deux-Boules, etc., y sont indiqués pour la vente en gros, aux marchands, de la cire d’Espagne. On l’appeloit aussi « cire des Indes », suivant l’histoire des Drogues par Pomet, liv. VII. Son nom de cire, soi-disant importée d’Espagne, où, par parenthèse, on ne s’en servoit pas, paroît lui être venu de ce que le premier livre qui en ait parlé étoit d’un Espagnol. C’est le Traité sur les aromates et les simples publié en 1563 par Garcias de Orta.

A la Reigle d’or, place aux Chats près saint Innocent, on trouve un grand assortiment de Papiers reiglez pour la Musique[8].

[8] Plusieurs manuscrits de musique à la Bibliothèque du Conservatoire portent l’adresse de « La Reigle d’or ».

A l’Image saint François, rue saint André du coté du pont saint Michel, il y a un Papetier renommé pour la bonne Encre[9], pour les Canifs fins et pour les Plumes taillées.

[9] On trouve la recette de « cette bonne encre », que le père de Mme Dacier avoit soigneusement transcrite, dans les Mélanges de la Société des Bibliophiles, 1850, in-18, p. 342. Nous ignorons le nom de son inventeur et l’époque de l’invention, mais peut-être étoit-ce la même que « l’encre nouvelle », dont la marchande qui en faisoit commerce « sur le pont », figure, en 1622, parmi les commères des Caquets de l’accouchée. V. notre édit., p. 60.

OUVRAGES ET COMMERCE
DE BONNETIERS.

Le Bureau des Marchands Bonnetiers, Bastiers, etc., est au Cloitre saint Jacques de la Boucherie.

Les Maîtres et Gardes en charge des Marchands Bonnetiers sont Messieurs Besnard rue saint Denis, Jeson le jeune au coin du Marché neuf, Lory et Courcelle à la Halle, et Vaze rue saint Denis.

Entre les Marchands Bonnetiers qui tiennent magasin et font commerce en gros, sont lesdits Sieurs Besnard, Lory et Vaze, et encore Mrs Chastelain Chevalier du Guet, Mignot rue de la Savonnerie, de la Croix et le Comte, rue S. Denis, Banche sous les Pilliers des Halles.

Entre les Marchands Bonnetiers tenans boutiques, qui font un fort grand détail, sont Mrs Perdrigeon aux quatre Vents près saint Denis de la Chartre[1], Naü à la Place Royale près la Croix du Tiroir, du Four aux quatre Vents à petit Pont[2], de Lorme rue saint Antoine, et le Roux au Cerf volant Pont Notre Dame.

[1] Il est célèbre depuis les Précieuses ridicules, scène X, où Mascarille demandant à Madelon : « le ruban est-il bien choisi ? » Madelon lui répond : « Furieusement bien. C’est Perdrigeon tout pur. » Loret se sert de la même expression dans sa Gazette du 3 février 1663. Il figure comme le plus fameux vendeur de rubans dans la Révolte des passements. (V. nos Variétés, t. I, p. 235.) — En 1692, il est encore nommé dans la farce italienne d’Arlequin-Phaéton, acte II, sc. V, et mis bien au-dessus des médiocres marchands. Dans le Procès-verbal de visites pour les marchandises de luxe, en 1700, nous trouvons, p. 65, un Jean Perdrigeon, qui doit être ou lui, ou son fils. En 1711, cette fameuse boutique existoit encore, avec le nom qui en avoit fait la chalandise. Le Cabinet des Médailles possède un jeton de mercier, qui porte cette date, avec le nom de J. Perdrigeon.

[2] Variante de l’édit. précédente : « à la Place-Royale, près la Croix du Tiroir, et aux Quatre-Vents, au bout du pont Notre-Dame, il y a de gros magasins de bas de soie, de laine, de cotton, etc. » A la suite : « les bas de toile se font par des chaussetiers, près la porte Dauphine. » — Nous lisons dans le Menagiana, t. III, p. 99, une amusante anecdote sur le bonnetier des Quatre-Vents, et un docteur : « M. Peaucelier, y est-il dit, du collége des Cholets, achetoit une paire de bas aux Quatre-Vents. Le marchand lui en donna de plusieurs sortes, qu’il ne trouva pas à sa fantaisie. Ils n’étoient pas assez forts, ni assez épais. Donnez-m’en, dit-il, qui soient de matière continue, et non pas de matière discrète. Le tour d’expression est d’un véritable docteur. »

Il y a au Fauxbourg saint Marcel un grand nombre d’Ouvriers pour les Bas drapez.

Il se fait aussi des Bas drapez[3] de Laine de Cigovie[4] et de diverses autres sortes de Laine et de Soye, chez plusieurs Manufacturiers du Fauxbourg saint Antoine[5], de la Cour du Palais, Porte saint Marcel, saint Victor, saint Denis, saint Martin, et Fauxbourg saint Germain, qui travaillent au metier dont les Jurez sont Mrs Martin à la Villeneuve, Tonnelier rue Darnetal, Largilliere[6] même rue, Vaudin rue…

[3] On appeloit « bas drapés » ceux dont on épaississoit la laine, en la tirant légèrement avec le chardon à bonnetier.

[4] Ségovie. Les meilleures laines pour les draps fins se tirèrent longtemps de cette ville d’Espagne.

[5] Le 9 janvier 1683, par arrêt du Conseil d’État, permission avoit été donnée au sieur Corrozet d’établir, au faubourg Saint-Antoine, vingt métiers « pour faire travailler en bas et autres ouvrages de soie au métier ». Il étoit neveu de Hindret, qui, en 1656, avoit fondé une manufacture pareille au château de Madrid.

[6] Il étoit parent du célèbre peintre, qui n’avoit, du reste, dans sa famille toute parisienne, que des passementiers, des boutonniers, des chapeliers. V. Jal, Dict. crit. à son nom.

Leur Bureau est rue des Canettes ; ceux qui en font le plus grand commerce en gros et en détail sont Mrs Mirebeau, Guyart, et Josse Cour neuve du Palais, et Boucher Fauxbourg saint Marcel.

MARCHANDISES DES GANTIERS
ET PARFUMEURS.

Il y a près les Peres de l’Oratoire rue saint Honoré, et dans la rue de l’Arbre sec, des Marchands qui vendent des Gands de Rome[1], de Grenoble[2], de Blois[3], d’Eslan, de Chamois et diverses autres sortes de la meilleure fabrique.

[1] On savoit déjà combien ils étoient en vogue dès le temps de la Fronde, par quelques lettres de Poussin à M. de Chanteloup, qui le chargeoit de lui en acheter. Un sien ami, « connoisseur en matière de gants », faisoit l’emplette, et, lui, faisoit le paquet et l’envoi : « Il y en a une douzaine, écrit-il, le 7 octobre 1646, la moitié pour les hommes, et la moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi pistole la paire, ce qui fait dix huit écus pour le tout. » Le 18 octobre 1649, autre achat, mais cette fois de gants parfumés à la frangipane. Poussin s’en est fourni, pour M. de Chanteloup, chez la signora Maddalena, « femme fameuse pour les parfums ».

[2] Leur réputation commençoit. Sous Louis XV, elle s’étoit beaucoup étendue : « les étrangers, dit l’abbé Jaubert, dans son Dict. des Arts et Métiers, t. II, p. 313, les préfèrent à ceux d’Italie et d’Espagne. » Pour ces derniers, il en étoit ainsi déjà sous Louis XIII, même de la part des Espagnols. Pendant que nous recherchions leurs gants, ils ne vouloient que des nôtres. Il existe aux Archives, dans la partie qui vient de Simancas, une lettre de Dona Ines Henrique de Sandobal, datée de Madrid et adressée au duc de Monteleone à Paris, par laquelle demande lui est faite de douze paires de gants pareils à celui qu’elle lui envoie pour modèle. Il y est joint encore. C’est un gant de peau blanche, cousu à la diable, comme tous les gants parisiens de ce temps-là, mais d’une très-jolie coupe, avec son revers retombant du poignet sur la main, et les petits rubans et les fines rosettes de couleur incarnat qui s’entrelacent sur ce revers.

[3] Ils étoient de peau de chevreau bien choisie, et mieux cousus que ceux de Grenoble et de Paris, « à l’angloise », dit l’abbé Jaubert, car c’étoit autrefois un proverbe que, pour qu’un gant fût bon et bien fait, il falloit que trois royaumes y contribuassent : « l’Espagne, pour en préparer la peau, la France, pour le tailler, et l’Angleterre, pour le coudre. » C’est la souplesse des gants espagnols qui avoit donné lieu au proverbe, aujourd’hui mutilé : « souple comme un gant d’Espagne. » (Francion, 1663, in-12, p. 63.) Il étoit de mode, sous Louis XIII, « de présenter aux dames après la collation des bassins de gants d’Espagne ». Tallemant, Édit. P. Paris, t. IV, p. 209.

Il y a d’ailleurs des Marchands Gantiers en divers quartiers de Paris qui sont bien assortis, par exemple, Mrs Remy devant saint Mederic, en réputation pour les bons Gands de peau de cerf, Arsan près l’Abbaye S. Germain, Richard rue S. Denis au petit S. Jean renommé pour les Gands de Cuir de Poules[4], et Richard rue Galande au Grand Roy qui fait grand commerce de Gands de Daim et façon de Daim.

[4] On appeloit « cuir de poule » l’épiderme de la peau du chevreau. Il falloit, pour l’enlever, une délicatesse extrême qui ne se trouvoit que chez les ouvriers de Rome et de Paris. Ces gants étoient d’une telle finesse qu’on en faisoit tenir une paire dans une coquille de noix. Les gants de Vendôme, dont il devroit être parlé ici, car ils étoient depuis longtemps célèbres, avoient la même réputation de finesse et de souplesse. Ils ne sont pas oubliés dans le petit poëme si curieux publié en 1588, Le Gan de Jean Godard, reproduit dans nos Variétés, t. V, p. 180-181 :

Il est temps de parler des gans blancs de Vendosme,

Qui sont si délicats que bien souventes fois

L’ouvrier les enferme en des coques de noix ;

On en parle aussi tant que leur ville gantière

Reçoit presque de là sa renommée entière.

Mesdames de France rue de la Limace, et Charpy quay des Orfèvres, tiennent magasins de Gands de Rome, de Grenoble et de Blois.

Les Parfumeurs qui font grand commerce de Poudre[5] et de Savonnettes[6], sont au bout du Pont saint Michel, à l’entrée de la rue de la Harpe, à l’entrée de la rue d’Hurepoix, au bout du Pont au Change, à l’entrée de la rue de Gesvres et rue Bourlabé près la Trinité.

[5] La mode de la poudre, comme on voit, ne s’étoit jamais perdue depuis Louis XIII. La plus célèbre, « la poudre à la maréchale », datoit même à peu près de ce moment. Elle devoit son nom à l’une des femmes curieuses que nous avons vues plus haut : « le nom de poudre à la maréchalle, lisons-nous dans l’avertissement du Parfumeur françois, n’a été donné que parce que Madame la maréchalle d’Aumont se divertissoit à la faire. »

[6] C’est d’Italie qu’on faisoit venir les plus renommées : « les meilleures savonnettes sont celles de Boulogne (Bologne). » (Richelet, Dictionnaire.) — On en trouve la recette dans le Nouveau Recueil des Secrets et Curiositez de l’académicien Lemery, p. 133.

Le Sieur Bailly rue du petit Lion près la rue Pavée, vend des Savonnettes legères qu’il dit être de crême de savon, et meilleures que les Savonnettes ordinaires.

Le Sieur Adam Courier du Cabinet du Roy pour l’Italie, apporte souvent des Essences de Rome, de Gennes, et de Nice[7] ; il demeure chez M. Crevon Marchand devant la barrière saint Honoré[8].

[7] « Ces essences, ajoute Liger (Voyageur fidèle, p. 376), sont bien plus spiritueuses que celles de France, et par conséquent bien plus estimées. » On étoit, lorsqu’il parloit ainsi, à la veille de la Régence, qui fut l’époque des parfums violents. Louis XIV n’en avoit voulu que des plus modérés, dont il faisoit même assez peu d’usage, au grand étonnement du Sicilien, dont nous vous avons cité la lettre. Il suffisoit de papiers trop parfumés pour lui porter à la tête. (Journal de la Santé, p. 284.) Plus jeune, il veilloit lui-même à la confection des odeurs qu’il pouvoit supporter. C’est le gantier Martial, valet de chambre de Monsieur, que l’on connoît par la grotesque confusion que la comtesse d’Escarbagnas fait de lui avec le poëte Martial, qui les composoit devant lui : « le plus grand des monarques, dit l’avertissement du Parfumeur françois, s’est plu à voir souvent le sieur Martial composer dans son cabinet les odeurs qu’il portoit sur sa sacrée personne. »

[8] C’est-à-dire la barrière des Sergents, dont nous avons parlé.

M. Guilleri rue de la Tabletterie, fait venir de Portugal la véritable Eau de Cordouë[9].

[9] Cette eau de Cordoue, qui vient du Portugal, ne donne qu’une médiocre confiance dans le savoir de Blegny, pour peu qu’il fût apothicaire comme il étoit géographe.

L’Eau de Fleurs d’Oranges et les Essences pour les cheveux et pour le Tabac[10], sont apportées et commercées par les Provençaux au cul de sac saint Germain l’Auxerrois[11].

[10] « Les essences fortes et douces à tabac et à cheveux, les vins de liqueurs, les fromages de Roquefort, les eaux de fleurs d’oranges de Cette, etc., se vendent en gros en différents magasins du cul de sac des Provençaux, etc. » Édit. de 1691, p. 32. — Pour les cheveux ou perruques, c’est l’essence de jasmin qui étoit la préférée ; et, pour le tabac, c’étoit déjà la civette, mais frelatée par un procédé que Lémery indique dans son Nouv. Recueil des Curiositez, p. 122.

[11] C’est de Grasse qu’il en venoit surtout. Antoine Artaud, « marchand parfumeur », en faisoit là un très-grand commerce. On a son adresse gravée en bois par Papillon. Le plus en vogue des parfumeurs de Lyon, Jean Chabert, dont la boutique se trouvoit sur la place des Terreaux, avoit pris pour enseigne : « au Jardin de Provence ». On a son portrait gravé avec cette indication.

On trouve en détail de bonne Eau de Fleur d’Oranges à l’Orangerie rue de l’Arbre sec, et à la Devise Royale, sur le quay de Nesle près la rue de Guenegaud.

On vend au même lieu les fines Essences pour les Tabacs, les Eaux odoriférantes d’Anges[12] et de Mille fleurs[13], les Cassolettes philosophiques, le Lait d’Amarante qui parfume les chambres sans blesser les vaporeux, les Essences d’ambre, de musc, etc.

[12] Lémery a donné aussi, p. 131, la recette de cette eau, dont la gomme odorante, appelée Benjoin, l’iris et les clous de girofle étoient la base.

[13] C’étoit moins un parfum qu’un remède. On la devoit à la comtesse de Daillon, et la préparation en fut longtemps faite par le médecin Defougerais — le Défonandrès de Molière. — Plus tard, on en tira une sorte de panacée, que recommande une brochure, aujourd’hui rare, publiée à Lyon, en 1706 : Traité de l’Eau de Mille fleurs.

Le Sieur Joubert[14] qui demeure au Soulier d’or, rue des vieilles Estuves près la Croix du Tiroir, est un Colporteur qui donne à très grand marché des sortes de Poudres et de Savonnettes communes.

[14] Peut-être faut-il lire Jobert. Il y eut, en effet, un peu plus tard, un parfumeur de ce nom, rue de la Croix-des-Petits-Champs, qui étoit célèbre pour sa « pommade au pot-pourri ». Papillon a gravé son adresse.

PELLETTERIE ET FOURRURES.

Le Bureau des Marchands Pelletiers et Fourreurs qui sont des six Corps des Marchands[1], est rue de la Tabletterie ou des Fourreurs[2].

[1] Nous l’avons dit plus haut, c’étoit le troisième des six.

[2] La rue des Fourreurs, étant la prolongation de la rue de la Tabletterie, du côté de la rue de la Ferronnerie, où elle débouchoit au carrefour de la place aux Chats, on les confondoit souvent l’une avec l’autre.

Les Maitres et Gardes en Charge de la Marchandise de Pelletterie, sont Messieurs le Grand rue saint Antoine, Maillard rue saint Mederic, Lepreux, Ferrat, Hemins et Maçon rue de la Tabletterie ou des Fourreurs.

Les Marchands qui font grand commerce et qui tiennent magasins de peaux, sont Messieurs Goblet, Vendretin, Mole et Julien même rue ; Denis, rue saint Honoré ; Gorge rue saint Denis[3] ; Loger Pont saint Michel, Charniette rue saint Martin, etc.[4]

[3] C’est le même qui, plus bas, est nommé Georges.

[4] « On trouve dans ces endroits, dit Liger, p. 379, de très-beaux manchons pour hommes et pour femmes et des plus à la mode… On y vend aussi de très-belles aumusses à petit gris. » Il ajoute un mot sur « les palatines travaillées proprement, composées de peaux d’animaux, tant étrangers que du pays ». Madame, princesse Palatine, mère du Régent, les avoit mises à la mode. Elles ont gardé son nom. Elle en porte une de la plus belle hermine sur son portrait peint par Largillière, qui est aujourd’hui au musée de Genève. — Liger, en parlant des manchons, auroit pu dire qu’il s’en tenoit au Temple une foire très-courue à la fin d’octobre. (V. Palaprat, t. II, 2e part., p. 20, et le Journal de Collé, t. I, p. 121.)

Les boutiques des Marchands Pelletiers qui font le détail sont pour la plupart près l’aport de Paris, rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie, et rue de la Juifferie aux environs de la Magdelaine[5].

[5] En la Cité.

On tire par le Messager de Niort des Peaux de Chevres et de Mouton passées en Chamois en huille[6].

[6] L’édit. de 1691, p. 37, contient sur l’article des peaux de Niort, qui sont encore célèbres aujourd’hui, un détail plus clair : « On fabrique à Niort, en Poitou, des peaux de chèvres et de moutons passées en chamois, en huile et en détrempe. » Un autre article suit : « les peaux imperméables à l’eau et à l’air se vendent rue du Four, faubourg Saint-Germain, au coin de la rue des Canettes. »

Le Sieur Rosnel au Plat d’Etain[7] à l’entrée de la rue saint Denis fait grand débit de toutes sortes de Peaux, et vend des Calçons et Chaussons de vray et de faux Chamois[8].

[7] « Près la porte de Paris. » Édit. 1691, p. 37. C’est porte Saint-Denis qu’il faut lire. Le Plat d’étain en étoit tout proche.

[8] L’édit. précédente ajoutoit : « et de chèvre passée en huile ».

Le Sieur l’Evêque Güaisnier[9] rue de la Coustellerie fait grand commerce de Peaux de Chagrin.

[9] Richelet dans son Dictionnaire donne une définition intéressante du « gainier » de son temps : « ouvrier, dit-il, qui fait des gaînes, et qui avec du veau, du maroquin ou du chagrin, couvre des cassettes, des coutelières, étuis, écritoires et autres pareilles choses qu’il figure (enjolive) avec des fers. »

M. Santeuil[10] rue Bourlabé, tient magasin de Vaches de Roussy[11], de Levant, de Peaux de Castors[12] et de diverses autres Peaux étrangeres.

[10] Il étoit de la famille du poëte, une des plus importantes du commerce parisien, et qui avoit même eu quelques-uns des siens dans l’échevinage.

[11] On prononçoit ainsi Russie. Ces cuirs russes servoient depuis Louis XIII à faire les bottes à la mode. On les imitoit à Paris, mais imparfaitement. Richelet explique le procédé dans son Dictionn., t. I, p. 427, et ajoute : « M. Mérigo, l’un des plus habiles tanneurs de Paris, m’a dit ce que j’avance ici de la vache de Roussy. »

[12] Notre compagnie du Canada ou de la Nouvelle-France en avoit le privilége, mais à la condition expresse de ne les tirer que de nos colonies pour les débiter en France. (Correspond. des Contrôleurs généraux, no 174.) Sous Louis XIII, cette compagnie, dont le mercier Nicolas Libert étoit un des directeurs et associés, avoit une manufacture de ces chapeaux dans l’enclos de la Trinité, rue Saint-Denis. V. la réimpression faite pour l’Académie des Bibliophiles, en 1867, d’un « arrêt de 1634 pour les chapeaux de castor ».

M. George rue saint Denis près la fontaine la Reine, fait commerce de Peaux de Lapin, de Lievres et autres pour les Chapeliers.

M. Toupault rue Quinquempoix fait le même commerce, et vend diverses sortes de Peaux pour les Fourreurs.

Les Marchands Foureurs qui font le détail des Manchons des Hermines[13], et generalement des Marchandises de Fourures, sont pour la plupart dans la rue des Foureurs près sainte Opportune et dans la rue de la vieille Bouclerie[14].

[13] « Peaux en poils. » Édit. précédente, p. 37. — L’hermine ne servoit pas seulement aux vêtements des avocats. On en faisoit aussi des pelisses. Voilà pourquoi, jouant sur le nom de Pelisson, Somaize, dans le Dictionnaire des Précieuses, l’appelle Herminius.

[14] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691 : « Il y a beaucoup de corroyeurs au faubourg Saint-Marcel, aux environs de la rivière des Gobelins, rue Maubuée et cloître Saint-Jacques de la Boucherie. » On sait que les corroyeurs n’ont pas encore quitté les bords de la rivière des Gobelins.

Il y en a d’ailleurs quelques autres rue de Gesvres, sur le quay neuf et rue saint Antoine.

Pour les Peaux de Buffles, voyez l’article des Armes et Bagages de Guerre.

Pour les Vaches de Roussy et Maroquins façon de Levant, voyez l’article des Bureaux publics.

OUVRAGES ET MARCHANDISES
DE CHEVEUX.

Monsieur Binet qui fait les perruques du Roy[1], demeure rue des Petits Champs, M. le Grain qui fait celles de Monsieur, est logé au Palais Royal dans la Cour des cuisines.

[1] Ces perruques, dont la forme fut longtemps en vogue, s’appeloient, à cause de lui, des binettes, ou perruques-binettes, comme dit Salgues dans un curieux chapitre de son livre : Paris, 1813, in-8, p. 352. Le mot se conserva dans le peuple, qui, de la perruque, finit par l’appliquer à la tête. Le mot tintamarresque « une binette » vient de là. — Le Roi avoit tout un cabinet de perruques, séparé de sa chambre par la salle du Conseil, et qu’on appeloit soit cabinet des perruques, soit cabinet des Termes. Il étoit, en effet, garni tout autour de Termes ayant chacun une perruque sur la tête. Les formes varioient suivant que le Roi alloit à la chasse, recevoit les ambassadeurs, ou restoit dans ses appartements. Binet, qui avoit soin de cette singulière collection, quittoit rarement la Cour. Il comptoit parmi les cent cinq personnes, distribuées en cinq tables, qui avoient droit de manger chez le Roi, et qui, à ce titre, comme nous l’avons vu dans le manuscrit que possédoit Techener : État et menu des dépenses pour 1705, recevoient chacune un chapon. La consommation de cheveux choisis qu’exigeoient les perruques royales étoit considérable. Binet n’y épargnoit rien : « Je pélerois, disoit-il, toutes les têtes du Royaume, pour parer celle de Sa Majesté. » Son fils François Binet eut en survivance sa charge de premier barbier, et sa fille épousa, en 1720, le fils de Quentin, un des barbiers ordinaires. (Mercure, mai 1720, p. 172.) C’est Quentin qui, avec Binet, avoit la garde des perruques du Roi, et lui donnoit celle du lever plus courte que les ordinaires.

Le Bureau des deux cens Barbiers, Baigneurs, Etuvistes et Perruquiers de Paris[2], est sur le quay des Augustins au coin de la rue Git-le-cœur.

[2] Cette corporation des deux cents barbiers de Paris avoit été créée le 14 décembre 1673, par déclaration royale, en exécution d’un édit du mois de mars précédent. En décembre 1691, au moment où ce Livre commode, déjà imprimé sans doute, étoit sur le point de paroître, le nombre des barbiers avoit été augmenté de cent, et, deux mois après, il le fut encore de cinquante ; enfin, en 1701, cent nouvelles places héréditaires furent créées.

Les Prévots Sindics de cette Communauté, sont Messieurs Broussin rue de Bussy, Petit rue de la Verrerie, Boudet rue saint Loüis près le Palais, du Chemin rue Montmartre, Caquet rue Dauphine, et Daubons sous l’Orloge du Palais.

Entre ceux qui sont renommez pour faire les Perruques de bon air, sont Messieurs Pascal quay de Nesle[3], Pelé rue saint André, du Pont et des Noyers rue de Richelieu, Jordanis rue d’Orléans, l’Abbé rue des Petits Champs, d’Angerville près le Palais Royal, Vincent quay des Augustins, etc.

[3] « Le sieur Pascal, au coin de la rue de Guenegaud, est fort renommé pour les perruques. » Édit. 1691, p. 26.

Messieurs de la Roze[4] et du Bois sont renommez pour les petites Perruques servant aux Ecclésiastiques.

[4] « M. De la Roze, à l’entrée de la rue Saint-André, est renommé pour les perruques abbatiales. » Édit. 1691, p. 63.

Messieurs Pelé et Vincent ci-devant désignez font aussi commerce de Cheveux en gros et en détail[5].

[5] Ces marchands de cheveux avoient des coupeurs qu’ils envoyoient en Normandie, en Flandre, en Hollande, etc., d’où ils leur rapportoient à la fois, six, huit ou dix livres de cheveux, qui devoient avoir au moins vingt-quatre à vingt-cinq pouces de long. Les meilleurs venoient toujours du Nord. C’étoit ensuite la Normandie qui en fournissoit le plus. Le prix varioit de quatre francs la livre pour les cheveux communs, jusqu’à cinquante écus pour les blonds argentés, qui étoient les plus recherchés. V. sur tout cela, Jaubert, Dictionn. des Arts et Métiers, t. III, p. 436-437.

Autant en font Messieurs du Mont, Potiquet et Rossignol sous la galerie des Innocens, et encore Mesdames Lançois rue d’Orléans et Danteuil rue Tirechappe.

Le Sieur Thomé Clerc de la Communauté des deux cens Barbiers, demeure en leur Bureau, c’est à luy qu’il faut s’adresser pour les privileges qui sont à vendre ou à loüer[6].

[6] On a lu dans l’Introduction, t. I, p. xli, comment les privilèges, quels qu’ils fussent, se louoient.

Entre les Coiffeuses qui sont fort employées, sont Mesdemoiselles Canilliat place du Palais Royal, Poitier près les Quinze Vingts, le Brun au Palais, de Gomberville rue des bons Enfans, et d’Angerville devant le Palais Royal[7].

[7] « On fait des calottes de toile jaune et de serge à mettre sous les perruques, chez un calotier, qui a sa boutique sous la porte de la cour neuve du Palais. Les calottes ordinaires se trouvent sur le quay de l’Horloge du Palais. » Édit. précéd., p. 26. A l’époque de la Terreur, le commerce des cheveux se faisoit sur ce même quai, où l’on n’avoit vu jusqu’alors que « les perruquiers en vieux ». Il s’alimentoit des chevelures des condamnés de la Conciergerie. Le nombre en fut si grand qu’à un moment le prix des cheveux en baissa ! Aujourd’hui le bureau de placement des garçons coiffeurs est sur le quai des Orfèvres.

COMMERCE DES VERRIERS.

Le Bureau des Marchands Verriers[1] est au Renard rue saint Denis, où l’on décharge toutes les Marchandises de leur commerce.

[1] Dans l’édition de 1691, p. 30, il est dit que les verriers de ce bureau étoient seulement ceux « qui font des ouvrages de feugère », c’est-à-dire de fougère. On sait que le verre ne se faisoit alors qu’avec la potasse extraite des cendres de cette plante. De là, les métaphores des poëtes sur le vin qui pétille ou qui rit dans « la fougère », comme disent Chaulieu et Boileau.

Le Sieur Trincart rue de la Verrerie, l’Hoste porte saint Germain, Aubry près la Comedie Françoise, et le Grand rue saint Denis, ont un grand assortiment de Marchandises de Cristal, de Fayence et de Porcelaine[2].

[2] Dans l’édition de 1691, p. 30, ils ne sont tous trois mentionnés que pour ce dernier article : « Ils tiennent, y est-il dit, magasin de porcelaine. »

Le Sieur Rose rue Darnetal fait le plus grand commerce de Bouteilles couvertes[3], de Verres de tables, de Cloches de Jardins, de Vaisseaux chimiques, etc. Il fait des fournitures en gros et à bon compte aux détailleurs[4].