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LE TOUR DU MONDE

PARIS
IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE—11e ANNÉE 2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE
JOURNAL
DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde
a été fondé par Édouard Charton
en 1860

PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL

I. De Paris à Srinagar. — Un guide pratique. — De Bombay à Lahore. — Premiers préparatifs. — En tonga de Rawal-Pindi à Srinagar. — Les Kachmiris et les maîtres du Kachmir. — Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en dounga. — Bateliers et batelières. — De Baramoula à Srinagar. — La capitale du Kachmir. — Un peu d'économie politique. — En amont de Srinagar. 13

III. Sous la tente. — Les petites vallées du Sud-Est. — Histoires de voleurs et contes de fées. — Les ruines de Martand. — De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnath. — La vallée du Lidar. — Les pèlerins de l'Inde. — Vers les cimes. — La grotte sacrée. — En dholi. — Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. — Alpinisme funèbre et hydrothérapie religieuse. — Les temples de Vangâth. — Frissons d'automne. — Les adieux à Srinagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.

I. Voyage dans la brousse. — En file indienne. — Motéso. — La route dans un ruisseau. — Denguéra. — Kodioso. — Villes et villages abandonnés. — Où est donc Bettié? — Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. — Coutumes du pays. — La mort d'un prince héritier. — L'épreuve du poison. — De Mopé à Bettié. — Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. — Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. — Valeur économique de la côte d'Ivoire. — Richesse de la flore. — Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. — Deuils nombreux. — Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE
Par M. PAUL GRUYER

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. — Deux mots d'histoire. — Débarquement à Porto-Ferraio. — Une ville d'opéra. — La «teste di Napoleone» et le Palais impérial. — La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. — Offre à Napoléon III, après Sedan. — La bibliothèque de l'Empereur. — Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. — Un enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules blanches. Dans la paix des limbes. — Les différentes routes de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. — Soir tempétueux et morne tristesse. — L'ascension du Monte Giove. — Un village dans les nuées. — L'Ermitage de la Madone et la «Sedia di Napoleone». — Le vieux gardien de l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. — La côte orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. — La gorge de Monserrat. — Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. — Installation aux Mulini. — L'Empereur à la gorge de Monserrat. — San Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et le miroir de la Vérité. — L'Empereur transporte ses pénates sur le Monte Giove. — Elbe perdue pour la France. — L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. — Où il faut chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de la signorina Squarci. — L'église de l'archiconfrérie du Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les broderies de soie des Mulini. — Le vieil aveugle de Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE
Par M. VICTOR CHAPOT
membre de l'École française d'Athènes.

I. — Alexandrette et la montée de Beïlan. — Antioche et l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. — La route d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. — Premier aperçu d'Alep. 133

II. — Ma caravane. — Village d'Yazides. — Nisib. — Première rencontre avec l'Euphrate. — Biredjik. — Souvenirs des Hétéens. — Excursion à Resapha. — Comment atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? — Enfin à Orfa! 145

III. — Séjour à Orfa. — Samosate. — Vallée accidentée de l'Euphrate. — Roum-Kaleh et Aïntab. — Court repos à Alep. — Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. — Huit jours trappiste! — Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES
Par M. RAYMOND BEL

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou Australie? Le condominium anglo-français de 1887. — L'œuvre de M. Higginson. — Situation actuelle des îles. — L'influence anglo-australienne. — Les ressources des Nouvelles-Hébrides. — Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE
Par M. ALBERT THOMAS

I. — Moscou. — Une déception. — Le Kreml, acropole sacrée. — Les églises, les palais: deux époques. 182

II. — Moscou, la ville et les faubourgs. — La bourgeoisie moscovite. — Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le Kreml et la ville. 193

III. — La foire de Nijni: marchandises et marchands. — L'œuvre du commerce. — Sur la Volga. — À bord du Sviatoslav. — Une visite à Kazan. — La «sainte mère Volga». 205

IV. — De Samara à Tomsk. — La vie du train. — Les passagers et l'équipage: les soirées. — Dans le steppe: l'effort des hommes. — Les émigrants. 217

V. — Tomsk. — La mêlée des races. — Anciens et nouveaux fonctionnaires. — L'Université de Tomsk. — Le rôle de l'État dans l'œuvre de colonisation. 229

VI. — Heures de retour. — Dans l'Oural. — La Grande-Russie. — Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES
Par M. GERSPACH

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. — Un peu d'histoire et de géographie. — La cathédrale de Saint-Laurent. — L'église Sainte-Marie-des-Anges. — Lugano, la ville des fresques. — L'œuvre du Luini. — Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE
Par M. ÉMILE DESCHAMPS

I. — Woo-Sung. — Au débarcadère. — La Concession française. — La Cité chinoise. — Retour à notre concession. — La police municipale et la prison. — La cangue et le bambou. — Les exécutions. — Le corps de volontaires. — Émeutes. — Les conseils municipaux. 265

II. — L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. — Pharmacie chinoise. — Le camp de Kou-ka-za. — La fumerie d'opium. — Le charnier des enfants trouvés. — Le fournisseur des ombres. — La concession internationale. — Jardin chinois. — Le Bund. — La pagode de Long-hoa. — Fou-tchéou-road. — Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS
Par M. BARGY

Le problème de la civilisation des nègres. — L'Institut Hampton, en Virginie. — La vie de Booker T. Washington. — L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. — Conciliateurs et agitateurs. — Le vote des nègres et la casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE
Par le Major PERCY MOLESWORTH SYKES
Consul général de S. M. Britannique au Khorassan.

I. — Arrivée à Astrabad. — Ancienne importance de la ville. — Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les Collines Noires. — Le Khorassan. — Mechhed: sa mosquée; son commerce. — Le désert de Lout. — Sur la route de Kirman. 301

II. — La province de Kirman. — Géographie: la flore, la faune; l'administration, l'armée. — Histoire: invasions et dévastations. — La ville de Kirman, capitale de la province. — Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. — En Baloutchistan. — Le Makran: la côte du golfe Arabique. — Histoire et géographie du Makran. — Le Sarhad. 325

IV. — Délimitation à la frontière perso-baloutche. — De Kirman à la ville-frontière de Kouak. — La Commission de délimitation. — Question de préséance. — L'œuvre de la Commission. — De Kouak à Kélat. 337

V. — Le Seistan: son histoire. — Le delta du Helmand. — Comparaison du Seistan et de l'Égypte. — Excursions dans le Helmand. — Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR
Par M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. — À la rame sur le Grand-Lac. — Les charrettes cambodgiennes. — Siem-Réap. — Le temple d'Angkor. — Angkor-Tom — Décadence de la civilisation khmer. — Rencontre du second roi du Cambodge. — Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. — Le palais de Norodom à Pnôm-penh. — Pourquoi la France ne devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE
Par M. Th. HEBBELYNCK

I. — De Budapest à Petrozeny. — Un mot d'histoire. — La vallée du Jiul. — Les Boyards et les Tziganes. — Le marché de Targu Jiul. — Le monastère de Tismana. 373

II. — Le monastère d'Horezu. — Excursion à Bistritza. — Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. — De Curtea de Arges à Campolung. — Défilé de Dimboviciora. 385

III. — Bucarest, aspect de la ville. — Les mines de sel de Slanic. — Les sources de pétrole de Doftana. — Sinaïa, promenade dans la forêt. — Busteni et le domaine de la Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS
Par M. Lud. GEORGES HAMÖN
Photographies de l'auteur.

I. — Une ville hollandaise. — Middelburg. — Les nuages. — Les boerin. — La maison. — L'éclusier. — Le marché. — Le village hollandais. — Zoutelande. — Les bons aubergistes. — Une soirée locale. — Les sabots des petits enfants. — La kermesse. — La piété du Hollandais. 410

II. — Rencontre sur la route. — Le beau cavalier. — Un déjeuner décevant. — Le père Kick. 421

III. — La terre hollandaise. — L'eau. — Les moulins. — La culture. — Les polders. — Les digues. — Origine de la Hollande. — Une nuit à Veere. — Wemeldingen. — Les cinq jeunes filles. — Flirt muet. — Le pochard. — La vie sur l'eau. 423

IV. — Le pêcheur hollandais. — Volendam. — La lessive. — Les marmots. — Les canards. — La pêche au hareng. — Le fils du pêcheur. — Une île singulière: Marken. — Au milieu des eaux. — Les maisons. — Les mœurs. — Les jeunes filles. — Perspective. — La tourbe et les tourbières. — Produit national. — Les tourbières hautes et basses. — Houille locale. 433

ABYDOS
dans les temps anciens et dans les temps modernes
Par M. E. AMELINEAU

Légende d'Osiris. — Histoire d'Abydos à travers les dynasties, à l'époque chrétienne. — Ses monuments et leur spoliation. — Ses habitants actuels et leurs mœurs. [445]

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES
Par M. JULES BROCHEREL

I. — De Tachkent à Prjevalsk. — La ville de Tachkent. — En tarentass. — Tchimkent. — Aoulié-Ata. — Tokmak. — Les gorges de Bouam. — Le lac Issik-Koul. — Prjevalsk. — Un chef kirghize. 457

II. — La vallée de Tomghent. — Un aoul kirghize. — La traversée du col de Tomghent. — Chevaux alpinistes. — Une vallée déserte. — Le Kizil-tao. — Le Saridjass. — Troupeaux de chevaux. — La vallée de Kachkateur. — En vue du Khan-Tengri. 469

III. — Sur le col de Tuz. — Rencontre d'antilopes. — La vallée d'Inghiltchik. — Le «tchiou mouz». — Un chef kirghize. — Les gorges d'Attiaïlo. — L'aoul d'Oustchiar. — Arrêtés par les rochers. 481

IV. — Vers l'aiguille d'Oustchiar. — L'aoul de Kaënde. — En vue du Khan-Tengri. — Le glacier de Kaënde. — Bloqués par la neige. — Nous songeons au retour. — Dans la vallée de l'Irtach. — Chez le kaltchè. — Cuisine de Kirghize. — Fin des travaux topographiques. — Un enterrement kirghize. 493

V. — L'heure du retour. — La vallée d'Irtach. — Nous retrouvons la douane. — Arrivée à Prjevalsk. — La dispersion. 505

VI. — Les Khirghizes. — L'origine de la race. — Kazaks et Khirghizes. — Le classement des Bourouts. — Le costume khirghize. — La yourte. — Mœurs et coutumes khirghizes. — Mariages khirghizes. — Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ
Par Mlle ANNA SEE

Première escale: Trangisvaag. — Thorshavn, capitale de l'Archipel; le port, la ville. — Un peu d'histoire. — La vie végétative des Feroïens. — La pêche aux dauphins. — La pêche aux baleines. — Excursions diverses à travers l'Archipel. 517

PONDICHÉRY
chef-lieu de l'Inde française
Par M. G. VERSCHUUR

Accès difficile de Pondichéry par mer. — Ville blanche et ville indienne. — Le palais du Gouvernement. — Les hôtels de nos colonies. — Enclaves anglaises. — La population; les enfants. — Architecture et religion. — Commerce. — L'avenir de Pondichéry. — Le marché. — Les écoles. — La fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE
LES TANALA DE L'IKONGO
Par M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ

I. — Géographie et histoire de l'Ikongo. — Les Tanala. — Organisation sociale. Tribu, clan, famille. — Les lois. 541

II. — Religion et superstitions. — Culte des morts. — Devins et sorciers. — Le Sikidy. — La science. — Astrologie. — L'écriture. — L'art. — Le vêtement et la parure. — L'habitation. — La danse. — La musique. — La poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA
(sud tunisien)
Par M. Ch. MAUMENÉ

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. — Maharess. — Lella Mazouna. — La forêt de gommiers. — La source des Trois Palmiers. — Le Bou Hedma. — Un groupe mégalithique. — Renseignements indigènes. — L'oued Hadedj et ses sources chaudes. — La plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. — Bir Saad. — Manoubia. — Khrangat Touninn. — Sakket. — Sened. — Ogla Zagoufta. — La plaine et le village de Mech. — Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE
Par Mme JANE DIEULAFOY

I. — L'aspect de la Castille. — Les troupeaux en transhumance. — La Mesta. — Le Tage et ses poètes. — La Cuesta del Carmel. — Le Cristo de la Luz. — La machine hydraulique de Jualino Turriano. — Le Zocodover. — Vieux palais et anciennes synagogues. — Les Juifs de Tolède. — Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. — Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. — Les pupilles de l'évêque Siliceo. — Santo Tomé et l'œuvre du Greco. — La mosquée de Tolède et la reine Constance. — Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. — Ses transformations et adjonctions. — Souvenirs de las Navas. — Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique est son exécutrice testamentaire. — Ximénès. — Le rite mozarabe. — Alvaro de Luda. — Le porte-bannière d'Isabelle à la bataille de Toro. 589

III. — Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les chroniques. — San Juan de los Reyes. — L'hôpital de Santa Cruz. — Les Sœurs de Saint-Vincent de Paul. — Les portraits fameux de l'Université. — L'ange et la peste. — Sainte-Léocadie. — El Cristo de la Vega. — Le soleil couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. — Les «cigarrales». — Le pont San Martino et son architecte. — Dévouement conjugal. — L'inscription de l'Hôtel de Ville. — Cordoue, l'Athènes de l'Occident. — Sa mosquée. — Ses fils les plus illustres. — Gonzalve de Cordoue. — Les comptes du Gran Capitan. — Juan de Mena. — Doña Maria de Parèdes. — L'industrie des cuirs repoussés et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.—38e LIV. No 38.—23 Septembre 1905.

LE LAC SACRÉ D'OSIRIS, SITUÉ AU SUD-EST DE SON TEMPLE, QUI A ÉTÉ DÉTRUIT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

ABYDOS
DANS LES TEMPS ANCIENS ET DANS LES TEMPS MODERNES
Par M. E. AMÉLINEAU.

Légende d'Osiris. — Histoire d'Abydos à travers les dynasties, à l'époque chrétienne. — Ses monuments et leur spoliation. — Ses habitants actuels et leurs mœurs.

SÉTI Ier PRÉSENTANT DES OFFRANDES DE PAIN, LÉGUMES, ETC.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Je dois tout d'abord un souvenir reconnaissant à la petite ville qui m'a abrité pendant quatre ans de ma vie, et qui m'a fourni des monuments considérables dont l'importance a découvert, tout à coup, aux yeux les moins clairvoyants, une époque jusqu'alors inconnue, maintenant tout à fait indéniable. C'est donc par la ville d'Abydos que je commencerai l'exposé des souvenirs qui me sont restés de cette époque de ma vie, et qui peuvent être utiles au lecteur.

S'il y a de par le monde une ville dont la tradition et l'histoire remontent jusqu'aux temps primitifs où la pensée de l'homme-enfant essaya de bégayer les premiers essais qu'elle tenta vers la civilisation, cette ville est Abydos. Cinq mille ans au moins avant notre ère, elle comptait déjà assez d'existence pour posséder la plupart des arts qui concourent à embellir la vie de l'homme, et déjà aussi ils étaient parvenus à une rare et excellente perfection. Dès cette époque si reculée, de saints pèlerinages, à une époque fixe de l'année correspondant au solstice de l'hiver, lui amenaient en foule des hommes qu'elle ignorait et qui venaient implorer le secours du Dieu bienfaisant qu'elle possédait, ou le remercier des grâces accordées, car, comme toutes les villes les plus anciennes et au même titre qu'elles, Abydos avait consacré presque tout son passé dans la légende d'Osiris si connue pour le gros des événements, mais si inconnue pour les détails.

D'après la légende, à une certaine époque impossible à préciser, régnait sur l'Égypte une famille dont le chef était Seb et la mère Nout; plus tard, les Égyptiens devaient faire de Seb le dieu-terre et de Nout la déesse-ciel. En ce temps-là, les devoirs de la royauté laissaient bien des loisirs et n'empêchaient pas plus que de nos jours de penser aux soins et aux plaisirs de la propagation humaine. Seb et Nout eurent quatre enfants: deux fils et deux filles qui, selon l'usage, devaient s'unir l'un à l'autre, Osiris à Isis, Set à Nephthys; mais ces unions furent malheureuses, et il en résulta des guerres civiles qui devaient durer longtemps, et causer des massacres lamentables.

UNE RUE D'ABYDOS.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Osiris et Set sont, en effet, les représentants de deux systèmes différents de royauté. Osiris, c'est le Dieu civilisateur par les moyens de douceur, par la pratique de l'agriculture, avec ce qu'elle comporte d'art et de science; c'est l'opposé de la violence, des inventions dures et guerrières, l'adversaire de Set, que les Grecs nommèrent Typhon pour montrer son rôle malfaisant. Osiris, c'est l'Abel; Set, le Caïn, et en même temps le Tubalcaïn de l'Égypte, le Dieu des guerriers, des inventions métallurgiques et de toutes les industries qui ont su faire chèrement payer à l'homme les services qu'elles lui ont rendus. Deux natures aussi diverses, deux génies aussi remplis de contrastes ne pouvaient manquer d'être adversaires. La paix régna d'abord, mais quand Osiris, au retour des conquêtes merveilleuses qu'il avait faites, grâce à l'enseignement de l'agriculture et des arts qui adoucissent l'âme humaine, fut fêté et acclamé, la discorde éclata funeste. Pendant un festin qu'il donna à ses frère et sœurs, au milieu d'une assemblée nombreuse de dieux pacifiques et de dieux guerriers, Set, cachant ses noirs desseins, apparut avec un coffre à la fabrication duquel il avait appliqué tout son art; il proposa aux dieux émerveillés de le donner à celui qui le remplirait exactement. Les dieux s'essayèrent tour à tour, mais aucun ne réussit. Quand le tour d'Osiris fut venu, il s'allongea dans le coffre, et, chose étonnante, il le remplit tout entier. Déjà, il s'en voyait le maître; mais Set, le rusé et le vindicatif, mit aussitôt le couvercle sur le coffre, et le ferma. Osiris fut étouffé. C'est ce qu'avait prévu et ce qu'avait voulu son frère Set, car il ne pouvait supporter de voir Osiris protéger les mortels, leur apprendre les moyens qui font la vie joyeuse; il voulait, au contraire, la guerre et la destruction; il avait inventé tous les moyens d'arriver à son but et cherchait à occuper la première place dans la pensée reconnaissante et la vie des hommes. Il réussit, et depuis lors l'homme, trop fidèle à cette première folie et à ce premier crime, n'a que trop bien suivi ses leçons. Les arts de la paix ont été, sinon abandonnés, du moins subordonnés aux arts de la guerre; la vie a été soumise à la destruction, et de tous les côtés le bruit des marteaux forgeant des chaînes, domptant le fer qui doit détruire, a couvert cent fois le bruit pacifique du laboureur qui fait fructifier la terre et qui nourrit l'humanité; partout résonne le chant de guerre, à peine si le chant de la paix ose faire entendre de timides et plaintifs accents.

Mais Osiris laissait après lui sa sœur et sa femme, Isis, qui devait le venger. Isis, de n'avoir pas conçu de son mari quelque fils qui pût assurer sa vengeance, se donna comme devoir de rechercher le corps d'Osiris et de le retrouver afin de pouvoir le faire revivre, et concevoir de ses œuvres. Set, après s'être rendu frauduleusement maître de son compétiteur, avait jeté le coffre dans le Nil, aux applaudissements de ses sectateurs que l'on appela les Rieurs; le Nil avait emporté cette nacelle d'un nouveau genre à la mer, et les flots l'avaient rejetée sur le rivage de Byblos, où un arbre avait crû et l'avait entourée complètement en la faisant entrer dans sa tige. Isis, à la recherche du cadavre de son mari, arriva à Byblos, réussit à devenir maîtresse du coffre qu'elle cherchait, rentra en Égypte avec ce fardeau précieux; mais un soir que Set chassait au clair de lune, il découvrit le coffre dans les roseaux de la Basse-Égypte, s'en empara, et, pour empêcher Isis de le posséder à nouveau, découpa le cadavre de son frère et en dispersa les morceaux à travers les nomes de l'Égypte. Isis les retrouva, ensevelit chacun des quatorze fragments au lieu où elle le rencontrait, après les avoir ajustés les uns aux autres. Sur chaque fragment du corps sacré, elle élevait un tombeau; et Abydos se glorifiait d'avoir en partage le chef divin, si bien que pour signifier le nom de la ville, on employait la châsse renfermant la tête d'Osiris.

MAISON D'ABYDOS HABITÉE PAR L'AUTEUR, PENDANT LES TROIS PREMIÈRES ANNÉES.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Le site sur lequel était située la petite ville, car Abydos fut toujours une mince localité, ne devait pas beaucoup différer de celui sur lequel se trouvent aujourd'hui les pauvres villages qui se sont formés sur les ruines de la cité antique. Le Nil coulait assez loin du tombeau d'Osiris, la chaîne arabique avait dès lors toutes ses préférences, et il s'éloignait, autant qu'il le pouvait, des montagnes libyques; il en est toujours ainsi, et la nature du terrain semble l'exiger. Du fleuve à la ville sainte d'Osiris, une large plaine s'étendait déjà, coupée par des canaux peu nombreux, verdoyante à l'extrême pendant cinq ou six mois de l'année, embaumée par les senteurs qui s'exhalent des champs de bersim, de fèves, de lentilles et de toutes les autres plantes qu'on y cultivait déjà, animée par les migrations annuelles des animaux et des hommes qui, dès que le sol a produit des plantes suffisamment nourricières, se hâtent d'aller construire en pleins champs ces ezbehs primitives dans lesquelles ils logent indifféremment côte à côte, sans qu'il soit possible de dire qui des deux, de l'homme ou de l'animal, jouit avec plus de délices de cette vie passée en plein air, au milieu de l'abondance relative, aux rayons bienfaisants du soleil, à ne rien faire autre chose que d'aspirer la chaleur, se nourrir des produits de la terre et des parfums qui s'en dégagent, à ne penser à rien qu'aux jeux et aux ris, à vivre en un mot de la même vie que le muet animal, avec cette différence que le fellah est doué du langage. Encore ce langage est si simple, si primitif, il n'use que d'un si petit nombre de mots, qu'on serait tenté de préférer le silence de la bête qui, au moins, garde pour elle les belles choses qu'elle pense.

Près des villages, la campagne se revêt d'arbres et d'arbustes, d'acacias, de tamarises, de palmiers, de tous les arbres fruitiers que les habitants retardataires ont appris à connaître. Derrière un rideau de ces arbres, tout enveloppée de leur frondaison, Abydos, autrefois comme aujourd'hui, devait apparaître avec ses maisons en briques crues ou en terre, élevées sur des collines de décombres, dès lors comme à présent de pauvre apparence et de richesse médiocre, à l'ouest du Nil, tout près de la montagne infertile, toujours fréquentée par des bandes de pillards qui ne demandent qu'à tomber sur un endroit où ils ne sont pas attendus. Telle fut peut-être l'origine de la population assise de la ville sainte; les pillards nomades, sans abandonner les plaisirs du vol et du brigandage, auront voulu goûter les joies de la vie sédentaire; ils se seront rendus maîtres des malheureux fellahs qui cultivaient la vallée, et Set aura de nouveau vaincu son frère Osiris en ce lieu particulier. Cela paraîtra d'autant plus vraisemblable qu'à toutes les époques de l'histoire, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos jours, les habitants de la ville sainte ont toujours résisté à la plus élémentaire morale des sociétés: ils n'ont jamais eu qu'une médiocre estime de la propriété, ont toujours pensé que le bien d'autrui avait des charmes engageants, et ne se sont jamais fait faute de se l'approprier quand ils l'ont pu. Pour eux, un homme n'est véritablement homme que s'il est voleur; le vol est la pierre de touche de l'honorabilité, et celui-là seulement est un brave homme, qui a fait ses preuves en faisant passer en ses mains ce qui était en celles de son voisin. Aussi comprend-on aisément que la déesse Isis ait pensé que ce n'était pas trop du chef d'Osiris, pour inculquer à ces sauvages quelques-unes des notions qui font les sociétés civilisées. Si l'on ne veut pas croire que la grande et divine mère Isis ait eu pareille pensée, il faut alors se rejeter sur les créateurs de la légende, sur les prêtres qui attirèrent à eux les bénéfices de la superstition humaine, en faisant servir cette même superstition au progrès général de la société.

Abydos ne fut donc jamais une grande ville: les restes de l'ancienne ville encore en partie occupés par les villages modernes, le démontrent amplement. Elle s'étendait en longueur, du nord au sud, le long de la bande sablonneuse qui côtoie la montagne et la suit dans ses retraits et ses retours, pendant une distance d'un kilomètre ou un kilomètre et demi environ, sur une profondeur qui n'excède pas 300 ou 400 mètres. Elle avait ceci de particulier, à savoir que la ville des vivants se mélangeait à la ville des morts. Les maisons, petites, construites en briques crues ou en terre, se pressaient les unes contre les autres, semblant s'envier réciproquement la lumière, et n'ayant d'autre but que d'éviter la chaleur. Quelques rares jardins, avec leurs palmiers montant vers le ciel et les autres arbres connus dans le pays, étaient la propriété des heureux favoris du Pharaon régnant. Dans la ville d'Abydos, comme dans toutes les villes égyptiennes, il y avait une noblesse à titres sonores, porte-ombrelle à la droite du roi, grands prophètes des divers dieux honorés dans la ville et dans la capitale du nome, c'est-à-dire à Thinis; des chefs de tous les travaux du Pharaon, des orfèvres royaux, des ciseleurs et des sculpteurs qui disaient avoir de grands mérites, etc; mais tous ces titres ne comportaient pas une richesse correspondante, et les gens d'Abydos vivaient comme ils pouvaient, principalement de vol. Quoique parfois la destruction et fréquemment la spoliation de presque tous les monuments qu'a construits et ornés l'art égyptien, aient été une maladie endémique à toutes les époques et dans tous les lieux, cependant aucune autre localité ne peut se vanter d'avoir primé Abydos sur ce point. La nécropole est là pour le prouver: les spoliateurs à toutes les époques ont enlevé ce que les générations précédentes y avaient caché avec le plus grand soin, et cela du haut en bas de l'échelle sociale. De grands officiers du roi, des prêtres d'Osiris n'avaient pas reculé devant l'expropriation des morts au profit de leurs besoins, et tel tombeau a servi deux ou trois fois pour des familles différentes; ou, si l'on portait la délicatesse de la conscience à un degré vraiment extraordinaire, on prenait les pierres, on les changeait de côté, et l'on en était quitte pour graver sur la face laissée libre, les titres que l'on se croyait à la faveur de la postérité. Si aux Enfers, par-devant le tribunal sacré d'Osiris, les quarante-deux assesseurs du Dieu et le Dieu lui-même se sont montrés inexorables pour quiconque avait commis le crime de spolier les sépultures, bien peu d'habitants de la ville sainte auront trouvé grâce devant le Seigneur universel, à moins qu'ils n'aient eu le moyen de corrompre l'Incorruptible, ce qui ne devrait pas étonner dans la vallée du Nil.

LE PRÊTRE-ROI RENDANT HOMMAGE À SÉTI Ier (CHAMBRE ANNEXE DE LA DEUXIÈME SALLE D'OSIRIS).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Les grands édifices religieux qu'avait élevés à Abydos la piété des grands Pharaons, comme le temple d'Osiris, ceux de Séti Ier, de Ramsès II, pour ne citer que les plus célèbres, ne furent pas eux-mêmes à l'abri de ces spoliations endémiques, et, chose qui semblera d'abord surprenante, mais qui ne doit pas étonner en définitive, ceux qui furent les premiers à donner l'exemple furent les successeurs mêmes des pharaons constructeurs. Le temple de Séti Ier, par exemple, fut en partie spolié par Ramsès II, le propre fils de Séti; et, comme il n'avait pas suffisamment achevé l'ouvrage, son successeur et d'autres firent comme il avait fait, si bien que le temple, qui ne fut jamais achevé, porte les cartouches de trois ou quatre rois qui s'arrogèrent l'un après l'autre l'honneur de ne l'avoir jamais terminé. Dès les années qui suivirent, les cérémonies du culte n'étant plus pratiquées qu'en partie, les prêtres trouvèrent bon de s'approcher de plus près de l'endroit où ils exerçaient leur ministère, de se loger dans le temple saint, et c'est dans le lieu saint lui-même que les trouvèrent les moines fanatiques du christianisme égyptien, alors qu'ils ruinèrent l'édifice royal et sacré et qu'ils ensevelirent vingt-trois prêtres sous les ruines. Il n'est pas surprenant dès lors que la population de bas étage, suivant l'exemple donné par le sacerdoce, se soit emparée de tous les temples, y ait construit ses habitations de terre, ait profané les lieux saints de toutes les immondices imaginables, si bien que les merveilleux édifices n'ont échappé à la ruine complète, que par la saleté débordante des habitants. Aussi, quand Mariette entreprit vers 1859 le déblaiement des édifices d'Abydos, il dut d'abord exproprier les habitants qui s'y logeaient de temps immémorial; et encore n'a-t-il pas fait tout ce qui était à faire, car la première salle hypèthre du grand temple de Séti Ier est encore sous les décombres, occupée par les habitations qu'on y a construites.

THOT PRÉSENTANT LE SIGNE DE LA VIE AUX NARINES DU ROI SÉTI Ier (CHAMBRE ANNEXE DE LA DEUXIÈME SALLE D'OSIRIS).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Abydos présida, sans le moindre doute, à la première éclosion historique de l'empire égyptien; mais avant cette époque reculée d'environ soixante siècles avant notre ère, elle était déjà peuplée, ainsi que je l'ai dit, et fort avancée dans les voies du progrès civilisateur. On ne peut en douter aujourd'hui après les travaux que j'y ai faits et que d'autres ont faits après moi. Si l'on ne sait rien des événements qui eurent lieu à cette époque, laquelle peut remonter de quinze à vingt siècles plus haut que la date précédente, en revanche on sait déjà beaucoup de choses sur les habitudes pacifiques ou guerrières des populations qui vivaient en Abydos. Les arts y étaient cultivés avec un succès merveilleux, l'industrie y faisait des progrès magnifiques: les objets fournis par les fouilles sont là pour le prouver et montrer que dès cette époque on avait trouvé l'écriture hiéroglyphique. La même incertitude règne sur les événements qu'on appelle historiques, pendant les premières dynasties; on sait cependant que déjà le culte d'Osiris y était établi et pratiqué, qu'on avait dû construire une grande citadelle rectangulaire qui existe toujours et qu'on nomme aujourd'hui la Schounet Ez-Zebib.

Il faut aller toutefois jusqu'à la VIe dynastie pour trouver dans l'histoire d'Abydos des noms qui soient parvenus jusqu'à nous et qui aient conquis une place éminente dans ce qu'on appelle l'histoire humaine. C'est grâce aux nombreuses stèles que Mariette découvrit dans ses fouilles, que nous connaissons certains événements de l'histoire d'Abydos et certaines hautes fonctions qui étaient échues à quelques-uns de ses habitants. La nombreuse bureaucratie égyptienne s'y était développée comme partout ailleurs, et l'on y alliait déjà les charges civiles aux charges religieuses, comme si les bons dévots de ce temps-là eussent déjà pensé que servir Dieu est bien quelque chose, mais que servir le Pharaon, image visible du dieu invisible, descendant authentique du dieu retombé dans le néant du temps, c'était beaucoup mieux, car l'un ne pouvait rien donner et l'autre donnait au contraire beaucoup, puisque les temples, quoiqu'ils dussent être déjà bien dotés et fournis de biens temporels, relevaient du Pharaon. Sous la VIe dynastie, l'un des habitants d'Abydos, nommé Ouna, parti presque des échelons les plus bas de l'échelle des honneurs, sut s'élever à la plus haute charge qu'on eût jusqu'alors confiée à un simple mortel. Parmi les faits les plus saillants de sa carrière administrative, cet heureux mortel, qui devint premier ministre, raconte que l'un des Pépi de la VIe dynastie lui donna l'ordre de rassembler et de former une armée dont il reçut le commandement, pour aller combattre des peuplades déjà sédentaires, ayant des villes, des champs couverts de moissons, des jardins avec des vignes et des oliviers. Ouna, à la tête de son armée, s'avança dans le pays des Maîtres du sable, Hérouschaïtou, le ravagea, détruisit les villes et les labeurs des hommes, coupa les figuiers et les vignes, brûla ce qu'il ne pouvait autrement ravager, enleva les hommes, les femmes et les enfants, «ce qui fut plus agréable à son maître que toute autre chose»; et, dans le véritable chant de triomphe qu'il fit graver sur sa stèle, tous les malheurs qu'il avait fait pleuvoir sur la peuplade indocile et rebelle, deviennent autant de bonheurs pour lui, ce qu'il exprime en disant: «Cette armée alla en paix», et elle brûla, elle ravagea, elle tua et emmena en esclavage tout ce qui était resté du fer et du feu.

Pour récompense de tant de bonheur et de succès, le victorieux Ouna fut créé gouverneur de la Haute-Égypte et eut l'insigne honneur de pouvoir paraître devant le Pharaon en conservant ses sandales aux pieds. Il avait donné son temps et sa peine sans compter, exposé sa vie en cent occasions, et se jugeait suffisamment récompensé! Évidemment si les hommes de nos jours ne recevaient que cet honneur pour récompense, ils ne se donneraient pas tant de peine que le vieil Ouna.

LE DIEU THOT PURIFIANT LE ROI SÉTI Ier (CHAMBRE ANNEXE DE LA DEUXIÈME SALLE D'OSIRIS, MUR SUD).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Après cet excès d'honneur pour un habitant d'Abydos, le silence se fait encore une fois pour l'histoire de la ville d'Osiris, et il faut passer jusqu'à la XIIe dynastie, sous le moyen empire égyptien, pour trouver à nouveau la ville d'Abydos dans un état florissant. À cette époque, le sentiment de la famille avait pris un immense développement; un besoin de justice et d'égalité semblait s'être emparé de tous les cœurs les mieux placés. De fait, les habitants d'Abydos, dès lors comme encore aujourd'hui, formaient de vastes clans que le chef de famille gouvernait avec autorité, avec amour, mais faisant en sorte que cet amour ne dépassât pas les limites de sa demeure, et animé, envers les autres familles de la société abydénienne, des sentiments que Robert Macaire avait en son pays pour les hommes de son temps. Sous le moyen empire, pendant la XIIe et la XIIIe dynastie, Abydos avait donc reconquis la richesse et un rang éminent. On le voyait facilement, il y a encore quarante ans, lorsque la nécropole étalait aux regards ses mastabas surmontés de petites pyramides blanches comme les tentes de l'armée de la mort qui avait élu domicile près de la ville d'Osiris.

VUE INTÉRIEURE DU TEMPLE DE RAMSÈS II.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Il faut passer jusqu'à la XIXe dynastie pour retrouver Abydos fortunée. Ce n'est pas à dire qu'avant Séti Ier Abydos ne compta pas de temples ou d'autres grands monuments: il y en avait sans doute. Le temple d'Osiris, maître d'Abydos, existait déjà près de la colline, comme aujourd'hui, sous le nom de Kom-es-Soultân, c'est-à-dire la Colline du Sultan, ce qui signifie pour moi la Colline du Maître d'Abydos, Osiris. Mais ces temples n'étaient sans doute pas construits en pierres: les pierres capables d'être employées dans les constructions architecturales sont rares dans la montagne d'Abydos, il n'y a guère que du grès peu consistant, se prêtant ainsi mal à la décoration, et, pour faire venir de bien loin d'autres matériaux, il fallait être animé de plus que de bienveillance pour la cité abydénienne. En effet, toutes les constructions que l'on peut attribuer en Abydos à l'ancien ou au moyen empire, sont en briques. Séti Ier fut celui qui, le premier, y a su construire un temple entier tout en grès ou en pierre calcaire. L'édifice qu'il éleva en l'honneur des dieux et des hommes qui l'avaient précédé sur le double trône de la double Égypte, est non seulement une merveille de construction et d'architecture, mais encore de l'art le plus raffiné sous toutes ses formes.

PERSPECTIVE DE LA SECONDE SALLE HYPOSTYLE DU TEMPLE DE SÉTI Ier.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

TEMPLE DE SÉTI Ier, MUR EST, PRIS DU MUR NORD. SALLE DUE À RAMSÈS II.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Le Pharaon y avait prodigué tous les trésors de l'Égypte, trésors artistiques comme trésors matériels; non seulement l'or éblouissait la vue, répandu à profusion dans cette salle de l'or dont les murs, les colonnes, le plafond se renvoyaient les uns aux autres l'éclat mat du métal précieux, mais encore tout l'édifice resplendissait, merveilleusement orné de ces bas-reliefs qui recouvrent toutes les murailles et qui sont restés le dernier mot de l'art décoratif en Égypte. Il est peu probable que les habitants d'Abydos aient jamais compris l'honneur insigne octroyé à leur cité par le Pharaon Séti Ier en faisant construire ce temple sur leur territoire: ce qu'ils y virent de plus clair, c'est le profit qu'ils feraient avec les pèlerins que cette merveille attirerait en leur ville, dans les fêtes pompeuses dont le riche édifice serait le théâtre. D'ailleurs, quand la pensée directrice, qui avait veillé aux destinées du temple, se fut éteinte avec la vie de Séti Ier, le temple n'était pas achevé. Ramsès II fut le premier, comme je l'ai dit, à spolier l'œuvre de son père, à la gâter autant qu'il le pouvait sans trop de honte, à la laisser inachevée dans les parties qui ne se voyaient pas de prime abord, et dans lesquelles ne pouvaient pénétrer que les grands personnages du culte et de la cour, ce qui était souvent tout un. Aussi peut-on voir encore de nos jours, dans les parties de l'édifice situées à l'ouest du temple, des salles entières qui n'ont reçu d'autre décoration que les dessins au trait qu'il fallait ensuite faire sortir de la pierre, en creusant tout le champ dont ils se détachaient naturellement. Dans d'autres salles encore, il n'y a nul vestige de décoration autre que les prétentieuses dédicaces que certains Pharaons, comme Méneptah Ier, Ramsès III et un autre Ramsès firent graver à l'envi, comme s'ils eussent eu le désir de participer à l'œuvre artistique de Séti Ier et de se l'approprier subrepticement. Mais l'art en leur temps était dans une trop misérable époque de décadence pour qu'il leur fût possible de réussir dans leur dessein chimérique: ils n'ont réussi qu'à montrer à ceux qui veulent voir, combien leurs prétentions étaient vaines et leur art détestable.

Le temple de Séti Ier n'est pas le seul qui existe en Abydos: Ramsès II ne pouvait manquer d'y donner cours à sa manie de construction. Il y a en effet construit un temple qui porte son nom et qui, malgré les scènes historiques qui en décorent les murs, est un témoignage éclatant de l'infériorité des artistes qui furent employés à le décorer. Il ne borna pas seulement son ambition à cette pâle imitation de l'édifice paternel, il fit reconstruire au sud du Kom-es-Soultân un second temple à l'ouest du temple d'Osiris; mais il eut le grand tort de faire exécuter ces deux constructions en pierre calcaire, car il n'en reste presque plus rien, les chaufourniers ayant trouvé en elles ample matière à leur industrie. Plus encore, il bâtit en Abydos une petite chapelle, tout près de la montagne occidentale, au milieu de la nécropole, et dont il ne reste plus rien que le socle brisé d'un colosse de Nékhao. Abydos, au point de vue des monuments, n'est donc nullement comparable à certaines autres villes, comme Thèbes, par exemple, puisque Memphis est détruite; sous ce rapport, on ne saurait nullement la mettre en rivalité avec les deux capitales de l'Égypte ancienne; mais comme art décoratif, comme art intime, plus fait pour parler au cœur que pour confondre l'esprit, Abydos est sans rivale dans l'Égypte entière, et tous les voyageurs qui ont visité le temple de Séti Ier en sortent sous le charme, emportant en leur cœur le souvenir le plus vivant de leur voyage en Égypte.

TEMPLE DE SÉTI Ier, MUR EST, MONTRANT DES SCÈNES DIVERSES DU CULTE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Mais ce qu'il y avait de plus admirable en Abydos, c'était son immense nécropole, qui a plus de deux lieues en longueur, sur une largeur moyenne de 1 kilomètre environ. C'est là que sont allées se coucher, les unes après les autres, toutes les générations qui ont vécu en Abydos, depuis que la ville existe. Mariette l'a fouillée pendant dix-neuf ans; il s'arrêta, dégoûté de ce travail, précisément à la limite où elle devenait extraordinairement intéressante; mais elle lui avait fourni près de quinze cents stèles qui, à leur manière, contenaient l'histoire de la ville. Et cependant ce que Mariette trouva pendant les dix-neuf ans qu'ont duré ses fouilles, ajouté à ce que l'on a trouvé dernièrement, n'est qu'une infime et misérable partie des richesses qu'elle conservait en son sein. Les indigènes, depuis l'ancien empire jusqu'à nos jours, ont été les plus grands destructeurs des monuments: il n'y a pas un seul tombeau dans cette immense nécropole qui n'ait pas été violé, quand il ne l'a pas été deux fois.

Mais il n'est que juste d'ajouter à cette première cause de désolation universelle qui frappe d'abord pour peu qu'on visite la nécropole d'Abydos, une seconde cause tout aussi brutale, tout aussi ignorante et superstitieuse, je veux dire le fanatisme des chrétiens, et, parmi les chrétiens, de ceux qui, aspirant à une vie plus parfaite que le reste des mortels, aspiraient par là même à des actions éclatantes qui d'un coup les missent aussi haut au-dessus du vulgaire que leurs actes d'adoration et de mortification. Ce que les moines chrétiens ont fait de mal en Égypte et surtout à Abydos est incalculable, et j'entends seulement parler des spoliations, des destructions de monuments grandioses légués par le génie de l'antique Égypte à l'admiration de la postérité. Leur fureur imbécile s'est surtout portée contre les grandes images des grands dieux, comme si les œuvres d'art eussent pu faire trembler sur son trône le dieu nouveau auquel ils croyaient apparemment. Jusqu'au VIe siècle de notre ère, Abydos était restée presque indemne du zèle chrétien: quoique ses monuments n'eussent pas été achevés, quoique personne ne prît garde à leur décadence, quoique les indigènes à bout d'argent ou d'or, les familles jalouses les unes des autres eussent détruit tout ce qu'ils pouvaient détruire, cependant les temples, notamment celui de Séti Ier, avaient conservé leur culte et une partie de leur magnificence; les étrangers venaient de toutes parts visiter ces merveilles, et, pour preuve de leur admiration, ne trouvaient d'autre moyen que de dégrader ce qu'ils admiraient, en écrivant sur les murs, sur les représentations des dieux, dans les chapelles même les plus mystérieuses, leurs noms obscurs et prétentieux, témoignage éclatant de leur parfaite imbécillité. Malgré cette végétation parasite qui allait toujours en augmentant, le temple de Séti Ier était encore le théâtre du culte pharaonique, je veux dire du culte que l'Égypte entière rendait à ses plus grands rois, et ici notamment au père de Ramsès II; et ce culte avait encore un personnel considérable, lorsque, vers les premières années du VIe siècle, un moine, qui avait bâti son couvent au nord-ouest de la ville, Moïse, pour le flétrir en le désignant par son nom, entreprit de ruiner d'un seul coup et le culte que l'on rendait aux anciens rois de l'Égypte et l'influence que conservaient encore les membres du clergé attaché au temple. Ce fut une lutte grandiose et le moine fanatique réussit à s'assurer la victoire: un jour, jour d'horreur, de sang et d'incendie, l'hypocrite Moïse se mit en prières, appela la colère de son dieu sur le temple et les prêtres du temple, un tremblement de terre secoua l'édifice jusque dans ses profondeurs et tout s'écroula, ensevelissant sous les ruines vingt-trois prêtres et sept hiérodules. La chose ainsi racontée tient du miracle; mais la réalité, qu'on voit encore écrite par le spectacle de la furieuse démolition, est tout autre. Les moines, guidés par leur chef Moïse, arrivèrent du côté du nord-ouest, ils ouvrirent une brèche, ce qui était relativement facile, et, armés de puissantes barres de fer, leur troupe, fort nombreuse, recrutée de tout ce qu'il y avait dans la ville d'adeptes de la nouvelle religion, au moyen de l'incendie qui ne pouvait presque rien sur les pierres énormes de la construction, mais qui trouvait un aliment naturel dans les couleurs faisant resplendir les murs, essaya de détruire tout ce qu'elle pouvait détruire. Mais ils rencontrèrent des résistances, et si la terrible mort surprit leurs adversaires, elle dut aussi coucher à terre quelques hommes de la horde fanatique. Encore, si l'on pouvait croire que cette destruction eut lieu en un jour de colère et de folie populaires! Mais la démolition dura longtemps, la colère était tombée et le fanatisme seul survivait. Tout le temple devint le théâtre des forfaits de ces destructeurs impies; ils essayèrent de déplacer et d'enlever d'énormes pierres, et ne réussirent qu'à leur faire prendre une position à peine différente de celle qu'elles avaient d'abord; leur fureur s'attaqua surtout à certaines représentations des dieux, à celle d'Amon-Générateur, principalement: ils en martelèrent la figure et les mains, inscrivirent victorieusement le nom du Seigneur où avaient été les noms et les images des antiques dieux de leur pays. Et afin que nous ne puissions révoquer en doute leur misérable conduite, ils ont pris soin de graver sur les murs, au sommet des colonnes, le nom de leur chef, apa Moïse, Moïse le saint, le béni, et le jour même où eut lieu cette sauvage destruction. La postérité sait ainsi à qui s'en prendre.

TABLE DES ROIS SÉTI Ier ET RAMSÈS II, FAISANT DES OFFRANDES AUX ROIS LEURS PRÉDÉCESSEURS.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

C'est au milieu de toutes ces splendeurs et de tous ces souvenirs que pendant quatre hivers s'écoula mon existence. La vie moderne des habitants d'Abydos n'était pas faite pour me déplacer, si peu que ce soit, du milieu dont je me suis fait une habitude. Chaque jour, à chaque instant, mes regards étaient attirés par des scènes antiques dont la génération présente a conservé tout le parfum. Ce parfum n'est pas toujours sans quelque odeur désagréable, mais il devait en être de même autrefois.

Les villages qui s'élèvent actuellement sur l'ancien site de la cité d'Osiris sont toujours divisés en deux camps: celui des violents, à côté de celui des pacifiques. Set a même plus de sectateurs que le Dieu Bon, Osiris. Les violents sont solidement organisés sous des chefs aussi rusés qu'hypocrites. Il existait pendant mon séjour en Abydos une bande de malfaiteurs qui agissaient sous une direction que tout le monde connaissait, qui ravageaient le pays à dix lieues à la ronde et avec lesquels l'autorité locale usa de composition, charmée d'en être quitte à peu de frais, moyennant lesquels elle avait sa part de tout le butin que produisaient les expéditions nocturnes et violentes. Si, dans les environs, les membres de cette honnête confrérie entendaient parler d'un homme qui, par son habile négoce ou ses économies invétérées, avait réussi à posséder quelque argent, à le cacher aussi bien que possible—et les espions de la bande en étaient vite informés,—grâce à la complicité d'une lune silencieuse, soixante ou quatre-vingts hommes, armés de bons fusils perfectionnés, se rendaient sur les lieux, entouraient les maisons, terrifiaient le voisinage par leurs menaces, entraient sans en demander la permission et s'emparaient du trésor convoité, comme si c'eût été la chose la plus simple et la plus juste du monde. Pendant mon troisième séjour, cette bande horrible dévalisa une maison dans un village situé au nord d'Abydos, en menaçant le fils aîné de la famille de le couper en morceaux, s'il n'indiquait pas où était le petit pécule amassé par son père; ce fils tenait plus à sa vie qu'à l'argent, et cela est fort compréhensible: il indiqua aux malfaiteurs d'Abydos ce qu'ils cherchaient, et ceux-ci se retirèrent comme si de rien n'était. Ils s'en allèrent alors au sud exercer leurs ravages, et là, comme l'homme à l'argent duquel ils en voulaient était parvenu à s'échapper, ils le tuèrent le jour suivant. Ces deux expéditions avaient eu lieu en l'espace de quinze jours. L'autorité locale, je veux dire le Gouverneur de la province, s'émut de ces deux événements qui avaient fait quelque bruit, et il prescrivit une enquête accompagnée d'une visite domiciliaire. Le parquet de la province se mit en mouvement, il écrivit au chef de la police du district, celui-ci en écrivit de même au magistrat local d'Abydos, et ce digne homme n'eut rien de plus pressé que d'avertir les malfaiteurs d'avoir à déménager tout ce qui pourrait parler contre eux. Le lendemain, la police arriva, et les voleurs, les assassins lui prodiguèrent les dénégations les plus complètes et les plus musulmanes, riant par derrière de la déconvenue des officiers du Gouvernement.

VUE GÉNÉRALE DU TEMPLE DE SÉTI Ier, PRISE DE L'ENTRÉE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

À côté de ces sectateurs de Set, il y a les sectateurs d'Osiris dont les premiers se moquent toujours autant que jadis. Ces pacifiques fournirent la plus grande partie des ouvriers employés aux travaux que je dirigeais, mais sur eux-mêmes la doctrine de l'adversaire d'Osiris a déteint: ils n'ont qu'un médiocre respect pour la propriété d'autrui. Ils me témoignaient un grand respect, reconnaissants peut-être de ce que je leur faisais gagner quelque chose de cet argent, qui est le seul dieu qu'ils honorent vraiment. À mesure que le travail le réclamait, ils me faisaient assister à quelqu'une des représentations gravées sur les parois des tombeaux, si bien que je pouvais m'imaginer que la déesse Isis, la grande enchanteresse, avait toujours le pouvoir que lui reconnaissaient les hommes du temps passé. Les chants qu'ils redisent au milieu du sable et de la poussière, sans presque jamais s'arrêter, sont sans doute ces airs que le dieu Osiris apprit à leurs ancêtres et que ceux-ci leur ont livrés à mesure que les générations se sont succédé sur la terre: la simplicité des airs qui ne se composent guère que de trois ou quatre notes, mais qui sont d'un rythme très précis et très accentué, suffirait à elle seule pour le prouver. Si je rentrais à ma maison, le soir, après leur journée finie, ils m'accompagnaient en chantant, et pour peu que mon imagination se mit de la partie je pouvais me figurer faire une entrée triomphale, sur ma modeste monture, en ma bonne ville d'Abydos. Si les travaux avaient mis au jour quelque gros monument, ils l'amenaient en ma maison, tirant à soixante, à cent hommes sur les cordes d'un traîneau qui est toujours le même depuis les plus anciens temps, rythmant leurs pas sur leurs airs antiques, contents et joyeux de leur sort qui n'est cependant que misérable. Dans la journée leur travail me montrait toujours les mêmes surveillants, distribuant les mêmes coups avec les mêmes fouets, que je l'ai vu sur les bas-reliefs funéraires.

Malgré tous ces enchantements, la terre noire d'Égypte a un grand défaut, c'est de nourrir les habitants qui l'occupent et la travaillent, aussi peu qu'il lui est possible; mais si la solitude y pouvait être complète, je n'irais pas chercher ailleurs un paradis plus agréable.... La Nature y est prodigue de tous les biens. Le spectacle qu'elle m'offrait est l'un des plus doux que l'homme puisse contempler, et, quand le soleil avait disparu derrière la montagne, dans cette fente d'Abydos dont parlent les textes égyptiens, le calme qui envahissait la douce campagne était un baume divin pour les blessures de la journée. On eût aimé à éterniser ici la vie. Et quand la nuit succédait au jour, que les étoiles, une à une, se montraient au ciel, la profondeur de l'atmosphère était si transparente, si lointaine, qu'on peut parfaitement comprendre que les premiers hommes qui ont habité la vallée du Nil aient pu les prendre pour des lampes suspendues à la voûte des cieux, car elles se détachent avec tant de relief dans le firmament qu'il semble en effet qu'elles aient besoin d'être suspendues par un fil quelconque. C'est alors qu'on se prend à rêver à toutes choses, à soi-même, aux autres, à tout ce qui a pu plaire dans la vie des hommes et des choses; qu'on dépasse les limites de l'existence et du monde, pour se perdre dans une vie merveilleuse, presque inconnue, au milieu de mondes fantastiques. Il n'est besoin pour cela que de prononcer les mots enchanteurs que savent tous les rêveurs: «Portes d'or des célestes imaginations, ouvrez-vous!» Et elles s'ouvrent, l'on pénètre dans ces mondes enchantés, l'on y vit comme l'on souhaiterait de vivre, l'on oublie les maux de la vie présente, l'on se crée des plaisirs inouïs qui sont d'autant meilleurs et délicieux qu'on est seul à les partager. Chaque soir, de la table solitaire où je réparais mes forces épuisées, une étoile, toujours la même, passait au zénith d'un petit œil-de-bœuf percé dans le mur de briques et destiné à faire entrer la fraîcheur et les oiseaux: je l'aperçois encore quand elle entre dans le champ de la petite fenêtre, je la suis pendant tout le temps qu'elle met à parcourir le petit espace par lequel elle m'apparaît, je lui conte mes désirs et mes regrets, mes aspirations et mes déboires, je la prends pour confidente, et c'est, hélas! le seul être que je pouvais prendre pour confident de mes pensées; et quand elle disparaissait je demeurais réellement seul, n'ayant plus à qui parler. La solitude m'environnait alors de toutes parts. La nuit avait tout envahi, la terre et ma pensée. Je cherchais alors dans le sommeil l'oubli de toutes les choses de la terre, heureux si les portes d'or des célestes imaginations me restaient encore entr'ouvertes pendant mon sommeil. Et le lendemain les chants des oiseaux, les aboiements des chiens, le va-et-vient des hommes qui se levaient, qui causaient d'abord à voix basse, puis à haute voix, tous les bruits de la Nature m'avertissaient que l'heure du labeur avait sonné, me rappelaient que les soucis de la journée m'attendaient. Et, d'un pas alerte, rajeuni par la nuit, je m'acheminais vers ma tâche quotidienne, bravant le froid de l'hiver, la chaleur de ce jour à mesure qu'il s'élevait, énamouré de la recherche des antiquités: ma tâche m'avait repris tout entier.

E. Amélineau.

PROCESSION DES VICTIMES AMENÉES AU SACRIFICE (TEMPLE DE RAMSÈS II).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES GRAVURES ET CARTES

L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL

En «rickshaw» sur la route du mont Abou. (D'après une photographie.) 1

L'éléphant du touriste à Djaïpour. 1

Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns du mont Abou. (D'après une photographie.) 2

Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi. (Dessin de Massias, d'après une photographie.) 3

Les «Karévas» ou plateaux alluviaux formés par les érosions du Djhilam. (D'après une photographie.) 4

«Ekkas» et «Tongas» sur la route du Kachmir: vue prise au relais de Rampour. (D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 5

Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam à Ouri. (D'après une photographie.) 6

Shèr-Garhi ou la «Maison du Lion», palais du Maharadja à Srinagar. (Photographie Bourne et Sheperd, à Calcutta.) 7

L'entrée du Tchinar-Bagh, ou Bois des Platanes, au-dessus de Srinagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 7

Ruines du temple de Brankoutri. (D'après une photographie.) 8

Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 9

Le quai de la Résidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 10

La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à Baramoula. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 11

Nos tentes à Lahore. (D'après une photographie.) 12

«Dounga» ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 13

Vichnou porté par Garouda, idole vénérée près du temple de Vidja-Broer (hauteur 1m 40.) 13

Enfants de bateliers jouant à cache-cache dans le creux d'un vieux platane. (D'après une photographie.) 14

Batelières du Kachmir décortiquant du riz, près d'une rangée de peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 15

Campement près de Palhallan: tentes et doungas. (D'après une photographie.) 16

Troisième pont de Srinagar et mosquée de Shah Hamadan; au fond, le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 17

Le temple inondé de Pandrethan. (D'après une photographie.) 18

Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 19

Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthan. (D'après une photographie.) 20

Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 21

Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din, à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 22

Le temple de Panyech: à gauche, un brahmane; à droite, un musulman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 23

Temple hindou moderne à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 24

Brahmanes en visite au Naga ou source sacrée de Valtongou. (D'après une photographie.) 25

Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosquée, à Houtamourou, près de Bhavan. 25

Temple ruiné, à Khotair. (D'après une photographie.) 26

Naga ou source sacrée de Kothair. (D'après une photographie.) 27

Ver-Nag: le bungalow au-dessus de la source. (D'après une photographie.) 28

Temple rustique de Voutanar. (D'après une photographie.) 29

Autel du temple de Voutanar et accessoires du culte. (D'après une photographie.) 30

Noce musulmane, à Rozlou: les musiciens et le fiancé. (D'après une photographie.) 31

Sacrifice bhramanique, à Bhavan. (D'après une photographie.) 31

Intérieur de temple de Martand: le repos des coolies employés au déblaiement. (D'après une photographie.) 32

Ruines de Martand: façade postérieure et vue latérale du temple. (D'après des photographies.) 33

Place du campement sous les platanes, à Bhavan. (D'après une photographie.) 34

La Ziarat de Zaïn-oud-Din, à Eichmakam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 35

Naga ou source sacrée de Brar, entre Bhavan et Eichmakar. (D'après une photographie.) 36

Maisons de bois, à Palgam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 37

Palanquin et porteurs. 37

Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche miraculeuse. (D'après une photographie.) 38

Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la vallée du Lidar au-dessus de Palgam, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 39

Vallée d'Amarnath: vue prise de la grotte. (D'après une photographie.) 40

Pondjtarni et le camp des pèlerins: au fond, la passe du Mahagounas. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 41

Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et Zodji-Pal. (D'après une photographie.) 42

Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac Çecra-Nag. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43

Grotte d'Amarnath. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43

Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'après une photographie.) 44

Campement de Goudjars à Astan-Marg. (D'après une photographie.) 45

Le bain des pèlerins à Amarnath. (D'après une photographie.) 46

Pèlerins d'Amarnath: le Sadhou de Patiala; par derrière, des brahmanes, et à droite, des musulmans du Kachmir. (D'après une photographie.) 47

Mosquée de village au Kachmir. (D'après une photographie.) 48

Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 49

Mendiant musulman. (D'après une photographie.) 49

Le Brahma Sar et le camp des pèlerins au pied de l'Haramouk. (D'après une photographie.) 50

Lac Gangabal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 51

Le Noun-Kol, au pied de l'Haramouk, et le bain des pèlerins. (D'après une photographie.) 52

Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs «houkas» (pipes) et leur «hangri» (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 53

Temples ruinés à Vangath. (D'après une photographie.) 54

«Mêla» ou foire religieuse à Hazarat-Bal. (En haut, photographie par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 55

La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srinagar. (D'après une photographie.) 56

Nishat-Bagh et le bord oriental du lac de Srinagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 57

Le canal de Mar à Sridagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 58

La mosquée de Shah Hamadan à Srinagar (rive droite). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 59

Spécimens de l'art du Kachmir. (D'après une photographie.) 60

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.

La barre de Grand-Bassam nécessite un grand déploiement de force pour la mise à l'eau d'une pirogue. (D'après une photographie.) 61

Le féminisme à Adokoï: un médecin concurrent de l'auteur. (D'après une photographie.) 61

«Travail et Maternité» ou «Comment vivent les femmes de Petit-Alépé». (D'après une photographie.) 62

À Motéso: soins maternels. (D'après une photographie.) 63

Installation de notre campement dans une clairière débroussaillée. (D'après une photographie.) 64

Environs de Grand-Alépé: des hangars dans une palmeraie, et une douzaine de grands mortiers destinés à la préparation de l'huile de palme. (D'après une photographie.) 65

Dans le sentier étroit, montant, il faut marcher en file indienne. (D'après une photographie.) 66

Nous utilisons le fût renversé d'un arbre pour traverser la Mé. (D'après une photographie.) 67

La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'après une photographie.) 68

Indigènes coupant un acajou. (D'après une photographie.) 69

La côte d'Ivoire. — Le pays Attié. 70

Ce fut un sauve-qui-peut général quand je braquai sur les indigènes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lavée, d'après une photographie.) 71

La rue principale de Grand-Alépé. (D'après une photographie.) 72

Les Trois Graces de Mopé (pays Attié). (D'après une photographie.) 73

Femme du pays Attié portant son enfant en groupe. (D'après une photographie.) 73

Une clairière près de Mopé. (D'après une photographie.) 74

La garnison de Mopé se porte à notre rencontre. (D'après une photographie.) 75

Femme de Mopé fabriquant son savon à base d'huile de palme et de cendres de peaux de bananes. (D'après une photographie.) 76

Danse exécutée aux funérailles du prince héritier de Mopé. (D'après une photographie.) 77

Toilette et embaumement du défunt. (D'après une photographie.) 78

Jeune femme et jeune fille de Mopé. (D'après une photographie.) 79

Route, dans la forêt tropicale, de Malamalasso à Daboissué. (D'après une photographie.) 80

Benié Coamé, roi de Bettié et autres lieux, entouré de ses femmes et de ses hauts dignitaires. (D'après une photographie.) 81

Chute du Mala-Mala, affluent du Comoé, à Malamalasso. (D'après une photographie.) 82

La vallée du Comoé à Malamalasso. (D'après une photographie.) 83

Tam-tam de guerre à Mopé. (D'après une photographie.) 84

Piroguiers de la côte d'Ivoire pagayant. (D'après une photographie.) 85

Allou, le boy du docteur Lamy. (D'après une photographie.) 85

La forêt tropicale à la côte d'Ivoire. (D'après une photographie.) 86

Le débitage des arbres. (D'après une photographie.) 87

Les lianes sur la rive du Comoé. (D'après une photographie.) 88

Les occupations les plus fréquentes au village: discussions et farniente Attié. (D'après une photographie.) 89

Un incendie à Grand-Bassam. (D'après une photographie.) 90

La danse indigène est caractérisée par des poses et des gestes qui rappellent une pantomime. (D'après une photographie.) 91

Une inondation à Grand-Bassam. (D'après une photographie.) 92

Un campement sanitaire à Abidjean. (D'après une photographie.) 93

Une rue de Jackville, sur le golfe de Guinée. (D'après une photographie.) 94

Grand-Bassam: cases détruites après une épidémie de fièvre jaune. (D'après une photographie.) 95

Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplène. (D'après une photographie.) 96

L'ÎLE D'ELBE
Par M. PAUL GRUYER

L'île d'Elbe se découpe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et violâtre. 97

Une jeune fille elboise, au regard énergique, à la peau d'une blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs. 97

Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100). 98

Porto-Ferraio: à l'entrée du port, une vieille tour génoise, trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots. 99

Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napoléon pour se rendre à sa maison de campagne de San Martino. 100

Porto-Ferraio: la porte de mer, où aborda Napoléon. 101

La «teste» de Napoléon (page 100). 102

Porto-Ferraio s'échelonne avec ses toits plats et ses façades scintillantes de clarté (page 99). 103

Porto-Ferraio: les remparts découpent sur le ciel d'un bleu sombre leur profil anguleux (page 99). 103

La façade extérieure du «Palais» des Mulini où habitait Napoléon à Porto-Ferraio (page 101). 104

Le jardin impérial et la terrasse de la maison des Mulini (page 102). 105

La Via Napoleone, qui monte au «Palais» des Mulini. 106

La salle du conseil à Porto-Ferraio, avec le portrait de la dernière grande-duchesse de Toscane et celui de Napoléon, d'après le tableau de Gérard. 107

La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonnée, avec ses volets clos et les peintures décoratives qu'y fit faire l'empereur (page 101). 107

Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protège du soleil. 108

Les mille mètres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte Giove, dévalent dans les flots de toute leur hauteur. 109

Un enfant elbois. 109

Marciana Alta et ses ruelles étroites. 110

Marciana Marina avec ses maisons rangées autour du rivage et ses embarcations tirées sur la grève. 111

Les châtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte Giove. 112

... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nuées (page 111). 113

La «Seda di Napoleone» sur le Monte Giove où l'empereur s'asseyait pour découvrir la Corse. 114

La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithéâtre de rochers est entourée de sveltes cyprès (page 117). 115

Voici Rio Montagne dont les maisons régulières et cubiques ont l'air de dominos empilés... (page 118). 115

J'aperçois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nuées. 116

Une des trois chambres de l'ermitage. 117

L'ermitage du Marciana où l'empereur reçut la visite de la comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814. 117

Le petit port de Porto-Longone dominé par la vieille citadelle espagnole (page 117). 118

La maison de Madame Mère à Marciana Alta. — «Bastia, signor!» — La chapelle de la Madone sur le Monte Giove. 119

Le coucher du soleil sur le Monte Giove. 120

Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino. 121