LES
DIABLES
NOIRS
DRAME EN QUATRE ACTES
PAR
VICTORIEN SARDOU
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS
RUE VIVIENNE, 2 BIS, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
M DCCC LXIV
LES
DIABLES NOIRS
DRAME
Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville,
le 28 novembre 1863
| DU MÊME AUTEUR |
| Nos Intimes! comédie en quatre actes. |
| Les Ganaches, comédie en quatre actes. |
| Les Pattes de mouche, comédie en trois actes. |
| Piccolino, comédie en trois actes. |
| La Perle noire, comédie en trois actes. |
| Les Femmes fortes, comédie en trois actes. |
| La Papillonne, comédie en trois actes. |
| Les Prés Saint-Gervais, comédie en deux actes. |
| M. Garat, comédie en deux actes. |
| L'Écureuil, comédie en un acte. |
| Les Gens nerveux, comédie en trois actes. |
| La Taverne, comédie en trois actes. |
| Les Premières armes de Figaro, comédie en trois actes. |
| Bataille d'amour, opéra-comique en trois actes. |
| LA PERLE NOIRE |
| ROMAN |
| Un volume grand in-18. |
Imprimerie L. TOINON et Cie, à Saint-Germain.
| GASTON DE CHAMPLIEU | MM. | Berton. |
| ROLAND | Félix. | |
| RENNEQUIN | Numa. | |
| TRICK | { | Parade. Ricquier. |
| PROFILET | Chaumont. | |
| CYPRIEN | Saint Germain. | |
| DUCROC | { | Munié. Colson. |
| HONORÉ | Bastien. | |
| JEANNE | Mmes | Fargueil. |
| SARAH | Francine Cellier. | |
| SYLVIE | Athalie Manvoy. |
La scène de nos jours, 1er acte, près de Dieppe; 2e, 3e et 4e actes, à Paris.
Toutes les indications sont prises de la gauche du spectateur; les changements sont indiqués par des renvois. Pour la mise en scène détaillée, s'adresser à M. Ricquier, régisseur au théâtre.
LES
DIABLES NOIRS
ACTE PREMIER
Un salon de vieux château. A gauche, premier plan, une petite porte, entre, bâillée, au deuxième plan, grande cheminée. Au fond, pan coupé, une porte qui conduit à la bibliothèque.—Porte d'entrée au milieu.—A droite, pan coupé, une fenêtre ouvrant sur la campagne et sur la mer, avec rideaux de soie fanés, comme le reste de la décoration.—Deuxième plan du même côté, une porte conduisant à l'appartement de Jeanne.—Une table-chaises, à gauche, premier plan.
SCÈNE PREMIÈRE
HONORÉ, SYLVIE, en Poletaise.
SYLVIE, à Honoré qui paraît au fond et qui ne sait de quel côté se diriger.
Eh bien, ici.
HONORÉ, sur le seuil, déposant à terre un sac de voyage.
Voilà un chien de pays où l'on monte! (Il descend en scène.)
SYLVIE, à la table.
Dame! sur les falaises! c'est aussi la beauté de l'endroit!
HONORÉ, se débarrassant de ses bagages.
Oui, c'est joli! et l'habitation aussi; parlons-en!
SYLVIE.
Regardez donc la vue! Est-ce beau? on voit la mer et Dieppe, tout là-bas!
HONORÉ, allant à la cheminée et s'asseyant.
J'aime mieux le boulevard! Fermez donc les portes au moins; je vais m'enrhumer. (Sylvie ferme la porte de la chambre à droite.) Et c'est vous qui gardez cette baraque de château?
SYLVIE.
Non, c'est mon père, qui tient aussi la ferme!
HONORÉ.
Je lui fais mon compliment! c'est bien entretenu ici!
SYLVIE, allant à la cheminée et ranimant le feu.
Dame! nous ne sommes pas chargés des réparations! Et le vent de la mer! pensez donc! ça fait du ravage dans une maison!... surtout quand on n'y est pas venu depuis trois ans! car, comprenez-vous que madame n'a pas paru ici depuis la mort de son mari?
HONORÉ.
Ah! oui! je le comprends!
SYLVIE, allant à la fenêtre et tâchant de l'ouvrir.
Sans compter qu'elle arrive au moment où on ne l'attend pas, je n'ai eu le temps de rien ranger.
HONORÉ.
Qu'est-ce que vous faites là?
SYLVIE, poussant la fenêtre qui ne s'ouvre pas facilement.
Eh bien, j'ouvre un peu pour donner de l'air, et ce n'est pas facile! ce bois est gonflé!... (Faisant un dernier effort.) Ça y est! (La fenêtre s'ouvre ainsi que la porte du fond.) Tiens! la poignée de cuivre est tombée! ah! la voilà! (Elle la ramasse à terre.)
HONORÉ.
C'est encore gentil! quel chenil!
SYLVIE, descendant en scène après avoir replacé le bouton à la serrure.
Bon! ça ira toujours bien comme ça pour aujourd'hui! Demain, on fera venir le serrurier!
HONORÉ.
Oui, et le médecin pour moi!
SYLVIE, riant.
Oh! bien! si toutes les personnes que madame amène avec elle sont aussi douillettes que vous! (Allant à lui.) Est-ce que vous venez beaucoup de monde?
HONORÉ.
Il y a madame; son oncle, M. Rennequin, un vieux qui taquine toujours tout le monde et qui se fâche après; ensuite deux cousins; tout ça des parents du défunt: et puis madame ou mademoiselle Sarah.
SYLVIE.
Comment! madame ou mademoiselle?
HONORÉ.
Oui, une amie de madame qui demeure chez elle; les uns disent qu'elle est mariée, d'autres qu'elle ne l'est pas; moi je ne crois ni l'un ni l'autre!...
SYLVIE.
Il faut pourtant bien... (Elle descend à droite.)
SCÈNE II
Les Mêmes, CYPRIEN, PROFILET.
CYPRIEN, au fond.
Allons donc! Profilet, allons donc! (Honoré se lève et va à Cyprien.)
PROFILET, courant et allant à la table déposer sa valise.
Mais j'arrive! j'arrive!... (Sylvie lui prend son manteau.)
HONORÉ, débarrassant Cyprien de son escarcelle.
Ces messieurs sont donc venus seuls avec les effets?
CYPRIEN.
Oui, par la voiture, ces dames ont voulu faire la route à cheval!
PROFILET, doucereux.
Des dames à cheval! quelle indécence! si elles tombaient!
CYPRIEN.
Ah! voilà le cousin Profilet qui trouve tout immoral.
HONORÉ, descend à la table tenant la malle de Profilet.
Et M. Rennequin est aussi à cheval?
CYPRIEN.
Non! il n'a trouvé qu'un âne pour suivre ces dames! (Honoré sort, précédé de Sylvie qui lui montre le chemin.)
SCÈNE III
PROFILET, CYPRIEN.
PROFILET, pendant la sortie.
Un âne!...
CYPRIEN.
Est-ce aussi indécent, ça?
PROFILET.
Non!
CYPRIEN.
Allons, tant mieux. (Frissonnant en voyant la fenêtre.) Brrr! eh bien, en voilà une idée, (Il la ferme.) Comme ça ferme... (Regardant.) Alors voilà le château!—Vieux style.
PROFILET, assis.
Oui, oui... c'est un peu fané.
CYPRIEN.
Et rococo... oh! ces guirlandes, regardez donc! Si tout l'héritage était ainsi!
PROFILET.
La cousine Jeanne n'aurait pas deux cent mille livres de rente...
CYPRIEN, à la cheminée, debout.
Oui, qui sont à nous!
PROFILET, assis près de la table.
Chut! chut!
CYPRIEN.
Oh! bien! quoi! nous sommes seuls! c'est assez de se contenir devant elle, et de faire le gracieux et l'empressé, en enrageant dans l'âme. Faut-il que cet imbécile de Dolivet, notre cousin, ait fait la sottise de l'épouser et de tester en sa faveur au détriment des héritiers directs, de vous, de moi, de l'oncle Rennequin, et que nous venions en invités là où nous devrions entrer en maîtres! Et cela ne vous agace pas, vous? Et vous croyez que tout à l'heure encore, à Dieppe, quand elle m'offrait une seconde tasse de thé, et des sandwichs, je n'avais pas envie de lui crier: Mais j'en prendrai si je veux, de ton thé et de tes sandwichs! mais il est à moi, ton thé! mais ils sont à moi, tes sandwichs!
PROFILET, doucement.
Pas encore! mais cela viendra peut-être!... (Il tire sa tabatière.)
CYPRIEN, retournant à la cheminée.
Après sa mort!... quand nous n'aurons plus de dents!...
PROFILET, prend une prise de tabac.
Peuh! qui sait? ce brave cousin était un original, qui nous a laissé une chance de salut!
CYPRIEN.
Oui! jolie! il donne tout son bien à sa veuve à condition qu'elle ne se remariera pas...
PROFILET, se levant.
Et que si elle se marie, toute la fortune fait retour aux héritiers directe... c'est-à-dire! à vous! à moi! à Rennequin!
CYPRIEN.
Eh bien?
PROFILET.
Eh bien, mais!...
CYPRIEN.
Eh bien, elle ne se remariera pas! quoi, c'est très-évident!
PROFILET.
Il faut voir!...
CYPRIEN.
Oh! c'est tout vu!... Et nous sommes volés!
PROFILET, prêtant l'oreille.
Chut! voici ces dames!
CYPRIEN.
Oui! on court!
PROFILET, allant vivement à la fenêtre.
On court!
CYPRIEN, avec une certaine nuance d'espoir.
Il est arrivé quelque chose! un accident, le cheval!...
PROFILET, de même.
Elle se serait tuée!...
SCÈNE IV
Les Mêmes, JEANNE, SARAH.
JEANNE, entrant par le fond et soutenant Sarah.
Pas encore!
CYPRIEN.
Ah! chère cousine!
PROFILET, de même.
Nous étions dans une inquiétude!...
JEANNE, essoufflée.
Oui, oui! Un peu d'air, s'il vous plaît... pour Sarah.
SARAH.
Non! une chaise!... (Jeanne fait asseoir Sarah sur la chaise qui est près de la table; Cyprien donne à Jeanne un flacon de sels.)
PROFILET.
Qu'est-il donc arrivé?
JEANNE.
Ah! ce n'est rien! une petite aventure, et une peur!
PROFILET et CYPRIEN.
Une aventure?
JEANNE.
Oui! nous avions pris toutes deux par la grève!... c'est le plus beau! c'est le plus court! et nous avions une heure de marée basse, pour faire un quart de lieue, nous nous amusions à regarder les rochers, les herbes, les falaises, tout ce qui se rencontrait, enfin!... en nous arrêtant à chaque pas! De l'heure qui s'avançait, du reflux et du danger... aucune idée!... quand tout à coup, je sens frissonner mon cheval... il se met à gratter la terre de son pied!... puis le vent se lève et fraîchit. Je me retourne et je vois!... Une frange d'écume roulait sur la grève à cent pas de nous, et devant, à un détour de la falaise, le passage était déjà cerné par une foule de petites vagues courant l'une sur l'autre!—Je crie: «Sarah! Sarah! la marée haute!... nous sommes perdues!»—Je lance mon cheval, Sarah suit, et déjà les lames arrivaient, arrivaient, de quelle vitesse, vous le savez!... Et puis, le vent de la pleine mer, et tout cela déferlant, bouillonnant, grondant, et nous fouettant l'écume au visage!... les chevaux effrayés courent à la falaise! un rempart!... ils se rabattent sur les rochers! leur pied glisse et trébuche! Ils reviennent au sable, mais le flot l'a déjà détrempé... Je perds la tête! Sarah! crie: «Au secours!» (Sarah se lève.) Les chevaux s'emportent! je ne vois plus, je n'entends plus que le bourdonnement de la vague qui me déborde et m'envahit! je ferme les yeux avec horreur!... je me vois perdue, morte, noyée!... Et je ne reviens à moi que sur la rampe de gazon de Varangeville, où mon cheval hennit de joie en regardant la mer à deux cents pas au-dessous de nous, et où Sarah a tout à coup une petite attaque de nerfs à cheval... (Riant.) Qui était bien la chose la plus bouffonne... ah! ah! ah! mon Dieu! que je voudrais donc rire si je n'avais pas aussi une petite crise!... (Sarah lui offre sa chaise où Jeanne tombe assise en riant aux éclats d'un rire nerveux.) Ah! ah! mais au moins ce n'est pas à cheval, celle-là!
CYPRIEN.
Pauvre cousine!
PROFILET.
Qu'est-ce qu'on pourrait bien?... (Il court à la cheminée prendre un verre d'eau.)
JEANNE, riant toujours.
Oh! rien! ce n'est rien! cela se calme! Et j'en suis quitte pour une manchette perdue sur le sable!
SARAH.
Avec un bouton de diamant admirable!
JEANNE.
C'est ma rançon que la mer emportera!
CYPRIEN, à Profilet, lui prenant le verre d'eau.
Voilà pourtant comme elle gaspille notre bien! (A Jeanne, avec empressement.) Voulez-vous un peu d'eau, chère cousine?
JEANNE, riant toujours.
Oh! non! merci! assez d'eau comme cela!
PROFILET.
Si vous ne vous étiez pas retournée, pourtant!...
CYPRIEN, à Profilet.
Oui, quand on pense que si elle ne s'était pas retournée à temps!
PROFILET.
A-t-elle une chance! (Il porte le verre sur la cheminée.)
JEANNE, respirant, gaiement.
Ah! cela va mieux! (A Sarah en lui prenant les deux mains.) Et toi?
SARAH.
Moi aussi!
JEANNE.
Voilà les femmes, tenez! quelles pauvres natures!... Avec un peu de sang-froid... c'était si beau à regarder. Ah! (se levant) c'était vraiment beau!—Ce cheval emporté!... ce fracas de vagues et de galets... ce vent détachant l'écume par flocons! Et avec tout cela, l'effroi, les cris, la mort prochaine et la folie plus près encore... c'était enivrant!
CYPRIEN.
Délicieux!—on recommencerait tout de suite!
JEANNE, se levant.
Bah! pourquoi pas?—Un petit danger de temps à autre, lutter! se défendre!—Eh! à la bonne heure! c'est vivre, cela! (Elle remonte vers le feu.)
CYPRIEN, tout en replaçant la chaise près de la table.
Tudieu! vous dites cela avec un sourire, un œil brillant! c'est à donner envie de vous attaquer, pour vous voir vous défendre!...
PROFILET, choqué.
Oh!
CYPRIEN.
Quoi?
PROFILET.
Devant des dames!... c'est vif!...
JEANNE.
Eh bien, quoi donc?
PROFILET.
Vous n'avez pas compris?... (A Sarah, qui va rejoindre Jeanne à la cheminée.) Il vient de dire quelque chose d'un peu léger!...
CYPRIEN, stupéfait.
Moi?
JEANNE, près de la cheminée.
De léger...
PROFILET, étonné à Cyprien.
Non! vous ne vouliez pas?... alors n'en parlons plus; je vous demande pardon!... j'ai cru qu'il faisait une équivoque!...
CYPRIEN.
Ah ça! quelle tournure d'esprit avez-vous? On ne peut pas dire deux mots que vous n'y voyiez des choses!...
PROFILET.
Oh! ne vous fâchez pas! je vous croyais plus d'esprit que vous n'en avez, voilà tout!... (Allant à Jeanne.) Je croyais qu'il voulait dire...
JEANNE, assise.
Ah! bien, non, ne le dites pas!...
PROFILET, souriant.
C'était assez drôle!...
CYPRIEN.
Voilà une façon de défendre la morale!
SCÈNE V
Les Mêmes, SYLVIE, avec un fagot.
SYLVIE, entrant par le fond.
Ah! c'est madame!... (Elle jette le fagot par terre et va à Jeanne.)
JEANNE.
Bonjour, fillette!...
SYLVIE, à genoux près-d'elle; Sarah est debout devant la cheminée.
Ah! quel bonheur!... voilà madame revenue! quel bonheur!
JEANNE.
Comme tu es grandie! comme tu es belle! et toujours bonne et sage?...
SYLVIE.
Ah! madame, si vous vouliez m'emmener avec vous à Paris?
PROFILET, à droite avec Cyprien; à demi-voix.
C'est ça.—Les voilà toutes, pour se perdre!
CYPRIEN, à demi-voix.
Laissez donc; nous les retrouverons!
PROFILET, choqué.
Oh!... (Ils regardent par la fenêtre.)
JEANNE.
Nous verrons cela, petite; mais rien n'est prêt, à ce que je vois!
SYLVIE, se relevant.
C'est que mon père n'a reçu la lettre de madame que ce matin; et c'était dans un état ici! (Elle traverse en descendant et va prendre sur la table les gants et les cravaches des deux femmes.) Des fenêtres qui ne ferment pas, et le vent qui vient de se lever avec la marée!—Ça va souffler cette nuit!... nous allons danser!
SARAH.
Ah! mais un instant!... j'ai peur du vent, moi!
JEANNE.
Bah! tu es folle! Sylvie couchera à côté de toi, dans ta chambre, si tu veux!
SARAH.
Et toi?
SYLVIE, montrant la chambre à droite, où elle est sur le point d'entrer.
Oh! madame couche ici, elle; c'est un peu isolé; mais elle est brave, madame, elle n'a peur de rien!...
JEANNE.
Quant à vous, cousins, nous allons chercher vos chambres tout à l'heure.
SYLVIE, s'arrêtant.
Oh! à propos de chambre, il y a bien la bibliothèque là-haut!... mais je ne la conseille à personne!
JEANNE.
Parce que?
SYLVIE, redescendant au milieu.
Parce qu'il y revient un esprit donc!...
SARAH.
Un esprit!
SYLVIE.
Oui, madame, c'est un train là-dedans!...
JEANNE.
Et ton père n'est pas monté voir?
SYLVIE.
Oh! il est bien trop poltron! s'il m'avait seulement laissé faire, avec mon manche à balai, je t'aurais travaillé l'esprit, moi... il ne serait pas revenu, allez!
SARAH.
Est-elle brave!
JEANNE, riant.
Enfin, il y a progrès, au moins! Elle y croit encore; mais c'est pour frapper dessus!...
SYLVIE.
Vous voulez monter voir!... voilà la porte!... nous le cognerons!
CYPRIEN, vivement.
Non, non! à quoi bon?... cette bibliothèque ne me dit rien du tout, à moi!...
PROFILET.
Rien du tout!—On n'a que faire de la bibliothèque pour coucher! (Sylvie redescend, reprend les objets et entre chez Jeanne.)
CYPRIEN.
A moins qu'on n'y mette M. Rennequin.
JEANNE.
Mon oncle!... au fait, où est-il?... Et Trick?
PROFILET.
Votre domestique?—Il a fait la route à pied. Quant à l'oncle Rennequin, je ne sais; n'est-il pas venu avec vous?
JEANNE.
Mais non!
CYPRIEN.
Ah! je croyais!—Comme nous montions en voiture, je l'ai entendu parler de louer un âne pour vous suivre...
JEANNE, inquiète.
Pour nous suivre... mais alors, il est venu par la grève!...
CYPRIEN.
Probablement!
JEANNE, effrayée.
Ah! le malheureux! mais la marée!... Il est perdu!... (Ils vont pour remonter. Rennequin paraît; Sylvie rentre.)
SCÈNE VI
Les Mêmes, RENNEQUIN.
RENNEQUIN, entrant par le fond.
Ah! voilà! on crie maintenant!... Il est perdu!... Il serait bien temps de crier, si j'étais perdu!...
JEANNE.
Enfin, vous voilà!
RENNEQUIN.
Et on n'aurait pas eu la cœur de m'arracher à un affreux péril!
JEANNE.
Vous avez donc couru le même danger que nous?
RENNEQUIN.
J'ai couru!... D'abord, je n'ai pas couru du tout!... L'âne n'a jamais voulu marcher!
CYPRIEN.
Ah!