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LE TOUR DU MONDE
PARIS
IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
20, rue du Dragon, 20
NOUVELLE SÉRIE—11e ANNÉE 2e SEMESTRE
LE TOUR DU MONDE
JOURNAL
DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS
Le Tour du Monde
a été fondé par Édouard Charton
en 1860
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
1905
Droits de traduction et de reproduction réservés.
TABLE DES MATIÈRES
L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL
I. De Paris à Srinagar. — Un guide pratique. — De Bombay à Lahore. — Premiers préparatifs. — En tonga de Rawal-Pindi à Srinagar. — Les Kachmiris et les maîtres du Kachmir. — Retour à la vie nomade. 1
II. La «Vallée heureuse» en dounga. — Bateliers et batelières. — De Baramoula à Srinagar. — La capitale du Kachmir. — Un peu d'économie politique. — En amont de Srinagar. 13
III. Sous la tente. — Les petites vallées du Sud-Est. — Histoires de voleurs et contes de fées. — Les ruines de Martand. — De Brahmanes en Moullas. 25
IV. Le pèlerinage d'Amarnath. — La vallée du Lidar. — Les pèlerins de l'Inde. — Vers les cimes. — La grotte sacrée. — En dholi. — Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37
V. Le pèlerinage de l'Haramouk. — Alpinisme funèbre et hydrothérapie religieuse. — Les temples de Vangâth. — Frissons d'automne. — Les adieux à Srinagar. 49
SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.
I. Voyage dans la brousse. — En file indienne. — Motéso. — La route dans un ruisseau. — Denguéra. — Kodioso. — Villes et villages abandonnés. — Où est donc Bettié? — Arrivée à Dioubasso. 61
II. Dans le territoire de Mopé. — Coutumes du pays. — La mort d'un prince héritier. — L'épreuve du poison. — De Mopé à Bettié. — Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. — Retour à Petit-Alépé. 73
III. Rapports et résultats de la mission. — Valeur économique de la côte d'Ivoire. — Richesse de la flore. — Supériorité de la faune. 85
IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. — Deuils nombreux. — Retour en France. 90
L'ÎLE D'ELBE
Par M. PAUL GRUYER
I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. — Deux mots d'histoire. — Débarquement à Porto-Ferraio. — Une ville d'opéra. — La «teste di Napoleone» et le Palais impérial. — La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. — Offre à Napoléon III, après Sedan. — La bibliothèque de l'Empereur. — Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. — Un enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules blanches. Dans la paix des limbes. — Les différentes routes de l'île. 97
II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. — Soir tempétueux et morne tristesse. — L'ascension du Monte Giove. — Un village dans les nuées. — L'Ermitage de la Madone et la «Sedia di Napoleone». — Le vieux gardien de l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. — La côte orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. — La gorge de Monserrat. — Rio 1 Marina et le monde du fer. 109
III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. — Installation aux Mulini. — L'Empereur à la gorge de Monserrat. — San Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et le miroir de la Vérité. — L'Empereur transporte ses pénates sur le Monte Giove. — Elbe perdue pour la France. — L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. — Où il faut chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de la signorina Squarci. — L'église de l'archiconfrérie du Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les broderies de soie des Mulini. — Le vieil aveugle de Porto-Ferraio. 121
D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE
Par M. VICTOR CHAPOT
membre de l'École française d'Athènes.
I. — Alexandrette et la montée de Beïlan. — Antioche et l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. — La route d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. — Premier aperçu d'Alep. 133
II. — Ma caravane. — Village d'Yazides. — Nisib. — Première rencontre avec l'Euphrate. — Biredjik. — Souvenirs des Hétéens. — Excursion à Resapha. — Comment atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? — Enfin à Orfa! 145
III. — Séjour à Orfa. — Samosate. — Vallée accidentée de l'Euphrate. — Roum-Kaleh et Aïntab. — Court repos à Alep. — Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. — Huit jours trappiste! — Conclusion pessimiste. 157
LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES
Par M. RAYMOND BEL
À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou Australie? Le condominium anglo-français de 1887. — L'œuvre de M. Higginson. — Situation actuelle des îles. — L'influence anglo-australienne. — Les ressources des Nouvelles-Hébrides. — Leur avenir. 169
LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE
Par M. ALBERT THOMAS
I. — Moscou. — Une déception. — Le Kreml, acropole sacrée. — Les églises, les palais: deux époques. 182
II. — Moscou, la ville et les faubourgs. — La bourgeoisie moscovite. — Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le Kreml et la ville. 193
III. — La foire de Nijni: marchandises et marchands. — L'œuvre du commerce. — Sur la Volga. — À bord du Sviatoslav. — Une visite à Kazan. — La «sainte mère Volga». 205
IV. — De Samara à Tomsk. — La vie du train. — Les passagers et l'équipage: les soirées. — Dans le steppe: l'effort des hommes. — Les émigrants. 217
V. — Tomsk. — La mêlée des races. — Anciens et nouveaux fonctionnaires. — L'Université de Tomsk. — Le rôle de l'État dans l'œuvre de colonisation. 229
VI. — Heures de retour. — Dans l'Oural. — La Grande-Russie. — Conclusion. 241
LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES
Par M. GERSPACH
La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. — Un peu d'histoire et de géographie. — La cathédrale de Saint-Laurent. — L'église Sainte-Marie-des-Anges. — Lugano, la ville des fresques. — L'œuvre du Luini. — Procédés employés pour le transfert des fresques. 253
SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE
Par M. ÉMILE DESCHAMPS
I. — Woo-Sung. — Au débarcadère. — La Concession française. — La Cité chinoise. — Retour à notre concession. — La police municipale et la prison. — La cangue et le bambou. — Les exécutions. — Le corps de volontaires. — Émeutes. — Les conseils municipaux. 265
II. — L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. — Pharmacie chinoise. — Le camp de Kou-ka-za. — La fumerie d'opium. — Le charnier des enfants trouvés. — Le fournisseur des ombres. — La concession internationale. — Jardin chinois. — Le Bund. — La pagode de Long-hoa. — Fou-tchéou-road. — Statistique. 277
L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS
Par M. BARGY
Le problème de la civilisation des nègres. — L'Institut Hampton, en Virginie. — La vie de Booker T. Washington. — L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. — Conciliateurs et agitateurs. — Le vote des nègres et la casuistique de la Constitution. [289]
À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE
Par le Major PERCY MOLESWORTH SYKES
Consul général de S. M. Britannique au Khorassan.
I. — Arrivée à Astrabad. — Ancienne importance de la ville. — Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les Collines Noires. — Le Khorassan. — Mechhed: sa mosquée; son commerce. — Le désert de Lout. — Sur la route de Kirman. 301
II. — La province de Kirman. — Géographie: la flore, la faune; l'administration, l'armée. — Histoire: invasions et dévastations. — La ville de Kirman, capitale de la province. — Une saison sur le plateau de Sardou. 313
III. — En Baloutchistan. — Le Makran: la côte du golfe Arabique. — Histoire et géographie du Makran. — Le Sarhad. 325
IV. — Délimitation à la frontière perso-baloutche. — De Kirman à la ville-frontière de Kouak. — La Commission de délimitation. — Question de préséance. — L'œuvre de la Commission. — De Kouak à Kélat. 337
V. — Le Seistan: son histoire. — Le delta du Helmand. — Comparaison du Seistan et de l'Égypte. — Excursions dans le Helmand. — Retour par Yezd à Kirman. 349
AUX RUINES D'ANGKOR
Par M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES
De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. — À la rame sur le Grand-Lac. — Les charrettes cambodgiennes. — Siem-Réap. — Le temple d'Angkor. — Angkor-Tom — Décadence de la civilisation khmer. — Rencontre du second roi du Cambodge. — Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. — Le palais de Norodom à Pnôm-penh. — Pourquoi la France ne devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361
EN ROUMANIE
Par M. Th. HEBBELYNCK
I. — De Budapest à Petrozeny. — Un mot d'histoire. — La vallée du Jiul. — Les Boyards et les Tziganes. — Le marché de Targu Jiul. — Le monastère de Tismana. 373
II. — Le monastère d'Horezu. — Excursion à Bistritza. — Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. — De Curtea de Arges à Campolung. — Défilé de Dimboviciora. 385
III. — Bucarest, aspect de la ville. — Les mines de sel de Slanic. — Les sources de pétrole de Doftana. — Sinaïa, promenade dans la forêt. — Busteni et le domaine de la Couronne. 397
CROQUIS HOLLANDAIS
Par M. Lud. GEORGES HAMÖN
Photographies de l'auteur.
I. — Une ville hollandaise. — Middelburg. — Les nuages. — Les boerin. — La maison. — L'éclusier. — Le marché. — Le village hollandais. — Zoutelande. — Les bons aubergistes. — Une soirée locale. — Les sabots des petits enfants. — La kermesse. — La piété du Hollandais. 410
II. — Rencontre sur la route. — Le beau cavalier. — Un déjeuner décevant. — Le père Kick. 421
III. — La terre hollandaise. — L'eau. — Les moulins. — La culture. — Les polders. — Les digues. — Origine de la Hollande. — Une nuit à Veere. — Wemeldingen. — Les cinq jeunes filles. — Flirt muet. — Le pochard. — La vie sur l'eau. 423
IV. — Le pêcheur hollandais. — Volendam. — La lessive. — Les marmots. — Les canards. — La pêche au hareng. — Le fils du pêcheur. — Une île singulière: Marken. — Au milieu des eaux. — Les maisons. — Les mœurs. — Les jeunes filles. — Perspective. — La tourbe et les tourbières. — Produit national. — Les tourbières hautes et basses. — Houille locale. 433
ABYDOS
dans les temps anciens et dans les temps modernes
Par M. E. AMELINEAU
Légende d'Osiris. — Histoire d'Abydos à travers les dynasties, à l'époque chrétienne. — Ses monuments et leur spoliation. — Ses habitants actuels et leurs mœurs. 445
VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES
Par M. JULES BROCHEREL
I. — De Tachkent à Prjevalsk. — La ville de Tachkent. — En tarentass. — Tchimkent. — Aoulié-Ata. — Tokmak. — Les gorges de Bouam. — Le lac Issik-Koul. — Prjevalsk. — Un chef kirghize. 457
II. — La vallée de Tomghent. — Un aoul kirghize. — La traversée du col de Tomghent. — Chevaux alpinistes. — Une vallée déserte. — Le Kizil-tao. — Le Saridjass. — Troupeaux de chevaux. — La vallée de Kachkateur. — En vue du Khan-Tengri. 469
III. — Sur le col de Tuz. — Rencontre d'antilopes. — La vallée d'Inghiltchik. — Le «tchiou mouz». — Un chef kirghize. — Les gorges d'Attiaïlo. — L'aoul d'Oustchiar. — Arrêtés par les rochers. 481
IV. — Vers l'aiguille d'Oustchiar. — L'aoul de Kaënde. — En vue du Khan-Tengri. — Le glacier de Kaënde. — Bloqués par la neige. — Nous songeons au retour. — Dans la vallée de l'Irtach. — Chez le kaltchè. — Cuisine de Kirghize. — Fin des travaux topographiques. — Un enterrement kirghize. 493
V. — L'heure du retour. — La vallée d'Irtach. — Nous retrouvons la douane. — Arrivée à Prjevalsk. — La dispersion. 505
VI. — Les Khirghizes. — L'origine de la race. — Kazaks et Khirghizes. — Le classement des Bourouts. — Le costume khirghize. — La yourte. — Mœurs et coutumes khirghizes. — Mariages khirghizes. — Conclusion. 507
L'ARCHIPEL DES FEROÉ
Par Mlle ANNA SEE
Première escale: Trangisvaag. — Thorshavn, capitale de l'Archipel; le port, la ville. — Un peu d'histoire. — La vie végétative des Feroïens. — La pêche aux dauphins. — La pêche aux baleines. — Excursions diverses à travers l'Archipel. 517
PONDICHÉRY
chef-lieu de l'Inde française
Par M. G. VERSCHUUR
Accès difficile de Pondichéry par mer. — Ville blanche et ville indienne. — Le palais du Gouvernement. — Les hôtels de nos colonies. — Enclaves anglaises. — La population; les enfants. — Architecture et religion. — Commerce. — L'avenir de Pondichéry. — Le marché. — Les écoles. — La fièvre de la politique. 529
UNE PEUPLADE MALGACHE
LES TANALA DE L'IKONGO
Par M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ
I. — Géographie et histoire de l'Ikongo. — Les Tanala. — Organisation sociale. Tribu, clan, famille. — Les lois. 541
II. — Religion et superstitions. — Culte des morts. — Devins et sorciers. — Le Sikidy. — La science. — Astrologie. — L'écriture. — L'art. — Le vêtement et la parure. — L'habitation. — La danse. — La musique. — La poésie. 553
LA RÉGION DU BOU HEDMA
(sud tunisien)
Par M. Ch. MAUMENÉ
Le chemin de fer Sfax-Gafsa. — Maharess. — Lella Mazouna. — La forêt de gommiers. — La source des Trois Palmiers. — Le Bou Hedma. — Un groupe mégalithique. — Renseignements indigènes. — L'oued Hadedj et ses sources chaudes. — La plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. — Bir Saad. — Manoubia. — Khrangat Touninn. — Sakket. — Sened. — Ogla Zagoufta. — La plaine et le village de Mech. — Sidi Abd el-Aziz. 565
DE TOLÈDE À GRENADE
Par Mme JANE DIEULAFOY
I. — L'aspect de la Castille. — Les troupeaux en transhumance. — La Mesta. — Le Tage et ses poètes. — La Cuesta del Carmel. — Le Cristo de la Luz. — La machine hydraulique de Jualino Turriano. — Le Zocodover. — Vieux palais et anciennes synagogues. — Les Juifs de Tolède. — Un souvenir de l'inondation du Tage. 577
II. — Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. — Les pupilles de l'évêque Siliceo. — Santo Tomé et l'œuvre du Greco. — La mosquée de Tolède et la reine Constance. — Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. — Ses transformations et adjonctions. — Souvenirs de las Navas. — Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique est son exécutrice testamentaire. — Ximénès. — Le rite mozarabe. — Alvaro de Luda. — Le porte-bannière d'Isabelle à la bataille de Toro. 589
III. — Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les chroniques. — San Juan de los Reyes. — L'hôpital de Santa Cruz. — Les Sœurs de Saint-Vincent de Paul. — Les portraits fameux de l'Université. — L'ange et la peste. — Sainte-Léocadie. — El Cristo de la Vega. — Le soleil couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601
IV. — Les «cigarrales». — Le pont San Martino et son architecte. — Dévouement conjugal. — L'inscription de l'Hôtel de Ville. — Cordoue, l'Athènes de l'Occident. — Sa mosquée. — Ses fils les plus illustres. — Gonzalve de Cordoue. — Les comptes du Gran Capitan. — Juan de Mena. — Doña Maria de Parèdes. — L'industrie des cuirs repoussés et dorés. 613
TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.—25e LIV. No 25.—24 Juin 1905.
L'ÉCOLE MATERNELLE DE HAMPTON ACCUEILLE ET OCCUPE LES NÉGRILLONS DES DEUX SEXES.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS
Par M. BARGY.
Le problème de la civilisation des nègres. — L'institut Hampton, en Virginie. — La vie de Booker T. Washington. — L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. — Conciliateurs et agitateurs. — Le vote des nègres et la casuistique de la Constitution.
INSTITUT HAMPTON: COURS DE TRAVAIL MANUEL.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
La démocratie américaine a à résoudre, comme la démocratie française, le problème de la civilisation des nègres. Mais aux États-Unis, les nègres ne sont pas sujets, ils sont citoyens. Ils forment le huitième des électeurs. La population noire des États-Unis, d'un million au début du siècle, est montée à neuf millions. Dans les six États du sud-est, le nombre des noirs l'emporte de cent mille sur celui des blancs. Ces six États risquent d'être six républiques nègres. M. Paul Bourget a remarqué que les marchands d'esclaves avaient plus fait que tous les missionnaires, puisque par eux près de dix millions d'Africains jouissent de la civilisation américaine. Et, s'ils en deviennent les maîtres sur un quart du territoire, quel caprice de la destinée!
Aussi la question des nègres est-elle une question de vie ou de mort pour le peuple américain. On a fondé des comités pour leur persuader de coloniser l'Afrique, mais ils aiment mieux être citoyens de la République américaine que de la République de Liberia: un jour, un blanc se félicitait de ce que six cents d'entre eux venaient de s'embarquer pour la Guinée. «Oui, dit un nègre, mais le même matin il en est né six cents autres.»
Aussi, les gens de bon sens désespèrent-ils de la déportation par persuasion; ils ne comptent plus que sur l'éducation des noirs pour adoucir les préjugés de couleur et prévenir la guerre civile. Il y a quelques années, c'était l'usage, dans l'État du Mississipi, qu'avant l'élection les blancs courussent le pays en armes, avec des cris et des salves autour des habitations des nègres. Un orateur, à la Chambre, protesta contre des menaces qui privaient les nègres du droit de vote: le député du Mississipi répondit, avec une impertinente ironie, que les fusillades étaient pour les avertir de l'élection; il regrettait que ses frères de couleur se méprissent sur le sens de ces démonstrations, et que si peu prissent la peine d'aller aux urnes, malgré l'effort des blancs pour leur rafraîchir la mémoire. Dans la Caroline du Nord, la veille de l'élection de 1898, un ancien député prononça de sang-froid ces paroles: «J'ai déjà dit en public que nous aurions dans ce comté la suprématie des blancs, fallût-il barrer de cadavres le courant du fleuve, et j'ai voulu dire exactement ce que les mots disent.» Dans un district où les nègres avaient voté, les lumières furent tout d'un coup éteintes dans la salle de vote. Quand on les ralluma, deux nègres attardés se virent entourés de revolvers; cinq cents blancs gardaient la place, avec un canon sur une voiture. Ils firent le dépouillement, les deux prisonniers durent en signer les chiffres, qui étaient faux. Le lendemain, dans la capitale de l'État, une bande brûla l'imprimerie du journal nègre et força le Conseil municipal à démissionner; neuf noirs furent tués, et le soir, la ville, sous son gouvernement révolutionnaire, était tranquille, avec des postes en armes aux coins des rues; les chefs du parti noir furent bannis de l'État. Le président Mac Kinley et ses ministres décidèrent, en Conseil, qu'il n'y avait pas lieu pour le Gouvernement fédéral d'intervenir.
Contre un mal sans remède spécifique, l'éducation est une mesure d'autant plus séduisante que l'effet en est incalculable; comme tout ce qui est sauveur et mystérieux, l'enseignement des nègres est l'objet d'une foi qui touche à la superstition, et l'expérience qu'en ont les Américains peut servir d'école à toutes les démocraties qui ont des citoyens ou des sujets de sang noir.
Avant 1860, les seize États du Sud interdisaient, sous peine du fouet, d'instruire les nègres, esclaves ou libres, et quand les magistrats surprenaient un enseignement secret, le maître et les élèves étaient roués de coups de lanières. Les noirs ne pouvaient prêcher ou écouter un sermon qu'en vertu d'une permission écrite et en présence de cinq notables blancs. Même dans le Nord, les nègres du Sud ne pouvaient s'instruire; en 1833, une institutrice du Connecticut, qui reçut une fillette noire, perdit toutes ses élèves blanches; elle fonda une école pour les négresses du Sud: la Chambre du Connecticut interdit par une loi d'instruire les noirs nés hors de l'État; la foule assaillit l'école avec des barres de fer, en brisa les fenêtres, et l'institutrice resta en prison jusqu'au paiement de son amende par ses amis.
BOOKER T. WASHINGTON, LE LEADER DE L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS, FONDATEUR DE L'ÉCOLE DE TUSKEGEE, DANS SON COSTUME UNIVERSITAIRE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Ce fut de 1865 à 1870, après la guerre de Sécession, que s'organisa l'éducation des nègres. La guerre à peine finie, le Nord triomphant envoya au Sud battu neuf mille trois cents éducateurs; des centaines de jeunes filles riches affrontèrent en pays ennemi la rancune des blancs vaincus, pour instruire les noirs libérés. On fonda, peu à peu, plus de cent cinquante écoles d'enseignement secondaire ou supérieur. Mais, comme les races ou les classes dont la culture commence, les nègres prirent le dégoût du travail manuel, dégradé par l'esclavage; la besogne physique leur semblait un reste de servitude, et les nouveaux affranchis rêvaient de savoir des bribes de latin pour devenir instituteurs, prédicateurs ou fonctionnaires. Une congrégation de deux cents membres avait dix-huit ministres. Dès qu'un nègre savait quelque chose, il se laissait tomber sur les dalles de l'église et y restait trois heures sans bouger: c'était «l'appel de Dieu», qui lui donnait droit à une chaire. D'autres préféraient un poste de maître d'école; un d'eux offrit aux gens d'un village d'enseigner, à leur choix, que la terre était ronde ou plate.
En face de ce danger, on tenta un grand effort pour éveiller chez les nègres la vocation des métiers manuels. L'homme qui fit le plus pour adapter leurs goûts aux besoins de leur milieu fut le général Armstrong: dès 1868, il avait conçu l'Institut Hampton, en Virginie, qui, après avoir inspiré des œuvres de même ordre, reste le type de l'École industrielle et agricole pour les nègres. Son père, missionnaire aux îles Hawaï, y avait été ministre de l'Instruction publique et y avait bâti cinq cents écoles pour la population de couleur. Mais dans ses tournées, à cheval ou en canot, à travers ces îles volcaniques, le fils avait remarqué que le goût des enfants pour les livres et des adultes pour les prières ne les empêchait pas de vivre par tas, parents et étrangers, dans des cabanes sans divisions; et il conclut qu'on aurait mieux fait d'organiser leur vie que de leur enseigner des idées. Il prit part à la guerre de Sécession comme colonel d'un régiment de nègres, et fut saisi de leur intrépidité, de leur gratitude, de leur zèle à épeler leurs alphabets sous le feu de l'ennemi.
INSTITUT HAMPTON: LE COURS DE MAÇONNERIE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
La fondation de Hampton est caractéristique des méthodes de la philanthropie américaine, qui a le tempérament commercial, et dont l'audace est faite d'une confiance illimitée dans les ressources du crédit. Elle a l'art d'employer l'argent avant de l'avoir, et de faire servir au bien public des capitaux qui n'existent pas encore. Le général Armstrong avait découvert, dans un fond de baie, un vaste terrain avec un large front sur la mer, qui lui semblait le lieu idéal pour une école industrielle; mais il lui manquait quarante-cinq mille francs pour s'en assurer la propriété. Un jour, il se promenait en silence avec un ami, sur une terrasse d'où on dominait la baie, et tous deux se demandaient s'ils devaient acheter le terrain, sans avoir de quoi le payer. «Général, dit l'ami, achetez-le!—Mais l'argent?—Prenez le terrain, l'argent viendra.» C'est la théorie américaine qu'il y a dans les dettes une sorte de vertu magique qui attire l'argent, et que quand il faut une somme pour combler un trou, le trou fait venir la somme. Le général acheta le sol, payable à six mois: peu de temps avant l'échéance, un testament fut ouvert, qui léguait 50 000 francs à la cause de l'éducation des nègres; l'exécuteur testamentaire apprit qu'une œuvre en leur faveur avait besoin de cette somme pour ne pas faire banqueroute, et comme les Américains se font un point d'honneur de ne jamais laisser une bonne œuvre faire faillite, le legs fut remis au général Armstrong.
Ce n'était là que le premier épisode de l'entreprise où il risquait le tout pour le tout. Il avait calculé qu'en trois ans l'Institut aurait démontré son utilité et que les dons alors afflueraient; aussi recommanda-t-il au chef charpentier qui dressa le premier baraquement de ne pas trop le soigner: «Ce n'est que pour trois ans», lui dit-il. On ne peut pas dire aux États-Unis, comme ailleurs, que le provisoire est ce qui dure: au bout de trois ans, il mit en construction les bâtiments en maçonnerie, considérant comme négligeable la question de savoir ce qu'il avait en caisse. Un matin qu'il n'avait plus d'argent pour la paye, il établit son bilan et trouva un déficit de 85 000 francs; il appela ses collaborateurs: «Je pars pour le Nord pour trouver l'argent, leur dit-il; si je ne le trouve pas, vous ne me reverrez jamais.» Il risquait sa position et presque son honneur pour son œuvre philanthropique, comme un spéculateur les aurait risqués pour son propre profit. Il fit une tournée dans les États du Nord et, à coups de conférences et de démarches, trouva l'argent.
Ainsi fut fait le premier bâtiment. Enhardi par sa propre hardiesse, il en commença un second dont le devis était de 350 000 francs. Il fit creuser tout l'emplacement des fondations et entasser à l'entour tous les matériaux de la construction: le terrain avait l'aspect d'un chantier géant et désert, plein de ce pathétique qu'offrent les grandes œuvres interrompues. C'était la mise en scène qu'il avait ménagée pour recevoir ses amis de Boston, invités en bande à visiter l'Institut. «La façon de faire, disait-il, c'est de creuser de grands trous, et d'entasser à l'entour les briques et les poutres, puis de faire venir les gens du Nord: ce spectacle les persuadera.» Ainsi dit, ainsi fait: les trous béants et les piles abandonnées touchèrent le cœur des visiteurs, et, peu après qu'ils étaient repartis, les 350 000 francs arrivèrent.
L'audace se communiquait du chef à ses aides. Lors d'une panique financière qui avait ruiné ou menacé toutes les fortunes des États-Unis, le général, incertain de l'avenir des amis de son œuvre, envoya de Boston l'ordre de cesser les nouveaux travaux de l'Institut. «Arrêtez le travail de bâtisse, écrivait-il; je n'ai pas d'argent en vue.» Mais le directeur des constructions avait une telle confiance dans les ressources du général, qu'il tint l'ordre de suspendre les travaux pour nul et non avenu. Il prit sur lui la responsabilité que le chef lui-même n'osait plus prendre. Il alla dire à la ronde aux manœuvres et aux artisans, d'un bout à l'autre du chantier: «Nous ne pouvons plus payer qu'à fin de mois au lieu de payer par semaine; acceptez-vous ces conditions?» Tous acceptèrent sans hésiter: à la fin du mois la crise financière était passée, et l'argent recommençait à venir.
Un des nègres élevés à Hampton conte ainsi ses impressions au sujet du général: «Il y avait dans cet homme, dit-il, quelque chose qui me semblait prodigieux; il disait: «Je veux une maison ici»; il n'avait pas un sou pour la bâtir, et il la bâtissait. Moi, tout en piochant aux fondations, je me demandais comment elle s'élèverait, puis je pensais à ce que dit la Bible: «Si tu as la foi, crie aux montagnes de là-bas de se soulever, et elles se soulèveront.»
Dès le début, en 1868, le général définit ainsi le but de l'œuvre: «Former une jeunesse d'élite qui s'en ira diriger sa race par son exemple, acquérant de la terre et des maisons. Ne pas lui donner un dollar quand elle peut le gagner. Enseigner le respect du travail, remplacer la routine par l'adresse; et, à cette fin, bâtir un système industriel, dont le but soit non seulement le gain de la vie et le travail intelligent, mais la formation du caractère.»
INSTITUT HAMPTON: LE COURS DE LAITERIE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Aujourd'hui, l'Institut Hampton comprend 55 bâtiments et 185 hectares. Le budget était, il y a quelques années, de 775 000 francs par an, dont les élèves remboursaient un tiers en travail; la différence, soit plus de 500 000 francs pour 650 étudiants, porte à plus de 780 francs par tête le coût de l'éducation. Les recettes sont de 50 000 francs de subvention, 50 000 francs de rentes et 300 000 francs en moyenne de dons annuels.
Dans l'enseignement professionnel, les élèves qui suivent les cours d'ateliers, cinq jours par semaine, sont payés pour une partie de ce qu'ils y font et ont un jour libre pour travailler à leur compte. Dans l'enseignement libéral, où le travail des cours n'est pas productif, ils ont deux jours libres, qui leur permettent de gagner environ 25 francs par mois, soit la moitié de leur pension. Les élèves entrés sans ressources suivent des cours du soir et, en travaillant le jour, économisent la première année de quoi payer leur pension la seconde. L'enseignement s'efforce d'être large en restant pratique, pour habituer garçons et filles à faire de la vie ouvrière une vie harmonieuse. La science y est étudiée dans ses rapports avec l'agriculture. Les cours de médecine y comportent des pansements aussi bien que des expériences de chimie; la gymnastique y est conçue comme une hygiène; elle n'a pas pour but de faire des athlètes, mais de resserrer l'intimité des systèmes nerveux et musculaire, d'assurer une pose saine et un souffle normal dans les travaux de tous les jours. Les cours professionnels font la part du travail théorique et du travail de chantier.
INSTITUT HAMPTON: LE COURS D'ÉLECTRICITÉ.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
L'histoire de Hampton a été une lutte de chaque jour contre le préjugé de race. En 1870, pour un meeting en faveur de l'École, le général Armstrong fit venir l'orateur nègre Langston, qui arriva de nuit à l'hôtel où sa chambre avait été retenue.—Le lendemain matin, conte un ami, je lui fis passer ma carte; le groom me demanda de le décrire; je dis que c'était un nègre. «Un nègre à l'hôtel, s'écria-t-il, oh non! il n'y en a pas.» On le trouva. Les patrons, avisés et terrifiés, tinrent consultation; à ce moment, le gouverneur lui fit passer sa carte: on ne pouvait le mettre à la porte pendant qu'il recevait le gouverneur. Puis ce fut une suite d'autorités de la ville qui le demandaient; les patrons ne saisirent pas le moment de le faire partir. Autrefois, les «chants des plantations», ces mélopées étranges des esclaves, évocatrices des plaines sans fin sous le soleil, étaient un souvenir de la servitude, et les nègres en avaient honte, sans pouvoir s'empêcher de les chanter malgré eux, quand il n'y avait pas de blancs autour d'eux; mais Hampton en a réhabilité la troublante poésie: le chœur des élèves va les chanter dans des tournées au profit de l'école, instructives et productives. Ce sont des voyages dont le chant fait les frais: ils visitent les manufactures, les lieux historiques, les personnes éminentes. «On ne se connaît bien, dit un de leurs maîtres, que quand on a voyagé ensemble.» Un jour, à leur passage dans une ville, les bonnes de l'hôtel refusèrent de les servir: les dames qui vivaient à l'hôtel se levèrent et les servirent elles-mêmes; les journaux illustrés dessinèrent la scène. Une autre réclame pour Hampton y fut l'entrée de «Pluie au Visage», le héros indien chanté par Longfellow, dix ans après ses massacres: elle inspira à Whittier, comme contre-partie au poème de guerre de Longfellow, le poème de paix du «Grand Cor».
L'une des œuvres dont l'Institut Hampton est le plus fier, c'est l'éducation de M. Booker T. Washington. Il y a aux États-Unis un nègre dont le petit nom d'esclave était Booker, qui, ayant à s'improviser un état civil lors de la libération, choisit le nom de Washington, et qui, ayant appris vers vingt ans que sa mère l'avait baptisé Tagliaferro, fait retentir toute l'Amérique du nom de Booker Tagliaferro Washington. Il est le nègre des États-Unis, le nègre-type, le nègre-modèle, la preuve vivante de ce que l'éducation fera de sa race, la réponse allante et venante aux préjugés antinègres. Le prince Henri de Prusse a demandé à lui serrer la main. Le président Roosevelt a fort ému le Sud en invitant à sa table ce nègre représentatif.
Il ne sait ni la date ni le lieu de sa naissance; il passa son enfance dans une cabane de planches sur la terre battue, et son plus ancien souvenir est celui d'un réveil en sursaut pour manger un poulet que sa mère venait de voler et avait fait cuire au milieu de la nuit. Après l'affranchissement, il travailla dans une usine à sel, où il n'apprit qu'à écrire le nombre 18 sur des tonneaux sans savoir ses chiffres. Il avait une telle soif de s'instruire que sa mère, à sa prière, lui procura un alphabet; mais pas un des nègres ne savait lire, et les signes «b, a: ba; c, a: ca» restaient pour lui des hiéroglyphes. Un nègre qui lisait le journal passa par le village: on le retint comme maître d'école, et en payement chaque famille le nourrissait un jour à tour de rôle. Il y avait des élèves de soixante-quinze ans; c'était l'ambition des vieux de déchiffrer la Bible avant de mourir. Retenu le jour à l'usine, Booker suivait les classes du soir: il les regardait comme un tel privilège qu'il y apprit plus qu'il n'eût fait le jour, et ce souvenir a fait de lui, depuis, un fervent des cours du soir.
Puis il travailla dans les mines. Il conte que c'était une vie de dangers et de terreurs. «J'ai remarqué, dit-il, que les enfants des mines sont des nains de corps et d'esprit; ils perdent toute ambition d'être autre chose que des mineurs.» Un jour, dans l'obscurité de la mine, deux ouvriers parlaient d'une école pour nègres, où les élèves payaient en travail leur pension: Booker se glissa pour les écouter et entendit le nom de l'Institut de Hampton. À petites journées, gagnant son pain ou se passant de pain, il arriva devant l'école: «La première vue des bâtiments de briques à trois étages, dit-il, me paya de toute ma peine; c'était la terre promise; la vie prenait un sens nouveau.» Il avait tant l'air d'un vagabond que la directrice hésitait à l'admettre, et avec effroi il la vit recevoir d'emblée d'autres candidats. Au bout de quelques heures, elle lui donna un balai pour nettoyer une classe. Il la balaya trois fois, il l'épousseta quatre fois; quand la directrice revint et eut passé le mouchoir dans tous les recoins sans trouver de poussière, elle lui dit tranquillement: «Je pense que vous pourrez être admis.» Ce fut son examen d'entrée. À l'école, il eut pour la première fois deux draps de lit: le premier soir, il se coucha dessous; le second, soir dessus; le troisième, entre les deux; ce fut le commencement pour lui de la civilisation.
Le bien engendre le bien; M. Washington voulut rendre à ses compatriotes les services qu'il avait reçus, et il fonda l'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama, qui est, avec Hampton, une institution-modèle. Il voulut que les commencements en fussent humbles pour que la croissance en fût normale. Il fit avec ses premiers élèves les premières briques des bâtiments; beaucoup se lassèrent de patauger dans la glaise; trois cuissons manquèrent; pour faire les frais de la quatrième, il dut aller mettre sa propre montre en gage à la ville; mais aujourd'hui, grâce à son école, la briqueterie est dans le Sud une spécialité de ses anciens élèves[1].
INSTITUT HAMPTON: LE COURS DE MENUISERIE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
À Tuskegee comme à Hampton, le mot d'ordre est l'adaptation du nègre aux besoins précis de la communauté où il vit. Dans ses causeries, M. Washington aime à conter cette anecdote:—Je causais, dit-il, avec un jeune nègre qui étudie la médecine dans une de nos universités, et je lui demandai, en l'interrogeant sur ses études, quelle spécialité il avait choisie: «Je m'occupe des maladies nerveuses, me répondit-il.—Mais où comptez-vous donc exercer votre profession? interrogeai-je.—Aux bouches du Mississipi, parmi la population de couleur où j'ai été élevé et où ma famille est encore...» Alors M. Washington insinua doucement à son frère noir que, dans ce cas, il vaudrait peut-être mieux s'appliquer à l'étude des fièvres, de la malaria ou de la fièvre jaune. Et il ajouta: «Voyez-vous, mon ami, nous sommes à un stade de civilisation où nous ne connaissons pas encore ces maladies des races dégénérées, qu'on appelle les maladies nerveuses.»
LE SALUT AU DRAPEAU EXÉCUTÉ PAR LES NÉGRILLONS DE L'INSTITUT HAMPTON.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
M. Washington personnifie l'assimilation de la race nègre à la race anglo-saxonne. Il va prêchant le bain quotidien, qui est le commencement du respect de soi. Quand il parle de l'affranchissement, il dit qu'en une heure la race nègre a hérité des problèmes séculaires de la race anglo-saxonne. À New York, les fils de Juifs polonais, de Napolitains et de Syriens disent couramment: «Nous autres, Anglo-Saxons.» L'idéal de M. Washington, c'est que l'éducation permette aux nègres de dire: «Nous autres, Anglo-Saxons.» Il y va de l'unité et de l'intégrité de la république américaine; mais, même dans les colonies de la France, où les nègres ne votent pas, ne serait-il pas beau qu'un ancien esclave du marché du Soudan mit les noirs à même de dire: «Nous autres, Latins!»
L'éducation des nègres sera-t-elle le salut des États du Sud? On peut déjà prédire l'amélioration des noirs, on ne peut encore en prévoir le contre-coup sur les blancs. Entre le progrès d'une des deux races et l'effet de ce progrès sur l'autre, il faut qu'un peu de temps passe. Le problème est à deux facteurs: «J'admets, disait un jour un blanc, que quand tous les noirs sauront lire et écrire, la moitié du préjugé disparaîtra.—- Oui, répondit un nègre, et quand tous les blancs sauront lire et écrire, l'autre moitié disparaîtra à son tour.»
Un rapprochement marque le progrès des nègres; leurs deux grandes écoles professionnelles, Hampton et Tuskegee, fondées l'une en 1868 et l'autre vers 1890, sont comme l'école-mère et l'école-fille; toutes deux sont soutenues par les blancs du Nord; mais la première n'a que des maîtres de race blanche, la seconde n'en a que de race noire, et un Institut du même ordre, fondé en 1901 à Winston-Salem, marque la troisième étape vers l'indépendance des noirs: ce n'en sont pas seulement les professeurs, mais les donateurs mêmes qui sont nègres, et un seul d'entre eux y a dépensé en un an 25 000 francs.
INSTITUT HAMPTON: LE COURS DE CHIMIE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Les nègres, avec leur faculté d'imitation, s'assimilent les ambitions de leurs compatriotes blancs, et il y en a parmi eux qui sont des types du «self made man», de l'Américain fils de ses œuvres. Un de leurs orateurs, Edwards, perdit sa mère en naissant, et son enfance en loques se passa dans les rues, où un blanc, du nom de Simpson, le remarqua et lui donnait parfois un sou. On ne sait comment l'enfant entendit parler de l'Institut Tuskegee: il noua tout ce qu'il avait dans un mouchoir et, sans un sou, fit près de 200 kilomètres à pied. À Tuskegee, il gagna sa pension; mais, un jour qu'il avait besoin de livres, il écrivit à M. Simpson pour lui demander un prêt de 75 francs; son nom ne fut pas reconnu, la lettre fut jetée au panier, ainsi qu'une seconde; il en écrivit une troisième. Frappé de cette persistance, M. Simpson envoya la somme. Bien des années plus tard, il était assis sur sa véranda, quand un jeune nègre se présenta et lui remit les 75 francs, avec les intérêts. L'histoire d'Edwards rappelle celle de Booker T. Washington, et, comme Washington, il voulut que son propre succès aidât à celui de ses frères; avec l'assistance financière de M. Simpson, cet élève de Tuskegee fonda à son tour un petit Tuskegee pour sa région, de même que Washington avait créé à Tuskegee un petit Hampton.
Le symptôme le plus sûr de l'éducation civique des nègres, c'est leur désir, à mesure qu'ils s'élèvent, d'aider au relèvement de plus ignorants qu'eux. C'est ainsi que les nègres du Nord ont le sens de leur responsabilité envers leurs frères du Sud. En 98, un coup de main contre les noirs dans la Caroline avait provoqué, dans les villes du Nord, des meetings de protestation, et j'assistai à celui de New York. Dans un amphithéâtre en sous-sol, à voûte basse, plusieurs milliers de nègres et de négresses s'étaient tassés; sur le pourtour, un cordon continu de policemen avec leurs visages roses d'Anglo-Saxons, les entourait, comme la bordure d'une corbeille. La lumière électrique ruisselait sur la chaux des voûtes, faisait luire toutes ces têtes noires, et c'était un spectacle saisissant que cette assemblée d'Africains venant au cœur de New York, dans une salle de conférences populaires destinées à l'instruction de la démocratie américaine, revendiquer leurs droits de citoyens.
LE BASKET BALL DANS LES JARDINS DE L'INSTITUT HAMPTON.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Séance impressionnante par le sang-froid, la possession de soi-même, le désir de vérité dont ne cessèrent de faire preuve ces esclaves de la veille. En une génération, le contact des Américains a fait d'eux des citoyens. Pas un instant la haine de race n'a percé. «Nous n'en appellerons de l'illégalité qu'à la loi», dit le premier des orateurs. Un interrupteur ayant crié: «Voilà trop longtemps que cela dure», toute l'assemblée d'une seule voix lui imposa le silence, et, en moins d'une minute, le calme complet se rétablit. C'est un des signes les plus sûrs de la rectitude de jugement et de la volonté d'aboutir, que ce brusque retour d'une foule à l'ordre; et la discipline de cette assemblée de nègres prouve que l'éducation morale a plus de part que la race dans la manière de se conduire des hommes.
L'un des orateurs révéla brutalement les vices des noirs dans le Sud, et comme il s'excusait auprès des auditeurs de parler si durement de leurs frères, dans toute la salle éclata un grand cri de: «Go on! The truth! Continuez! La vérité!» Dans cette campagne des nègres du Nord pour les nègres du Sud, ce qui domine, autant que le souci de leur défense, c'est le souci de leur instruction. Le principe démocratique que les droits civiques exigent les qualités de citoyen a pénétré l'esprit des gens de couleur. Ils sont pour leurs frères du Sud des aînés qui voudraient les rapprocher d'eux. Ils ont acclamé, hier, une femme blanche qui organise des missions dans les villages noirs. Quand elle eut exposé ses plans, une négresse se leva de l'amphithéâtre et parla. On crut à une interruption, on la hua. Sans se troubler elle tint tête au bruit, son obstination le fit cesser, et dans un profond silence elle dit d'une voix claire que les huées n'avaient pas altérée: «C'est un besoin du fond de mon cœur qui me force à dire un mot. Je demande aux femmes de notre race d'offrir un vote unanime de gratitude à la noble femme qui vient de nous défendre si noblement.» Alors, toute la salle enthousiaste se leva, et les deux femmes se regardant, l'une de la tribune, l'autre de sa place, toutes les voix les acclamèrent, et tous les mouchoirs blancs s'agitèrent au-dessus des têtes noires.
Le progrès des noirs leur vaudra-t-il un jour l'estime des blancs? Les rapports faits au dernier Congrès nègre de Tuskegee citent des symptômes de sympathie entre les deux races. Le fondateur d'une École professionnelle conte dans son discours que les blancs n'étaient pas d'abord bien disposés: «Mais, dit-il, nous avons spécialement veillé à ne les blesser en rien, et, depuis sept ans que l'école marche, le préjugé a disparu. Je crois que la façon de faire, pour les nègres, est d'être patients et polis, de ne pas s'exaspérer quand on manque de les comprendre, et de se faire une règle d'ajouter aux ressources de la communauté où ils vivent.»—«Les blancs, dit un autre fondateur d'école, promettent de nous aider beaucoup plus quand nous aurons fait nos preuves.» Une anecdote montre comment le préjugé, peu à peu, disparaîtra: dans le tirage au sort des places à la Chambre d'un des États du Sud, un député blanc se trouva le voisin d'un nègre; il alla se plaindre à grand bruit au président qui répondit que le tirage était sans appel. Au bout d'un mois, un siège étant vacant, le président le fit offrir au plaignant: «Ah! mais, maintenant, je ne veux plus changer», répondit-il; le tact du nègre avait conquis le blanc.
À M. Washington, humoriste et temporisateur, s'opposent des esprits moins conciliants. Tout en admirant ce qu'il a fait pour l'enseignement commercial, ils y préfèrent l'enseignement supérieur. Ils soutiennent que leur race a plus besoin de chefs que d'artisans. Ils ne partagent pas sa tolérance envers les lois antinègres; ils veulent tout de suite l'égalité, politique et civique. Un écrivain nègre de renom, M. Chestnut, a été jusqu'à soutenir que le remède au préjugé de race n'est ni dans l'éducation des noirs, ni dans celle des blancs, mais dans l'éducation en commun des uns et des autres, qui supposerait d'abord la reconnaissance de leur égalité. «On ne voit pas bien, écrit-il, comment l'éducation seule résoudra le problème noir. Il y a eu des nations libres sans instruction, il y en a eu d'instruites qui ont été esclaves. Une nation ne commence point par devenir riche et savante, pour devenir libre ensuite; elle commence par la liberté—l'histoire le montre,—et souvent la culture ne fait que la mener plus tard à l'esclavage. Depuis la guerre de Sécession, l'éducation a fait de grands progrès dans le Sud; le préjugé de race y est pourtant plus intense et plus intolérant qu'il ne fut jamais. Les gens instruits ne semblent pas moins passionnés contre les nègres que ne le sont les ignorants; un directeur d'école me disait un jour qu'il n'y a pas de place pour les nègres dans le monde moderne, si ce n'est sous terre.... Les blancs du Sud justifient leur façon de traiter les noirs par la différence de race et par l'incompatibilité qui s'ensuit; l'éducation ne fera pas que le nègre cesse d'être un nègre. Un système d'éducation qui sépare les races depuis l'école maternelle jusqu'à l'Université ne fait que fortifier la haine de race, et ne fera que rendre les oppresseurs plus riches en ressources pour l'oppression, les opprimés plus prompts à la ressentir.» Ce sont là de fortes paroles, qui semblent contenir bien du vrai. Elles forment un revers sombre à la confiance de ceux qui, comme M. Washington, espèrent résoudre la question nègre par l'éducation commerciale des noirs dans des écoles à part M. Chestnut parle en termes sévères de l'optimisme de M. Washington: «Essayer de découvrir des avantages dans les lois frauduleuses des États du Sud, ou les admettre comme un fait accompli, c'est approuver un crime contre sa propre race. Ce n'est pas un beau spectacle que de voir le volé applaudir le voleur. Le silence vaudrait mieux.»—«Il n'y a pas de juste milieu, écrit-il, entre la justice et l'injustice, entre un citoyen et un serf.»
INSTITUT HAMPTON: LE COURS DE COSMOGRAPHIE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
En résumé, parmi les porte-paroles de la race nègre, il y en a de deux tempéraments: les uns sont les conciliateurs; les autres, les agitateurs. Mais les agitateurs sont sans point d'appui et sans levier; sans point d'appui, parce que la masse des noirs semble soumise à son sort; sans levier, parce qu'ils ne disposent d'aucun pouvoir politique. Les nègres du Nord sont en nombre insignifiant, les nègres du Sud sont sans droits électoraux depuis les nouvelles lois; les meneurs du parti noir seraient comme des têtes sans corps. Il est vrai que les blancs du Nord sont en sympathie avec les nègres; mais ils ont à ménager les blancs du Sud: ils ne se soucient pas de réveiller les haines de la guerre de Sécession, et tout leur appui, moral et financier, va aux plus conservateurs des chefs nègres.
INSTITUT HAMPTON: LE COURS DE BOTANIQUE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Aussi le parti de la modestie et de la patience est-il le plus nombreux et le plus influent. C'est lui qui, sous l'inspiration de M. Washington, fait le plus pour le relèvement lent de la race noire. Au contact des Anglo-Saxons, il s'est pénétré d'esprit conservateur; il prêche la théorie de l'évolution insensible et de la transformation lente des sociétés, et sa patience à attendre l'avenir est d'autant plus admirable qu'il mesure sans illusions les injustices du présent. «Le nègre n'est pas libre, écrit l'écrivain nègre M. Dubois. Il ne peut pas quitter la plantation où il est né; dans presque toute la région agricole du Sud, les tenanciers noirs ne sont que des manœuvres, que la loi et la coutume retiennent dans un esclavage économique, sans autre moyen d'y échapper que la mort ou la prison; c'est une classe à part, et une classe esclave; devant les tribunaux, la loi et l'usage les mettent sur un pied différent des blancs.» Après avoir cité et confirmé ces lignes, M. Thomas Fortune n'en écrit pas moins, avec une sagesse qu'on ne peut s'empêcher d'admirer: «De cette masse d'esclaves sortent des individus qui arrivent à posséder du sol. C'est ainsi que pourra progressivement s'écrouler l'esclavage; ce sera une longue et lassante évolution, mais pareille à celle de toutes les races qui ont vécu dans les conditions où nous vivons aujourd'hui. Le nègre semble destiné à devenir, avec le temps, l'agriculteur et le petit propriétaire par excellence.» De même qu'il n'attend l'affranchissement agricole des nègres que de la lente conquête du sol, il n'attend leur affranchissement industriel que de la conquête également lente des métiers manuels; les syndicats ouvriers, en excluant de leur sein les noirs et en leur fermant par là les ateliers, ne permettent ainsi d'être artisans qu'à ceux qui le sont pour leur compte ou pour le compte de patrons nègres; mais le nombre de ceux-ci ne cesse d'augmenter, avec l'aide des écoles professionnelles fondées sur le modèle de Hampton. M. Fortune n'hésite pas à dire que la condition des noirs est pire que sous l'esclavage; le travailleur agricole est aussi dépendant qu'il l'était, sans que celui qui l'emploie ait le même intérêt à prendre soin de lui, et les ouvriers des corps de métiers, depuis qu'ils ne travaillent plus comme esclaves, ne trouvent plus de travail, étant au ban des syndicats ouvriers. Mais la tristesse du présent ne l'empêche pas d'attendre l'avenir sans impatience; il ne compte, pour l'émancipation économique, puis morale de sa race, que sur les efforts individuels des laboureurs économes et des artisans industrieux, tels que ceux qui sortent de l'Institut Hampton, de l'Institut Tuskegee, ou des institutions du même genre. Le problème noir lui semble un problème individuel. «La situation des individus, écrit-il, est en avance sur celle de la race.» Les nègres d'Amérique ont adopté l'individualisme anglo-saxon; ils sont à une école d'énergie et de patience.
Ce sont là d'encourageantes exceptions. Mais il n'en est pas moins vrai que le progrès des nègres semble plutôt exaspérer qu'atténuer la défiance des blancs contre eux. Les lois d'exception qui les privent de leurs droits n'ont cessé d'aller se multipliant, et elles ont créé dans le Sud une situation qu'on peut qualifier de révolutionnaire. Les six États du Mississipi, de la Louisiane, de l'Alabama, des Carolines et de la Virginie vivent sous un régime d'illégalité légale. Les noirs y sont citoyens de droit et n'y sont pas citoyens de fait; ils sont privés de leur qualité d'électeurs par des lois dont la lettre semble constitutionelle, mais dont l'esprit ne l'est pas; c'est une sorte de coup d'État législatif, d'autant plus frappant que les Américains ont d'ordinaire pour la Constitution un respect presque superstitieux; mais une fois les nègres en jeu, ils ne la respectent qu'en la tournant. Jamais la subtilité anglo-saxonne n'a rien imaginé de plus «élégant» que les formules qui ôtent le droit de vote aux nègres sans en avoir l'air. Les premières lois faites contre eux privaient du suffrage tout citoyen qui ne payait pas d'impôt ou ne savait pas lire et écrire. Mais comme il y a dans le Sud des millions de blancs dégénérés, aussi pauvres et aussi illettrés que les noirs, on s'aperçut vite que ces lois à deux tranchants se retournaient contre la race blanche. On s'empressa d'en neutraliser le danger pour les blancs en dispensant de toutes les conditions qu'elle exigeait, les descendants de ceux qui jouissaient des droits civiques avant l'affranchissement des esclaves; c'était faire du droit de vote un privilège héréditaire! Et pour laisser plus complètement encore à la discrétion des blancs le choix des électeurs, on exigea, en Virginie, que tout votant pût «comprendre et expliquer n'importe quelle partie de la Constitution»; dans l'Alabama, qu'il «fût à même de comprendre les droits et les devoirs du citoyen sous une forme républicaine de gouvernement». L'officier de l'état civil qui dresse les listes électorales est le seul juge de l'aptitude du candidat électeur à «comprendre» et «expliquer» ses devoirs. Dans l'Alabama, sur 181 471 nègres, en âge de voter, il n'y en a que 3 000 d'admis; dans la capitale de l'État, 47 sur 7 000. La Suprême Cour des États-Unis, chargée de veiller à l'intégrité de la Constitution, s'est déclarée impuissante à rien relever qui fût à la lettre inconstitutionnel dans ces lois d'exception déguisées. Le plus curieux est que chaque État ayant au Congrès un nombre de représentants en rapport avec sa population, les millions de nègres du Sud valent à leurs persécuteurs blancs une plus grande proportion de députés qu'ils ne contribuent pas à élire, et dont l'influence se retourne contre eux; ce n'est pas seulement l'absence de représentation, c'est la représentation à rebours; c'est une sorte d'élégance algébrique par laquelle ces nègres figurent dans la vie nationale avec le signe - (moins), s'anéantissant eux-mêmes en raison directe de leur nombre. Dans un pays républicain, où l'influence politique est la source de tous les avantages, cette négation du pouvoir électoral des nègres les lèse dans leurs intérêts les plus intimes et les met en tout sur un pied d'inégalité, tandis que la Constitution établit l'égalité de leurs droits civiques; c'est ainsi qu'en Géorgie, où les noirs forment 48 pour 100 de la population, 20 pour 100 seulement du budget scolaire va aux écoles nègres.
Aussi s'en faut-il que tous les nègres d'élite partagent la confiance joyeuse de M. Booker T. Washington. Il y a les optimistes et il y a les pessimistes du problème noir. La belle humeur de M. Washington, la bonhomie de ses partisans, les applaudissements que les blancs lui prodiguent, les salles de nègres souriant sur leurs dents blanches, les élèves de Hampton chantant les vieux airs des plantations, les concours de valse et de cake-walk, les ballades de Dunbar, ce sont les traits lumineux du tableau; mais il y en a de plus inquiétants. M. Booker T. Washington, le plus «représentatif» des noirs, assis à la table du président Roosevelt, le plus «représentatif» des blancs, c'est certes un symbole «intense» et comme une image inoubliable de la fraternité des deux races. Mais il ne faut pas oublier non plus que le lendemain du soir où M. Washington dîna chez M. Roosevelt, il n'y eut qu'un cri de colère et qu'une tempête d'indignation dans le Sud, parce qu'était entré comme invité à la Maison Blanche un de ces nègres qui n'y entrent d'habitude que comme valets.
Bargy.
INSTITUT HAMPTON: LE COURS DE MÉCANIQUE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Droits de traduction et de reproduction réservés.
TABLE DES GRAVURES ET CARTES
L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL
En «rickshaw» sur la route du mont Abou. (D'après une photographie.) 1
L'éléphant du touriste à Djaïpour. 1
Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns du mont Abou. (D'après une photographie.) 2
Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi. (Dessin de Massias, d'après une photographie.) 3
Les «Karévas» ou plateaux alluviaux formés par les érosions du Djhilam. (D'après une photographie.) 4
«Ekkas» et «Tongas» sur la route du Kachmir: vue prise au relais de Rampour. (D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 5
Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam à Ouri. (D'après une photographie.) 6
Shèr-Garhi ou la «Maison du Lion», palais du Maharadja à Srinagar. (Photographie Bourne et Sheperd, à Calcutta.) 7
L'entrée du Tchinar-Bagh, ou Bois des Platanes, au-dessus de Srinagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 7
Ruines du temple de Brankoutri. (D'après une photographie.) 8
Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 9
Le quai de la Résidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 10
La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à Baramoula. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 11
Nos tentes à Lahore. (D'après une photographie.) 12
«Dounga» ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 13
Vichnou porté par Garouda, idole vénérée près du temple de Vidja-Broer (hauteur 1m 40.) 13
Enfants de bateliers jouant à cache-cache dans le creux d'un vieux platane. (D'après une photographie.) 14
Batelières du Kachmir décortiquant du riz, près d'une rangée de peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 15
Campement près de Palhallan: tentes et doungas. (D'après une photographie.) 16
Troisième pont de Srinagar et mosquée de Shah Hamadan; au fond, le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 17
Le temple inondé de Pandrethan. (D'après une photographie.) 18
Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 19
Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthan. (D'après une photographie.) 20
Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 21
Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din, à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 22
Le temple de Panyech: à gauche, un brahmane; à droite, un musulman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 23
Temple hindou moderne à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 24
Brahmanes en visite au Naga ou source sacrée de Valtongou. (D'après une photographie.) 25
Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosquée, à Houtamourou, près de Bhavan. 25
Temple ruiné, à Khotair. (D'après une photographie.) 26
Naga ou source sacrée de Kothair. (D'après une photographie.) 27
Ver-Nag: le bungalow au-dessus de la source. (D'après une photographie.) 28
Temple rustique de Voutanar. (D'après une photographie.) 29
Autel du temple de Voutanar et accessoires du culte. (D'après une photographie.) 30
Noce musulmane, à Rozlou: les musiciens et le fiancé. (D'après une photographie.) 31
Sacrifice bhramanique, à Bhavan. (D'après une photographie.) 31
Intérieur de temple de Martand: le repos des coolies employés au déblaiement. (D'après une photographie.) 32
Ruines de Martand: façade postérieure et vue latérale du temple. (D'après des photographies.) 33
Place du campement sous les platanes, à Bhavan. (D'après une photographie.) 34
La Ziarat de Zaïn-oud-Din, à Eichmakam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 35
Naga ou source sacrée de Brar, entre Bhavan et Eichmakar. (D'après une photographie.) 36
Maisons de bois, à Palgam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 37
Palanquin et porteurs. 37
Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche miraculeuse. (D'après une photographie.) 38
Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la vallée du Lidar au-dessus de Palgam, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 39
Vallée d'Amarnath: vue prise de la grotte. (D'après une photographie.) 40
Pondjtarni et le camp des pèlerins: au fond, la passe du Mahagounas. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 41
Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et Zodji-Pal. (D'après une photographie.) 42
Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac Çecra-Nag. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43
Grotte d'Amarnath. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43
Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'après une photographie.) 44
Campement de Goudjars à Astan-Marg. (D'après une photographie.) 45
Le bain des pèlerins à Amarnath. (D'après une photographie.) 46
Pèlerins d'Amarnath: le Sadhou de Patiala; par derrière, des brahmanes, et à droite, des musulmans du Kachmir. (D'après une photographie.) 47
Mosquée de village au Kachmir. (D'après une photographie.) 48
Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 49
Mendiant musulman. (D'après une photographie.) 49
Le Brahma Sar et le camp des pèlerins au pied de l'Haramouk. (D'après une photographie.) 50
Lac Gangabal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 51
Le Noun-Kol, au pied de l'Haramouk, et le bain des pèlerins. (D'après une photographie.) 52
Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs «houkas» (pipes) et leur «hangri» (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 53
Temples ruinés à Vangath. (D'après une photographie.) 54
«Mêla» ou foire religieuse à Hazarat-Bal. (En haut, photographie par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 55
La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srinagar. (D'après une photographie.) 56
Nishat-Bagh et le bord oriental du lac de Srinagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 57
Le canal de Mar à Sridagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 58
La mosquée de Shah Hamadan à Srinagar (rive droite). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 59
Spécimens de l'art du Kachmir. (D'après une photographie.) 60
SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.
La barre de Grand-Bassam nécessite un grand déploiement de force pour la mise à l'eau d'une pirogue. (D'après une photographie.) 61
Le féminisme à Adokoï: un médecin concurrent de l'auteur. (D'après une photographie.) 61
«Travail et Maternité» ou «Comment vivent les femmes de Petit-Alépé». (D'après une photographie.) 62
À Motéso: soins maternels. (D'après une photographie.) 63
Installation de notre campement dans une clairière débroussaillée. (D'après une photographie.) 64
Environs de Grand-Alépé: des hangars dans une palmeraie, et une douzaine de grands mortiers destinés à la préparation de l'huile de palme. (D'après une photographie.) 65
Dans le sentier étroit, montant, il faut marcher en file indienne. (D'après une photographie.) 66
Nous utilisons le fût renversé d'un arbre pour traverser la Mé. (D'après une photographie.) 67
La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'après une photographie.) 68
Indigènes coupant un acajou. (D'après une photographie.) 69
La côte d'Ivoire. — Le pays Attié. 70
Ce fut un sauve-qui-peut général quand je braquai sur les indigènes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lavée, d'après une photographie.) 71
La rue principale de Grand-Alépé. (D'après une photographie.) 72
Les Trois Graces de Mopé (pays Attié). (D'après une photographie.) 73
Femme du pays Attié portant son enfant en groupe. (D'après une photographie.) 73
Une clairière près de Mopé. (D'après une photographie.) 74
La garnison de Mopé se porte à notre rencontre. (D'après une photographie.) 75
Femme de Mopé fabriquant son savon à base d'huile de palme et de cendres de peaux de bananes. (D'après une photographie.) 76
Danse exécutée aux funérailles du prince héritier de Mopé. (D'après une photographie.) 77
Toilette et embaumement du défunt. (D'après une photographie.) 78
Jeune femme et jeune fille de Mopé. (D'après une photographie.) 79
Route, dans la forêt tropicale, de Malamalasso à Daboissué. (D'après une photographie.) 80
Benié Coamé, roi de Bettié et autres lieux, entouré de ses femmes et de ses hauts dignitaires. (D'après une photographie.) 81
Chute du Mala-Mala, affluent du Comoé, à Malamalasso. (D'après une photographie.) 82
La vallée du Comoé à Malamalasso. (D'après une photographie.) 83
Tam-tam de guerre à Mopé. (D'après une photographie.) 84
Piroguiers de la côte d'Ivoire pagayant. (D'après une photographie.) 85
Allou, le boy du docteur Lamy. (D'après une photographie.) 85
La forêt tropicale à la côte d'Ivoire. (D'après une photographie.) 86
Le débitage des arbres. (D'après une photographie.) 87
Les lianes sur la rive du Comoé. (D'après une photographie.) 88
Les occupations les plus fréquentes au village: discussions et farniente Attié. (D'après une photographie.) 89
Un incendie à Grand-Bassam. (D'après une photographie.) 90
La danse indigène est caractérisée par des poses et des gestes qui rappellent une pantomime. (D'après une photographie.) 91
Une inondation à Grand-Bassam. (D'après une photographie.) 92
Un campement sanitaire à Abidjean. (D'après une photographie.) 93
Une rue de Jackville, sur le golfe de Guinée. (D'après une photographie.) 94
Grand-Bassam: cases détruites après une épidémie de fièvre jaune. (D'après une photographie.) 95
Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplène. (D'après une photographie.) 96
L'ÎLE D'ELBE
Par M. PAUL GRUYER
L'île d'Elbe se découpe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et violâtre. 97
Une jeune fille elboise, au regard énergique, à la peau d'une blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs. 97
Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100). 98
Porto-Ferraio: à l'entrée du port, une vieille tour génoise, trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots. 99
Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napoléon pour se rendre à sa maison de campagne de San Martino. 100
Porto-Ferraio: la porte de mer, où aborda Napoléon. 101
La «teste» de Napoléon (page 100). 102
Porto-Ferraio s'échelonne avec ses toits plats et ses façades scintillantes de clarté (page 99). 103
Porto-Ferraio: les remparts découpent sur le ciel d'un bleu sombre leur profil anguleux (page 99). 103
La façade extérieure du «Palais» des Mulini où habitait Napoléon à Porto-Ferraio (page 101). 104
Le jardin impérial et la terrasse de la maison des Mulini (page 102). 105
La Via Napoleone, qui monte au «Palais» des Mulini. 106
La salle du conseil à Porto-Ferraio, avec le portrait de la dernière grande-duchesse de Toscane et celui de Napoléon, d'après le tableau de Gérard. 107
La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonnée, avec ses volets clos et les peintures décoratives qu'y fit faire l'empereur (page 101). 107
Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protège du soleil. 108
Les mille mètres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte Giove, dévalent dans les flots de toute leur hauteur. 109
Un enfant elbois. 109
Marciana Alta et ses ruelles étroites. 110
Marciana Marina avec ses maisons rangées autour du rivage et ses embarcations tirées sur la grève. 111
Les châtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte Giove. 112
... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nuées (page 111). 113