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LE TOUR DU MONDE

PARIS
IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE — 11e ANNÉE 2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE
JOURNAL
DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde
a été fondé par Édouard Charton
en 1860

PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL

I. De Paris à Srinagar. — Un guide pratique. — De Bombay à Lahore. — Premiers préparatifs. — En tonga de Rawal-Pindi à Srinagar. — Les Kachmiris et les maîtres du Kachmir. — Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en dounga. — Bateliers et batelières. — De Baramoula à Srinagar. — La capitale du Kachmir. — Un peu d'économie politique. — En amont de Srinagar. 13

III. Sous la tente. — Les petites vallées du Sud-Est. — Histoires de voleurs et contes de fées. — Les ruines de Martand. — De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnath. — La vallée du Lidar. — Les pèlerins de l'Inde. — Vers les cimes. — La grotte sacrée. — En dholi. — Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. — Alpinisme funèbre et hydrothérapie religieuse. — Les temples de Vangâth. — Frissons d'automne. — Les adieux à Srinagar. 49

SOUVENIRS DE LA CÔTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.

I. Voyage dans la brousse. — En file indienne. — Motéso. — La route dans un ruisseau. — Denguéra. — Kodioso. — Villes et villages abandonnés. — Où est donc Bettié? — Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. — Coutumes du pays. — La mort d'un prince héritier. — L'épreuve du poison. — De Mopé à Bettié. — Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. — Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. — Valeur économique de la côte d'Ivoire. — Richesse de la flore. — Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. — Deuils nombreux. — Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE
Par M. PAUL GRUYER

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. — Deux mots d'histoire. — Débarquement à Porto-Ferraio. — Une ville d'opéra. — La «teste di Napoleone» et le Palais impérial. — La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. — Offre à Napoléon III, après Sedan. — La bibliothèque de l'Empereur. — Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. — Un enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules blanches. Dans la paix des limbes. — Les différentes routes de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. — Soir tempétueux et morne tristesse. — L'ascension du Monte Giove. — Un village dans les nuées. — L'Ermitage de la Madone et la «Sedia di Napoleone». — Le vieux gardien de l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. — La côte orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. — La gorge de Monserrat. — Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. — Installation aux Mulini. — L'Empereur à la gorge de Monserrat. — San Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et le miroir de la Vérité. — L'Empereur transporte ses pénates sur le Monte Giove. — Elbe perdue pour la France. — L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. — Où il faut chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de la signorina Squarci. — L'église de l'archiconfrérie du Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les broderies de soie des Mulini. — Le vieil aveugle de Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE
Par M. VICTOR CHAPOT
membre de l'École française d'Athènes.

I. — Alexandrette et la montée de Beïlan. — Antioche et l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. — La route d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. — Premier aperçu d'Alep. 133

II. — Ma caravane. — Village d'Yazides. — Nisib. — Première rencontre avec l'Euphrate. — Biredjik. — Souvenirs des Hétéens. — Excursion à Resapha. — Comment atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? — Enfin à Orfa! 145

III. — Séjour à Orfa. — Samosate. — Vallée accidentée de l'Euphrate. — Roum-Kaleh et Aïntab. — Court repos à Alep. — Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. — Huit jours trappiste! — Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES
Par M. RAYMOND BEL

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou Australie? Le condominium anglo-français de 1887. — L'œuvre de M. Higginson. — Situation actuelle des îles. — L'influence anglo-australienne. — Les ressources des Nouvelles-Hébrides. — Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE
Par M. ALBERT THOMAS

I. — Moscou. — Une déception. — Le Kreml, acropole sacrée. — Les églises, les palais: deux époques. 182

II. — Moscou, la ville et les faubourgs. — La bourgeoisie moscovite. — Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le Kreml et la ville. 193

III. — La foire de Nijni: marchandises et marchands. — L'œuvre du commerce. — Sur la Volga. — À bord du Sviatoslav. — Une visite à Kazan. — La «sainte mère Volga». 205

IV. — De Samara à Tomsk. — La vie du train. — Les passagers et l'équipage: les soirées. — Dans le steppe: l'effort des hommes. — Les émigrants. 217

V. — Tomsk. — La mêlée des races. — Anciens et nouveaux fonctionnaires. — L'Université de Tomsk. — Le rôle de l'État dans l'œuvre de colonisation. 229

VI. — Heures de retour. — Dans l'Oural. — La Grande-Russie. — Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES
Par M. GERSPACH

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. — Un peu d'histoire et de géographie. — La cathédrale de Saint-Laurent. — L'église Sainte-Marie-des-Anges. — Lugano, la ville des fresques. — L'œuvre du Luini. — Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE
Par M. ÉMILE DESCHAMPS

I. — Woo-Sung. — Au débarcadère. — La Concession française. — La Cité chinoise. — Retour à notre concession. — La police municipale et la prison. — La cangue et le bambou. — Les exécutions. — Le corps de volontaires. — Émeutes. — Les conseils municipaux. 265

II. — L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. — Pharmacie chinoise. — Le camp de Kou-ka-za. — La fumerie d'opium. — Le charnier des enfants trouvés. — Le fournisseur des ombres. — La concession internationale. — Jardin chinois. — Le Bund. — La pagode de Long-hoa. — Fou-tchéou-road. — Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS
Par M. BARGY

Le problème de la civilisation des nègres. — L'Institut Hampton, en Virginie. — La vie de Booker T. Washington. — L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. — Conciliateurs et agitateurs. — Le vote des nègres et la casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE
Par le Major PERCY MOLESWORTH SYKES
Consul général de S. M. Britannique au Khorassan.

I. — Arrivée à Astrabad. — Ancienne importance de la ville. — Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les Collines Noires. — Le Khorassan. — Mechhed: sa mosquée; son commerce. — Le désert de Lout. — Sur la route de Kirman. 301

II. — La province de Kirman. — Géographie: la flore, la faune; l'administration, l'armée. — Histoire: invasions et dévastations. — La ville de Kirman, capitale de la province. — Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. — En Baloutchistan. — Le Makran: la côte du golfe Arabique. — Histoire et géographie du Makran. — Le Sarhad. 325

IV. — Délimitation à la frontière perso-baloutche. — De Kirman à la ville-frontière de Kouak. — La Commission de délimitation. — Question de préséance. — L'œuvre de la Commission. — De Kouak à Kélat. 337

V. — Le Seistan: son histoire. — Le delta du Helmand. — Comparaison du Seistan et de l'Égypte. — Excursions dans le Helmand. — Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR
Par M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. — À la rame sur le Grand-Lac. — Les charrettes cambodgiennes. — Siem-Réap. — Le temple d'Angkor. — Angkor-Tom — Décadence de la civilisation khmer. — Rencontre du second roi du Cambodge. — Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. — Le palais de Norodom à Pnôm-penh. — Pourquoi la France ne devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE
Par M. Th. HEBBELYNCK

I. — De Budapest à Petrozeny. — Un mot d'histoire. — La vallée du Jiul. — Les Boyards et les Tziganes. — Le marché de Targu Jiul. — Le monastère de Tismana. 373

II. — Le monastère d'Horezu. — Excursion à Bistritza. — Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. — De Curtea de Arges à Campolung. — Défilé de Dimboviciora. 385

III. — Bucarest, aspect de la ville. — Les mines de sel de Slanic. — Les sources de pétrole de Doftana. — Sinaïa, promenade dans la forêt. — Busteni et le domaine de la Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS
Par M. Lud. GEORGES HAMÖN
Photographies de l'auteur.

I. — Une ville hollandaise. — Middelburg. — Les nuages. — Les boerin. — La maison. — L'éclusier. — Le marché. — Le village hollandais. — Zoutelande. — Les bons aubergistes. — Une soirée locale. — Les sabots des petits enfants. — La kermesse. — La piété du Hollandais. 410

II. — Rencontre sur la route. — Le beau cavalier. — Un déjeuner décevant. — Le père Kick. 421

III. — La terre hollandaise. — L'eau. — Les moulins. — La culture. — Les polders. — Les digues. — Origine de la Hollande. — Une nuit à Veere. — Wemeldingen. — Les cinq jeunes filles. — Flirt muet. — Le pochard. — La vie sur l'eau. 423

IV. — Le pêcheur hollandais. — Volendam. — La lessive. — Les marmots. — Les canards. — La pêche au hareng. — Le fils du pêcheur. — Une île singulière: Marken. — Au milieu des eaux. — Les maisons. — Les mœurs. — Les jeunes filles. — Perspective. — La tourbe et les tourbières. — Produit national. — Les tourbières hautes et basses. — Houille locale. 433

ABYDOS
dans les temps anciens et dans les temps modernes
Par M. E. AMELINEAU

Légende d'Osiris. — Histoire d'Abydos à travers les dynasties, à l'époque chrétienne. — Ses monuments et leur spoliation. — Ses habitants actuels et leurs mœurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES
Par M. JULES BROCHEREL

I. — De Tachkent à Prjevalsk. — La ville de Tachkent. — En tarentass. — Tchimkent. — Aoulié-Ata. — Tokmak. — Les gorges de Bouam. — Le lac Issik-Koul. — Prjevalsk. — Un chef kirghize. 457

II. — La vallée de Tomghent. — Un aoul kirghize. — La traversée du col de Tomghent. — Chevaux alpinistes. — Une vallée déserte. — Le Kizil-tao. — Le Saridjass. — Troupeaux de chevaux. — La vallée de Kachkateur. — En vue du Khan-Tengri. 469

III. — Sur le col de Tuz. — Rencontre d'antilopes. — La vallée d'Inghiltchik. — Le «tchiou mouz». — Un chef kirghize. — Les gorges d'Attiaïlo. — L'aoul d'Oustchiar. — Arrêtés par les rochers. 481

IV. — Vers l'aiguille d'Oustchiar. — L'aoul de Kaënde. — En vue du Khan-Tengri. — Le glacier de Kaënde. — Bloqués par la neige. — Nous songeons au retour. — Dans la vallée de l'Irtach. — Chez le kaltchè. — Cuisine de Kirghize. — Fin des travaux topographiques. — Un enterrement kirghize. 493

V. — L'heure du retour. — La vallée d'Irtach. — Nous retrouvons la douane. — Arrivée à Prjevalsk. — La dispersion. 505

VI. — Les Khirghizes. — L'origine de la race. — Kazaks et Khirghizes. — Le classement des Bourouts. — Le costume khirghize. — La yourte. — Mœurs et coutumes khirghizes. — Mariages khirghizes. — Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ
Par Mlle ANNA SEE

Première escale: Trangisvaag. — Thorshavn, capitale de l'Archipel; le port, la ville. — Un peu d'histoire. — La vie végétative des Feroïens. — La pêche aux dauphins. — La pêche aux baleines. — Excursions diverses à travers l'Archipel. 517

PONDICHÉRY
chef-lieu de l'Inde française
Par M. G. VERSCHUUR

Accès difficile de Pondichéry par mer. — Ville blanche et ville indienne. — Le palais du Gouvernement. — Les hôtels de nos colonies. — Enclaves anglaises. — La population; les enfants. — Architecture et religion. — Commerce. — L'avenir de Pondichéry. — Le marché. — Les écoles. — La fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE
LES TANALA DE L'IKONGO
Par M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ

I. — Géographie et histoire de l'Ikongo. — Les Tanala. — Organisation sociale. Tribu, clan, famille. — Les lois. 541

II. — Religion et superstitions. — Culte des morts. — Devins et sorciers. — Le Sikidy. — La science. — Astrologie. — L'écriture. — L'art. — Le vêtement et la parure. — L'habitation. — La danse. — La musique. — La poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA
(sud tunisien)
Par M. Ch. MAUMENÉ

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. — Maharess. — Lella Mazouna. — La forêt de gommiers. — La source des Trois Palmiers. — Le Bou Hedma. — Un groupe mégalithique. — Renseignements indigènes. — L'oued Hadedj et ses sources chaudes. — La plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. — Bir Saad. — Manoubia. — Khrangat Touninn. — Sakket. — Sened. — Ogla Zagoufta. — La plaine et le village de Mech. — Sidi Abd el-Aziz. [565]

DE TOLÈDE À GRENADE
Par Mme JANE DIEULAFOY

I. — L'aspect de la Castille. — Les troupeaux en transhumance. — La Mesta. — Le Tage et ses poètes. — La Cuesta del Carmel. — Le Cristo de la Luz. — La machine hydraulique de Jualino Turriano. — Le Zocodover. — Vieux palais et anciennes synagogues. — Les Juifs de Tolède. — Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. — Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. — Les pupilles de l'évêque Siliceo. — Santo Tomé et l'œuvre du Greco. — La mosquée de Tolède et la reine Constance. — Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. — Ses transformations et adjonctions. — Souvenirs de las Navas. — Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique est son exécutrice testamentaire. — Ximénès. — Le rite mozarabe. — Alvaro de Luda. — Le porte-bannière d'Isabelle à la bataille de Toro. 589

III. — Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les chroniques. — San Juan de los Reyes. — L'hôpital de Santa Cruz. — Les Sœurs de Saint-Vincent de Paul. — Les portraits fameux de l'Université. — L'ange et la peste. — Sainte-Léocadie. — El Cristo de la Vega. — Le soleil couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. — Les «cigarrales». — Le pont San Martino et son architecte. — Dévouement conjugal. — L'inscription de l'Hôtel de Ville. — Cordoue, l'Athènes de l'Occident. — Sa mosquée. — Ses fils les plus illustres. — Gonzalve de Cordoue. — Les comptes du Gran Capitan. — Juan de Mena. — Doña Maria de Parèdes. — L'industrie des cuirs repoussés et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.—48e LIV. No 48.—2 Décembre 1905.

LES MURAILLES DE SFAX, VÉRITABLE DÉCOR D'OPÉRA....—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

LA RÉGION DU BOU HEDMA (SUD TUNISIEN)
Par M. CH. MAUMENÉ.

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. — Maharess. — Lella Mazouna. — La forêt de gommiers. — La source des Trois Palmiers. — Le Bou Hedma. — Un groupe mégalithique. — Renseignements indigènes. — L'oued Hadedj et ses sources chaudes. — La plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. — Bir Saad. — Manoubia. — Khrangat Touninn. — Sakket. — Sened. — Ogla Zagoufta. — La plaine et le village de Mech. — Sidi Abd el-Aziz.

SALEM, LE DOMESTIQUE ARABE DE L'AUTEUR.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Quand on quitte Sfax par le chemin de fer de Gafsa, on fait un long circuit autour des murailles de la ville, véritable décor d'opéra au milieu des cimetières arabes, plus vastes et plus peuplés que la cité des vivants; puis, quand on a dépassé le dernier olivier de la «forêt sfaxienne», commence un désert nu et triste, animé seulement par le petit village de pêcheurs de Maharess, aux coupoles blanches aperçues à travers des feuillages grêles; et pendant près de deux cents kilomètres, la voie s'allonge indéfiniment, en lignes droites ou courbes, suivant que le pays est plat ou montagneux, uni ou coupé de ravins; mais c'est le vide absolu qu'elle traverse, jalonnée de loin en loin par des baraques qui sont des gares, et qui deviendront—il faut du moins l'espérer—des centres de colonisation.

À Mazouna, m'attendent mes chevaux et mes deux cavaliers: Salem, premier valet de chambre, et Amor Nefti, premier cuisinier. Mazouna, où je descends, est un de ces vagues points où s'arrête le train; il n'aurait aucun droit de porter un nom, s'il n'avait pas la chance de posséder la sépulture de Lella Mazouna, une sainte du calendrier musulman, et serait éternellement resté le désert si le hasard avait fait passer la voie ferrée à quelques kilomètres plus loin.

C'est la station la plus proche du Bou Hedma, région halfatière, où je me rends; mais, en attendant qu'il y pousse un village, la colonisation n'est encore représentée que par un Anglais, acheteur d'halfa, un juif tunisien, qui n'achète rien et cherche à vendre ce qu'il n'a pas, et l'homme de la gare.

J'aperçois mes deux Arabes, qui s'avancent avec dignité; ils sont suivis d'un troisième, qu'ils paraissent avoir attaché à leur service, et qui est sommairement, mais majestueusement vêtu d'un morceau de calicot très sale: informations prises, ce dernier, Abdallah el-Medhebi, est le fils d'un propriétaire de chameaux, qui a besoin de quelque argent, et que messieurs mes serviteurs ont engagé pour mon compte, lui et ses deux bêtes, à raison de cinq francs par jour,—le tout. Je demande à voir: les chameaux sont solides, Abdallah aussi. On charge le campement, les bagages et les caisses de provisions; le père d'Abdallah, en un déshabillé aussi galant que son fils, aide à l'opération, et, moins d'une heure après mon arrivée, nous partons à travers les cailloux de la montagne, tandis que le père de mon nouveau domestique me réclame déjà la première journée du salaire dû à son rejeton, ayant besoin, me dit-il—et je le crois sans peine—de s'acheter une chemise.

Bien que nous ne soyons qu'à la fin de mai, le soleil est cuisant; la réverbération, dans ces roches calcinées, est intense, et l'heure de midi se fait terriblement sentir. Ayant pris une certaine avance sur mon convoi, qu'escorte Amor Nefti, endormi déjà sur son cheval, je me tapis pour déjeuner dans le fond d'un ravin dont la paroi projette quelques centimètres d'ombre, tandis que Salem se couche sous le ventre des chevaux pour s'abriter du soleil. Le résultat de cette halte en embuscade est de causer une panique aux chameaux lorsqu'ils nous aperçoivent subitement, et les voilà échappés dans la montagne, culbutant leurs chargements, et traînant après eux, dans un galop affolé, mon matériel qui se bat avec les rochers du djebel Zebbès: chasse à courre, hallali émotionnant; rien de cassé! on recharge, on repart, et la journée se passe sans autre incident.

CARTE DE LA RÉGION DU BOU HEDMA (SUD TUNISIEN).

Vers le soir, le paysage change—heureusement! Nous descendons dans la vallée de l'oued Hadedj, «le ruisseau des coloquintes», et, des dernières pentes de la montagne, je découvre un horizon blanc éclatant, brillant comme un miroir: c'est la nappe de sel de la Sebkhrat en Nouaïl; et, plus près, une petite tache rouge perdue dans la verdure grise d'arbres disséminés, car, ici, il y a des arbres, quelques arbres, et c'est la grande particularité de cette région. C'est le Bled Thala, la «forêt de gommiers», comprenant, sur une vingtaine de kilomètres, un arbre environ tous les cinquante mètres; mais, après cette traversée de pays calciné, cette verdure discrète—oh! combien!—est infiniment reposante pour la vue et pour les nerfs. Entre cette chaîne de montagnes brûlées et cet horizon étincelant, on lui sait gré de ne pas avoir, elle aussi, exagéré la note, et l'on n'en veut pas à cette «forêt» de n'être qu'une forêt relative.

Mais, pendant que le soleil baisse, nous marchons vers la tache rouge, qui est le toit en tuiles du bordj d'Aïn Cherchara, la «source des Cascades». Et maintenant, en me retournant, j'aperçois un spectacle véritablement merveilleux: la longue chaîne de montagnes dont je viens de contourner l'extrémité est, est fendue en deux, une brèche immense, pratiquée par un torrent auquel il ne manque actuellement que de l'eau, s'arrondit en un vaste cirque, et, sous la lumière encore vive de cette fin de journée de printemps saharien, à travers cette embrasure béante de l'avant-chaîne, teintée d'un jaune doré, la masse du Bou Hedma apparaît à l'arrière-plan, nuancée des tons les plus tendres, roses et bleus, gris de perle et lilas. Et toute cette féerie de lumière s'apaise et devient très douce, pendant que l'ombre s'épaissit sur la bande de verdure de l'oued Hadedj, sur la forêt de gommiers. Et avec la nuit, la paix profonde du bled tombe sur cette nature déserte, et l'on se sent vivre très agréablement.

LES SOURCES CHAUDES DE L'OUED HADEDJ SONT SULFUREUSES (page [568]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

J'arrive au bordj où mon convoi est déjà installé, et Amor Nefti en train de tourner patiemment devant un feu de fumerons un poulet étique embroché dans une épine de gommier; heureux de n'avoir pas à déplier les tentes, pour ce premier soir de route, je bénis le service des Travaux Publics tunisiens d'avoir bâti ce caravansérail sur cette piste écartée. L'endroit est fort bien choisi, et une source abondante permet d'y entreprendre des plantations; mais, quelque désert qu'il paraisse maintenant, il a été habité à une époque reculée. Un centre préhistorique (et par ce mot, il faut entendre que les tribus disparues qui l'ont établi n'ont laissé aucune trace dans l'histoire), existait au pied de la montagne, sur les deux rives de ce ravin, et jusqu'auprès d'une autre source, aujourd'hui presque éteinte, Aïn en Noua, que trois palmiers solitaires, égarés dans ces rochers, signalent de loin aux regards. Quelques «cromlechs», et de longues enceintes mégalithiques, bien visibles sur le sol, sont les seuls restes de cet habitat. Ces enceintes rectangulaires, précédées d'un étroit défilé qui en étranglait l'entrée, étaient probablement des parcs à troupeaux, et, à l'intérieur, de petites logettes, ménagées dans les angles ou le long des flancs, servaient de chambres ou de gourbis à la famille. J'interroge Salem, qui chemine derrière moi en somnolant sur sa selle, et le force à s'apercevoir que ce sont là des constructions. Il en est aussi étonné que sa nature d'Arabe lui permet de l'être, c'est-à-dire médiocrement, et trouve tout de suite une explication qui satisfait complètement sa curiosité peu exigeante: «En nass mta bekri!, me dit-il: Les hommes d'autrefois!» Pour l'Arabe, même intelligent et suffisamment lettré, toute construction ancienne, qu'elle soit romaine, phénicienne, byzantine, vandale, berbère ou espagnole, a pour auteurs les «nass mta bekri» ou les «djahela», les «idolâtres».

Par la coupure de l'oued Cherchara, j'ai tenté de pénétrer dans l'intérieur de la montagne, et de remonter le cours du torrent qui chemine au fond d'un étroit corridor entre ces deux chaînes si curieuses par leur parallélisme absolu. Abdallah prétend qu'on ne peut y passer, mais je suis sûr que ce «chamotier», comme l'appelle Salem, qui se pique de parler français, n'en sait rien.

À l'entrée des gorges, j'aperçois un Arabe qui lave ses guenilles; complètement nu, il a l'air d'un anthropoïde préhistorique; chacun de nous, à tour de rôle, lui demande des renseignements; il pousse des grognements, mais ne répond rien; je finis par deviner qu'il est sourd-muet. Mes animaux, l'un après l'autre, chavirent dans les rochers, ou s'enlisent dans d'épais bourbiers, cachés dans une forêt de roseaux; je dois leur faire rebrousser chemin, et, pour gagner la source d'eau chaude de l'oued Hadedj, prendre au sud de la chaîne.

À travers un steppe de cailloux, où de rares jujubiers ont eu l'invraisemblable énergie de pousser leurs boules d'épines, je chemine toute la matinée.

Dans les bas-fonds où quelque peu de terre végétale a résisté aux vents et aux ravinements, des traces de ruines romaines, des citernes détruites ou comblées; à distance, des bandes de gazelles qui partent; des outardes; enfin, de temps en temps, la forêt de gommiers qui se révèle par un arbre. Grêle, armé d'épines féroces, bois sans verdure et sans ombre, le gommier, cousin de l'acacia, est bien l'arbre rébarbatif qui convient à cette nature inhospitalière et avare.

Sorti d'une étroite crevasse de la montagne, l'oued Hadedj, dès son entrée dans la plaine, creuse une profonde rigole, aux parois à pic. On arrive dessus sans l'apercevoir, et c'est une joie pour les yeux que ce long serpent de verdure qui se déroule souterrainement, ces corbeilles de roseaux et de lauriers qui s'étouffent à l'envi sur des eaux invisibles. Et tout de suite, sur cette mince largeur d'une centaine de mètres, c'est la vie qui grouille, des troupeaux de chèvres et de moutons, qui boivent, bêlent et barbotent.

On se demande, après la traversée de ce steppe vide, d'où tout cela sort, et dans quel néant cela va disparaître.

Une fois descendu dans son lit, je m'aperçois que cet oued si charmant est un bourbier qui sue la fièvre, et où grouillent les sangsues dans des mares aux reflets cuivrés. Je le remonte pour gagner les sources; mais, peu à peu, le ravin se rétrécit, s'encombre de rochers: impossible d'y circuler.

Heureusement nous découvrons un Arabe: c'est un homme de Mech, petit village à une quinzaine de kilomètres de là, dans la montagne. Comme les gens de Mech n'ont pas d'eau, celui-ci vient laver sa chemise et sa peau, et monte aux sources d'eau chaude. Nous suivons ce blanchisseur à cheval dans un dédale de roches, par des crevasses et des éboulis où il est impossible de distinguer la moindre trace de sentier, et nous arrivons enfin à une terrasse où pousse une forêt..... de six gommiers, sorte de presqu'île en vraie terre, enserrée dans un cirque de rochers, dominant une vasque d'eau claire alimentée par de petites cascades murmurantes qu'ombragent des masses de feuillage. Les eaux sont tièdes, et leur température a développé une végétation luxuriante; il pousse des capillaires et des palmiers même sur les rochers. Des bosquets de lauriers encombrent les crevasses de l'oued, et leurs innombrables fleurs, épanouies en ce moment, piquent dans ces verdures sombres des étoiles roses tremblotantes; au-dessous, ce sont des refuges d'ombre épaisse; par places, des gerbes de roseaux lancent dans l'air bleu leurs plumets grêles; et, sous la grosse lumière, toutes ces nuances de vert et de rose, dans ce cadre de rochers dorés, forment une très douce harmonie de couleurs.

L'OUED HADEDJ, D'ASPECT SI CHARMANT, EST UN BOURBIER QUI SUE LA FIÈVRE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Je ne sais comment les chameaux s'en tireront pour amener jusqu'ici leurs chargements, mais c'est dans ce coin d'Eden qu'on dressera les tentes.

Toute médaille a son revers: ces eaux si limpides, d'une transparence azurée, sont abominablement sulfureuses, et, chauffées à ébullition, dégagent une immonde odeur d'œuf pourri. Je ne puis avaler la soupe, à l'eau d'Enghien, que m'a pourtant si soigneusement confectionnée Nefti, et la poule qui a mijoté dans le bouillon, semble sortir d'un bain de Barèges. Je suis réduit à dîner de sardines et de confitures, et je m'endors au chant des grenouilles.

Aussi, dès le grand matin, nous plions bagage, et le soleil, à son lever, nous aperçoit en train de festonner à travers les rochers de l'oued, pour gagner Bir Saad, où je veux coucher ce soir.

LE CIRQUE DU BOU HEDMA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Ce pays est fait de contrastes: des régions les plus désolées, on passe subitement, sans transition, dans des zones très riches; des déserts du Sinaï, à la terre de Chanaan. La plaine des Oulad Bon Saad est couverte, à l'infini, de blés et d'orges mûrs, il n'y a plus de sentiers, plus de pistes, et la circulation y est aussi difficile,—d'une autre façon—que dans la «hamada» que je quitte.

Les Oulad bou Saad font la moisson, et, de distance en distance, des groupes de tentes semblent avoir poussé au milieu des blés.

De très loin, par cette lumière intense, j'aperçois une petite coupole blanche, dont le dôme, abrité sous un groupe de gommiers, semble flotter au-dessus de la mer immobile d'épis; et, pendant des heures, je me dirige vers lui: c'est un marabout, construit au bord même de l'oued; celui-ci, avec son lit très large, plat et encombré de cailloux, ne fait qu'une ride insignifiante au milieu de cette plaine infinie qu'il traverse dans toute sa longueur. Je veux entrer à l'intérieur, pour m'y mettre à l'ombre et y déjeuner; des cris perçants sortent de derrière le tombeau du saint patron: ce sont des femmes, il y en a au moins une dizaine, serrées en tas dans le coin le plus sombre. J'essaie de les apprivoiser par d'aimables paroles, puis—argument supérieur—par des sous que je leur jette. Les voilà calmées. Ce sont du reste, presque toutes, d'horribles mégères, veuves de leurs dents et de leurs cheveux, ceux-ci remplacés par des paquets d'étoupe jaune.

«Ce n'était pas la peine, leur dis-je, de faire tant de vacarme; vous savez bien que vous n'avez plus rien à craindre!»

Elles se fâchent, et je suis obligé de leur donner quelques sous de plus, tandis que Salem, jovial, leur débite des galanteries douteuses. Il en profite, du reste, pour faire tenir les chevaux par une de ces dames, et entrer derrière moi.

«Qu'est-ce que vous faites là-dedans, ô femmes!... vos prières?»

Elles sont venues, profitant de la moisson, pour amener une vieille infirme que l'influence du saint va guérir, bien sûr, de sa paralysie; et, par la même occasion, elles castrent des agneaux et des chevreaux qui seront ainsi sous la protection du marabout et engraisseront plus vite.

Je m'assois au milieu de ces nymphes, et tout en déjeunant, leur distribue quelques bribes de pain, et des sardines, et la boîte vide avec un peu d'huile au fond; elles se disputent l'huile d'abord, la boîte ensuite; la causerie devient familière, et tout mon pain y passe, au grand déplaisir de Salem, habitué à compter sur cet appoint à son déjeuner.

«Comment s'appelle-t-il, le marabout? dis-je en remontant à cheval, pendant que toutes les femmes se pressent jusqu'à la porte, touchant mes vêtements, mes chaussures, mes gants, avec une curiosité indiscrète, mais bien drôle.

—Sidi haoua el oued! (Monseigneur voici la rivière!).

—Mais ce n'est pas un nom, ça!

—Si, c'est un nom! parce que le marabout indique bien le lit de la rivière, qui, sans cela, dans la plaine, serait bien difficile à trouver.»

Singuliers saints musulmans, qui jouent dans le désert le rôle de poteaux indicateurs!

Enfin, Bir Saad, (le puits de Saad)!

Dans une vallée pierreuse et brûlée du soleil, ce bordj n'a que le mérite d'avoir le puits dans sa cour, et il n'y en a pas d'autre dans le pays. Aussi, est-ce une caravane permanente d'Arabes qui viennent, de très loin, avec leurs bourricots ou leurs chameaux, faire leur provision d'eau. Au moment où j'arrive, une famille d'Oulad bou Saad nomades est en train de se ravitailler: le père, debout sur la margelle du puits, et la mère, une duègne aux cheveux d'étoupe jaune, dirigent le travail et font plonger la «delou»; les filles, nièces et cousines, six jeunesses solides, attelées à une corde d'une trentaine de mètres, la tirent en courant, remontant la «delou» pleine, que les parents déversent dans une collection de peaux de bouc empilées près du puits. Les frères, les maris, les amants aussi de ces dames, assis par terre, les regardent travailler, en fumant élégamment des cigarettes. Et le spectacle ne manque pas de charme, car il fait très chaud, ces dames se sont mises à leur aise, et deux d'entre elles sont de fort beaux modèles. Je voudrais en faire la photographie, mais la présence de l'élément mâle de leur famille rend ces jeunes personnes farouches. Elles se dépêchent de charger les piles de «guerbas» pleines, sur de pauvres bourricots, qui, sous ce chargement poilu, ruisselant et étrange, perdent toute figure asine et ont l'air d'animaux fantastiques. Et tout ça disparaît à travers le bled.

Je me rattrape de mon insuccès avec une fillette qui vient toute seule, tirant par la figure un monumental chameau et portant à la main un pot plein de lait. Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'années, à la physionomie grimaçante de jeune guenon, à la démarche alerte, souple et décidée. Sans la moindre gêne, et tout en jouant avec les bijouteries arabes dont elle est garnie, elle me raconte que ses parents font la moisson entre Sidi haoua el oued et la montagne, à trois heures d'ici; elle apporte de l'orge à son cousin, qui est l' «assess» (gardien) du bordj, et elle remportera en échange des galettes au campement.

«Je te donnerai «noss frank» (une pièce de dix sous), Manoubia, pour faire ton portrait avec ton chameau.»

Cette petite bonne femme, qui, pour la première fois de sa vie, cause avec un étranger, a compris tout de suite, et, d'elle-même, s'appuie à son chameau, et prend la pose la plus naturelle, la plus paysanne du bled, avec son pot à la main et son pied en l'air; puis monte sur l'animal, s'allonge au milieu du chargement, étale ses jambes, cale ses pieds, arrange sa jupe de cotonnade, et disparaît aussitôt dans la plaine.

L'OUED HADEDJ SORT D'UNE ÉTROITE CREVASSE DE LA MONTAGNE (page [568]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Je pars de Bir Saad pour Sakket, le village des Oulad bou Saad sédentaires, des montagnards qui cultivent des jardins d'oliviers et de figuiers, et logent dans des maisons; leur montagne, tout allongée d'ouest en est, est formée d'une série de plissements successifs, et, pour y pénétrer, il faut traverser le «khrangat Touninn» (le défilé de Touninn). Le sentier de Bir Saad à Sakket semble venir se heurter contre un énorme rocher, d'une soixantaine de mètres de haut, à paroi verticale; de loin, je me demande où va passer la piste. Mais voici un chameau qui sort d'une crevasse de la roche, puis un deuxième, puis toute une caravane. Cette crevasse oblique, large à peine de 2 mètres à certains endroits, est le résultat du travail séculaire de l'oued Touninn, torrent aux eaux intermittentes, qui a dû d'abord s'y briser longtemps en cascades, avant d'en avoir fait un passage; les rustiques ingénieurs de la tribu ont complété le travail de l'oued en aménageant dans cette fissure, à même le lit du torrent, une grimpette en zigzag; les tournants en sont un peu brusques, les pierres glissantes, et il faut une certaine attention, lorsqu'on est à cheval, pour ne se briser ni le crâne ni les genoux contre les parois. Malgré ça, tout le trafic du pays y passe, chameaux, bourricots et gens, olives, figues, laines et grains; c'est la grande route de Sakket à el Aïacha, et, du reste, de tout le massif.

MANOUBIA EST UNE PETITE PAYSANNE D'UNE DOUZAINE D'ANNÉES (page [570]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Dans l'intérieur de la montagne, après le passage de cette barre de rochers, l'aspect change; le lit de l'oued et tous les petits ravins qui y affluent sont des jardins, oh! pas bien fertiles, car le terrain est fait de plus de cailloux que de terre, et pour empêcher celle-ci, tellement rare et précieuse, de profiter des pluies pour descendre dans la plaine, les gens ont aménagé ces ravins en biefs successifs, à l'aide de barrages en pierres qui épaulent les terres et les retiennent. Chacune de ces terrasses est plantée de quelques oliviers ou figuiers, assurés eux-mêmes par une cuirasse de pierres sèches qui les fixe à leur place.

UN PUITS DANS LE DÉFILÉ DE TOUNINN (page [572]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Dans le lit de l'oued, au milieu des rochers, un puits, Bir Touninn, et, naturellement, un grouillement de gens qui tirent de l'eau, et de troupeaux qui boivent, tableau biblique toujours amusant.

Sakket: un gros village, sur lequel on arrive sans s'y attendre; et, après la traversée de ces chaînes de rochers, une telle agglomération d'habitations est une surprise. C'est d'abord, dans un creux de montagnes, une petite corbeille de beaux oliviers, entourés de clôtures et de haies de cactus, et plus loin, le long du ravin de l'oued Sakket, un chaos de cases en pierres sèches et de terrasses en terre battue. Les quatre fractions des Ouled bou Saad sédentaires, réparties en quatre quartiers séparés par des tentatives de rues, chevauchent ainsi sur les deux rives de l'oued; une teinte générale de boue séchée est la note caractéristique de cette capitale, et les quelques coupoles blanchies à la chaux qui pointent au milieu de ces masures semblent détonner dans cette symphonie en jaune.

LE KSAR DE SAKKET ABRITE LES OULED BOU SAAD SÉDENTAIRES, QUI CULTIVENT OLIVIERS ET FIGUIERS.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Le village paraît abandonné, bien que les maisons soient ouvertes; mais elles le sont, d'abord parce qu'elles n'ont pas de portes, le bois étant rare, et ensuite parce qu'il n'y a rien à y voler. J'entre dans une de ces cases, personne! dans une autre, puis dans une troisième, personne! Enfin, je découvre un vieux, vautré comme un sac, dans le coin d'une cour; je l'appelle, il ne bouge pas; je le secoue, il se dresse, pris d'épouvante. Je lui demande le chemin de Bou Hamram, «ksar» voisin; il pousse des cris inarticulés! C'est encore un sourd-muet! Une fois rassuré par une pièce de deux sous, il me mène dans une autre maison, au bout du village, et là, je trouve un autre Ouled bou Saad; celui-ci n'a qu'un bras! C'est la Cour des Miracles, ici! Le sourd-muet se sauve et me laisse avec le manchot, qui m'explique que tout le monde est à la moisson, dans la plaine, hommes, femmes et enfants; il ne reste dans le village que ces deux représentants de la tribu, comme «assess» (gardiens). Cet infirme est intelligent, et même lettré; il est «khrodja» (secrétaire) du cheikh; je cause longuement avec lui, et il m'apprend sur sa tribu des choses intéressantes. D'après ses histoires, je crois que les Ouled bou Saad sont un mélange de Berbères et d'Arabes: un petit groupe de Berbères autochtones habitait primitivement le djebel Biada et le Bou Hedma, et ce furent les fondateurs des villages troglodytes dont on trouve les restes dans toute cette montagne, des «ksour» ruinés bâtis à la manière kabyle sur les sommets rocheux, et peut-être aussi de ces enceintes mégalithiques dont j'ai parlé. Ces Berbères primitifs, refoulés par les invasions musulmanes, abandonnèrent Biada et Bou Hedma et se réfugièrent dans cette partie de la chaîne, plus difficile d'accès. Des transfuges arabes, gens qui avaient commis quelque crime dans leur tribu, vinrent s'abriter auprès d'eux, et firent souche des diverses fractions arabes qui, peu à peu, s'amalgamèrent en une même confédération, avec le noyau primitif, et ont, en collaboration, fondé ce village de Sakket. Des Berbères, ces gens ont conservé les habitudes d'isolement, d'indifférence religieuse, et même d'idolâtrie, car le culte musulman s'entremêle chez eux, paraît-il, à un superstitieux souvenir pour des divinités qui répondent aux noms très variés de Fonda, d'Amzor, d'Okcha, etc., et ne sont assurément classées dans aucun panthéon.

DE TEMPS EN TEMPS LA FORÊT DE GOMMIERS SE RÉVÈLE PAR UN ARBRE (page [568]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

À part les années de belle récolte, comme celle-ci, les Oulad bou Saad sont de pauvres gens. Ils se livrent à la fabrication du goudron avec le bois des thuyas de leurs montagnes, et leurs femmes tissent de grossiers burnous, car leurs troupeaux donnent environ 9 000 kilogrammes de laine par an. Peu commerçants, et peu désireux de voir les étrangers pénétrer dans leurs rochers, ils portent leurs produits, même leur huile, à Gafsa ou au Kef, et n'ont pas de marché dans la tribu.

De Sakket à Sened, on remonte l'oued Kebir, le fleuve des Oulad Bou Saad, qui forme cette belle plaine si riche en céréales; mais ici, jusqu'à sa tête, dans les rochers du Kef Biada, c'est un abîme profond. Et il est à croire que les gens de Sakket, désireux de ne pas être dérangés chez eux, ont mis tous leurs soins à rendre leur sentier aussi dangereux que possible: tournants brusques sur le vide du ravin, longues strates glissantes, roches en escalier, rien n'a été oublié pour essayer de casser les jambes des chevaux et les reins des cavaliers. L'énorme masse d'El Biada (la Blanche) se détache, isolée, entre deux échancrures de la muraille de montagnes; j'y grimpe par ce sentier de chèvres; au sommet, couronnant une plate-forme triangulaire, une citadelle berbère, très ruinée; en bas de la roche, deux marabouts. De toutes parts, des escarpements et des précipices.

Dans ce désert, je ne rencontre qu'un Arabe, poussant à coups de trique un misérable bourricot surmonté d'un chargement informe et ballottant; vu de près, ce paquet mal équilibré est la femme de ce touriste. Nous nous arrêtons pour faire le bout de causette obligatoire, et je m'apprête à lui demander des renseignements sur le chemin et les points d'eau; mais il me prévient en me posant lui-même la question que je préparais. «D'où sors-tu donc?» lui dis-je.

Le pauvre homme est un oukil (intendant) des Kadriya (secte religieuse de Sidi Abd el-Kader et Djilani, de Bagdad); il vient de Tebessa faire la tournée des ouailles de la secte pour tâcher d'en tirer quelques offrandes.—«Et comment vont les affaires? donnent-ils beaucoup aux marabouts, tous ces «kbaïls»?»

Il répond évasivement, mais son équipage ne semble pas indiquer une situation financière bien florissante.

Une coupure brusque dans la montagne, découvre tout d'un coup l'immense plaine de Maknassi, et, sur les sommets qui commandent ce «khrangat», deux citadelles berbères se font face; mais elles sont en ruine. Abandonnées aussi, les crevasses de roches où habitaient autrefois les gens de Sened, qui ont pratiqué longtemps le troglodytisme! Les nouveaux villages des Senedi et des Nassri s'étagent actuellement sur les deux rives du ravin.

Je ne trouve, ici non plus, âme qui vive en ces tanières. Ainsi que leurs voisins de Sakket, les Senedi et les Nassri sont à la moisson, et je continue mon chemin en suivant, entre les montagnes, un véritable corridor, jusqu'aux Ogla Zagoufta, où j'arrive au coucher du soleil. Perdus dans un paysage sinistre, ces puits saumâtres, sulfureux, chargés de tous les détritus organiques que les pluies ont entraînés dans le ravin, sont les seuls points d'eau de cette région terriblement assoiffée.

Dès le grand matin, je suis réveillé dans mon sévère campement par des voix de femmes. Ce sont des pauvresses qui arrachent l'halfa dont ces montagnes sont une inépuisable mine. La vie mi-sédentaire mi-nomade des bourgeois de tous ces villages s'agrémente du métier d'arracheur d'halfa. Quand l'un d'entre eux a besoin d'argent de poche, il se fait halfatier, et, peut, en travaillant bien, arracher de 100 à 150 kilogrammes d'halfa dans la journée; il transporte sa récolte à Maknassi, station du chemin de fer à quelques heures d'ici, où se tient le marché de cette graminée, et la «Compagnie Anglaise» lui achète de trois à cinq francs la charge de 100 kilogrammes.

La plupart du temps, l'Ouled bou Saad est doublé d'une femme, parfois de plusieurs; il les fait travailler à l'arrachage, les regarde faire, et se contente de charger le chameau et d'aller vendre l'halfa. Il garde l'argent. Et cela lui permet, avec le produit de quelques jours de travail, de se rendre à Sfax ou à Gafsa—à pied, bien entendu,—de s'y procurer les objets qui lui sont nécessaires; de faire la noce, ce qui, pour lui, consiste à voir danser les femmes les plus horribles, au son d'une musique sauvage, en buvant des tasses de café bourbeux, et enfin de rapporter à la sienne, s'il est un bon mari, un bijou faux quelconque, que l'orfèvre juif lui a garanti «vrai argent».

Ce matin, par la lumière blonde, très douce, ce bled de Zagoufta paraît moins rébarbatif, et, sorti des gorges de ce torrent sans eau, j'entre dans la vallée de l'oued Terli: de jolies petites plaines jalonnées de «betoums» (pistachiers térébinthes) qui s'habillent en ce moment d'un feuillage printanier. Cette vallée a dû être, autrefois, très cultivée, fertile en céréales et en oliviers; les ruines romaines, les citernes, les postes fortifiés échelonnés de distance en distance, en sont une preuve. Je retrouve même, au centre d'un groupe important de fermes détruites, et de pressoirs à huile, les restes très distincts d'une basilique chrétienne. Il y eut ici un centre agricole important de populations sédentaires et civilisées, qui subsista vraisemblablement jusqu'aux premières invasions musulmanes. Les Arabes appellent ces ruines «ksar el hadid» (le château du fer), à cause des pierres calcinées amalgamées de fer fondu qui couvrent le sol.

Mech: une surprise! je pensais trouver un village, je n'en vois pas; il n'apparaît, à perte de vue, qu'un marabout, encore est-il bien «meskine», et à moitié démoli. Je croyais trouver un puits, il n'y en a pas!

Mais il y a, au milieu de la plaine brûlée par le soleil, une grosse tache d'un vert sombre, que j'aperçois depuis très loin, et qui est un verger d'oliviers touffus, superbes.

Il est midi et demi, et le soleil tape furieusement, la plaine jaune en paraît rouge, avec des ondes vibrantes de chaleur, qui montent du sol. Je me précipite sous les oliviers, c'est une véritable voûte de fraîcheur, sous laquelle je passe mon après-midi, vautré par terre, sans oser affronter de nouveau l'enfer extérieur.

LE VILLAGE DE MECH; DANS L'ARRIÈRE-PLAN, LE BOU HEDMA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Dans la soirée, Salem et Nefti vont faire boire les animaux et chercher de l'eau; c'est un voyage, le puits le plus proche étant fort loin. Ils en ramènent un indigène, un des notables du pays, qui apporte des poules, une jarre de lait et des galettes. Il me révèle que le village est tout près de mon campement, à moins d'un mille arabe. L'endroit est si agréable, sous ces frais oliviers, que je décide d'y rester encore demain. J'irai voir ce village.

«Comment se fait-il qu'on ne l'aperçoive de nulle part? dis-je au mechachi.

—Mais il n'est pas nécessaire que tous les gens qui passent dans la plaine voient nos maisons! Nous, nous savons où elles sont, ça suffit!» Si Ahmar est un paysan intelligent, il remplace le cheikh et se met à ma disposition. Il est rusé et canaille sans excès, l'appât d'un «bachchich» stimule son zèle, mais il cherche manifestement à en augmenter le taux.

LE KHRANGAT TOUNINN (DÉFILÉ DE TOUNINN), QUE TRAVERSE LE CHEMIN DE BIR SAAD À SAKKET (page [570]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

«Demain, dit-il en s'en allant, je prendrai mon fusil et je tuerai un lièvre avant de venir te chercher.»

Et le lendemain matin il arrive avec son fusil, mais il a raté le lièvre et n'a plus de poudre. Il sait bien que je lui en donnerai, c'est toujours cela de gagné pour lui!

«Nous sommes en moisson, j'ai travaillé dès avant le lever du jour; mais comme je tenais à venir de bonne heure, j'ai donné quelque chose à un homme du douar pour me remplacer au travail!» Je comprends, mais ne veux pas lui faire le plaisir d'accuser le coup.

Nous grimpons le long de la montagne par un sentier de chèvres, perdu sous la broussaille; le soleil est dur, mais la chaleur bonne et sèche. Le paletot de Si Ahmar ne le gêne pas, car il est tout nu, ayant roulé sa chemise autour de ses reins; il a aussi passé son fusil sur son torse, «les lièvres ont trop chaud pour sortir, ils dorment!» Moi, je n'ai que ma chemise et un pantalon de toile, et Salem, pieds nus dans ses babouches, a aussi supprimé sa veste, trouvant l'appareil photographique suffisamment lourd à porter.

Nous arrivons au sommet, et j'aperçois enfin le village, si l'on peut donner ce nom à la réunion étrange de trous pratiqués le long de l'immense strate qui couronne toute cette chaîne et en forme l'arête; large à peine de quelques pieds, elle n'offre pas, sur toute sa longueur, un mètre carré de terrain horizontal, elle est le toit des maisons qui sont forées immédiatement au-dessous.

J'entre dans un de ces terriers; précédés par un petit mur en pierres sèches, qui en ferme l'entrée, ils sont, intérieurement, divisés en plusieurs pièces, a l'aide de fagots de broussailles. Il y fait très frais, et ces malins paysans viennent s'y bauger pendant les fortes chaleurs de l'été. Mais leur village est le rendez-vous des serpents de toute la contrée, car dans les éboulis de pierres qui constituent les pentes sud de la chaîne, ces montagnards ont constitué une véritable forêt de cactus, et dans ces plantations, retraites impénétrables et sûres, les reptiles sont au chaud et à l'abri, et leur sinistre élevage réussit à merveille.

Au tournant d'une maison, Si Ahmar fait un bond en arrière et se rabat sur moi, et j'aperçois un superbe serpent dressé à hauteur de sa poitrine nue; surpris, j'avais fait moi-même un écart vers Salem, qui fermait la marche; le serpent, effrayé lui aussi, en fait autant, et disparaît rapidement avant que l'Arabe ait le temps de sortir son fusil. «Je le connais, me dit-il, ce fils de chien: c'est celui qui, il y a deux mois, a mordu le «fils de mon oncle», et le pauvre garçon en est mort.»

À partir de ce moment, j'ai marché avec la plus grande circonspection dans les rues (?) de ce délicieux village, armé du pied de mon appareil photographique, que je brandissais en avant. «Il faudra, dit Si Ahmar, donner quelque chose au marabout, en descendant, car c'est lui qui nous a protégés!» Je comprends aussitôt l'invitation:

«Je te donnerai vingt sous de plus que le bachchich, et tu pourras les lui offrir, si tu veux!» Et, une fois arrivé en bas, aux quatre pauvres murs sans coupole qui constituent la chapelle de Sidi Abd el-Aziz Ahmraoui, je lui donne une pièce: «Tu peux la garder pour toi!» lui dis-je.

—Oh non! on ne vole pas le marabout!

Et je le vois déposer l'argent dans le plat en terre, à côté du tombeau, «L'«oukil» (intendant) la prendra.—Ou toi, lui dis-je en riant.

—Non, il n'y a pas de voleurs, à Mech! Et puis, on ne vole pas le marabout! les choses qu'il garde sont sacrées, et ce qui est mis sous sa protection ne peut être enlevé par personne. Tu peux lui donner mille francs en garde, et revenir l'an prochain, le marabout ne les laissera pas prendre.

—J'aime mieux ne pas essayer!

—Nous, nous laissons nos sacs d'orge, après la récolte, autour de son tombeau, et nous allons ensuite au nord du Cegueded, et nous ne mettons pas «d'assess», et jamais il ne manque un grain.»

Si Ahmar voit à ma figure que je reste incrédule: «Eh bien, me dit-il, puisque tu ne me crois pas, je te dirai—si tu le permets sans te fâcher—ce qui s'est passé quand les Français (que le salut soit sur eux!) sont venus dans le pays. Nos récoltes étaient dans les silos, autour du marabout, comme elles le seront dans quelques jours. Et un colonel, avec tous ses cavaliers, arriva pour prendre l'orge, la mit dans des» ghrara», fit charger les «ghrara» sur les chameaux, et les hommes remontèrent à cheval; mais, quand il voulut repartir, les chameaux ne purent se lever, et les chevaux refusèrent d'avancer, parce que le marabout ne le permettait pas. Il fallut remettre l'orge dans les silos, et les Français s'en sont allés sans avoir pu la prendre.

—Tu l'as vu?

—Non, mais mon père l'a vu; et je te jure sur sa tête et sur la mienne, et sur le Prophète, que c'est ainsi arrivé.»

Je ne discutai pas davantage ce miracle.

Quelque temps plus tard, feuilletant dans des archives de Bureau arabe les historiques des tribus tunisiennes, mes yeux tombèrent sur le fait suivant: «Le 25 octobre 1882, M. le colonel Quinemant, campé à l'oued Hadedj, ayant reçu l'ordre de réquisitionner de l'orge, envoya un convoi de vingt-cinq chameaux à Mech pour prendre les réserves de cette tribu, qui étaient encore ensilotées auprès de la koubba de Sidi Abd el-Aziz. Les chameaux étaient chargés, et la colonne allait repartir pour Hadedj lorsqu'un nouvel ordre arriva, notifiant de rendre leur grain aux gens de Mech, dont les notables venaient d'apporter la soumission à l'autorité française».

Histoire et légende!.....

Ch. Maumené.

LE PUITS DE BORDJ SAAD (page [570]).—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES GRAVURES ET CARTES

L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL

En «rickshaw» sur la route du mont Abou. (D'après une photographie.) 1

L'éléphant du touriste à Djaïpour. 1

Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns du mont Abou. (D'après une photographie.) 2

Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi. (Dessin de Massias, d'après une photographie.) 3

Les «Karévas» ou plateaux alluviaux formés par les érosions du Djhilam. (D'après une photographie.) 4

«Ekkas» et «Tongas» sur la route du Kachmir: vue prise au relais de Rampour. (D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 5

Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam à Ouri. (D'après une photographie.) 6

Shèr-Garhi ou la «Maison du Lion», palais du Maharadja à Srinagar. (Photographie Bourne et Sheperd, à Calcutta.) 7

L'entrée du Tchinar-Bagh, ou Bois des Platanes, au-dessus de Srinagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 7

Ruines du temple de Brankoutri. (D'après une photographie.) 8

Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 9

Le quai de la Résidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 10

La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à Baramoula. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 11

Nos tentes à Lahore. (D'après une photographie.) 12

«Dounga» ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 13

Vichnou porté par Garouda, idole vénérée près du temple de Vidja-Broer (hauteur 1m 40.) 13

Enfants de bateliers jouant à cache-cache dans le creux d'un vieux platane. (D'après une photographie.) 14

Batelières du Kachmir décortiquant du riz, près d'une rangée de peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 15

Campement près de Palhallan: tentes et doungas. (D'après une photographie.) 16

Troisième pont de Srinagar et mosquée de Shah Hamadan; au fond, le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 17

Le temple inondé de Pandrethan. (D'après une photographie.) 18

Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 19

Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthan. (D'après une photographie.) 20

Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 21

Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din, à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 22

Le temple de Panyech: à gauche, un brahmane; à droite, un musulman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 23

Temple hindou moderne à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 24

Brahmanes en visite au Naga ou source sacrée de Valtongou. (D'après une photographie.) 25

Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosquée, à Houtamourou, près de Bhavan. 25

Temple ruiné, à Khotair. (D'après une photographie.) 26

Naga ou source sacrée de Kothair. (D'après une photographie.) 27

Ver-Nag: le bungalow au-dessus de la source. (D'après une photographie.) 28

Temple rustique de Voutanar. (D'après une photographie.) 29

Autel du temple de Voutanar et accessoires du culte. (D'après une photographie.) 30

Noce musulmane, à Rozlou: les musiciens et le fiancé. (D'après une photographie.) 31

Sacrifice bhramanique, à Bhavan. (D'après une photographie.) 31

Intérieur de temple de Martand: le repos des coolies employés au déblaiement. (D'après une photographie.) 32

Ruines de Martand: façade postérieure et vue latérale du temple. (D'après des photographies.) 33

Place du campement sous les platanes, à Bhavan. (D'après une photographie.) 34

La Ziarat de Zaïn-oud-Din, à Eichmakam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 35

Naga ou source sacrée de Brar, entre Bhavan et Eichmakar. (D'après une photographie.) 36

Maisons de bois, à Palgam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 37

Palanquin et porteurs. 37

Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche miraculeuse. (D'après une photographie.) 38

Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la vallée du Lidar au-dessus de Palgam, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 39

Vallée d'Amarnath: vue prise de la grotte. (D'après une photographie.) 40

Pondjtarni et le camp des pèlerins: au fond, la passe du Mahagounas. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 41

Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et Zodji-Pal. (D'après une photographie.) 42

Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac Çecra-Nag. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43

Grotte d'Amarnath. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43

Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'après une photographie.) 44

Campement de Goudjars à Astan-Marg. (D'après une photographie.) 45

Le bain des pèlerins à Amarnath. (D'après une photographie.) 46

Pèlerins d'Amarnath: le Sadhou de Patiala; par derrière, des brahmanes, et à droite, des musulmans du Kachmir. (D'après une photographie.) 47

Mosquée de village au Kachmir. (D'après une photographie.) 48

Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 49

Mendiant musulman. (D'après une photographie.) 49

Le Brahma Sar et le camp des pèlerins au pied de l'Haramouk. (D'après une photographie.) 50

Lac Gangabal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 51

Le Noun-Kol, au pied de l'Haramouk, et le bain des pèlerins. (D'après une photographie.) 52

Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs «houkas» (pipes) et leur «hangri» (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 53

Temples ruinés à Vangath. (D'après une photographie.) 54

«Mêla» ou foire religieuse à Hazarat-Bal. (En haut, photographie par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 55

La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srinagar. (D'après une photographie.) 56

Nishat-Bagh et le bord oriental du lac de Srinagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 57

Le canal de Mar à Sridagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 58

La mosquée de Shah Hamadan à Srinagar (rive droite). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 59

Spécimens de l'art du Kachmir. (D'après une photographie.) 60

SOUVENIRS DE LA CÔTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.

La barre de Grand-Bassam nécessite un grand déploiement de force pour la mise à l'eau d'une pirogue. (D'après une photographie.) 61

Le féminisme à Adokoï: un médecin concurrent de l'auteur. (D'après une photographie.) 61

«Travail et Maternité» ou «Comment vivent les femmes de Petit-Alépé». (D'après une photographie.) 62

À Motéso: soins maternels. (D'après une photographie.) 63

Installation de notre campement dans une clairière débroussaillée. (D'après une photographie.) 64

Environs de Grand-Alépé: des hangars dans une palmeraie, et une douzaine de grands mortiers destinés à la préparation de l'huile de palme. (D'après une photographie.) 65

Dans le sentier étroit, montant, il faut marcher en file indienne. (D'après une photographie.) 66

Nous utilisons le fût renversé d'un arbre pour traverser la Mé. (D'après une photographie.) 67

La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'après une photographie.) 68

Indigènes coupant un acajou. (D'après une photographie.) 69

La côte d'Ivoire. — Le pays Attié. 70

Ce fut un sauve-qui-peut général quand je braquai sur les indigènes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lavée, d'après une photographie.) 71

La rue principale de Grand-Alépé. (D'après une photographie.) 72

Les Trois Graces de Mopé (pays Attié). (D'après une photographie.) 73

Femme du pays Attié portant son enfant en groupe. (D'après une photographie.) 73