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LE TOUR DU MONDE

PARIS
IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE—11e ANNÉE 2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE
JOURNAL
DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde
a été fondé par Édouard Charton
en 1860

PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL

I. De Paris à Srinagar. — Un guide pratique. — De Bombay à Lahore. — Premiers préparatifs. — En tonga de Rawal-Pindi à Srinagar. — Les Kachmiris et les maîtres du Kachmir. — Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en dounga. — Bateliers et batelières. — De Baramoula à Srinagar. — La capitale du Kachmir. — Un peu d'économie politique. — En amont de Srinagar. 13

III. Sous la tente. — Les petites vallées du Sud-Est. — Histoires de voleurs et contes de fées. — Les ruines de Martand. — De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnath. — La vallée du Lidar. — Les pèlerins de l'Inde. — Vers les cimes. — La grotte sacrée. — En dholi. — Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. — Alpinisme funèbre et hydrothérapie religieuse. — Les temples de Vangâth. — Frissons d'automne. — Les adieux à Srinagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.

I. Voyage dans la brousse. — En file indienne. — Motéso. — La route dans un ruisseau. — Denguéra. — Kodioso. — Villes et villages abandonnés. — Où est donc Bettié? — Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. — Coutumes du pays. — La mort d'un prince héritier. — L'épreuve du poison. — De Mopé à Bettié. — Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. — Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. — Valeur économique de la côte d'Ivoire. — Richesse de la flore. — Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. — Deuils nombreux. — Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE
Par M. PAUL GRUYER

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. — Deux mots d'histoire. — Débarquement à Porto-Ferraio. — Une ville d'opéra. — La «teste di Napoleone» et le Palais impérial. — La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. — Offre à Napoléon III, après Sedan. — La bibliothèque de l'Empereur. — Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. — Un enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules blanches. Dans la paix des limbes. — Les différentes routes de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. — Soir tempétueux et morne tristesse. — L'ascension du Monte Giove. — Un village dans les nuées. — L'Ermitage de la Madone et la «Sedia di Napoleone». — Le vieux gardien de l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. — La côte orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. — La gorge de Monserrat. — Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. — Installation aux Mulini. — L'Empereur à la gorge de Monserrat. — San Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et le miroir de la Vérité. — L'Empereur transporte ses pénates sur le Monte Giove. — Elbe perdue pour la France. — L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. — Où il faut chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de la signorina Squarci. — L'église de l'archiconfrérie du Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les broderies de soie des Mulini. — Le vieil aveugle de Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE
Par M. VICTOR CHAPOT
membre de l'École française d'Athènes.

I. — Alexandrette et la montée de Beïlan. — Antioche et l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. — La route d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. — Premier aperçu d'Alep. 133

II. — Ma caravane. — Village d'Yazides. — Nisib. — Première rencontre avec l'Euphrate. — Biredjik. — Souvenirs des Hétéens. — Excursion à Resapha. — Comment atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? — Enfin à Orfa! 145

III. — Séjour à Orfa. — Samosate. — Vallée accidentée de l'Euphrate. — Roum-Kaleh et Aïntab. — Court repos à Alep. — Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. — Huit jours trappiste! — Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES
Par M. RAYMOND BEL

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou Australie? Le condominium anglo-français de 1887. — L'œuvre de M. Higginson. — Situation actuelle des îles. — L'influence anglo-australienne. — Les ressources des Nouvelles-Hébrides. — Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE
Par M. ALBERT THOMAS

I. — Moscou. — Une déception. — Le Kreml, acropole sacrée. — Les églises, les palais: deux époques. 182

II. — Moscou, la ville et les faubourgs. — La bourgeoisie moscovite. — Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le Kreml et la ville. 193

III. — La foire de Nijni: marchandises et marchands. — L'œuvre du commerce. — Sur la Volga. — À bord du Sviatoslav. — Une visite à Kazan. — La «sainte mère Volga». 205

IV. — De Samara à Tomsk. — La vie du train. — Les passagers et l'équipage: les soirées. — Dans le steppe: l'effort des hommes. — Les émigrants. 217

V. — Tomsk. — La mêlée des races. — Anciens et nouveaux fonctionnaires. — L'Université de Tomsk. — Le rôle de l'État dans l'œuvre de colonisation. 229

VI. — Heures de retour. — Dans l'Oural. — La Grande-Russie. — Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES
Par M. GERSPACH

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. — Un peu d'histoire et de géographie. — La cathédrale de Saint-Laurent. — L'église Sainte-Marie-des-Anges. — Lugano, la ville des fresques. — L'œuvre du Luini. — Procédés employés pour le transfert des fresques. [253]

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE
Par M. ÉMILE DESCHAMPS

I. — Woo-Sung. — Au débarcadère. — La Concession française. — La Cité chinoise. — Retour à notre concession. — La police municipale et la prison. — La cangue et le bambou. — Les exécutions. — Le corps de volontaires. — Émeutes. — Les conseils municipaux. 265

II. — L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. — Pharmacie chinoise. — Le camp de Kou-ka-za. — La fumerie d'opium. — Le charnier des enfants trouvés. — Le fournisseur des ombres. — La concession internationale. — Jardin chinois. — Le Bund. — La pagode de Long-hoa. — Fou-tchéou-road. — Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS
Par M. BARGY

Le problème de la civilisation des nègres. — L'Institut Hampton, en Virginie. — La vie de Booker T. Washington. — L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. — Conciliateurs et agitateurs. — Le vote des nègres et la casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE
Par le Major PERCY MOLESWORTH SYKES
Consul général de S. M. Britannique au Khorassan.

I. — Arrivée à Astrabad. — Ancienne importance de la ville. — Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les Collines Noires. — Le Khorassan. — Mechhed: sa mosquée; son commerce. — Le désert de Lout. — Sur la route de Kirman. 301

II. — La province de Kirman. — Géographie: la flore, la faune; l'administration, l'armée. — Histoire: invasions et dévastations. — La ville de Kirman, capitale de la province. — Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. — En Baloutchistan. — Le Makran: la côte du golfe Arabique. — Histoire et géographie du Makran. — Le Sarhad. 325

IV. — Délimitation à la frontière perso-baloutche. — De Kirman à la ville-frontière de Kouak. — La Commission de délimitation. — Question de préséance. — L'œuvre de la Commission. — De Kouak à Kélat. 337

V. — Le Seistan: son histoire. — Le delta du Helmand. — Comparaison du Seistan et de l'Égypte. — Excursions dans le Helmand. — Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR
Par M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. — À la rame sur le Grand-Lac. — Les charrettes cambodgiennes. — Siem-Réap. — Le temple d'Angkor. — Angkor-Tom — Décadence de la civilisation khmer. — Rencontre du second roi du Cambodge. — Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. — Le palais de Norodom à Pnôm-penh. — Pourquoi la France ne devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE
Par M. Th. HEBBELYNCK

I. — De Budapest à Petrozeny. — Un mot d'histoire. — La vallée du Jiul. — Les Boyards et les Tziganes. — Le marché de Targu Jiul. — Le monastère de Tismana. 373

II. — Le monastère d'Horezu. — Excursion à Bistritza. — Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. — De Curtea de Arges à Campolung. — Défilé de Dimboviciora. 385

III. — Bucarest, aspect de la ville. — Les mines de sel de Slanic. — Les sources de pétrole de Doftana. — Sinaïa, promenade dans la forêt. — Busteni et le domaine de la Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS
Par M. Lud. GEORGES HAMÖN
Photographies de l'auteur.

I. — Une ville hollandaise. — Middelburg. — Les nuages. — Les boerin. — La maison. — L'éclusier. — Le marché. — Le village hollandais. — Zoutelande. — Les bons aubergistes. — Une soirée locale. — Les sabots des petits enfants. — La kermesse. — La piété du Hollandais. 410

II. — Rencontre sur la route. — Le beau cavalier. — Un déjeuner décevant. — Le père Kick. 421

III. — La terre hollandaise. — L'eau. — Les moulins. — La culture. — Les polders. — Les digues. — Origine de la Hollande. — Une nuit à Veere. — Wemeldingen. — Les cinq jeunes filles. — Flirt muet. — Le pochard. — La vie sur l'eau. 423

IV. — Le pêcheur hollandais. — Volendam. — La lessive. — Les marmots. — Les canards. — La pêche au hareng. — Le fils du pêcheur. — Une île singulière: Marken. — Au milieu des eaux. — Les maisons. — Les mœurs. — Les jeunes filles. — Perspective. — La tourbe et les tourbières. — Produit national. — Les tourbières hautes et basses. — Houille locale. 433

ABYDOS
dans les temps anciens et dans les temps modernes
Par M. E. AMELINEAU

Légende d'Osiris. — Histoire d'Abydos à travers les dynasties, à l'époque chrétienne. — Ses monuments et leur spoliation. — Ses habitants actuels et leurs mœurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES
Par M. JULES BROCHEREL

I. — De Tachkent à Prjevalsk. — La ville de Tachkent. — En tarentass. — Tchimkent. — Aoulié-Ata. — Tokmak. — Les gorges de Bouam. — Le lac Issik-Koul. — Prjevalsk. — Un chef kirghize. 457

II. — La vallée de Tomghent. — Un aoul kirghize. — La traversée du col de Tomghent. — Chevaux alpinistes. — Une vallée déserte. — Le Kizil-tao. — Le Saridjass. — Troupeaux de chevaux. — La vallée de Kachkateur. — En vue du Khan-Tengri. 469

III. — Sur le col de Tuz. — Rencontre d'antilopes. — La vallée d'Inghiltchik. — Le «tchiou mouz». — Un chef kirghize. — Les gorges d'Attiaïlo. — L'aoul d'Oustchiar. — Arrêtés par les rochers. 481

IV. — Vers l'aiguille d'Oustchiar. — L'aoul de Kaënde. — En vue du Khan-Tengri. — Le glacier de Kaënde. — Bloqués par la neige. — Nous songeons au retour. — Dans la vallée de l'Irtach. — Chez le kaltchè. — Cuisine de Kirghize. — Fin des travaux topographiques. — Un enterrement kirghize. 493

V. — L'heure du retour. — La vallée d'Irtach. — Nous retrouvons la douane. — Arrivée à Prjevalsk. — La dispersion. 505

VI. — Les Khirghizes. — L'origine de la race. — Kazaks et Khirghizes. — Le classement des Bourouts. — Le costume khirghize. — La yourte. — Mœurs et coutumes khirghizes. — Mariages khirghizes. — Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ
Par Mlle ANNA SEE

Première escale: Trangisvaag. — Thorshavn, capitale de l'Archipel; le port, la ville. — Un peu d'histoire. — La vie végétative des Feroïens. — La pêche aux dauphins. — La pêche aux baleines. — Excursions diverses à travers l'Archipel. 517

PONDICHÉRY
chef-lieu de l'Inde française
Par M. G. VERSCHUUR

Accès difficile de Pondichéry par mer. — Ville blanche et ville indienne. — Le palais du Gouvernement. — Les hôtels de nos colonies. — Enclaves anglaises. — La population; les enfants. — Architecture et religion. — Commerce. — L'avenir de Pondichéry. — Le marché. — Les écoles. — La fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE
LES TANALA DE L'IKONGO
Par M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ

I. — Géographie et histoire de l'Ikongo. — Les Tanala. — Organisation sociale. Tribu, clan, famille. — Les lois. 541

II. — Religion et superstitions. — Culte des morts. — Devins et sorciers. — Le Sikidy. — La science. — Astrologie. — L'écriture. — L'art. — Le vêtement et la parure. — L'habitation. — La danse. — La musique. — La poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA
(sud tunisien)
Par M. Ch. MAUMENÉ

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. — Maharess. — Lella Mazouna. — La forêt de gommiers. — La source des Trois Palmiers. — Le Bou Hedma. — Un groupe mégalithique. — Renseignements indigènes. — L'oued Hadedj et ses sources chaudes. — La plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. — Bir Saad. — Manoubia. — Khrangat Touninn. — Sakket. — Sened. — Ogla Zagoufta. — La plaine et le village de Mech. — Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE
Par Mme JANE DIEULAFOY

I. — L'aspect de la Castille. — Les troupeaux en transhumance. — La Mesta. — Le Tage et ses poètes. — La Cuesta del Carmel. — Le Cristo de la Luz. — La machine hydraulique de Jualino Turriano. — Le Zocodover. — Vieux palais et anciennes synagogues. — Les Juifs de Tolède. — Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. — Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. — Les pupilles de l'évêque Siliceo. — Santo Tomé et l'œuvre du Greco. — La mosquée de Tolède et la reine Constance. — Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. — Ses transformations et adjonctions. — Souvenirs de las Navas. — Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique est son exécutrice testamentaire. — Ximénès. — Le rite mozarabe. — Alvaro de Luda. — Le porte-bannière d'Isabelle à la bataille de Toro. 589

III. — Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les chroniques. — San Juan de los Reyes. — L'hôpital de Santa Cruz. — Les Sœurs de Saint-Vincent de Paul. — Les portraits fameux de l'Université. — L'ange et la peste. — Sainte-Léocadie. — El Cristo de la Vega. — Le soleil couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. — Les «cigarrales». — Le pont San Martino et son architecte. — Dévouement conjugal. — L'inscription de l'Hôtel de Ville. — Cordoue, l'Athènes de l'Occident. — Sa mosquée. — Ses fils les plus illustres. — Gonzalve de Cordoue. — Les comptes du Gran Capitan. — Juan de Mena. — Doña Maria de Parèdes. — L'industrie des cuirs repoussés et dorés. 613

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.—22e LIV. No 22.—3 Juin 1905.

LUGANO: LES QUAIS OFFRENT AUX TOURISTES UNE MERVEILLEUSE PROMENADE.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES
Par M. GERSPACH.

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. — Un peu d'histoire et de géographie. — La cathédrale de Saint-Laurent. — L'église Sainte-Marie-des-Anges. — Lugano, la ville des fresques. — L'œuvre du Luini. — Procédés employés pour le transfert des fresques.

PORTE DE LA CATHÉDRALE SAINT-LAURENT DE LUGANO (page [256]).—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

Tous les lacs de la Suisse italienne et de la Haute-Italie sont charmants; ils séduisent surtout lorsqu'on descend des montagnes du Nord, mais pour les apprécier, il ne faut pas les traverser à la hâte, il faut y séjourner.

Si le lac de Lugano ne peut rivaliser par l'ampleur avec les lacs Majeur, de Côme et de Garde, il a sur ses voisins l'avantage d'offrir, pour un séjour prolongé, des ressources qu'on ne trouve pas, au même degré, sur les autres rivages de la région. J'ai demeuré à Pallanza au lac Majeur, à Bellagio, Cadenabbia, Menaggio au lac de Côme, à Riva au lac de Garde; tout en appréciant la beauté de ces contrées, c'est à Lugano que je me sens le plus à l'aise. C'est qu'ici on est à la fois à la ville et à la campagne, et chacun, selon son goût, peut y trouver son compte.

L'air est exempt d'humidité, pur et clair. Les horizons lointains sont par moments baignés d'une teinte bleutée qui rappelle les vallées de l'Arno et du Tibre. Au fond, ce sont toujours les pics caractérisés des Alpes; plus près, les montagnes s'adoucissent, et par leurs profils se rapprochent des lignes harmonieuses des Apennins.

L'eau du lac est limpide, avec des reflets verdâtres dus au voisinage des montagnes boisées. «Elle sourit et invite au bain», selon l'expression de Schiller dans sa tragédie de Guillaume Tell. Le lac est étroit et par suite, intime, ce qui ne l'empêche pas d'avoir, comme ses voisins, ses heures de méchante humeur.

La cité avec ses rues en portiques, ses magasins ouverts, ses déballages en plein air, sa population paisible et sympathique, présente l'aspect d'une petite ville italienne.

Le municipe a eu le bon esprit de la laisser intacte et de tracer des quartiers nouveaux en dehors, du côté de Castagnola, et surtout au Paradiso, délicieux endroit de villas et d'hôtels, entourés de jardins avec terrasses sur l'eau.

Le touriste fatigué se promène sur les quais, dans les environs immédiats, ombragés de châtaigniers, et dans les parcs dont la flore fait de véritables jardins botaniques. D'autres gravissent, sans beaucoup de peine, du reste, les montagnes qui plongent à pic dans le lac, ou suivent les sentiers côtoyant les rives.

La situation de Lugano est très favorable aux excursions faciles. Par le bateau et le chemin de fer, on est à de petites distances des lacs Majeur et de Côme, du mont Salvatore et du mont Generoso, desservis par des funiculaires, et d'où la vue s'étend sur les lacs, la Lombardie et la chaîne des Alpes.

Sur les bords mêmes du lac, les villages Gandria, Morcote, Melide, Osteno, offrent des promenades charmantes. Campione est à recommander particulièrement à cause de ses fresques du XIVe, du XVe et du XVIe siècle.

Lugano a une bibliothèque publique bien fournie de documents sur la région et conduite avec intelligence et bienveillance par l'érudit chanoine Pietro Vegezzi.

La cité possède des œuvres d'art remarquables, très négligées par les administrations dont elles dépendent; il faut le dire nettement, l'heureuse tendance, qui se manifeste en Suisse pour la conservation des œuvres d'art, n'a pas pénétré dans le canton du Tessin.

Soleure, Neuchâtel, Genève, Fribourg ont des musées. Berne a un musée des Arts et un musée historique. Le musée fédéral de Zurich a été doté, en 1896, d'une magnifique tapisserie des Gobelins, achetée au prix de 100 000 francs, en vente publique à Paris; elle a un intérêt spécial pour la Suisse, représentant le Renouvellement d'alliance entre la France et les Suisses, fuit dans l'église de Notre-Dame de Paris avec les ambassadeurs des XIII Cantons et de leurs alliés, le XVIII novembre MDCLXIII. La pièce fait partie de la célèbre suite: l'Histoire du Roi, d'après les modèles de Lebrun, tissée aux Gobelins au XVIIe siècle. En outre de son musée municipal de peinture, Bâle a organisé, dans l'ancien couvent des Cordeliers, un musée historique. Il est visité annuellement par vingt-cinq ou trente mille personnes, dont la moitié seulement est payante.

La Suisse, en ce qui concerne la taxe d'entrée dans les musées, a suivi l'excellent exemple de l'Italie; il y a des jours payants et des jours gratuits, et de plus, on délivre aux artistes et aux élèves des cartes gratuites permanentes. Les recettes sont plus que suffisantes pour couvrir les frais généraux, et déjà, en certains cas, elles ont facilité des acquisitions.

En Italie, les musées civiques ou municipaux—les deux expressions sont synonymes—se multiplient, grâce à une organisation bien simple; déjà ils atteignent le nombre de cent soixante au moins. Le municipe, qui veut fonder un musée, n'a simplement qu'à aménager un local et à déléguer un citoyen de bonne volonté pour remplir les fonctions de conservateur. Sans dépenses d'achat, mais avec une propagande habile, le musée se forme petit à petit. Les dons, les legs, les dépôts à titre temporaire, arrivent peu à peu; on accepte tout, sans y regarder de trop près: objets d'art, d'archéologie, monnaies, médailles, costumes, livres, manuscrits, souvenirs historiques, etc.; plus le musée reçoit, plus la générosité est excitée.

LE LAC DE LUGANO DONT LES DEUX BRAS ENSERRENT LE PROMONTOIRE DE SAN SALVATORE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Lugano est en bonne situation pour une semblable création; aussi, un palais servant de musée, de bibliothèque et d'institut est en construction. La statistique ayant toujours le droit de figurer dans un récit de voyage, voici quelques chiffres approximatifs:

Population fixe de Lugano6 500
Nombre de voyageurs du chemin de fer, au départ par an200 000
Nombre de personnes en bateaux:à l'arrivée126 000
— —au départ129 000

LA VILLE DE LUGANO DESCEND EN AMPHITHÉÂTRE JUSQU'AUX RIVES DE SON LAC.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

Ce sont des chiffres qui permettraient d'espérer le succès d'un musée.

La longueur totale du lac est de 50 kil. 300 mètres; son altitude est de 272 mètres; sa profondeur moyenne de 279 mètres; sa plus grande largeur de 3 000 mètres. Il appartient à la Suisse et à l'Italie; mais la Suisse possède la partie la plus grande et la plus importante. Des quatre grands lacs de la région, le lac de Côme seul est entièrement italien, eaux et rives. La Suisse a le coin du lac Majeur où est Locarno, et à l'Autriche appartient, au nord du lac de Garde, la ville de Riva et quelques kilomètres de rivage autour. Il y a là une chose assez particulière: l'Autriche possède la terre, mais l'eau qui la baigne est italienne; on est en Autriche tant qu'on touche le sol, dès qu'on met le pied sur un bateau ou qu'on prend un bain, on est en Italie.

Il s'ensuit que, même sur le lac de Côme, où la frontière est dans les montagnes voisines, la douane italienne a fort à faire pour empêcher la contrebande par eau. À cet effet, l'Italie a une organisation de douaniers lacustres; ils voyagent sur les bateaux à voyageurs, surveillent les rives et montent des torpilleurs déclassés de la marine de guerre. Ces petits navires restent à l'ancre dans la journée, mais le soir venu, ils chauffent et parcourent les eaux italiennes, lançant au loin des projections électriques, pour tâcher de découvrir les barques des contrebandiers qui en silence se glissent le long du rivage.

Lugano était occupée par les Romains, mais ils n'y ont laissé que quelques traces sans intérêt. On veut trouver un indice de l'occupation dans l'écusson de la cité formé par une croix et les quatre lettres L.V.G.A. qui peuvent, paraît-il, se traduire par Legio Quinta Gauni Auxiliaris. Gauni était l'ancien nom du lac; il a été ensuite appelé Ceresio, puis Lugano.

Qu'il y ait eu là un dépôt de troupes auxiliaires, c'est fort possible, vu la position stratégique; cependant, c'est peut-être aller un peu loin que d'admettre que le souvenir de la légion s'est perpétué dans l'écusson, alors que les lettres L.V.G.A. pourraient fort bien n'être que les deux premières syllabes du mot Lugano.

Pendant le Moyen Âge, Lugano, avec une partie du territoire dénommé le Tessin, fut conquise successivement par les seigneurs de Côme et ceux de Milan. En 1516, le duc Maximilien Sforza la céda aux Suisses, mais elle ne fut pas admise au rang de canton; le pays fut administré par des baillis qui la menèrent d'une façon parfois trop sévère; malgré ces vexations, les habitants, quoique de race italienne, restèrent toujours fidèles à la Suisse.

En 1798 seulement, le territoire fut déclaré indépendant; on le divisa en deux cantons, celui de Bellinzona et celui de Lugano. En 1803, les deux cantons furent réunis en un seul, sous le nom de Tessin. Le canton avait trois capitales: Bellinzona, Lugano et Locarno; l'administration se transportait successivement dans ces trois localités, ce qui n'était pas bien commode pour les affaires. Depuis 1886, Bellinzona est capitale unique.

La Suisse n'a que trois évêchés: Bâle-Soleure, Genève et Fribourg. À Coire, Sion, Saint-Gall et Lugano, la juridiction est exercée par des administrateurs apostoliques. Depuis 1886, les prélats qui ont cette charge à Lugano ont été des évêques in partibus.

Lugano, au début du XIXe siècle, avait 3 000 habitants et six couvents; les couvents ont été supprimés on 1848, mais les églises ont été en grande partie conservées.

La cathédrale de Saint-Laurent est située sur la hauteur; on diffère sur l'époque de sa fondation. Le savant chanoine Pietro Vegezzi, bibliothécaire de Lugano, est en désaccord avec l'opinion généralement admise. Il met la fondation en 1476 et ne la donne pas au célèbre Bramante. La façade de marbre est fort simple: elle est décorée de demi-figures de prophètes en relief et de médaillons d'apôtres et de saints; la porte est entourée d'arabesques d'une grande élégance. Toute cette sculpture a été jusqu'à présent attribuée à Tommaso Rodari (1487-1526), dont les ouvrages à la cathédrale de Côme sont célèbres. M. l'abbé Vegezzi les donne à Niccolo Corti da Corti, né à Pregazona près de Lugano; il s'appuie sur des documents très sérieux. Il attribue, par analogie de style et de facture, à cet artiste les arabesques sculptées, si remarquées, de la chapelle de Saint-Jean au dôme de Gênes.

Le bibliothécaire de Lugano a publié un ouvrage à l'occasion de l'Exposition historique, qui a eu lieu à Lugano en 1898, pour le centième anniversaire de l'Indépendance; il contient des renseignements très intéressants sur la contrée. C'est toujours avec plaisir qu'on voit les érudits se livrer à des travaux particuliers à leur pays[1], au lieu de s'abandonner à de faciles élucubrations générales sur l'esthétique et la philosophie de l'Art.

LUGANO: FAUBOURG DE CASTAGNOLA.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

L'intérieur de Saint-Laurent a été complètement modifié; le luxe à envahi le sanctuaire; on y remarque une Lapidation de saint Étienne, par Mazzuchelli, dit Il Morazzoa (1571-1626), assez bon ouvrage de décadence.

Mais à Lugano, c'est le peintre Luini et l'église Sainte-Marie-des-Anges qui règnent en souverains, et tout s'efface devant eux.

L'église, située sur le quai, n'a pas d'apparence; sa façade, comme tant d'autres en Italie, n'a jamais été faite. Elle tient son origine d'une chapelle dédiée à saint Gothard, où, en 1473 déjà, officiaient des franciscains; ce n'était pas, il s'en faut, le plus ancien couvent de Lugano, car dès 1222, il y avait dans la localité un hôpital desservi par des moines; et peut-être cet établissement n'était-il pas le premier en date.

L'église de Sainte-Marie-des-Anges actuelle a été commencée en 1499, con procession e trombo del borgo, dit un manuscrit contemporain. En 1503, l'église était terminée con tutte le pitture che oggi vi si trovano, dit un document de 1507.

LA CATHÉDRALE DE SAINT-LAURENT: SA FAÇADE EST DÉCORÉE DE FIGURES DE PROPHÈTES ET DE MÉDAILLONS D'APÔTRES (page [256]).—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

À côté de l'église, était un hospice transformé en couvent en 1525; il avait une foresteria, selon l'usage italien, quartier où pouvaient demeurer les étrangers, attirés dès lors à Lugano par la beauté du site. Supprimé une première fois en 1810, puis rétabli, le couvent fut définitivement abandonné en 1848, et son église changée en magasin; mais, depuis, elle a été rendue au culte.

L'architecture intérieure du sanctuaire est très simple. Un jubé, qui s'élève jusqu'au faîte, sépare la nef du chœur; au bas, il est percé de trois ouvertures. À droite de la nef, il y a trois chapelles; à gauche, un mur droit. Derrière l'autel majeur, une abside qui commence par un mur droit et finit en forme hémisphérique.

Sauf pour les fresques du jubé, nous n'avons aucun renseignement; les photographes ont, grâce à Luini, négligé les autres peintures, et personne jusqu'à présent n'a songé à les dessiner, quoiqu'elles le méritent grandement.

Les plus anciennes, dont il est fait mention dans le document de 1507, me paraissent être sous les voûtes du jubé. L'une montre saint François et un évêque; l'autre est un tableau d'histoire: au fond, on voit une grande ville avec des églises et des fortifications; en avant, saint Jean avec saint Laurent, entourés d'un peuple nombreux, debout ou à genoux; au premier plan, un jeune enfant malade gît sur un lit. On est d'accord à Lugano pour admettre que la scène est l'épisode d'une peste. Les pestes ont été nombreuses dans la localité; dans les seize dernières années du XVe siècle, il y en a eu trois; c'est à ces épidémies qu'il faut attribuer la vénération dont saint Roch est l'objet.

On sait que le saint, né à Montpellier vers 1295, abandonna sa fortune pour aller en Italie soigner les pestiférés, et qu'en route il exerça sa mission; il a certainement passé par Lugano; arrivé à Plaisance, il fut pris du mal, et pour ne pas le communiquer à d'autres, il alla se réfugier dans une grotte. Un chien, dont il est de mode de se moquer aujourd'hui, le découvrit: le saint guérit et s'en fut à Rome. Il revint dans son pays natal, fut pris pour un espion et jeté dans une prison, où il mourut en 1327. Lugano a conservé le souvenir de saint Roch, car son effigie se trouve dans presque toutes les églises.

Le peintre de l'arc sous le jubé était habile; il connaissait bien la perspective et a représenté la scène avec émotion. La fresque n'a pas été retouchée, mais elle est abîmée au bas par le frottement; non seulement on n'a rien fait pour la protéger, mais elle a été pourvue de barres et de crochets en fer destinés à retenir des étoffes et d'autres objets!

Il est fort probable que les trois chapelles de la nef étaient peintes à fresque; dans les deux premières, les parois ont été mises à neuf, et il n'y a aucune trace des anciennes peintures. Dans la troisième, dite l'Immacolata, nous sommes en présence des restes d'une décoration qui s'étendait sur toutes les surfaces de la chapelle: sur la gauche, on a jadis percé une fenêtre, sans égard pour la peinture qui tout entière fut cachée sous un badigeon de chaux.

Je ne sais à quelle époque le badigeon a été ordonné, mais je n'en fais pas un crime aux moines; au XVIe siècle, il fut de bon goût de mépriser les peintures des siècles antérieurs. Jules II, dont le pontificat eut lieu de 1503 à 1513, fit gratter dans les chambres du Vatican les fresques de Signorelli et du Pérugin. Lors de son voyage en Italie en 1739, le spirituel et érudit Charles Debrosse écrit que Giotto est tout au plus capable de peindre un jeu de paume! En Italie, le badigeon était entré dans les coutumes, et bien heureux encore lorsqu'on s'est contenté d'un lait de chaux et qu'on n'a pas raclé les peintures.

La réaction contre ce vandalisme fut lente à venir. Elle apparut en Italie vers 1820, et se fit jour à Lugano soixante-dix ans plus tard.

La chapelle de l'Immacolata était, en 1902, concédée à la confrérie du Rosaire. Sans consulter le municipe qui est propriétaire de l'église, et au moins par courtoisie, l'évêque administrateur apostolique du Tessin, la confrérie a décidé l'enlèvement du lait de chaux qui cache les fresques; elle confia le travail à un ouvrier qui, pour faire sauter la pellicule de chaux, frappa à coups de marteau comme s'il avait eu à rustiquer une dalle de pierre.

De là un désastre. Il eût été facile de l'éviter en confiant le travail à un opérateur de profession, et il n'en manque pas de très habiles en Italie.

Je ne puis rien dire de positif de la coloration primitive des peintures, car elles sont ternies par les traces de chaux; fort probablement elles étaient d'un ton clair peu accentué. La composition est excellente, bien comprise et d'un bon dessin. Elle montre comme sujets principaux: la Présentation au Temple, l'Adoration des Rois Mages, la Fuite en Égypte sous l'escorte de deux anges; un autre sujet ne peut être déterminé, étant rompu par le percement de la fenêtre.

Le peintre est inconnu; la tradition veut que ce soit Bartolomeo Suardi, dit Bramantino, architecte et peintre; les dates de sa naissance et de sa mort sont douteuses; on sait qu'il travaillait déjà en 1491 et encore en 1529. Je me suis convaincu que l'hypothèse était très vraisemblable, d'abord par une autre peinture et ensuite par diverses comparaisons.

Sur l'un des murs droits de l'abside, sont peintes à fresque en chiaro oscuro, camaïeu, la Présentation au Temple et le Mariage de la Vierge; les compositions sont dans la manière traditionnelle; l'ensemble est un peu froid; c'est la faute des sujets. J'ai trouvé des ressemblances entre ces peintures et celles de l'Immacolata, mais le rapprochement ne prouvait pas que j'avais affaire au Bramantino.

En quittant Lugano, après un long séjour, je me suis arrêté, comme d'habitude, à Milan et je me suis mis en quête du Bramantino; il a des peintures à l'Ambrosienne, à Brera et dans diverses églises. Par fortune, j'ai observé de lui, au musée civique du Castello Sforzesco, une fresque détachée, provenant de l'église Santa Maria del Giardino et représentant Le Christ et la Madeleine. L'analogie avec Lugano est frappante: même dessin, même aspect, mêmes attitudes calmes, mêmes couleurs de camaïeu; aussi, sans hésiter, j'attribue au Bramantino les peintures de l'Immacolata et celle de l'abside de Sainte-Marie-des-Anges.

Les fresques de l'abside ont été débarrassées du lait de chaux en 1892, avec soin et habileté, ce qui rend encore plus inepte le vandalisme de l'Immacolata. Un érudit, M. Rahn, assure que sur le mur qui fait face à la Présentation au Temple, il y a eu d'autres fresques, notamment l'Ensevelissement de la Vierge, dont il reste quelques traces. C'est fort probable; je n'ai rien vu, cette paroi étant recouverte par des tableaux qu'il n'a pas été en mon pouvoir de faire déplacer.

SAINT-ROCH: DÉTAIL DE LA FRESQUE DE LUINI À SAINTE-MARIE-DES-ANGES.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

J'arrive maintenant à Luini. Il est étrange que de ce peintre, qui a laissé tant de travaux en Lombardie, on ne connaisse ni le nom réel, ni les dates de naissance et de mort.

On le nomme Lupino, Luino, Luini, toujours avec le prénom Bernardino; Luini a prévalu. On pense qu'il a pu naître de 1470 à 1480 et qu'il est mort après 1533. Selon une poésie éditée à Milan en 1587, il aurait eu trois fils: Evangelista, Pietro et Aurelio, tous trois peintres. Aurelio était de plus poète et musicien; il est mort en 1593, âgé de soixante-trois ans.

LA PASSION: FRESQUE DE LUINI À L'ÉGLISE SAINTE-MARIE-DES-ANGES (page [260]).—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

La Passion peinte par Luini sur le jubé de l'église Sainte-Marie-des-Anges est célèbre; à mon avis, ce n'est pas son meilleur ouvrage. La composition est trop touffue; la couleur locale tire sur le jaune d'une façon très voulue et peu agréable.

Mais si on considère les scènes séparément, on en trouvera d'admirables—le mot n'est pas exagéré—tels le groupe des saintes femmes et la figure de saint Jean qui, une main sur le cœur, fait son vœu au Sauveur. Bien d'autres motifs gagneraient beaucoup a être isolés; dans cet ensemble d'une centaine de figures, ils sont comme perdus.

On pense que Luini n'a mis que trois ans au plus à cet ouvrage, daté de 1529; c'est bien peu, et je suis tenté de croire qu'il a eu des aides; je voudrais que les deux grandes figures dans les écoinçons fussent d'un collaborateur: le saint Sébastien est lourd et rondillard, et si saint Roch, a un beau visage, sa pose théâtrale n'est pas celle d'un saint qui a consacré sa vie à l'humanité souffrante.

Du couvent voisin, on a transporté à l'église la Cène de Luini; la fresque est restée sur son enduit. Elle n'a rien de particulier avec beaucoup d'autres scènes; elle a ce défaut que plusieurs apôtres, au lieu d'être attentifs aux paroles du maître, sont distraits au point que leurs voisins croient nécessaire de leur rappeler, l'acte solennel qui s'accomplit.

Une Madone avec l'Enfant et saint Jean, également apportée du couvent, est une œuvre exquise de tendresse et de sympathie maternelle.

SAINT SÉBASTIEN: DÉTAIL DE LA GRANDE FRESQUE DE LUINI À SAINTE-MARIE-DES-ANGES.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

Les piliers des chapelles étaient peints à fresque, sans doute par Luini; il ne reste qu'une fresque montrant saint François et saint Bernardin; les autres ont été grattées; l'une a été recouverte en 1851 d'une plaque funéraire!

Lugano, de plus, conserve de Luini une fresque importante, non dans un édifice public, mais dans la villa Vedani, située près de l'église Saint-Roch. Lors de la suppression du couvent, on mit en vente les terrains et les immeubles d'une communauté de Franciscains; l'acquéreur eut la bonne fortune de se trouver ainsi en possession d'une Crucifixion de Luini; il la fit détacher de la muraille avec son enduit, et transporter dans le salon de sa villa, où elle est l'objet de soins particuliers.

Le Sauveur, dal vero, de grandeur naturelle, est en croix. À ses côtés sont deux anges ailés, debout: l'un tient le calice destiné à recueillir le sang, l'autre le bâton muni de l'éponge. Plus loin et sur le même plan, à droite du crucifix, la Madone, les mains jointes; à gauche saint Jean. Jésus-Christ est d'un très beau sentiment ainsi que les deux saints. Les anges sont d'une qualité inférieure et pourraient bien être d'une autre main. La fresque est sans retouches; elle a subi quelques avaries, mais l'ensemble n'en souffre pas trop. C'est une peinture excellente. J'ai dit que le personnage à gauche était saint Jean, d'autres écrivains y ont vu sainte Véronique; ils n'ont pas remarqué une légère barbe qui occupe le bas du visage.

Sur les motifs de la venue de Luini à Lugano, deux légendes ont cours, et la première présente une double variante.

Il aimait une jeune fille à Monza; pour la soustraire à sa recherche, la famille prit la résolution de l'emmener dans un couvent de Lugano; Luini la suivit, et c'est ainsi que Sainte-Marie-des-Anges eut sa fresque. La variante veut que Luini était à Lugano en train de peindre une fresque dans un couvent; il vit une jeune nonne, l'aima, s'en fit aimer et la décida à la fuite. La religieuse prit des habits d'homme et s'en fut avec le peintre; elle vécut avec lui, préparant ses couleurs, nettoyant ses pinceaux, tout en rajeunissant son inspiration et son cœur.

LA MADONE, L'ENFANT JÉSUS ET SAINT JEAN, PAR LUINI, ÉGLISE SAINTE-MARIE-DES-ANGES (page [260]).—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

L'autre légende est d'un tout autre caractère. Luini était, paraît-il, irascible et prompt au couteau; il commit en Italie un fatto di sangue, comme l'on dit ici, et, pour éviter les poursuites, il se réfugia en Suisse, ce qui a donné naissance à un dicton répandu dans le Tessin: «Il est dommage que Luini n'ait pas assassiné douze prieurs car, en ce cas, il y aurait par le monde douze chefs-d'œuvre comme la Passion de l'église de Lugano.» Je n'ai pas de motifs pour choisir entre ces histoires peut-être vraies toutes les deux.

Luini est un grand peintre, ce ne peut être contesté, mais il ne faut pas exagérer son mérite comme l'a fait Paul Delaroche, à Milan, en présence du Mariage mystique de sainte Catherine: «Il a atteint, a-t-il dit, le point culminant de l'esthétique, et cette peinture est descendue du ciel.» Si Luini n'a pas atteint Léonard de Vinci dans la grandeur de ses compositions, il a souvent animé ses figures d'une douceur idéale et d'un sentiment profond et vrai.

Lugano possède d'autres églises; elles contiennent des peintures honorables pour l'époque où elles ont été exécutées, notamment par Casella et Discipili, dit Zoppo da Lugano; elles sont du XVIIe siècle, c'est-à-dire d'un temps où l'émotion avait depuis longtemps cédé la place au maniérisme. Mais enfin il faut voir l'intention; les dispensateurs ont voulu honorer les saints personnages, saint Roch en particulier, et décorer les sanctuaires; ils ont fait de leur mieux.

Lugano a une prédilection pour le sculpteur Vela (Vincent), né en 1822 dans le Tessin, à Lingarnetto. Sur le quai, on a de lui un Guillaume Tell, médiocre ouvrage de jeunesse, mais dans le parc de la villa Ciani, on trouve une fort belle Désolation, la meilleure figure peut-être de cet artiste très distingué.

Il avait envoyé à Paris, à l'Exposition universelle de 1867, je crois, un Napoléon expirant; la statue avait été très remarquée, et avec raison; c'était une œuvre d'émotion et de sentiment. Le Gouvernement français en fit l'acquisition pour le musée de Versailles.

Le municipe de Lugano a mis tous ses soins à l'embellissement de la cité, tout en conservant aux anciens quartiers leur caractère primitif, et à cet égard il faut le féliciter. Mais il ne mérite pas les mêmes éloges pour ce qui touche aux œuvres d'art; il y a là une insouciance et une négligence des plus regrettables.

J'ignore s'il existe en Suisse une législation fédérale ou cantonale sur la conservation des œuvres d'art, mais il est hors de doute que la commune a la responsabilité des édifices qui lui appartiennent. Comment dès lors expliquer l'état lamentable de l'église de Sainte-Marie-des-Anges?

De ce que la chapelle de l'Immacolata a été concédée a une congrégation religieuse, il ne s'ensuit pas, pour cette congrégation, le droit de massacrer les belles fresques qui la décoraient, et cependant le municipe a laissé faire.

On tolère que le sacristain de l'église cache sous un voile la remarquable fresque de Luini, la Madone, l'Enfant Jésus et saint Jean Baptiste, et ne la montre que moyennant une rétribution, alors cependant que la peinture est hors d'atteinte des rayons du soleil. On laisse planter des clous sur les fresques des voûtes du jubé. On a permis à des particuliers de poser des plaques de marbre contre les piliers de l'église peints de fresques. On a vendu un couvent sans avoir l'idée de réserver la Crucifixion de Luini. C'est déplorable. Nombre de citoyens de Lugano le reconnaissent. Sur leurs réclamations, on a nommé une commission, mais on attend toujours qu'elle remplisse son mandat. L'administrateur apostolique du Tessin ne peut être mis en cause, car il n'a aucun droit sur Sainte-Marie-des-Anges, édifice municipal.

Lorsqu'un pays est particulièrement favorisé par la nature et que, de plus, il a la fortune de posséder, comme Lugano, des œuvres d'art remarquables, n'est-il pas de son devoir strict de veiller avec sollicitude sur un tel patrimoine légué par les ancêtres?

Et Lugano n'avait en ceci qu'à suivre l'exemple d'une localité voisine de cinq cents habitants, Campione, située sur le bord du lac, à quelques minutes en bateau à vapeur.

Campione est une enclave italienne dans le territoire helvétique. Elle date des Romains; au VIIIe siècle, par suite de dons, elle devint la propriété de la basilique de Saint-Ambroise de Milan. Elle était gouvernée par un vicaire délégué de l'abbé de Saint-Ambroise, assisté par deux consuls nommés par le peuple; les consuls désignaient des employés; en tout il y avait dix fonctionnaires pour une population d'environ 400 personnes. Ce petit peuple était heureux. «L'air à Campione, écrit un vicaire, est tempéré, les collines fructifères, les vins généreux, les femmes belles et pudiques, les hommes d'un caractère gai et entreprenant.» Campione avait un traité avec Lugano qui se chargeait de la police de la localité; en revanche, Campione fournissait à Lugano deux soldats en temps de guerre.

Chose extrêmement remarquable, Campione a donné naissance, depuis le XIVe siècle, à des architectes très distingués; Fusina, Frisone, Solari, et leurs familles, maestri campionesi, ont créé les principaux édifices de la haute Italie, notamment les dômes de Monza et de Milan. Elle resta cité ambrosienne jusqu'en 1797, année où elle fut incorporée à la République cisalpine; depuis lors, elle a suivi le sort de la Lombardie. De son ancienne situation, Campione a conservé le privilège très appréciable de jouir de la liberté du commerce du tabac et du sel qui sont, en Italie, monopolisés par l'État. Étant cité monacale, elle fut pourvue de plusieurs églises ou oratoires; le sanctuaire dédié à l'Annonciation, qui porte aussi le nom poétique de chapelle de la Madone-des-Hirondelles, est le plus intéressant de ces édifices.

Vers la fin du XIVe siècle, l'intérieur en fut décoré de fresques. Selon la stupide coutume de l'époque dite de la Renaissance, les peintures furent recouvertes d'un lait de chaux; elle restèrent ainsi jusque de notre temps où un intelligent municipe les fit débarrasser de ce linceul; alors apparurent, sans éraflures, divers épisodes de la vie de la Vierge, de la vie de saint Jean et de la vie agricole; l'auteur inconnu de ces peintures était expert dans la fresque et bon observateur de la nature. Les mouvements des personnages sont justes, bien qu'un peu brusques; l'expression des visages est conforme à l'action; les scènes sont claires et sans confusion. L'artiste,—car c'en est un,—paraît avoir étudié Giotto (+1337), dont il a pris les sertis; il s'est souvenu également des yeux en amande, des cheveux en longues tresses serrées et des robes solaires affectionnées par Lippo Memmi (+1357).

Le sanctuaire de la Madone des Hirondelles est entouré de portiques, dont une partie est peinte de fresques. J'ai relevé là trois dates: 1400, 1473, 1514.

LA CÈNE: FRESQUE DE LUINI À L'ÉGLISE SAINTE-MARIE-DES-ANGES (page [260]).

La fresque de 1400 représente le Jugement dernier; la composition est banale, mais enfin elle est admissible. La zone inférieure, qui montre les supplices des damnés, est repoussante de réalisme et d'obscénité; à première vue, on sent que deux peintres ont travaillé là; une inscription, du reste, en témoigne. Elle apprend que maître Lanfranco et son fils Filippo de Veris ont été en 1400 chargés de ce travail par les écoliers de Sainte-Marie-des-Hirondelles et d'autres personnes de Campione; ces deux peintres sont absolument inconnus.

LUGANO: LE QUAI ET LE FAUBOURG PARADISO.—PHOTOGRAPHIE ALINARI.

La date de 1473 est sur une délicieuse petite fresque, l'Annonciation, traitée dans la manière toscane.

L'année 1514 est inscrite sur une grande; je la crois du Bramantino; elle représente Adam et Ève chassés du paradis terrestre; elle était sous le portique du nord; on craignit sans doute pour sa conservation et on la fit détacher, malgré sa grande dimension, et transporter sur le mur du portique du sud. La crainte, à mon sens, a été très exagérée, car, dans ce même Campione, on voit sur l'ancien palais ambrosien, une figure à fresque de saint Ambroise, peinte en 1620, et restée en très bon état.

Maintenant, je crois utile d'expliquer, sans entrer dans trop de détails techniques, les procédés employés pour transporter une fresque d'un endroit dans un autre et pour la débarrasser du lait de chaux. Ces procédés, en effet, sont, en général, fort peu connus dans les pays où les fresques sont très rares. En France, on trouve sous la plume de plusieurs professionnels, même académiciens, un singulier abus du mot fresque; on lit, par exemple, les fresques de Puvis de Chavannes au Panthéon et à la Sorbonne. Or les peintures de Paris ne sont nullement, comme la fresque, exécutées en place sur un enduit frais appliqué contre la muraille, mais peintes à l'atelier, sur toile et à l'huile, et ensuite posées contre les murs, par marouflage.

Par suite de circonstances diverses, on peut se trouver dans la nécessité de déplacer une fresque. Lorsque le mur sur laquelle elle est peinte peut être démoli, l'opération du déplacement est relativement facile; il suffit alors de scier le mur avec précaution, après avoir garanti la peinture au moyen d'un parquet de bois capitonné. Mais lorsque la muraille doit rester en place, la chose est plus compliquée.

En ce cas, on peut employer plusieurs procédés. Le plus ancien remonte à deux siècles environ; c'est la méthode de l'entoilage. Elle consiste à appliquer sur la fresque des bandes de coton imbibées de colle; elles ont pour fonction de détacher de l'enduit la pellicule de couleur et de la fixer contre les bandes. Après siccité, ou recouvre les bandes d'une toile, on enlève l'appareil et, par renversement, on reconstitue la fresque sur la nouvelle place qu'elle doit occuper. L'opération est extrêmement délicate; elle peut manquer à cause de la composition de la colle et parce que certaines couleurs résistent à son action; en ce cas, l'opérateur n'hésite pas à retoucher à la main les parties mal venues.

Pour mon compte, je ne connais pas une seule fresque enlevée par entoilage qui n'ait subi des dommages, dont le moindre est un affaiblissement de coloration, tel que l'harmonie générale se trouve rompue. Les habiles praticiens italiens ont, depuis longtemps, reconnu les inconvénients de l'entoilage, et s'ils l'emploient encore, c'est par nécessité absolue; c'est un remède in extremis.

Le procédé en usage maintenant consiste à enlever la fresque avec son enduit; je ne puis pas entrer ici dans les détails d'une opération difficile, qui exige une habileté et une pratique consommées, mais je puis affirmer, pour l'avoir constaté avant et après l'enlèvement, que le travail, lorsqu'il est bien mené, laisse la fresque absolument telle qu'elle était, avec ses colorations et sans la moindre éraflure.

Le transport d'une fresque d'un endroit dans un autre est beaucoup plus rare que la levée du badigeon de lait de chaux, depuis que les peintures des XIVe et XVe siècles ont reconquis la faveur. Bien des systèmes ont été préconisés: application de toile ou de papier mouillé; contact de pastilles de cire et de térébenthine; percussion au moyen d'un petit marteau, etc., etc. Le procédé généralement employé est le suivant.

L'opérateur introduit, entre la pellicule de couleur et la pellicule de chaux, un instrument plat, très mince, de la forme d'une truelle, d'une spatule ou d'un couteau à palette, plus ou moins courbé et long. En manœuvrant avec une grande légèreté de main et de minutieuses précautions, le praticien arrive à détacher le gros de la couche de lait de chaux; puis il recommence avec des outils plus fins pour enlever les petites parcelles de chaux, logées de ci de là dans la peinture, l'enduit frais posé par le maçon n'étant pas toujours parfaitement lisse et des fissures ayant pu se former.

L'opération est tellement délicate et elle varie à ce point, selon les conditions où se trouve la fresque, que même le praticien peut obtenir d'excellents résultats sur une fresque et échouer sur une autre. Mais malgré toute l'habileté du praticien, la fresque débarrassée du badigeon n'apparaît pas dans l'état où elle était avant d'avoir été recouverte. Après plusieurs siècles de contact, le lait de chaux s'est amalgamé avec la couleur, et même lorsque la pellicule de chaux est enlevée, il reste sur la fresque une sorte de buée blanchâtre. On a préconisé divers moyens de l'enlever: paraffine dissoute dans la benzine, eau claire, boulette de mie de pain; c'est la boulette seule qui a été adoptée par les opérateurs prudents. Certes, elle n'enlève pas toute la buée, mais elle en atténue les effets.

Jadis, on reprenait au pinceau les couleurs affaiblies; à présent, ou défend cette pratique et on a bien raison, car nombre de fresques ont perdu leur caractère par les retouches.

Retoucher une fresque? dira-t-on, c'est impossible. Mais pas du tout. Lorsqu'une fresque est terminée et sèche, le peintre peut la reprendre; seulement, au lieu d'employer exclusivement des couleurs à l'eau, ce qu'on nomme, en Italie, peinture à buono fresco, il sera obligé de travailler à tempera, siccité, c'est-à-dire avec des couleurs préparées à la colle à l'œuf ou avec d'autres matières agglutinatives; la tempera donne des effets moins harmonieux que le buono fresco et a l'inconvénient de déteindre à l'eau; on en évite l'emploi autant que possible.

Au surplus, je vous renvoie à Lugano, la ville des fresques, car rien ne vaut un séjour dans cette délicieuse petite ville pour apprécier la beauté de ce genre, dont les peintres italiens tirèrent de si grands effets.

Gerspach.

Lugano 1902.

LAC DE LUGANO: VIADUC DU CHEMIN DE FER DU SAINT-GOTHARD.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES GRAVURES ET CARTES

L'ÉTÉ AU KACHMIR
Par Mme F. MICHEL

En «rickshaw» sur la route du mont Abou. (D'après une photographie.) 1

L'éléphant du touriste à Djaïpour. 1

Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns du mont Abou. (D'après une photographie.) 2

Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi. (Dessin de Massias, d'après une photographie.) 3

Les «Karévas» ou plateaux alluviaux formés par les érosions du Djhilam. (D'après une photographie.) 4

«Ekkas» et «Tongas» sur la route du Kachmir: vue prise au relais de Rampour. (D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 5

Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam à Ouri. (D'après une photographie.) 6

Shèr-Garhi ou la «Maison du Lion», palais du Maharadja à Srinagar. (Photographie Bourne et Sheperd, à Calcutta.) 7

L'entrée du Tchinar-Bagh, ou Bois des Platanes, au-dessus de Srinagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 7

Ruines du temple de Brankoutri. (D'après une photographie.) 8

Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 9

Le quai de la Résidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 10

La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à Baramoula. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 11

Nos tentes à Lahore. (D'après une photographie.) 12

«Dounga» ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 13

Vichnou porté par Garouda, idole vénérée près du temple de Vidja-Broer (hauteur 1m 40.) 13

Enfants de bateliers jouant à cache-cache dans le creux d'un vieux platane. (D'après une photographie.) 14

Batelières du Kachmir décortiquant du riz, près d'une rangée de peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 15

Campement près de Palhallan: tentes et doungas. (D'après une photographie.) 16

Troisième pont de Srinagar et mosquée de Shah Hamadan; au fond, le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 17

Le temple inondé de Pandrethan. (D'après une photographie.) 18

Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 19

Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthan. (D'après une photographie.) 20

Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 21

Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din, à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 22

Le temple de Panyech: à gauche, un brahmane; à droite, un musulman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 23

Temple hindou moderne à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 24

Brahmanes en visite au Naga ou source sacrée de Valtongou. (D'après une photographie.) 25

Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosquée, à Houtamourou, près de Bhavan. 25

Temple ruiné, à Khotair. (D'après une photographie.) 26

Naga ou source sacrée de Kothair. (D'après une photographie.) 27

Ver-Nag: le bungalow au-dessus de la source. (D'après une photographie.) 28

Temple rustique de Voutanar. (D'après une photographie.) 29

Autel du temple de Voutanar et accessoires du culte. (D'après une photographie.) 30

Noce musulmane, à Rozlou: les musiciens et le fiancé. (D'après une photographie.) 31

Sacrifice bhramanique, à Bhavan. (D'après une photographie.) 31

Intérieur de temple de Martand: le repos des coolies employés au déblaiement. (D'après une photographie.) 32

Ruines de Martand: façade postérieure et vue latérale du temple. (D'après des photographies.) 33

Place du campement sous les platanes, à Bhavan. (D'après une photographie.) 34

La Ziarat de Zaïn-oud-Din, à Eichmakam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 35

Naga ou source sacrée de Brar, entre Bhavan et Eichmakar. (D'après une photographie.) 36

Maisons de bois, à Palgam. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 37

Palanquin et porteurs. 37

Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche miraculeuse. (D'après une photographie.) 38

Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la vallée du Lidar au-dessus de Palgam, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 39

Vallée d'Amarnath: vue prise de la grotte. (D'après une photographie.) 40

Pondjtarni et le camp des pèlerins: au fond, la passe du Mahagounas. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 41

Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et Zodji-Pal. (D'après une photographie.) 42

Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac Çecra-Nag. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43

Grotte d'Amarnath. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43

Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'après une photographie.) 44

Campement de Goudjars à Astan-Marg. (D'après une photographie.) 45

Le bain des pèlerins à Amarnath. (D'après une photographie.) 46

Pèlerins d'Amarnath: le Sadhou de Patiala; par derrière, des brahmanes, et à droite, des musulmans du Kachmir. (D'après une photographie.) 47

Mosquée de village au Kachmir. (D'après une photographie.) 48

Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 49

Mendiant musulman. (D'après une photographie.) 49

Le Brahma Sar et le camp des pèlerins au pied de l'Haramouk. (D'après une photographie.) 50

Lac Gangabal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 51

Le Noun-Kol, au pied de l'Haramouk, et le bain des pèlerins. (D'après une photographie.) 52

Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs «houkas» (pipes) et leur «hangri» (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 53

Temples ruinés à Vangath. (D'après une photographie.) 54

«Mêla» ou foire religieuse à Hazarat-Bal. (En haut, photographie par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 55

La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srinagar. (D'après une photographie.) 56

Nishat-Bagh et le bord oriental du lac de Srinagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 57

Le canal de Mar à Sridagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 58

La mosquée de Shah Hamadan à Srinagar (rive droite). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 59

Spécimens de l'art du Kachmir. (D'après une photographie.) 60

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
Par le docteur LAMY
Médecin-major des troupes coloniales.

La barre de Grand-Bassam nécessite un grand déploiement de force pour la mise à l'eau d'une pirogue. (D'après une photographie.) 61

Le féminisme à Adokoï: un médecin concurrent de l'auteur. (D'après une photographie.) 61

«Travail et Maternité» ou «Comment vivent les femmes de Petit-Alépé». (D'après une photographie.) 62

À Motéso: soins maternels. (D'après une photographie.) 63

Installation de notre campement dans une clairière débroussaillée. (D'après une photographie.) 64

Environs de Grand-Alépé: des hangars dans une palmeraie, et une douzaine de grands mortiers destinés à la préparation de l'huile de palme. (D'après une photographie.) 65